‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 100 sur 219 · Voir cnlessous. vol. VIII · texte numérisé non relu

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L'AMÉUIIJI'E

île les en déloger par une attaque sur Germantown, faubourg de la ville. Il fut repoussé avec de grandes perles, et s'établit, pour biverner, à Valley-Forge'.

Les Américains furent plus heureux au nord. Gates, avec 10 000 hommes, avait été chargé d'arrêter, sur le haut Hudson, la marche d'un corps d'invasiou composé en grande partie de troupes allemandes, que le général Burgoyne dirigeait de Montréal sur la frontière du New- York pour attaquer les Américains par le haut pays, s'emparer du cours de l'Hudson et couper en deux la confédération rebelle. Burgoyne ne put aller plus loin que Saratoga : ses troupes fondaient à mesure qu'il s'éloignait de sa base d'opération ; celles de Gates se grossissaient des milices appelées des Etats du voisinage. Une première défaite à Bennington (16 août) fit pressentir à Burgoyne son sort prochain. Battu encore le 19 septembre à Bemus Heigths, écrasé le 7 octobre à Saratoga, il dut capituler le 16 du même mois avec 6000 hommes, ce qui lui restait de son armée, si brillante quelques semaines auparavant.

Les Américains et l'opinion en France. — La nouvelle de la capitulation d'une armée anglaise devant les milices américaines produisit un grand effet en Europe. Elle décida la cour de France à traiter ouvertement avec les Étals-Unis.

Le Congrès américain avait reconnu de bonne heure la nécessité de chercher un appui et des secours au dehors. Sileas Dcane, puis Franklin, le représentèrent officieusement près la cour do Versailles, dont il s'agissait d'obtenir une coopération efficace. Franklin, déjà connu dans l'ancien monde par ses tra-

1. Une lettre «le Kall>, du 24 septembre 1717, au comte de llroglic, contient ce juge meut un peu imprévu sur le commandant en chef de l'armée américaine : » Je ne vous ai encore rien dit du caractère du pénéral Washington. C'est l'homme le plus aimable, le plus honnête; mais comme général il est trop lent, même indolent, beaucoup trop faible et ne laisse pas d'avoir sa dose de vanité et de présomption. Mon opinion est, que, s'il fait quelque action d'éclat, il la devra toujours plus à sa fortune ou aux fautes de ses adversaires qu'a sa capacité. Je dirai même qu'il ne sait pas prolller des fautes les plus grossières de l'ennemi. • El Kalb ajoute : « Il n'a pu encore se défaire de son ancienne prévention contre les Français. • Cette appréciation, fort injuste, était sans doute l'écho de ce que disaient tout haut au Congrès les amis de plusieurs généraux, jaloux du commandant eu chef. Trcnton, Princeton, Monmonlh, Yorktown, protestent contre ces accusations de mollesse, pour ne point parler de celles d'incapacité.

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vaux scientifiques, fut rapidement très populaire en France, et trouva le plus gracieux accueil auprès des grands comme auprès des écrivains, des philosophes et des savants. Il y avait dans tous les rangs de la nation un désir de revanche contre les défaites humiliantes de la dernière guerre, et ce sentiment faisait enflammer volontiers les gens pour la cause de populations qui voulaient devenir indépendantes de la Grande-Bretagne. L'entraînement fut irrésistible. L'occasion parut belle à tous les soldats de fortune. Les commissaires du Congrès étaient assaillis de demandes pour le service dans l'armée continentale: plus tard on fit quelque reproche à Sileas Deane, môme à Franklin, d'avoir trop aisément concédé grades, emplois, émoluments, à des étrangers qui ne rendirent point les services promis et furent parfois un sérieux sujet d'embarras.

La politique de Vergennes. — Les affaires d'Amérique avaient été pour Choiseul, ainsi que l'établit sa correspondance avec ses agents de Londres, un sujet constant de préoccupations Dès 1769 il avait étudié la question sous tous ses aspects : les ressources des colonies, les moyens de les secourir si elles se révoltaient. Vergennes trouva, dans les papiers de son département, lorsqu'il fut appelé en i774 aux Affaires étrangères, les éléments essentiels d'une solution. Mais il résolut de faire reposer sur l'alliance avec l'Espagne toute la politique extérieure de la France. C'était la tradition du Pacte de Famille. La question de l'appui à donner aux insuryents fut traitée en 1776 dans le conseil du roi. Vergennes était d'avis que l'on

I. Après 1163, la France n'avait plus de vaisseaux. Choiseul (voir ci-dessus, p. 350), en fit reconstruire. Il restait heureusement un bon personnel d'officiers, de matelots et d'ingénieurs savants; Sarline continua sous Louis XVI l'œuvre de Choiseul. Il rétablit la discipline et le sentiment de la dignité professionnelle dans les rangs des officiers de mer. Kn quelques années d'une impulsion énergique et intelligente, jaillit, comme une protestation contre les hontes passées, la belle marine de Louis XVI, où s'illustrèrent d'Eslaing, d'Orvilliers, de Grasse. Guiehen. Lamolte-Picquet, SufTren. et qui tint en échec dans les mers d'Europe, d'Amérique et d'Asie toutes les forces navales de la Grande-Bretagne. Non pas que ces émules des Duquesne et des Tourville aient remporté de ces victoires éclatantes qui décident du sort «l'une guerre; les grandes batailles navales qui seront livrées durant les cinq années de illX à 11X3 seront des batailles indécises et nous subirons une grande défaite. Mais c'est beaucoup déjà que notre marine, ressuscilée après quatre-vingts ans de décadence, pourra braver les flottes d'Angleterre, si bien équipées, et commandées par des hommes comme Keppel, Byron, Rodney.

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gagnât encore une année, tout en se préparant à la guerre en soutenant le courage des Américains par des faveurs secrètes. Turgot était d'avis que l'on temporisât indéfiniment. L'avis de Vergennes prévalut. Des pourparlers furent engagés avec l'Espagne. Beaumarchais fut choisi par le ministre pour elre le « négociant fidèle et discret » qui dissimulerait, sous les dehors d'une entreprise privée, la participation du gouvernement à l'armement des colonies. Il établit la maison Hortaies et Cia pour centraliser les envois. Par elle, le Congrès reçut deux millions de livres donnés par les rois de France et d'Espagne, 200 pièces de canon, des armes de toute espèce prises dans les arsenaux, 4000 tentes, des vêtements pour 30 000 hommes.

Les volontaires; La Fayette. — L'alliance formelle eût peut-être été conclue dès la fin de l'année 1*776, après la déclaration de l'indépendance, si la nouvelle des premières défaites des Américains n'avait un peu refroidi l'enthousiasme, et incliné les politiques à plus de circonspection. L'esprit public, toutefois, restait favorable à la cause des insurgents. En février 1777, La Fayette, qui avait vingt ans à peine, signait avec Franklin un engagement définitif. Le 20 mars, emmenant Kalb et onze autres officiers, il s'embarqua à Pasages sur la Victoria, bâtiment équipé à ses frais Sa famille et le gouvernement avaient

1. La Fayette débarqua avec ses compagnons à Georgetown, dans la Caroline du Sud. On leur fit féte à Charleston, capitale de l'Etat, mais le voyage par terre, de Charleston à Philadelphie, trente-deux jours, fut des plus pénibles, et la façon dédaigneuse avec laquelle ils furent reçus à leur arrivée les slupélîa. Le moment était peu favorable. Les Français qui les avaient précédés, ceux notamment qui accompagnaient Ou Coudray, avaient, par leur attitude arrogante et leur incapacité prétentieuse, jeté un grand discrédit sur la classe d'aventuriers européens que ne cessait d'envoyer Deane. On eut plus d'égards pour La Fayette, à cause de son nom et de son rang. Comme il se plaignait du peu de considération que lui témoignait le Congrès, on lui envoya - un chariot à quatre chevaux • pour faire cesser ses plaintes. On le confia à Washington, qui se prit d'amitié pour lui et l'employa comme une sorte d'officier d'ordonnance. La Fayette avait offert de servir comme, volontaire, sans solde, mais avec le grade stipulé dans son engagement. On lui donna satisfaction. Il fut fait major-général, sans solde, il est vrai, et sans commandement.

Quant aux officiers qui s'étaient embarqués avec lui, et que son propre succès lui lit quelque peu oublier (Kalb, Mauroy, Valfort, Fayolles, Franval, Dubuysson, Gimal, Dubois-Martin, Vrigny, Bedaulx, Colombe, Capitaine, Candon). le Congrès résolut «le les renvoyer en Europe en payant leurs dépenses de voyage et de séjour. Il en cortta 18 000 livres; an commencement de <7"8, la plupart des

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cherché vainement à le retenir. Son départ fut un coup de théâtre. La foule applaudit. L'opinion des salons et des nouvellistes imposa silence aux improbations. Les visiteurs afflueront plus nombreux que jamais dans la maison de Franklin, à Passy, des gazetiers. des officiers, même des maréchaux de France (Maillebois, de Broglie). On avait déjà traduit à Paris les o Articles de confédération » et quelques-unes des constitutions particulières. On ne tarissait point d'éloges sur ces chartes des libertés.

Conclusion de r alliance; la bataille d'Ouessant (1778). — Vergennes faisait de grands efforts pour entraîner la cour de Charles III dans une action commune et n'v réussissait guère. Il n'aurait point voulu cependant que la France s'engageât seule; mais, après Saratoga, il ne résista plus au courant. Franklin fut avisé, le 17 décembre 1"", que le roi avait décidé de reconnaître l'indépendance des États-Unis et de signer avec les Américains un traité d'amitié et de commerce. L'Espagne ne se décidant toujours pas, le ministère passa outre; les signatures furent données au traité le 6 février 1718. Les conventions comportaient, outre les arrangements commerciaux, un traité éventuel d'alliance, pour le cas où l'Angleterre déclarerait la guerre à la France. Le gouvernement du roi garantissait aux Etats-Unis leur indépendance et la possession d<»s territoires occupés par les Etats à la fin de la guerre. Les Etals- Français qui s'étaient rendus en Amérique sur la Victoire avaient déjà quitté l'Amérique.

Kalb resta néanmoins et Dubuvsson, qu'il garda avec lui. Le tl octobre, Kall» raconte au comte de Broglie, qui s'intéressait \i veinent aux choses d'Amérique et avait révé d'y être appelé comme stathouder. la bataille «le Germantown à laquelle il a assisté. Le 2 novembre, il lui énumèreles officiers français qui servent dans les rangs américains : La Fayette. Du Portail, La Kadiere, Laumov. (iovion, Omway, Fleury, Maiiduit, Failly, Malmédy, La Ha line. Il raconte aussi la mort récente de Du Coudray noyé dans le Schnylkill. (Voir la correspondance de Kalb avee M"" de Kalb et avec le comte de Broglie, et une lettre de Dubuysson à ee dernier, septembre 1777, documents publiés par M. Doniol dans Im Participation de la France.)

La Fayette fut blessé à la bataille de la Brandywine. Au mois de décembre suivant, sur la proposition d-e Washington appuyant un rapport élogieux de Oreene sur cette journée, le f'ongrès décida de lui conller une division. Kall>, peu de temps après, fut ehargé également du commandement d'une division avec le grade de major-général. La Fayette rendit les plus grands services h la cause des insurgents, et les Américains de toutes les générations lui ont payé un large tribut de reconnaissance.

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Unis garantissaient à la France ses possessions en Amérique. Les contractants s'engageaient à ne conclure aucune paix ou trêve sans l'assentiment l'un de l'autre.

Sartine fit armer immédiatement à Brest une flotte destinée à retenir en Europe la majeure partie des forces navales de l'Angleterre. Il organisa en outre à Toulon une division de douze vaisseaux, que d'Eslaing fut chargé de conduire en Amérique et qui partit le 13 avril. Le cabinet anglais, dès qu'il eut reçu du gouvernement français la noliticalion du traité, rappela l'ambassadeur. Lord North aurait voulu céder sa place à lord Chatham, mais le roi se refusa obstinément à ce changement; d'ailleurs Chatham mourut le 11 mai suivant. L'Angleterre fit d'énergiques préparatifs pour la guerre avec la France et envoya au Congrès des propositions très conciliantes, que les Américains ne consentirent même point à examiner.

Le il juin, la frégate française la Belle-Poule rencontra une frégate anglaise, YArSthuse, échangea avec celle-ci des coups de canon pendant plusieurs heures, et rentra à Brest dans un fort mauvais état, mais ayant maltraité plus encore le navire ennemi. Peu de jours après, le comte d'Orvilliers, commandant de la flotte de Brest, sortit du port à la recherche des vaisseaux de l'amiral Keppel, qui sortit de Plymouth presque en même temps. La rencontre eut lieu le 27, à l'ouest de l'Ile d'Ouessant. Keppel avait 30 vaisseaux; nous en avions 32; notre artillerie était un peu moins forte que celle de l'ennemi. Après une vigoureuse canonnade, les bâtiments anglais s'éloignèrent peu à peu et regagnèrent Plymouth. L'issue était honorable pour nos armes, rien de plus; mais on avait tant craint la défaite que l'opinion publique, à Paris, accueillit avec enthousiasme la nouvelle d'une bataille où une flotte française avait tenu tète à une flotte anglaise et l'avait contrainte à faire retraite en cachant ses feux. On regretta que les fautes commises par une partie de l'escadre eussent empêché celte bataille indécise de se transformer en une grande victoire. En Angleterre, le résultat du combat d'Ouessant fut, sans hésitation, interprété comme un échec. La flotte de d'Orvilliers ne fit d'ailleurs plus rien, et rentra à Brest pour n'en sortir qu'au printemps de 1779.

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Monmouth (1778). — La nouvelle de la conclusion du traité parvint au Congrès le 3 mai; il le ratifia aussitôt. La joie fut profonde à York, où siégeait l'Assemblée, et à Valley-Forge, où l'armée venait de passer un hiver des plus pénibles. On ne comprend pas que les Anglais, bien nourris et bien abrités à Philadelphie, n'aient pas eu l'idée, pendant ces long mois, d'attaquer les restes misérables de l'armée do Washington, dont ils auraient eu si aisément raison. Le coup de foudre de l'alliance les réveilla de leur joyeuse indolence comme il réveilla les Américains de leur torpeur. L'armée et le Congrès acclamèrent le roi de France comme « le protecteur des droits du genre humain » ; puis on attendit les premières conséquences du grand événement.

Les Américains, épuisés par deux années d'efforts, n'eussent sans doute pas été capables de reprendre Philadelphie. Mais Clinton, successeur de Howe, sachant que d'Estaing ne pouvait tarder à paraître à l'embouchure du Delaware, se décida à évacuer la ville (17 juin). Washington le suivit dans sa retraite à travers le New-Jersey, heurta son arrière-garde à Monmouth (28 juin), le poussa jusqu'à Slaten-Island, et alla reprendre son ancien poste d'observation sur l'Hudson.

y D'Estaing en Amérique et aux Antilles (1778-1779). — Malheureusement d'Estaing, parti le 13 avril de Toulon, n'arriva que le 8 juillet dans la baie de Delaware, quand l'armée anglaise était déjà en sûreté à New-York. Appelé devant cette place par Washington en vue d'une attaque combinée par terre et par mer, il ne put faire franchir à ses bâtiments la barre de Sandy-Hook. Une tempête dispersa l'escadre au moment où elle allait aider les Américains à reprendre Newport. D'Estaing dut aller réparer ses avaries à Boston, puis mettre à la voile pour les Antilles sans avoir obtenu, en 1778, aucun avantage que de montrer le pavillon français dans des eaux où n'avait flotté jusqu'alors que le pavillon britannique.

La détresse financière empêcha les Etals-Unis de tenter de grands efforts en 1779. Le Congrès soutint le mieux qu'il put Washington dans sa résistance tenace aux causes de dissolution de l'armée. Les Américains dans les Highlands, les Anglais

l'ambriqi'e

dans New-York, passèrent l'année à s'observer. Les gens du Sud, profitant d'une nouvelle apparition de d'Estaing sur la cote, en 1779, tentèrent de reprendre avec son aide la ville de Savannah (Géorgie), que les Anglais avaient occupée en décembre 1778. L'assaut donné le 9 octobre échoua. D'Estaing y fut blessé. Les autres faits de guerre furent un brillant coup de main du général Wayne sur Stony-Point, l'évacuation do Newport par les Anglais, et les exploits maritimes de Paul Jones.

Aux Antilles, la France possédait Sainte Lucie avec la Guadeloupe et la Martinique. L'Angleterre avait la Barbadc, la Dominique, Saint-Vincent, Tabago, la Grenade, les îles Vierges, Saint-Christophe, Montserrat, etc., sans compter la Jamaïque. Bouillé, gouverneur français des îles du Vent, enleva la Dominique en août 1778, mais perdit Sainte-Lucie le 14 décembre.

D'Estaing, qui arrivait de son infructueuse campagne aux Etals- Unis, essaya vainement de reprendre cette île, et n'osa pas attaquer à fond une escadre ennemie commandée parBarrington. Il s'empara seulement de Saint-Vincent (février 1779). Puis, renforcé par des divisions arrivées de France, et ayant sous ses ordres des lieutenants comme Suffren et Lamotte-Picquet, il prit la mer le 31 juin 1779 avec vingt-cinq vaisseaux, enleva la Grenade (4 juillet) et engagea contre l'amiral Byron (6 juillet) une bataille qui fut presque une victoire. D'Estaing rentra en Europe après un détour vers le Nord, où il ne recueillit que l'échec de Savannah, relaté ci-dessus. 11 aurait rapporté de sa campagne de deux années des résultats autrement décisifs s'il avait pu mettre autant d'habileté dans la direction d'une grande flotte qu'il savait déployer de bravoure en conduisant une colonne à l'assaut.

Entrée de l'Espagne dans l'alliance (1779) ; échec du projet de descente en Angleterre. — Vergennes, après une nouvelle année d'un labeur diplomatique vraiment disproportionné avec le résultat obtenu, était parvenu à décider la cour de Madrid (1779). Les Américains n'inspiraient à l'Espagne qu'une médiocre sympathie, et ils ne tirèrent non plus que les Français grand profit de cette alliance. L'Espagne ne pensait qu'à Gibraltar et Vergennes dut promettre qu'on ne ferait pas

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la paix avant que les Espagnols l'eussent repris aux Anglais. Mais il fut entendu qu'avant de s'engager dans cette entreprise, on tenterait une descente en Angleterre. Quarante mille hommes furent réunis à cet effet sur les cotes de Bretagne et de Normandie; leur passage devait être couvert par les flottes espagnole et française.

D'Orvilliers commandait toujours à Brest. Mais depuis Ouessant sa flotte avait été laissée par le ministre de la marine dans un grand dénuement. Il ne put sortir qu'avec 28 vaisseaux (juin 1779) pour opérer sa jonction avec la flotte espagnole que commandait don Luis de Cordova. Lorsque l'armée navale combinée fut complète, elle comptait 66 vaisseaux et 14 frégates. A ce formidable armement l'Angleterre n'avait à opposer que 40 vaisseaux commandés par l'amiral Ilardy. 400 navires étaient réunis pour transporter les troupes massées au Havre et à Saint- Malo sous les ordres du maréchal de Vaux. L'affaire semblait devoir réussir. Mais les bâtiments espagnols marchaient mal, le scorbut ravageait les équipages des deux flottes, les approvisionnements firent défaut. Il manqua surtout aux chefs la résolution prompte, l'audace et l'intrépidité de volonté dans l'exécution. Après de longues manœuvres, les frégates de l'avantgarde s'emparèrent d'un vaisseau ennemi à l'entrée du port de Plymouth où la flotte anglaise s'était réfugiée. Un vent d'est violent rejeta les alliés dans l'océan Atlantique. Le 14 septembre, d'Orvilliers rentra à Brest, don Luis de Cordova fit voile pour Cadix. L'armée de terre fut disloquée.

Le gouvernement espagnol commença, dès le mois de juillet 1719, le blocus de Gibraltar. Mais l'amiral Rodney > détruisit, le 16 janvier 1780, une escadre commandée pardon Juan de Langara et mit Gibraltar en état de faire une longue résistance, puis il fit voile pour les Antilles, où Guichen le tint en échec dans trois combats indécis (17 avril, 15 et 19 mai 1780). Rodney avait obtenu au moins ce résultat que les Français ne purent

1. Cet officier était à Paris, au moment où In guerre éclatait entre la France et l'Angleterre. Il voulait aller prendre du service dans «on pays, mais ses créanciers ne le laissaient point partir. Le vieil esprit chevaleresque poussa le maréchal de Biron & prêter mille louis à Rodney pour que celui-ci put aller combattre la France.

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attaquer une seule des îles anglaises. En juin eut lieu à la Martinique la jonction des flottes française et espagnole, mais il n'en sorlit aucun résultat

Campagne des Caroline s (1780). — En 1780, les Anglais modifièrent leur plan d'opération en Amérique. N'ayant rien gagné au nord, c'est dans les Etals du sud qu'ils portèrent désormais leur principal eflbrt. Déjà ils avaient conquis la Géorgie, Charlcslon tomba entre leurs mains (12 mai 1780) et Cornwallis, lieutenant de Clinton, entreprit la conquête des Carolincs. 11 mit Gales en déroute (16 août), mais perdit son aile gauche, surprise et anéantie à King's Mountain par une troupe de volontaires accourus des vallées orientales et môme du versant occidental des Alleghanys (7 octobre). 11 dut rentrer dans la Caroline du Sud. Un nouveau succès des Américains à Cowpens (17 janvier 1781) ne l'empêcha cependant point d'envahir la Caroline du Nord, poussant devant lui Grecne, successeur de Gates, qu'il heurlaàGuilford-Court House (15 mars). 11 le battit, sans toutefois détruire sa troupe; lui-même avait subi des pertes énormes pour son très faible effectif. Il lui restait à peine 3000 hommes, qu'il alla faire reposer sur la côte, à Wilmington. Il fit venir là des renforts de Charleston, puis se dirigea, en avril, sur la Virginie, tandis que Greene, bien renforcé, s'enfonçait dans la Caroline du Sud, où il refoula successivement tous les détachements britanniques jusque sous les murs de Charleston.

Yorktown (1781). — Au nord, de grands changements s'étaient produits dans la situation depuis qu'une division française de troupes de terre, commandée par le comte de Rochambeau, était venue occuper (juillet 1 780) la ville de Ncwport (Rhode-

i. Les procédés dont l'Angleterre usait contre les navires de commerce de toutes les puissances de l'Europe amenèrent la formation, en 1780, de la Ligue des Neutres, comprenant la Russie, les États Scandinaves et la Hollande. Comme celle-ci n'avait ni (lotie, ni approvisionnements, aucun moyen sérieux de défense, et que ses possessions coloniales offraient une riche proie à saisir, l'Angleterre lui déclara la guerre. Hodney s'empara sans coup férir de l'île de Saint-Kustarhe (février 1 T .*» I j et de deux cents bâtiments de commerce qui se trouvaient dans le port. Il lit main liasse sur tout ce qui se trouvait dans l'île, marchandises étrangères ou hollandaises, propriété publique ou privée, vendit un*- partie des dépouilles h l'encan et expédia le reste en Angleterre. Mais Lamotlc-Pirquet surprit le convoi et son escorte, qu'il ramena triomphalement à Brest (avril 1781). Six mois plus tard, le marquis de Bouillé enleva Sainl- Euslache aux Anglais.

LA lil'EKKK 1)K L'i.NDKPENDANCK

Island), que les Anglais avaient du abandonner par crainte d'une attaque de d'Estaing. Cette division resta plusieurs mois inactive dans la baie de Narragansett, mais sa présence avec celle d'une escadre française qui accompagnait le corps expéditionnaire, paralysait toutes les forces de Clinton. Ce n'est plus celuici qui immobilisait l'armée de Washington ; il était à son tour immobilisé, et comme assiégé dans New- York par les Américains de Washington et par les Français de Rochambeau. La trahison du général Arnold (septembre 1780) ne lui apporta aucune force réelle. Il ne put employer le traître qu'à des expéditions de pillage sur les cotes de la Virginie.

Ce qui rendait Washington si timide en. apparence, qu'il semblait n'avoir d'autre objectif que de surveiller l'ennemi au lieu de l'attaquer, c'est l'impuissance où le réduisait l'absence d'un gouvernement fort, capable d'imposer aux treize Etats de la confédération une action énergique. Le congrès n'avait aucune autorité effective pour obliger les pouvoirs locaux à obéir à ses résolutions. Chaque Etat ne contribuait que dans la proportion où il le voulait bien, en hommes et en argent, à la défense de la cause commune. Le général en chef s'épuisait en efforts sans cesse renouvelés pour retenir au camp les troupes régulières ou les milices. Aux désertions isolées, très nombreuses, s'ajoutaient parfois des départs en masse qui ne lui laissaient plus que l'ombre d'une armée.

Clinton n'avait pas à lutter contre les mêmes causes d'affaiblissement. Mais, enfermé dans New-York, il écrivait à Londres qu'il ne pouvait rien faire si on ne lui envoyait de nouvelles troupes. L'Angleterre eut le tort de ne pas tenir compte, en temps opportun, de cet appel. Lorsque Cornwallis entra en Virginie par le sud (1781), Clinton ne put disposer d'aucun détachement pour le renforcer. Aussi bien, qu'il n'eût devant lui qu'une faible division, commandée par La Fayette, Cornwallis ne put-il tenir longtemps la campagne. Il alla prendre position sur un point de la côte virginienne, à Yorklown, afin de rester en communication par mer avec l'armée de New- York. La Fayette alla bientôt le bloquer. D'autre part, Washington, avisé qu'une flotte française, sous les ordres du comte de Grasse, devait entrer dans

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la haie de Chesapeake en août, trompa quelque temps Clinton par des démonstrations sur New-York, opéra sa jonction avec la division de Rochamtieau, appelée sur l'Hudson, el dirigea l'armée alliée à marche forcée vers le sud. L'opération réussit à merveille. Tous les éléments de cette concentration combinée par terre et par mer se trouvèrent exacts au rendez-vous donné dans la haie de Chesapeake dans les derniers jours du mois d'août : les 28 vaisseaux de ligne du comte de Grasse, les 10 de l'escadre de Newport, les troupes françaises et américaines. L'armée assiégeante se composait de la division La Fayette, du corps entier de Rochamheau, de l'armée de Washington, et d'une troupe française, commandée par le marquis de Saint- Simon et amenée de Saint-Domingue par le comte de Grasse, en tout près de 15 000 hommes. Les amiraux anglais Hood et Graves, repoussés par la flotte française, ne purent entrer dans la haie et la mer fut fermée à Cornwallis. Le 29 septembre, l'investissement par terre était également complet. La tranchée fut ouverte le 6 octobre; Cornwallis résista treize jours; le 19, il capitula, rendant la place et 7000 hommes, l'élite des troupes anglaises d'Amérique.

Fin des hostilités en Amérique. — Ce grand désastre de l'armée anglaise de Virginie mit fin aux hostilités sur le continent américain. De Grasse se rendit aux Antilles, Rochamheau et Washington établirent leurs troupes dans des cantonnements d'hiver. Les Anglais occupaient encore Savannah, Charlcston et New-York, mais ils étaient comme assiégés dans ces places et ne tentèrent plus rien. Les Américains avaient proclamé leur indépendance le 4 juillet 1776; elle leur était définitivement acquise le 19 octobre 1781. Washington eût sans doute obtenu difficilement de ses compatriotes un nouvel effort comparable à celui qui avait eu un si beau succès. Mais on n'était pas moins las de la guerre en Angleterre. Le roi et les ministres étaient découragés. L'opinion publique réclamait l'acceptation du fait accompli concernant le détachement des colonies insurgées; l'opposition gagna vite du terrain dans le parlement. Une motion pour que la guerre prît fin avec l'Amérique ne fut repoussée, le 22 février 1782, qu'à une voix de

LA (ilEHHK DE L'INDEPENDANCE 5 39

majorité. Le 20 mars, lord Xorth avisa la Chambre des Communes qu'il avait remis au roi la démission du cabinet.

Les Saintes (1782). — La guerre comtinua cependant en 1782 sur les autres théâtres, la marine anglaise voulant avoir le dernier mot contre les flottes françaises et espagnoles. De Grasse, moins heureux dans les Antilles que sur la côte d'Amérique, commit faute sur faute à Saint-Christophe (janvier 1782). Il perdit l'occasion d'accabler l'escadre de Hood avant sa jonction avec la flotte que Rodney amenait d'Angleterre (février). Cette jonction opérée, il ne fut plus maître de ses mouvements. Le 10 avril, comme il naviguait pour aller réunir ses forces à vSaint-Domingue avec celles de don Solano et attaquer la Jamaïque, dont les cabinets de Madrid et de Versailles avaient projeté la conquête, il fut atteint par Rodney près des Saintes. Rodney avait une certaine supériorité de forces et manœuvra mieux que son adversaire. La bataille s'engagea dans la matinée du 12. Le soir, la flotte française avait perdu plusieurs de ses meilleurs bâtiments et son chef était prisonnier.

Cette belle victoire de Rodney fournit au nouveau ministère anglais un prétexte honorable pour entamer des négociations de paix, l'amour-propre national étant maintenant satisfait. Elle fut d'ailleurs, au point de vue des résultats matériels, à peu près stérile. La Jamaïque ne fut pas attaquée, mais la flotte de Rodney avait été elle-même si maltraitée qu'elle dut passer plusieurs mois à se réparer. Vaudreuil, le plus ancien chef d'escadre, avait pris le commandement des forces navales de la France aux Antilles. Il put rallier une vingtaine de navires à Saint-Domingue, expédier en Europe, sous bonne escorte, deux convois, croiser en août sur les côtes des Etals-Unis, jeter un moment la terreur dans New- York, où les Anglais tenaient encore garnison, ravitailler son escadre à Boston et revenir à Saint-Domingue, sans que la flotte de la Jamaïque eût lenté de reprendre une seule des lies conquises par Bouillé.

Siège de Gibraltar. — iOOOO Français et Espagnols réunis au camp de Saint-Roch sous le commandement du duc de Crillon, et l'artillerie de 50 vaisseaux de guerre, groupés à Algésiras, ne parvenaient pas à ralentir le feu de la forteresse

de Gibraltar, assiégée depuis la fin de 1779. Les batteries flottantes du colonel d'Arçon n'eurent pas plus de succès (13 septembre 1782). Il fallut transformer le siège en blocus. Les forces alliées ne purent même empêcher une escadre de Howc d'amener un grand convoi de ravitaillement sous la protection des canons du fort (18 octobre 1782). Lorsque l'amiral anglais reprit la mer, Lamotte-Picquet le poursuivit avec sa division, mais la flotte alliée resta en arrière, et Howe, qui avait d'ailleurs 33 vaisseaux, disparut après une courte lutte d'arrièregarde. La campagne de 1782 se terminait donc sans éclat entre Brest et Cadix. Celte môme année, au contraire, Suffren fit flotter glorieusement dans l'Extrême-Orient le drapeau royal, et inquiéta quelque temps les Anglais pour leur domination dans l'I ridons tan.

Suffren dans l'Inde (1782). — Suffren n'était encore que capitaine de vaisseau lorsque, le 22 mars 1781, il était parti de Brest, accompagnant la flotte que le comte de Grasse conduisait en Amérique. Le 29, il s'en détacha et fît voile vers le sud avec 5 vaisseaux et quelques transports.

Aux îles du Cap Vert, dans la baie de la Praya, il surprit l'escadre du commodore Johnstone, maltraita plusieurs de ses vaisseaux, le devança aux établissements hollandais du Cap, qu'il mit en état de défense, et alla rallier à Port-Saint-Louis (île de France) la division du comte d'Orves (octobre 1781). Il consacra alors deux mois à réparer les avaries de ses bâtiments et à mettre ceux de la division de l'Ile de France en état de prendre la mer pour une longue campagne. Il s'agissait de se porter sur les côtes de l'Indouslan et d'y combiner quelque opération contre les forces anglaises avec le sultan du Maïssour, Haïder- Ali, qui s'était jeté sur le Carnalic. Ayant pris Arcole, Haïder- Ali poursuivit la petite troupe anglaise de sir Eyre Coll jusqu'à Gondelour. Il l'y tenait bloquée depuis le début de 1781 !. Arriverait-on à temps pour l'aider à enlever la position?

Le 17 décembre, tout étant prêt, l'armement sortit de la rade de Port-Louis : 10 vaisseaux, 5 frégates, 8 transports,

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