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LA PAIX ÙV NOM

terminer celte guerre du Nord dont il rendait le despotisme responsable. Prenant le contre-pied des idées de Gœrtz et Charles XII, il se rapprocha du Hanovre, de la Prusse, du Danemark. Il conclut avec le roi George le traité de Stockholm (20 novembre 1719), par lequel on cédait les principautés de Brème et de Verden, moyennant un million de riksdales. Avec la Prusse, autre traité de Stockholm (21 janvier 1720), par lequel on lui abandonnait Stettin, toute la Poméranie antérieure jusqu'à la Peene, moyennant 2 millions d'écus. Avec le Danemark, troisième traité de Stockholm (9 juin 1720), par lequel cet Etat consentait à rendre toutes ses couquôtes, moyennant 600 000 écus et l'abandon de la part suédoise dans le péage du Sund. Ainsi on avait renoncé à presque toutes les possessions suédoises en Allemagne, renoncé à tous les « équivalents » rêvés par Charles XII dans le Saint-Empire et en Norvège, et c'était à la reprise des conquêtes russes qu'on prétendait consacrer tout ce qui restait de forces à la nation. La Suède aurait mieux fait d'accepter les propositions russes du congrès d'Aland : elle se serait épargné les concessions en Allemagne et n'aurait pas fait de plus grosses concessions au Isar; elle n'aurait pas subi les désastreuses campagnes de 1719-1720, pour en venir, en somme, à laisser aux Russes tout ce qu'ils avaient d'abord demandé. Son obstination devait amener la rupture du congrès d'Aland (septembre 1719).

Reprise de la guerre entre Russie et Suède. — Quand le tsar vit l'obstination du nouveau gouvernement à repousser ses offres, il se décida, sans rompre encore les pourparlers, à dompter la Suède par une guerre de dévastation. En juillet 1719, Apraxine aborda sur la côte de lTpland, incendiant 2 villes, Osthammer et Oregrund, 135 villages, quantité de châteaux des nobles, détruisant les moulins, les usines, les mines, les forêts, massacrant les hommes et les animaux, pénétrant jusqu'à Kexholma à 7 milles de Stockholm, poussant les Kosaks presque en vue de la capitale. Ostermann, alors à Stockholm, eut à subir les plus violentes sorties des sénateurs suédois, du roi et de la reine. Il répondait avec flegme : « Signez avec moi un traité préliminaire, et les hostilités s arrê-

leront aussitôt. * A ceux qui lui remontraient que ces ravages ne faisaient que fortifier en Suède le parti de la guerre, il répondait : « Soyez sûrs que si la guerre continue, la forme actuelle de votre gouvernement ne pourra subsister : cela finira par un soulèvement du peuple. » Les Suédois, ayant désintéressé le roi George, comptaient maintenant sur le concours de la flotte anglaise pour empêcher un nouveau débarquement des Russes. Elle parut, en mai 1720, dans la Baltique, sous le commandement de l'amiral Norris, mais elle ne put ou ne voulut pas suivre les chalands moscovites dans les bas-fonds. Les Anglais, ne voulant pas s'engager à fond, proposaient la médiation britannique, essayaient d'intimider le tsar. Mais, pendant ce temps, le brigadier Von Mengdcn débarquait en Suède, pénétrait à 5 milles dans l'intérieur du pays, brûlait encore 2 villes, 41 villages, un millier de fermes. Le tsar se félicitait surtout que cet exploit « eut été accompli en présence des alliés de la Suède (les Anglais), qui n'ont rien pu empêcher j». Du reste les Russes n'avaient rencontré dans le pays aucune résistance : il semblait qu'il n'y eût plus d'armée suédoise.

Médiation de la France. — L'essai de médiation armée avait donc mal réussi aux Anglais : elle fut, dans le parlement britannique, un sujet de risées et d'attaques violentes contre le ministère whig. Où l'Angleterre avait échoué, la France allait réussir. Le traité d'Amsterdam (1117) l avait constituée médiatrice entre la Russie et la Suède et garante de la paix « éventuelle » du Nord. Si le Régent paraissait oublier le rùtc qui lui incombait, le tsar ne négligea rien pour l'en faire se souvenir. Pourtant le rôle suspect de Pierre dans les intrigues jacobites avait amené un certain refroidissement entre les deux cours. En 1718, Dubois faisait des reproches amicaux à Schleinitz, le ministre russe à Paris : « Que veut le tsar? S'affermir sur la mer Baltique et développer son commerce? Pour cela, il peut trouver des moyens plus sûrs que l'alliance espagnole ; le Régent est disposé à l'y aider. L'accroissement de la puissance de l'Empereur, son alliance avec l'Angleterre ne plaisent pas à la Russie? Ils ne plaisent pas davantage à la France. Il faut d'abord que l'Espagne s'accommode avec l'Empereur; et alors

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elle pourra former une alliance avec la Russie, la Suède, la France, la Prusse. » Après cette leçon de politique, Dubois se jelait sur Schleinitz et l'embrassait. Des rapports de celui-ci, le tsar concluait qu'il y avait lieu de ménager la France, malgré son alliance avec l'Angleterre. Il eut l'idée de demander Louis XV pour parrain d'une fille qui venait de lui naître (Xatalie, qui ne vécut pas). Villeroy, gouverneur du jeune roi, approuva l'idée, alla plus loin, regrettant que la princesse fût un peu jeune : sans quoi elle pourrait devenir reine de France. Dubois fit écarter le parrainage, sous prétexte que, d'après les lois de l'Église catholique, ce serait quelque jour un obstacle an mariage. Ainsi germait cette idée d'alliance matrimoniale qui devait si souvent revenir sur l'eau.

Quant à la médiation française dans le Nord, elle s'exerça d'abord dans un sens fort opposé aux vues de Pierre le Grand. Campredon, notre ministre à Stockholm, s'employa énergiquement à faire la paix entre la Suède et le Hanovre, la Prusse, le Danemark; les sommes payées à la Suède par le Hanovre et la Prusse, jointes aux subsides français, lui permirent de continuer sa lutte contre la Russie. Puis, le tsar, non moins las de la guerre que les autres belligérants, ayant formellement réclamé la médiation de la France (20 mai 1"20), des instructions furent envoyées à Campredon. Il lui était permis d'agir « ou comme ministre du roi de France, ou comme ayant commission du roi de Suède ». Il partit de Stockholm le \CT février 1121, porteur des instructions suédoises, et entra le 18 à Pétersbourg. Son arrivée dans cette ville y aurait causé une joie « inexprimable ». Le tsar, après l'avoir invité à une de ses « assemblées », le mit en rapport avec ses plénipotentiaires, Golovkine, Tolstoï, Chafirof. Lorsque le Français leur parla de concessions à faire par les Russes, il rencontra chez eux une résistance obstinée : ils s'en tenaient aux propositions faites dans le congrès d'Aland. Pierre le Grand parut à l'une de ces conférences, en costume de matelot, et Campredon nous dit : « Il me répondit que je pouvais assurer qu'il garderait les cessions pour lui, ajoutant en riant que Dieu le punirait s'il retranchait de son empire, pour faire plaisir à un autre, le fruit de tant de

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sang, de peine et d'argent. » Le Isar ajoutait : « Je ne veux pas voir de mes fenêtres la terre de mon ennemi. » Il conclut en disant que si la Suède s'obstinait, il y ferait entrer 5 ou 6000 Kosaks qui mettraient tout à feu et à sang. Campredon essaya encore d'endoctriner les ministres russes, leur citant des exemples de modération célèbres dans l'histoire; mais « ces messieurs se mirent à rire à gorge déployée et me demandèrent si je parlais sérieusement ». Trouvant les Russes inflexibles, il dut retourner à Stockholm, où il tint une conférence avec le roi de Suède et ses conseillers, et les convainquit de l'impossibilité de faire céder le tsar, comme de continuer la guerre.

Traité de Nystad (1721). — La paix fut donc signée le 10 septembre 1721, à Xystad (Finlande). La Suède cédait au tsar la Livonie, l'Esthonie avec l'île d'Œscl, l'Ingrie, une partie de la Karélie avec Kexholm, un district de la Finlande méridionale avec l'importante place de Vyborg. Les habitants des pays cédés conservaient leur religion et tous les droits dont ils avaient joui sous la couronne de Suède et recouvraient les biens qui avaient pu être confisqués. Des avantages commerciaux étaient stipulés de part et d'autre. Ainsi se terminait une guerre de vingt et un ans que la Suède aurait pu arrêter au lendemain de la prise de Stralsund.

Le titre impérial du tsar : sa puissance dans le Nord. — A Pétersbourg, la paix fut célébrée par toute une semaine de réjouissances. Pierre le Grand, si économe, brûla pour 12 000 roubles de poudre. Si grande élait sa joie d'être enfin débarrassé de cette longue guerre que, monté sur une estrade devant tout le peuple, il but à la santé de ses sujets et que, dans un festin, il dansa sur la table el a chanta des chansons » « On but beaucoup » : Campredon nous fait confidence de son angoisse quand apparaissait le « calice de douleur », une énorme coupe d'alcool portée sur les épaules de deux soldats. Le Sénat et le Saint-Synode décernèrent au tsar les titres de Grand, <le Père de fa Patrie et d'Empereur de toutes les Russies (c'est la première fois que le titre de tsar se transforme en celui d7wy>erator). La joie des Russes et de leur empereur se comprenait. La Hussie, naguère sans littoral, devenait puissance prépondé-

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