Voir «•i-(l«'>sus, I
Charles, était soutenu hautement par Tambassadeur impérial, Harrach, et enhardi par la présence des troupes allemandes restées en Espagne depuis la dernière guerre *. Dans le second, discrètement encouragé par Tambassadeur français, se rangeait la majorité des grands d*Espagne et des conseillers de la couronne, l'archevêque de Tolède, Porto-Carrero, en tète. Ils estimaient qu*un cadet de la maison de Bourbon sauA'erait à la fois Tunité et Tindépendance de la monarchie, établirait entre les cours de Versailles et de Madrid une alliance dont la France, puissance protectrice, aurait Thonneur et la chaîne, et TEspagne, puissance protégée, le profit. Ils avaient bien accueilli, dès 1610, la pensée de conférer l'expectative du trône à un fils de Louis XIV et empêché, depuis, que l'archiduc Charles fût, comme le demandait l'Empereur, amené et élevé à Madrid. Quant à Charles II, disputé entre le tendre souvenir de sa première femme Marie-Louise d'Orléans et l'influence active de la seconde, il jugeait pourtant deux choses nécessaires : la désignation d'un héritier et l'intégrité de la monarchie. Par un premier testament, il adopta son petit-neveu le prince électoral de Bavière (1698).
Premier traité de partage. — Tous les gouvernements européens étaient dans l'attente. Ce vaste empire, dépeuplé, humilié, appauvri, mais sur lequel, comme au temps de Charles- Quint, le soleil ne se couchait pas, serait-il démembré à leur gré ou aurait-il un maître choisi par la volonté du mourant? La première solution eût satisfait l'Angleterre et la Hollande, qui n'avaient ni droits dynastiques ni revendications politiques à faire valoir, mais des intérêts maritimes, commerciaux, coloniaux, à garantir. Louis XIV chercha à les mettre dans son jeu contre l'Empereur, certain de prévenir ainsi toute coalition nouvelle. Ses ambassadeurs, Tallard à Londres, Bonpepos et Briord à La Haye, s'efforcèrent de faire craindre la destruction de l'équilibre européen par l'avènement à Madrid d'un Bourbon ou d'un Habsbourg, tandis qu'à Vienne le marquis de Villars était chargé de convertir l'Empereur à l'idée d'un partage à l'amiable ou de lui faire accepter le partage une fois résolu.
i. Voir cinlessus, p. 312.
728 LA UUEIIRE DE LA SrCCESSION D'ESPAGNE
Guillaume III et Heinsius répugnaient à s*unir au protecteiir avoué du « papisme » et à Tenvahisseur de 1672. Comprenasl néanmoins qu'en Angleterre et en Hollande les assemblées délibérantes, Chambre des Communes et Etats-Généraux, seraieiH gagnées par le désintéressement relatif de Louis XIV et dominées par le désir de conserver la paix récente, après six mois de négociations, ils réglèrent par avance, en secret et d*ac€onl avec la France, le sort de la monarchie espagnole. Les deux traités des 28 septembre et 11 octobre 1698 attribuèrent au prince électoral de Bavière, et, en cas de mort, à son père, TEspagne, les Indes, les Pays-Bas et la Sardaigne ; — au dauphin de France les Deux-Siciles, les Présides de Toscane, le marquisat de Finale, le Guipuzcoa (Fontarabie, Passage, Saint- Sébastien) ; — ils laissaient à TEmpereur, pour prix de sa ratifia cation éventuelle, le Milanais.
Louis XIV eût mieux trouvé son compte aux Pays-Bas. Quani aux possessions italiennes, il le savait par l'histoire de ses prédécesseurs, elles apportaient plus d'embarras que d'avantages. Mais il lui fallait ménager les puissances maritimes, qu'ofTusquail déjà la crainte de sa suprématie dans la Méditerranée et dans le Levant. Du moins avait-il réduit la part de rAutriche à une seule province.
Second traité de partage. — Quoique le traité eût élé lomi secn^l, cepeiulant, grâce à des indiscrétions commises en Hollande, il parvint à la cour de Madrid. Cbarlcs II, indigné, institua derechef pour son héritier universel le prince de Bavièr.\ A^'^é do sept ans (novembre 1698). Quelques mois après, ri'l enfant mourait subitement à Bruxelb\s (8 février 1699). Quo <'otte mort ait été l'œuvre du poison, comme l'insinue Sainl- Sinion, qui n'hésite pas à accuser l'Empereur, ou qu'elle n'ail été qu'un accident nalnnd, elle remettait tout en question. t)n négocia de nouveau et activement, pendant près d'un an, entre Versailles, Londres et La Haye, mais avec moins de mvslm (lu'auj)aravant.
f^es 1.3 et 25 mars 1700, un second traité attribua à larcliidur Charles, fils cadet de l'Empereur, l'Espagne, les Indes, les Pays- Bas, c'est-à-din^ la part dévolue antérieurement au prince de
Bavière. Les possessions italiennes revenaient au dauphin, ainsi que la Lorraine, dont le souverain serait, de son consentement, transféré dans le Milanais. Ce nouvel arrangement profitait directement à la France, car il consolidait sa frontière de l'Est et écartait complètement de Tltalie la maison d'Autriche. L'Empereur avait été tenu au courant de ces stipulations ; il refusa obstinément de les sanctionner; on lui lit savoir que, passé un délai de deux mois après la mort de Charles II, la part réservée à son fils serait dévolue au duc de Savoie.
Nouveau testament de Charles n. — Les cours de Vienne et de Madrid prolestèrent chacune à leur manière. Elles étaient opposées, l'une par ambition politique, l'autre par sentiment national, au démembrement de l'empire espagnol : * Tout traité de ce genre, s'écria Charles II, est nul tant que Dieu ne Ta pas signé. » La reine reprit ses intrigues en faveur lie l'Autriche; les grands accusèrent hautement le voisin égoïste qui disposait ainsi de leur pays; ils firent sentir si vivement leur dépit à notre ambassadeur, d'Harcourt, qu'il crut devoir un moment s'éloigner ; au fond du cœur, ils lui pardonnaient, supposant qu'il avait voulu, par la crainte d'un démembrement, les plier à ses vues secrètes, c'est-à-dire au choix d'un prince français.
€ Le parti national, dit Mignet, détestait les Autrichiens, parce qu'ils étaient depuis longtemps en Espagne; il aimait les Français, parce qu'ils n'y étaient pas encore. » Ce parti, ayant réussi à disperser la camarilla de la reine et à faire renvoyer la garnison allemande de Madrid, introduisit au Conseil où Ton devait examiner le traité de partage la proposition de choisir pour unique héritier de la monarchie le duc d'Anjou, second petit-fils de Louis XIV. A la grande stupéfaction des souverains, cette proposition fut unanimement acceptée. Les divers personnages consultés par le roi, son confesseur, les jurisconsultes, les théologiens, le pape même, lui montrèrent àl'envi dans la maison de France son successeur le plus rapproché par la parenté et le plus utile à ses peuples. Le cardinal Porto-Carrero fit au roi un devoir de conscience d'assurer le salut de l'Espagne et le repos de l'Europe en désignant le duc d'Anjou pour héritier de toute sa monarchie.
Charles II signa donc, le 2 octobre 1700, son dernier teslameol. Il déclarait nulles, comme désormais superflues, les renoncii. tions d'Anne d'Autriche et de Marie-Thérèse; il léguait à Philippe d*Anjou ses vingt-deux couronnes, sous cette clause qu'elles ne seraient jamais unies à celle de France. Il substituiil à ce prince, en cas de mort sans enfants ou d'avènemeol tg trône de France, le duc de Berry ; puis à celui-ci, dans le même cas, Tarchiduc Charles; et enfin le duc de Savoie. Un conseil de régence, où la reine et Porto-Carrero prenaient place, devait exercer le pouvoir en attendant l'arrivée du nouveti roi. Trois semaines après, Charles II mourut (l**" novembre).
Acceptation du testament par Louis XTV. — Le 9 novembre, un courrier porteur du testament arrivait à FonUinebleau, où était la cour. En recevant la grande nouvelle, Louis XIV ne fut qu*à moitié surpris et à moitié satisfait. Tool en signant les traités de partage, tout en certifiant à roccasion à TEmpereur qu'il n'accepterait point le legs des Etats espagnok à un prince français, il avait suivi avec complaisance les efforts du parti national à Madrid. Son espoir secret accoropU, il se trouvait en face de deux actes publics, contradictoires, qui étaient l'un et l'autre à divers degrés son ouvrage, hésitant entre deux devoirs, celui de faire honneur à sa signature ou à la signature de son défunt beau-frèro.
Dès le lendemain, la question fut débattue dans un conseil privé au(jiiel assistèrent le dauphin, le chancelier Ponichartrain. Torcy et le duc de Beauvillier. Le dauphin parla en filsdcMarie- Thérèso et en futur roi de France, conseillant une acceptation sans réserve. Beauvillier déclara s'en tenir au traité de partage, qui donnait à la France des avantages certains, immédiats, supérieurs à ceux d'une alliance éventuelle avec l'Espagne, et qui conservait la paix au royaume, encore mal remis des guerres récentes. Torcy au contraire insista sur la clause du testament qui instituait l'archiduc Charles ou l'ambitieux Victor-AoïéJée à défaut du duc d'Anjou; estimant la guerre, en tout cas, certaine avec l'Empereur, il opina qu'il valait mieux la faire pour le tout (|ue pour la partie. Le chancelier résuma les divers avis en aflirmanl toutefois que le testament de Charles II déliail
le roi (les engagements contractés par lui envers TAngleterre et la Hollande.
Le roi écouta les uns et les autres et réserva sa décision définitive, sachant bien et disant tout haut qu'il serait blâmé, quelle que fût sa décision. Enfin, le 16, il manda l'ambassadeur espagnol dans son cabinet, où se trouvait le duc d'Anjou : « Vous pouvez, lui dit-il, le saluer comme votre roi. » Dès ce moment il traita son petit-fils en « frère » et annonça son intention de le faire reconduire par les ducs de Bourgogne et de Berry jusqu'à la frontière. < L'ambassadeur d'Espagne dit fort à propos que ce voyage était aisé et que présentement les Pyrénées étaient fondues. » (Dangeau.) Quelques jours après, fe Mercure traduisit ainsi ses paroles en termes que Voltaire mit depuis dans ta bouche du roi lui-même : < // ny a plus de Pyrénées. »
Proclamé successivement dans ses diverses capitales, Philippe V s'achemina lentement vers l'Espagne, comme s'il eût voulu laisser s'écouler les deux mois accordés à l'Empereur pour ratifier le traité de 1700. En avril 1701, il entrait à Madrid.
Lie gouvernement et l'opinion en Angleterre et en Hollande. — Louis XIV avait maintenant à se justifier devant l'Europe et notamment devant les signataires du traité de partage. 11 leur soutint qu'il avait observé l'esprit de ce traité; car s'en tenir à la lettre, c'était, disait-il, affronter la guerre contre l'Empereur pour le réduire à sa part et contre l'Espagne pour lui faire accepter son démembrement; il insistait sur la séparation des couronnes de France et d'Espagne et rappelait que, les Deux-Siciles restant espagnoles, les puissances maritimes n'auraient plus à craindre dans la Méditerranée la prépondérance française.
Ces raisons trouvèrent d'abord crédit à Londres, où- les tories dominaient encore, en Hollande, où l'on craignait pour le commerce national les suites d'une guerre à brève échéance. Ici et là, on jugeait l'exécution du testament préférable à celle du traité de partage *. Seuls, Guillaume 111 et Heinsius accusèrent
*. Voir ci-tlessus, p. i.ï4.
732 LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGxNE
la déloyauté traditionnelle du roi Très Chrétien ; ils se crurent dupés par une diplomatie à double face, qui avait marchandé auprès d'eux une part de la succession et réussi à la capter sur place tout entière.
Dès le début de 1701, certains actes du roi de France donnèrent une apparence de raison à leurs défiances et à leurs récriminations. Pour assurer en tout état de cause le sort de son petit-fils, incertain jusqu'à nouvel ordre en Espagne, Louis XIV conservait à Philippe V, par lettres patentes enrejristrées au Parlement, ses droits à la couronne de France (3 fév.). Pour fortifier l'unité d'action en vue d'une guerre possible, il ordonnait aux gouverneurs et aux vice-rois espagnols de lui obéir provisoirement comme à leur maître. Enfin, pour protéger l'autorité du roi français aux Pays-Bas contre un peuple qui ne l'avait pas encore reconnu, il introduisait dans les sept places dites de la Barrière, par une occupation soudaine et imprévue, des garnisons françaises à côté des garnisons hollandaises (6 fév.). Ce n'était en somme violer expressément ni le traité de Ryswick, ni le testament prescrivant la séparation à perpétuité des deux couronnes; c'était du moins fournir imprudemment des armes aux ennemis-nés de la politique française.
Le gouvernement anglais, sous la pression de l'opinion dorainaiite, reconnut de mauvaise grâce et sous réserves Philippe ^ (avril 1701). Le gouvernement hollandais garda le silence. En récompense de cette attitude, ils réclamèrent des garanties cl des indeninilés de toute nature : au point de vue politique, I éloigiiement des troupes françaises des Pays-Bas, l'extension de la Barrière, la remise d'Ostende et de Nieuport à la garde des Anglais, une compensation territoriale pour l'Empereur; au point de vue commercial, le maintien des privilèges acquis en Espagne, le partage des privilèges éventuels de la France dans les Indes'. Guillaume Ili mit en avant un projet supposé de descente en Angleterre préparé à Versailles au profil J<*^ Stuarts, et il linit i)ar obtenir du Parlement des subsides pn^'
1. Sure»' point. I«'> Pni>s.iiic'j's innriliines iicnlin'iil leurs «lernières ilI""'''"' <|iiaii(l Dînasse, p)UN('riH'm- «le SîiiiU-Duniinpiu', obtint \\v l'Ksfuign*' p*""' '' <inniim«:ni»' franraix' «le (Ininér le privilège de rjvfie/</o (importation (!«'> »''*■''''* • latis les rolonirs anu'ricaines «le PÊspapne), le 2" août 1701.
près à assurer Texécution des traités d'alliance entre la Grande- Bretagne et les Provinces-Unies. Devant la teneur et la forme des demandes qui lui étaient faites, Louis XIV se prétendit traité en vaincu ; de part et d'autre, on s'acheminait insensiblement vers la guerre.
La Grande Alliance. — A La Haye et à Londres, l'opinion flotta quelque temps entre le testament et le Iraité de partage. L'Empereur, qui n'avait jamais accepté ni l'un ni l'autre et qui, ayant fait la paix avec les Turcs (à Karlovitz), disposait librement de ses forces, se préparait à combattre. Il se flattait peutêtre de prendre, les hasards de la guerre aidant, la revanche de la maison d'Autriche contre la maison de Bourbon, d'arracher à la France ses dernières conquêtes, à commencer par l'Alsace. Il hâta donc la rupture des relations diplomatiques et essaya d'amener des soulèvements à Naples et dans le Milanais. Presque tous les membres de l'Empire, sollicités par lui, promirent leur concours ou au moins leur neutralité. Il en fut de même des Etats du Nord, le Danemark et la Suède, dont les engagements demeurèrent en définitive illusoires. L'Empereur s'assura spécialement les contingents du duc de Hanovre et de l'Electeur de Brandebourg, en conférant à l'un la dignité électorale, en laissant l'autre se couronner « roi en Prusse » (Traité dit de la Couronne^ 16 nov. 1700) *. Ce futcomm3 une première coalition continentale, qui, se joignant ensuite <à celle des Puissances maritimes, reconstitua (7 septembre 1701) la Grande Alliance de 1689.
Cette alliance, conclue en apparence « pour les libertés de
l'Europe », devait, dans la pensée de ses auteurs, aboutir au
démembrement de la monarchie espagnole, à l'amoindrissement
et à l'abaissement de la monarchie française. Dans les deux
pays elle avait des alliés secrets : en Espagne, les habitants de
certaines provinces (Catalogne, Aragon, Valence), inquiets pour
leurs franchises locales; en France, les huguenots des Cévennes
qui, depuis la Révocation, avaient résisté à lu tentation de l'exil
et n'attendaient pour se soulever qu'une occasion favorable.
J. Voir cwlessus, p. 549, 561.
m LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPAGNE
Louis XIV détruisit les dernières espérances de paix en continuant à se déclarer, comme au plus beau temps de sa gloire, le « défenseur des majestés violées » (Bossuet). Guillaume 01 venait de faire désigner comme héritière éventuelle du trioe d'Angleterre TElectrice de Hanovre. Jacques H, le souveniii dépossédé, se mourait alors à Saint-Germain (septembre 1"01). Louis XIV alla le voir, lui promit de reconnaître le litre roTil à son fils et tint sa promesse. C'était piquer au vif, en Angleterre, le monarque qu'il avait reconnu à Ryswick et la nation dont il renouvelait les défiances contre le < papisme ». Ihos une circulaire à ses agents à l'étranger, Louis eut beaudéclai^r qu'il n'avait voulu accorder à l'héritier des Stuarts qu'une codsolation sans portée politique et une vaine satisfaction d'amourpropre \ On le montra s'imposant à l'Europe entre ses deux vice-rois, le « prince de Galles » et le « duc d'Anjou i.La Chambre des Communes se fit soudain belliqueuse et vota des subsides pour une action immédiate (janvier 1702).
Le Triumvirat. — La guerre générale commença dès le printemps de cette môme année, au lendemain de la mort de Guillaume III (19 mars). Voulant savoir si la ligue dont ce prince était l'àme lui survivait, Louis, quelques jours après, fit offrir aux Hollandais le renouvellement du traité de Rvswick, des avîinlagcs de commerce et la remise aux seuls Espagnols des places des Pays-Bas. Les Etats-Généraux, que la nouvelle reine Anne Stuart assurait de son alliance, déclarèrent ne pouvoir rompre, par des conventions particulières, les engagemenLs pris. Le chef de la maison de Bourbon allait sentir durcmenl peser sur lui cette coalition de forces rivales qu'il avait si fil'renuMit bravée, au temps où Louvois lui donnait pour devise : « Seul contre tous » ^
Le i^rand péril de sa situation était dans l'habileté el la ténacité de ses principaux adversaires. Heinsius, véritable succes-
1. Happolotis-nous qu'à ct'tte é|>oque Louis XIV tolérait que le roi d'Angleterre ^Mnlàt le litre de re.r Francise.
2. ]ji déclaration de guerre de la Grande-Kretagne à la France et à Phllipl»»' V est du 4 mai 1702; celle des Provinces-Unies, du 8 mai; celle de i'EmptMeiir, du 1.) mai. — Voir, dans Flassan, le détail des très nombreux aclr> dont l'ensemble constitua, maintint ou renforça la coalition.
seur de Guillaume III sous le titre de grand-pensionnaire, avait recueilli les desseins de son prédécesseur, et il les fit valoir avec Tassistance de deux génies politiques et militaires de premier ordre, le duc de Marlborough et le prince Eugène de Savoie. Marlborough, élève de Turenne, naguère partisan des' Stuarts exilés, allait servir la politique des whigs aux armées et, par sa femme Sarah Jennings, tenir pendant dix ans dans sa main le gouvernement. Il possédait tous les talents et justifia les hommages reconnaissants de ses compatriotes, sans jamais, faute de probité, conquérir leur estime. Eugène, petit-neveu de Mazarin par sa mère, avait quitté la France, où il n'avait pu obtenir même le commandement d'une compagnie, et s'était formé en même temps à la haine de Louis XIV et à Tart de la guerre auprès de Charles V, le duc dépossédé de Lorraine.
Ce qui sauva la France des entreprises de ce puissant triumvirat, ce furent les luttes que Marlborough et Eugène eurent à soutenir contre leurs ennemis secrets de Londres ou de Vienne; ce furent aussi les divergences d'opinion entre les coalisés, soit pour la conduite de la guerre, soit pour les conditions de la paix future. L'Angleterre et la Hollande avaient, chacune gardant ses vues particulières, accepté peu à peu la perspective d'un conflit européen; seul l'Empereur s'engageait à fond dès le premier jour, et il sera le dernier à se relirer de la lutte.
Alliés et forces de Louis XTV. — Contre la Grande Alliance étaient unies les deux monarchies française et espagnole, mais la première seule était en état de combattre avec ses propres forces.
Dès la fin de 1700, Louis XIV, prévoyant l'entrée des Impériaux dans le Milanais, avait demandé l'alliance du duc de Savoie, beau-père de l'aîné de ses petits-fils. Victor-Amédée promit, mais posa ses conditions : la main de Philippe V pour sa seconde fille Marie-Gabriclle, des subsides réguliers pour sa petite armée, le commandement en chef de l'armée franco-espagnole en Italie (février et avril 1701). Le duc de 3Iantoue, la princesse régente de La Mirandole accueillirent les troupes françaises. La Toscane, Gènes, Venise, restées neutres, reconnurent Philippe V. Le nouveau pape Clément XI
736 LA GUERRE DE LA SUCCESSION D'ESPA(jXK
le reconnut également, mais sans lui conférer Tinveslilure Ira. ditionnelle et toute platonique des Deux-Siciles.
Le roi de Portugal, comme le duc de Savoie, vendit chè^^ ment une aide restreinte et passagère. Moyennant la promesse de nombreux avantages, il s'engagea à garantir Texécution Jd testament et à fermer ses ports aux vaisseaux de la coalilion (18 juin 1701).
En Allemagne, Louis XIV n'eut vraiment pour lui quclaraii. son de Wittelsbach, représentée par l'Electeur de Bavière Mui. milien-Emmanuel (9 mars 1701) et son frère Joseph-Clémenl, Electeur de Cologne (15 février). Il ne put, quoi qu'il fît, s'allacher l'Electeur de Saxe, roi de Pologne. La diversion qu'il espérait de la part des Hongrois révoltés contre la maison d'Autriche ne pouvait être qu'intermittente et sans efiFet décisif sur le sort de la guerre. Les tentatives pour amener les Turcs à intenenir furent vite abandonnées.
État de la France. — Si Louis XIV regardait à l'inlérieur de son royaume, il ne pouvait supputer sans quelque inquiélude les talents et les ressources qui restaient à son ser>'ice. Dans le gouvernement, la dynastie des Le Tellier venait de s'éteindre avec Barbezicux; celle des Colbert se continuait dans Torcv. secrétaire d'Etat aux affaires étrangères. Un ancien économe do Sainl-Cyr, recommandé et soutenu par M"'^ de Maintenoii. Chamillart, allait porter la double cbariro de l'administration des finances et de la i^uerre, comme s'il eut pu, en même tem|»>. remplir un Trésor épuisé et diriger de son cabinet les opérations des troupes dispersées sur toutes les frontières.
Aux armées, du moins, si Ton eut trop à compter avec les bomnies médiocres ou incapables élevés par une faveur inconsidérée, Luxembourg mort et Câlinât vieilli eurent quelques dignes successeurs : Vendôme, petit-fils de Henri IV, trop vanté par son commensal Voltaire, mais habile capitaine uses heures; Tessé, homme de ressources et d'esprit, dans la Jiplomatitî comme dans la i;uerre; Berwick, bâtard des Stuarls et neveu de Marlborou^h, à propos duquel Montesquieu dira plus tard : « J'ai vu de loin dans les livres de Plutarque ce quesoni les grands hommes; j'ai vu de près ce qu'ils sont»; Villars
enfin, cupide et fanfaron autant que spirituel et brave, mais qui, en faisant sa fortune propre, soutint heureusement celle de la France.
Dès le début des hostilités, le recrutement des troupes et la levée des impôts furent difficiles. Il fallut appeler les milices, faire un peu au hasard de nombreuses promotions d'officiers généraux. Dès 1100, le Trésor ne reçoit que 69 millions (32 seulement en ni4) et il en dépense 116. On dut Talimenter par des expédients de toute sorte *. Jusqu'à la fin de la guerre, ce sera une diminution incessante des hommes, des ressources, ♦les espérances.
//. — Premières hostilités.
La guerre de la succession d'Espagne comprend trois périodes : la première indécise entre les belligérants (1702-1704) ; la secondé (1704-1710) marquée par les triomphes militaires et diplomatiques de nos adversaires; la troisième (1710-1714) où quelques retours heureux de la fortune permettent * Louis XIV d'obtenir une paix relativement honorable. Les Pays-Bas, l'Allemagne, Tltalic, l'Espagne sont les quatre théâtres européens de la guerre.
La guerre en Italie : défection du duc de Savoie. — Dès 1701, l'Empereur revendique à main armée, sans déclaralion de guerre, le Milanais, tant comme héritier personnel que comme chef du Saint-Empire. Le prince Eugène, qui avait en face de lui Catinat, força (11 juillet) le passage de l'Adige à Carpi. Tel fut le commencement d'une campagne malheureuse où le vainqueur de StafTarde, devenu prudent jusqu'à la timidité, laissa l'ennemi arriver aux frontières milanaises. Il paya sa défaite par l'obligation où on le mit de partager le commandement avec Villeroy, le favori royal, celui qui disait : « Mon défaut à moi est de n'être pas prudent. »
Villeroy arrivait avec l'ordre formel de relever par une olTen-