Vc»ir ci-ilessous. f. VU, rlinp. n
Tinrent directement de Versailles. La principale difficulté pour Philippe V était de bénéficier de la tutelle exercée par son aïeul sans la laisser paraître : il se dérobait à la responsabilité de cette situation en laissant la régence à sa femme et en allant se montrer à ses sujets de Milan et de Naples. Pendant ce temps, les ambassadeurs français, combattus sourdement par la reine, cédèrent la place Tun après Tautre, et les intrigues de palais firent avorter toute réforme sérieuse, dénoncée d'avance comme un acte d'ingérence étrangère.
Ces défiances n'étaient pas absolument sans motifs, car Louis XIV voulait être payé de la cure qu'il avait entreprise. Dès octobre 4701, il écrit à Marsin que l'Espagne en prend trop à son aise, qu'on ne peut ruiner la France pour elle et qu'il faut songer à assurer la paix en cédant quelques dépendances de la monarchie. En i703, il fit accepter secrètement à son petit-fils un projet d'abandon des Pays-Bas, la France occupant Luxembourg, Mons, Namur et Charleroi, et l'Electeur de Bavière, qui ne portait pas ombrage aux Hollandais, devenant souverain indépendant du reste.
Défection du Portugal. — Dès 1702, la péninsule es|»agnole fut menacée. En pleine rade de Vigo, la flotte anglaise surprit (octobre) les galions arrivant d'Amérique, en brûla douze, ainsi que quinze des vaisseaux français de Tescorle.
Le roi de Portugal, sous prétexte que la France n'avait pas tenu les promesses du traité de 1701, s'était laissé tenter par des ofl^res d'agrandissement au détriment de l'Espagne; il assura son contingent militaire à la coalition (IG mai 1703) en retour de quatre villes en Estramadure et de trois en Galice. A ce traité politique l'envoyé anglais sir Methuen fit joindre un traité de commerce (27 décembre) qui a gardé son nom; ce traité ouvrait en franchise le Portugal aux produits manufacturés anglais et diminuait d'un tiers pour les vins portugais les droits d'entrée en Angleterre. C'était faire deux fois brèche au royaume de Philippe V, en livrant à la fois sa frontière aux soldats et aux contrebandiers.
En septembre 1703, l'Empereur avait transmis solennellement à son second fils, Charles, les droits qu'il s'attribuait sur la
monarchie espagnole, et au printemps suivant, < Charles III », escorté par la flotte anglaise, débarqua à Lisbonne. Il lança de là un manifeste aux Espagnols, qui était en même temps un acte (l'accusation contre le roi de France. Sur mer, raminl Rooke tenta vainement de descendre à Barcelone ; en cherchant sa revanche le long des côtes, il mit la main sur Gibraltar, défendu par une garnison insufflsante, et en prit possession ao nom de r Angle terre (4 août 1704). Vingt jours après, en vue de Malaga, il rencontra la flotte française, commandée parle comte de Toulouse. L*action fut très vive; les Anglais se retirèrent le lendemain, mais sans être poursuivis. Ce devait être la seule grande bataille navale de cette guerre.
La guerre en Allemagne : Friedlingen. — En All^ magne, les opérations décisives avaient lieu dans les vallées du Rhin et du Danube. Dès le début des hostilités, rarméedo prince Louis de Bade prit roffensive et emporta Landau après plus de deux mois de tranchée ouverte (9 septembre 1702).
Catinat, cédant, là comme en Italie, à une prudence exagérée, se retira derrière la Lauter et même en deçà de Haguenau. Cette défensive timide était peu goûtée à la cour, où Ton agitait à la légère de vastes plans. II s'agissait de tendre la main à l'Electeur de Bavière, qui opérait avec succès contre ses voisins allemands sur les frontières de ses propres Etats.
V iilars promit d'aller le rejoindre. Après avoir, en passant le Rhin, trompé la vigilance de Louis de Bade, il força celui-ci d'accepter la bataille à Friedlingen (14 octobre 1702). Dans celte alîaire, brillante surtout par l'offensive de la cavalerie, Villars se multiplia si bien que ses soldats, le soir, le nommèrent par acclamation maréchal de France, titre que le roi confirma. L(*s dernières troupes allemandes repassèrent le Ilhiu, mais on dut ajourner au printemps suivant la jonction avec i'arméo bavaroise.
Pendant l'hiver, la Lorraine, dont les coureurs impériaux avaient violé la neutralité, fut occupée par les Français. Ils entrèrent à Nancy et dans les places voisines de la Sarre; le duc Léopold et sa famille se réfugièrent à Lunéville.
Villars se remit en marche dès janvier 1103. Il lui fallait faire
40 lieues, dont 25 à travers les monts de la Forêt-Noire, audevant d'un allié nonchalant et bizarre qui ne tentait aucun mouvement sérieux pour se rapprocher de lui. Villars, une fois soutenu par l'armée de Tallard formée sur la Moselle, emporta Kehl et Neubourg. Puis, en avril, tournant les lignes de son adversaire et remontant la vallée de la Kintzig, il se déroba et déboucha dans la vallée du Danube, à Willingen.
Villars et TElecteur n'étaient guère faits pour s'entendre. Ils se reprochèrent bientôt mutuellement leurs exactions ou leurs prodigalités. Le Français eût voulu pousser droit sur Vienne; le Bavarois pensait qu'il fallait rallier auparavant Tannée française dltalie arrivant par le^Tyrol; sans doute il désirait enlever ce pays, pour son compte, à la maison d'Autriche. Son avis l'emporta, et, au mois de juin, il pénétra avec un corps auxiliaire français jusqu'à Innsbriick; mais il ne put rejoindre Vendôme, qui s'était mis de son côté trop tard en marche, et, aux prises avec une insurrection des paysans, n'alla pas au delà de Trente. Pendant ce temps, Villars, resté à la garde du Danube, ayant en face de lui le prince de Bade et Styrum, général de l'armée des Cercles, réussit à les séparer. Secondé par l'Elecleur revenu de sa pointe en Tyrol, il remporta sur Styrum une victoire à Hochstaedt (20 septembre).
Pour rendre ce succès décisif, Villars avait besoin de l'armée réunie sur le Rhin. Mais Tallard, sur les ordres exprès de Louis XIV, était occupé à dégager la région du fleuve, assiégeant Brisach sous les yeux du duc de Bourgogne se disposant, avec le concours de Vauban, à prendre ensuite Fribourg, Spire, à eflacer ainsi certains articles humiliants du traité de Ilyswick. Il devait en outre, réparant l'échec de l'année précédente, rentrer à Landau. Non seulement il y réussit, mais il écarta le prince de Hesse accouru des Pays-Bas par une brillante victoire devant Spire (14 novembre) : victoire de hasard, qui l'étourdit et l'exalta. Il écrivit au roi : « Votre armée a pris plus d'étendards qu'elle n'a perdu de soldats. »
Lorsqu'il fut en mesure de rejoindre Villars, celui-ci, ne pouvant s'entendre avec l'Électeur, avait demandé son rappel et cédé la place à Marsin, diplomate sans véritable instruction
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ni coup (l'œil militaires. Marsin donna d'abord le change sur sa médiocrité par la double prise d'Augsboui^ et de Passau. L'Empereur, menacé d'autre part par les révoltés de Hongrie, priail de se retirer à Grœtz ou à Prague.
Bataille de Hochstœdt. — Les deux grands hommes de guerre de la coalition comprirent le danger. De la Meuse et de i'Adige ils se donnèrent rendez-vous sur le Danube. Le prince Eugène laissa Starhemberg en face de Vendôme, que d'ailleurs la défection du duc de Savoie suffisait à occuper. Mariborough renjonta le Rhin, attira sur lui, sauf à se dérober ensuile adroitement devant elle, une nouvelle armée française que Villeroy eût pu conduire au secours de Marsin et de rÉlecleor. Il rejoignit Eugène en Bavière. De son côté, le 3 août, Tallanl fit jonction avec les Franco-Bavarois. Une action décisive s'engagea sur le champ de bataille où Villars avait triomphé l'année précédente (13 août 1704).
Tallard était à droite, à Blenheim, en face de Marlboroiigh. l'Electeur au contre, Marsin à gauche. Eugène fut repoussé par Marsin, perdit des canons et des drapeaux, et de ce côlé les Français crurent la bataille gagnée. Marlborough, égaleniienl repoussé à l'autre extrémité de la ligne, se rejeta surlecenire, qu'il enfonça. Ce succès fut décisif, les troupes postées à Blenheim ayant reçu de Tallard l'injonction do no pas remuer san> onh'o exprès. Tallard s'aperçut trop lanl de sa faute au milioii dos charges dososporoes (ju'il conduisit et où il finit par èlrc accablé et fait prisonnier. Ses forces laiss(k*s inactives à Blonhoiin se crurent abandonnées; 36 escadrons et 12 bataillons mirent bas les armes. « L'Europe fut étonnée, dit VollainMp les meilleures troupes françaises eussent subi en corps cello ignominie. » Bon nombre brisèrent leurs armes, déchirèmil ou enterrèrent leurs drapeaux. La nouvelle de cette alTaire fui un coup de foudre à Versailles, où pour la première foison rcssenlit l'impression des grands désastres.
Marsin, soulonu par Villeroy, qui était venu au-devant <le lui, put accomplir sa retraite jusque sous le canon Ji* Kiîiil: mais toute rAllemagnc du Sud était perdue, la roule do Vienne formée. Landau, de nouveau assio<?é, se rendit l('
4 novembre 1704. La France était désormais réduite à la iéfensive.
La guerre civile : les Camisards. — Â la guerre étrangère se joignait la guerre civile, dans les Hautes-Cévennes, là ^ le protestantisme subsistait, en dépit de la Révocation. A léfaut des pasteurs, on vit surgir les petits prophètes, enfants liallucinés qui excitaient a une prise d'armes en prédisant la rietoire. La lutte commença par le meurtre d'un des plus cruels persécuteurs, Tarchiprêtre Du Cayla, dans sa maison fortifiée fe Pont-de-Monvert (24 juillet 4702).
Ce fut le début de courses nocturnes marquées par le pillage les églises, le meurtre des prêtres et des anciens catholiques. Jn chef surgit, Jean Cavalier, dont le père et la mère étaient irisonniers du roi, et ce chef trouva des lieutenants : Ravanel, loland, Espérandieu, Kastalet. Les « enfants de Dieu », surlommés camisards à cause de la chemise blanche qu'ils poraieot comme déguisement, défirent des corps de troupes et de loblesse et jetèrent la terreur depuis le Vivarais et le Gévaudan jusqu'aux portes de Nîmes. La Hollande leur envoyait de Tarant; la flotte anglaise rôdait le long du littoral du Languedoc maries secourir. « S'ils s'en étaient tenus, dit Saint-Simon,... à lemander seulement la liberté de conscience et le soulagement es impôts... force catholiques... auraient peut-être levé le lasque sous leur protection. » Dans le Rouergue, l'abbé de a Bourlie et l'ancien officier Boëton tentèrent inutilement de ulever et d'unir les mécontents des deux religions. Les repréîlles furent terribles; le maréchal de Montrevel dévasta qualité lieues de pays et fit disparaître plus de quatre cents liages. Des bandes d'irréguliers catholiques ou protestants, Cadets de la croix » ou « Camisards noirs », se formèrent
renouvelèrent les exploits des routiers du moyen âge. En ars 1704, le régiment de la Marine fut anéanti presque cntiè- (ment près de Saint-Chaptes. De loin, Clément XI prêchait la 'oisade contre les hérétiques (Bulle du 1'''^ mai 1703); de près, iS évêques disaient avec Fléchier : « Bouchons-nous les oreilles ; finissons si nous pouvons. »
Villars, qui succéda à Montrevel (avril 1704), ofl'rit une
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amnistie à ceux qui voudraient se soumettre ou passer à l'élranger. Il décida Cavalier à une entrevue aux portes de Nîmes et lui promit au nom du roi le commandement d'un régiment de huguenots destiné à servir sur le Rhin ou en Espagne. Cavalier se soumit, mais ne fut suivi que d'un petit nombre. Il déserh aussitôt arrivé sur la frontière. Après la défaite et la mort de Roland (août 1704), la guerre parut finie, Villars fut fait duc et cordon bleu; les États de Languedoc lui votèrent une récompense. Berwick acheva son œuvre et étoufTa de nouvelles tenlilives.Les Camisards qui survécurent passèrent à l'étranger. Il i eut parmi eux à Londres certains inspirés qui renouvelèrent les prodiges prophétiques des Cévennes. Saurin, ministre i La Haye depuis 1708, invectiva Louis XIV dans une apostrophe restée célèbre et Superville prononça un sermon d'actions de grte$ pour la victoire des alliés à Hochstaedt. Les ingénieurs et les officiers huguenots offrirent partout leurs services aux généraux de la coalition, même dans le catholique Piémont. Trois régiments de l'armée brandeboui^eoise, Varennes, du Portai! et du Trossel, furent particulièrement composés de réfugiés. Ce sont deux noms français qui tiennent la tète sur la liste de Tétat-major prussien. Ainsi, dans toutes les armées étrangères, par tous les moyens, les vaincus des Cévennes prenaient leur revanche contre le roi persécuteur.
///. — Les grands revers de la France.
A partir de 1704, se déroule la longue série des malheurs de lîi France et des expiations de Louis XIV. Le contraste esl complet avec le temps où les portes des villes étrangères lomhaieiit, comme dit Boileau, au seul bruit du nom royal; c'est maintenant le (lot venu de l'étranger qui bat les murailles el couvre les campagnes françaises. Versailles est le lieu toujours nuigrii(î(jue, mais plein de lassitude et de tristesse, où de toutes parts et sans cesse arrivent les mauvaises nouvelles. Louis XIV avoua un jour à Villars que chaque heure de ses entrevues quotidiennes avec Chamillarl était marquée pardes^
LES OHâNDS revers DE LA FRANGE 747
mouvemenis dans son sang. Il ne s*habituait pas à ces retours si durs de la fortune et demeurait partagé entre le désir de ne conclure qu'une paix honorable pour sa maison et celui de soulager la misère de ses peuples.
Au printemps de IIOS (6 mai), mourut Tempereur Léopold; mais l'avènement de Joseph P*" ne changea rien à la politique autrichienne ni à la situation de l'Europe.
Perte des Pays-Bas : Ramillies. — Aux Pays-Bas pendant les années 1705 et 1706, les opérations languirent d'abord. Villeroy, obsédé par le souvenir récent d'Hochstœdl, se tenait sur la défensive entre la Meuse et l'Escaut. De son côté, Marlborough était contrarié dans ses projets d'offensive par les généraux hollandais. La seule attaque sérieuse qu'il tenta en 1705 contre les lignes françaises fut repoussée à Heglisen.
En 1706, il les menaça plus directement, à Ramillies, près de Bruxelles. Villeroy pouvait refuser la bataille ; le désir de gloire l'emporta cette fois sur les conseils de ses lieutenants. Il plaça sa gauche et son centre derrière un marais inaccessible qui les protégeait, mais les condamnait à l'inaction. Sa droite seule put combattre et se replia sous la poussée de forces accablantes. Villeroy ordonna la retraite; à un défilé qu'il fallait franchir pour gagner Louvain, quelques voitures brisées encombrèrent la route, où des fuyards jetèrent alors le cri de « sauve qui peut » ! et amenèrent une panique générale. La bataille n'avait coûté que 2000 hommes; la retraite en coula 6000, 54 canons, beaucoup de drapeaux (23 mai 1706).
Anvers, Ostende, Bruxelles, les principales villes des Pays- Bas, tombèrent l'une après l'autre presque sans résistance. Marlborough reçut leur soumission au nom de « Charles III ». Il les eût gagnées en leur promettant le retour de leurs anciens privilèges, si ses cupides alliés de Hollande ne se fussent obstinés à vouloir leur faire payer les frais de la guerre.
ViUars sur la Moselle et le Rhin. — Tandis que Villeroy, « vieux ballon ridé dont tout l'air qui l'enflait était sorti » (Saint-Simon), retournait à Versailles recevoir les consolalions de son maître, Villars, retranché a Sierck et le long de la Moselle, empêchait Marlborough, maître des Pays-Bas, de
prendre à revers TAlsace et les Trois-Evèchés : t Servez-voos (le moi, avait-il dit au roi ; je suis le seul général en EuroK dont le prestige à la guerre n'a pas été altéré. » Il croyait pn^ fondement en lui-même : toutes ses lettres en témoignent. Aiec une armée qu'il trouva sans cadres et où les régiments étûem commandés par des lieutenants, il inspira confiance à sci subordonnés et en imposa à Tennemi.
Passant sur la rive droite du Rhin, il se déploya hardimeiil devant les lignes dites de Stollhofen, qu'il avait tournées ei 1703. Ces lignes en amphithéâtre s'étendaient surun front de douze lieues, de Philipsbourg aux montagnes, couvraal l'Allemagne et les États héréditaires. Villars, par d'habiles manœuvres, surprit leurs défenses et les emporta sans lutte. 11 revint dès lors à de hardis et vastes desseins : délivrer U Bavière, tendre la main au roi de Suède maître de la Saxe, ranimer la révolte expirante en Hongrie. En attendant, il pousse ses avant-gardes jusque sur le champ de bataille de Hochstdpdt, enlève Stuttgart, Heidelberg, Mannheim, impose des contributions et jette la terreur d'un bout à l'autre de h Franconie. < Il fait bien ses affaires », disait^on de lui au roi. Et le roi répliquait: « Oui, mais il fait bien aussi les miennes, i
On verra plus loin les efforts qui furent tentés à la fois par la France et par la coalition auprès de Charles XII à son camp d'Altranstadt \ A Villars, qui lui demandait de recommeucer Gustave-Adolphe, le roi de Suède se contenta d'envoyer son portrait avec de vains compliments : il allait prendre la rouie de Moscou, Avant la (in de la campagne, Villars dut détacher une partie de ses troupes pour secourir la Provence envahie, et repassa le Hhin avec [>lus de butin que de gloire.
Perte du Milanais : Turin. — En Italie, Vendôme, assista de son frère, le grand-prieur, continuait àpunir le duc de Savoie de sa défection en roiluisant ses places, et, d'autre part, tenait en res[)ect le prince Eugène. Les batailles de Cassano (août 1"03) et de Calcinalo (19 avril 170G), contre les Impériaux, laissèrenl la fortune au moins indécise; mais les ordres venus de Yer-