TRAITÉS D'UTRKCHT; PIN DE LOUIS XIV
Philippe Y, afin de diminuer les chances de la maison de Savoie, modifia la loi traditionnelle de la succession au trône (1714) et fit accepter une sorte de demi-loi salique qui faisait passer avant les infantes tous ses descendants mâles, en ligne directe ou collatérale, nés sur le territoire du royaume.
La France, elle aussi, paya par diverses concessions la reconnaissance de la maison de Bourbon en Espagne. Si elle obtint la restauration dans leurs Etats de ses alliés, les Electeurs de Cologne et de Bavière, elle évacua la Lorraine, céda dans les Pays-Bas Tournay, Ypres et Fumes, afin de recouvrer Aire, Béthune et Saint- Venant. Elle échangea avec le duc de Savoie la partie du Dauphiné située dans la vallée du Pô (Exiles, Fenestrelle) contre la vallée de Barcelonnette, placée sur le versant français des Alpes. Elle dut reconnaître la dynastie protestante en Angleterre et éloigner le prétendant « Jacques III », s'engager à ne pas relever les fortifications de Dunkerque, céder dans l'Amérique du Nord la baie et le détroit d'Hudson « avec les terres en dépendant », TAcadie « conformément à ses anciennes limites », alors très mal connues, Terre-Neuve et les îles adjacentes sauf deux; enfin abandonner au profit du Portugal ses prétentions sur les terres situées entre la Guyane et le Brésil, entre TOyapoket TAmazone, limites alors et depuis très incertaines, et dont l'incertitude a créé, entre la France et le Brésil, héritier du Portugal, la question de la Guyane contestée. Nouvel état de TEurope. — La succession d'Espagne réglée, les maisons de France et d'Autriche n'avaient plus de raison de poursuivre leur lutte séculaire, et l'idée d'une alliance entre elles fut, dès cette époque, entrevue. Pour la première, tout s'efface d'abord devant ce grand résultat, si chèrement acheté, mais conforme à la tradition de Richelieu : le remplacement à Madrid d'un Habsbourg par un Bourbon. La seconde, en revanche, s'est agrandie par compensation aux Pays-Bas et surtout en Italie : avantages tout apparents, car la fille de ce Charles VI, qui vers 1708 affectait à Milan l'attitude d'un Frédéric Barberousse, devra chercher dans la Hongrie demi-barbare un secours suprême contre la rivalité triomphante de la Prusse et la coalition de l'Europe continentale.
Histoire GéniRALC. VI. 40
Parmi les autres signataires de la Grande Alliance, la Hollande tombe du premier au second rang : elle vient d'obtenir l'extension de sa Barrière contre la France, c'est-à-dire le dniit de garnison dans huit places fortes des Pays-Bas autrichiens et le droit de fermeture des bouches de l'Escaut au profit de son commerce : vains avantages qui disparaîtront soudain avant h fin du siècle, lorsque, sans coup férir, les Autrichiens occup^ ront les places de la Barrière, lorsque les Prussiens de Brunswick, puis les Français de Pichegru, entreront à Amsterdam. In autre Etat, le Portugal, passe du deuxième au troisième rang, devenu désormais, pour la politique et le commerce, une dépendance de la Grande-Bretagne. Tel est le sort commun de deux clientes ingrates de la France, qui lui devaient Tune la constitution, l'autre la restauration de son indépendance, et qui se courbent désormais sous la suprématie anglaise.
Trois nouvelles maisons royales recueillirent les profits du nouvel état de choses : celles de Hanovre en Angleterre, de Brandebourg en Allemagne, de Savoie en Italie.
L'Angleterre obtint pour un siècle, par les privilèges commerciaux et les ports arrachés à l'Espagne, par les territoires enlevés à la France dans l'Amérique du Nord, la prépondérance sur les Océans et dans la Méditerranée. De plus, en faisant reconnaître par les monarchies de droit divin sa dynastie élue. elle fit prévaloir ce principe, nouveau au moins en France, que les successions royales se régleraient non par les droits inalié nahles des souverains, mais par les intérêts changeants Je> peuples.
Sur le continent, l'Electeur de Brandebourg et le duc ik* Savoie, parés également du titre royal, acquéraient d'un seul coup dans le concert européen une grande place, due moins à leur territoire encore restreint qu'à leur imperturbable confiance dans l'avenir. Déjà, l'un possédait des domaines à toutes les frontières et sur tous les fieuves de l'Empire germanique; l'autre tenait dans sa main les deux extrémités de l'Italie. Ici el là, commençait la série des évolutions qui ont abouti de nos jours, sous Tépée piémontaise ou prussienne, à l'unité italienne et à l'unilo allemande.