LES GRANDS REVERS DE LÀ FRANGE
Frison Grovestins, qui, avec 1300 cavaliers, était parvenu impunément jusqu'aux portes de Versailles, et se retirade même par la Champagne et la Lorraine.
Comme il savait les Flamands las de leurs nouveaux maîtres, Vendôme se hasarda à reprendre Toffensive, réoccupa Gand (5 juillet), Ypres et Bruges. Il voulut ensuite s'assurer à Oudenarde du passage de TEscaut; mais ici la paresse, Tapathie, rimpéritie du duc de Bourgogne, commandant en lilre, amenèrent une nouvelle défaite. A Taffaire d'Oudenarde (11 juillet), les ennemis furent repoussés sept fois, bien que, pendant les chaînes de Vendôme, le duc de Bourgogne restât obstinément immobile et regardât le combat « comme on regarde TOpéra des Iroisiëmes loges > (Saint-Simon). A la fin de la journée, les perles étaient égales des deux parts ; les Français n'avaient perdu ni canons ni drapeaux. Vendôme était d'avis de reprendre Tattaque le lendemain; mais le duc de Bourgogne ordonna la retraite, et celte retraite, comme à Ramillies, fut une déroute; on ne s'arrêta qu'au delà de Lille. Les coureurs ennemis se répandirent dans l'Artois et le rançonnèrent.
Lille, investie (12 août), fut admirablement défendue par le vieux maréchal de Boufflers, qui se multiplia, ménageant ses vivres, disputant pied à pied le terrain, réparant la nuit les brèches faites pendant le jour, livrant quinze combats. Enfin, quand il eut perdu la moitié de son monde, après neuf semaines de siège, il capitula pour la ville (22 octobre). Il tint encore près de deux moisdans la citadelle (10 décembre). Il avait attendu jusqu'au bout une armée de secours; mais Vendôme et le duc de Bourgogne, toujours en querelle, se mirent en marche trop lard et n'entravèrent même pas le ravitaillement des assiégeants. Boufflers fut récompensé comme il le méritait, Vendôme disgracié, et le petit-fils du roi revint à Versailles discrédité auprès des gens du métier et chansonné par le public.
Affaires de Neuchàtel et d'Ecosse. — Ailleurs lu guerre languit. Elle faillit toutefois éclater sur le Jura, garanti d'ordinaire par la neutralité suisse. Le nouveau « roi en Prusse », cjui venait d'enlever à un prince français la successsion de Neuchàtel, était allié à la maison d'Orange et, en cette qualité,
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croyait posséder des droits sur les biens des Chàlon situés en Franche-Comté. Les Bernois, ne fût-ce que pour obtenir le sel comtois à meilleur marché, encourageaient des prétentions qui s'étendaient en secret à la province entière.
En d'autres temps, Louis XIV eût répliqué à de telles provocations par l'occupation de Neuchfttel; il se contenta d'insister auprès des Treize-Cantons pour qu'ils prissent cette principauté sous leur garde jusqu'à la fin de la guerre. Des troupes furent réunies au pied du Jura et, cette démonstration aidant, un accommodement fut conclu à Aarau (avril 1708). Il assuraitàla France la neutralité de Neuchâtel avec celle des Cantons suisses.
Au milieu de ses revers, Louis XIV n'oubliait pas les Stuarts. Dès 1704, il voulait prendre la revanche des intrigues anglaises dans les Cévennes. Les Ecossais étaient mécontents de leur récente union politique avec l'Angleterre '. Certains d'entre eux promirent une armée à l'héritier de Jacques II, s'il se montrait à eux avec quelques auxiliaires français. Une flotte fut équipée à Dunkerque sous les ordres de Forbin. Diverses circonstances, entre autres une maladie de < Jacques III », retardèrent son départ. Les Anglais eurent le temps d'appeler des troupes de Flandre et de se préparer à la défense. Forbin, arrivé devant les côtes d'Ecosse, chercha en vain les signaux convenus en cas de débarquement possible et dut revenir à Dunkeniue. L'année précédente, des incidents de même nature avaient empoché l'arrivéo sur les cotes de Guyenne d'une flotte anglaise, avec un corps de réfugiés huguenots destinés à rallumer l'insurrection dans le midi de la France.
Détresse de la France. — Cependant Louis XIV, imperturbablement fidèle à sa politique religieuse, faisait fermer et détruire l'abbaye d(^ Port-Royal-des-Champs, dernier rempart du Jansénisme * : pauvre revanche de ses revers, qui ne rétablissait pas plus la paix dans les âmes que les luttes désespérées de ses c^éiiéraux ne préparaient la paix avec l'Europe. L'argent est le nerf de la guerre, et il manquait de plus en plus'.