‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 99 sur 219 · III. — La guerre de V indépendance · texte numérisé non relu

III. — La guerre de V indépendance

Le Congrès continental; reprise de Boston; expédition du Canada. — Quelques mois après le combat deLexington, presque toutes les provinces avaient chassé leurs gouverneurs. Le Congrès, consulté par quelques-unes, leur conseilla de pourvoir elles-mêmes, à titre provisoire, à leur gouvernement. Cette Assemblée, sans caractère bien défini, s'était ajournée du 1er août au 5 septembre. Lorsqu'elle recommença à siéger, plusieurs délégations se trouvaient renouvelées; d'autres le furent de temps en temps, au gré de chaque province, qui tour à tour envoyait au Conseil commun les plus marquants de ses citoyens. Il résulta de ces modifications successives une sorte de permanence du Congrès jusqu'en i789, époque où fut mise en vigueur la seconde Constitution des Etats-Unis. Dès la fin de 1715, le Congrès continental institua, pour la décharge de ses attributions exécutives, des comités spéciaux de la guerre, des finances, de la marine, bientôt des affaires extérieures.

Washington, nommé commandant en chef immédiatement après Bunker'sHill, établit autour de Boston un blocus régulier, et transforma peu à peu les contingents hétérogènes des provinces en une véritable armée, encadrée et disciplinée. Réduit à l'inaction pendant plusieurs mois par le manque absolu «le munitions, il put enfin, en mars 177G, risquer un bombardement de Boston. Les Anglais, abandonnant la place (17 mars), se retirèrent à Halifax. Pendant l'hiver de 1775 à 177G, une flotle anglaise incendia Norfolk en Virginie ; ce fut tout ce que* le gouvernement britannique tenta d'abord pour dompler la révolte des colonies du centre et du sud. La ville même de New- York fut évacuée en môme temps que Boston.

La prise de Ticonderoga et de Crown-Point (mai 1775) par les gens du Vermont et du Connecticut avait suggéré l'idée d'une entreprise sur le Canada. On supposait que 4es colons français, soumis à la domination anglaise depuis 1763, accueilleraient les Américains comme des libérateurs. Le Congrès donna

son approbation à ce projet. L'expédition fut confiée, mais avec des forces insuffisantes, au général Monlgomery et à Arnold. Montréal fut pris et Québec attaqué (31 décembre 1775); mais l'assaut, quoique mené avec la plus brillante vigueur, fut repoussé. Montgoniery y fut tué, Arnold grièvement blessé. Les débris de l'expédition durent, quelques mois plus tard, à l'arrivée de renforts considérables envoyés d'Angleterre, abandonner la province (mai 1776). Les Franco-Canadiens, satisfaits de leurs maîtres, s'étaient montrés indifférents

Le 28 juin 1776, une escadre anglaise éeboua dans une attaque contre le port de Gharleslon, mais c'était d'un autre côté que se préparait l'orage. Des corps nombreux de mercenaires de la Hesse, du Brunswick, d'autres pays allemands, loués par le gouvernement anglais, arrivaient au Canada. Un armement formidable, réuni à Halifax, se disposait à lever l'ancre pour se diriger sur New- York, sous le commandement des frères Ilowe, l'amiral et le général.

La déclaration d'indépendance (4 juillet 1776). — - Tandis que l'Angleterre prenait ses positions d'attaque, le territoire des treize colonies s'était trouvé pendant quelques semaines libre de toute occupation britannique. Le Congrès se décida alors à franchir le pas redoutable, à voler la résolution d'indépendance reconnue depuis plusieurs mois nécessaire, mais que l'on avait retardée par respect pour les répugnances d'une

1. Le Parlement anglais vola en 1TÎ4, sous le nom de Québec Acfy en vue d'empêcher la rébellion des colonies de gagner le Canada, un bill confirmant, en les précisant, les garanties déjà données en 1760 par la capitulation de Montréal : régime du vieux droit français (coutume de Paris); pour \2 clergé de l'Eglise catholique, la jouissance de ses privilèges, la possession «le srs biens, la pleine liberté de; l'exercice du culte. L'autorité législative était déférée à un conseil nommé parla Couronne, le pouvoir exécutif confié à un gouverneur, la réunion d'une assemblée indéfiniment ajournée.

Les catholiques tenaient peu à une assemblée représentaUve. Ils accueillirent avec faveur au contraire une stipulation du Québec Act, qui leur ouvrait l'accès aux emplois de la Couronne. Les propriétaires fonciers furent également satisfaits de la restauration des lois françaises. On chercha enfin a gagner la noblesse de la Nouvelle-France en lui offrant des grades dans une armée canadienne qu'on se proposait de former. Lorsque Carîelon, qui avait conseillé ces mesures, arriva à Québec en qualité de gouverneur du Canada, il fut reçu par l'évéquc entouré de tout son clergé, et les protestations les plus vives de dévouement lui furent adressées. Cependant les Canadiens ne se montrèrent pas plus enclins à servir l'Angleterre qu'a se joindre aux colonies révoltées. Le Québec Act valut au moins à la Crande-Hretagne la neutralité et l'immobilité des populations françaises du Canada.

LA (WERRE DE L'INDEPENDANCE

grande partie de la population, surtout de celle de la Pensylvanie, dans la capitale de laquelle siégeait le Congrès. Cette Assemblée ne pouvait plus hésiter devant l'exemple que donnait une des provinces, la plus riche et la plus populeuse : la Virginie venait de se proclamer indépendante ; elle constituait une république libre, autonome, un Etat doué de tous les organes de gouvernement Au nom de la délégation de ce nouvel Etat, Richard Henry Lee proposa au Congrès, le 7 juin, de voter une déclaration formelle de dissolution des liens qui unissaient anciennement les colonies à la métropole. La déclaration, rédigée par Jefferson, donna lieu à de très vifs débats et fut votée, le 4 juillet 1776, par les délégués de neuf colonies seulement. Une commission fut instituée pour préparer des « Articles de Confédé-

i. Le 6 mai 1776, l'ancienne Assemblée de la Virginie étant définitivement dissoute, des délégués des comtés s'assemblèrent en • Convention •, au nombre de cent trente. Ils adoptèrent, le 15, des résolutions présentées par Pendleton, Nelson et Henry, portant que les délégués de la Virginie au Congrès devraient proposer à cette Assemblée une déclaration d'indépendance des Colonies-Unies. Les résolutions étaient ainsi formulées : - Les délégués virginiens proposeront au Congrès de déclarer que les Colonies-Unies sont des États libres et indépendants, dégagés de toute allégeance ou dépendance a l'égard de la Couronne ou du Parlement de la Grande-Bretagne. Ils donneront leur assentiment à une déclaration conçue en ces termes, ainsi qu'aux mesures propres à la conclusion d'alliances étrangères et à l'établissement d'une confédération des États, sous la réserve que chaque État conservera le pouvoir de former, par sa législature particulière, son propre gouvernement et de régler ses affaires particulières. - Ces résolutions adoptées, l'étendard royal, qui jusqu'alors avait continué de flotter sur la maison d'Etat, fut abattu.

Un comité de 'trente-deux membres fut constitué le 16 pour préparer une déclaration des droits et un plan de gouvernement. Mason, qui avait succédé à Washington dans la représentation du comté de Fairfax, rédigea la déclaration. Celle-ci fut présentée le 27 mai, discutée pendant quinze jours et adoptée à l'unanimité, le M juin. On y lisait ces belles paroles : • La nature a fait tous les hommes également libres. ■ Les nobles Virginiens qui approuvèrent ce texte oubliaient les 500 000 esclaves occupés à la culture des champs de l'aristocratie du Sud. La déclaration disait encore : ■ La nature a donné à tous les hommes des droits absolus dont ils ne peuvent, quand ils entrent en société, priver par aucun contrat leur postérité : ces droits se rapportent à la vie, à la liberté, aux moyens d'acquérir et de conserver la propriété, de poursuivre et d'obtenir le bonheur et la sécurité. Tout pouvoir dérive du peuple, dont les magistrats ne sont que les mandataires et les serviteurs. Un gouvernement est institué pour le bonheur du peuple; s'il ne répond pas à celle fin, une majorité du peuple a le droit de l'abolir. Aucun office public ne doit être héréditaire... »

La Constitution nouvelle futadoptéele 29 juin. La Conventionné transformant alors en Assemblée provisoire, élut Patrick Henry pour gouverneur. Le lendemain, 1er juillet, entra en vigueur la première Constitution de la Virginie indépendante.

La population des Colonies s'élevait en 1775 à 2 700 000 habitants, dont 600 000 noirs environ. De ces derniers la Virginie possédait Je plus grand nombre. La constitution virginienne ne contenait aucune clause prévoyant une abolition, même graduelle, de l'esclavage.

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ration », mais le Congrès ne put aborder d une manière sérieuse l'examen des questions constitutionnelles, toute son attention étant absorbée par les opérations militaires dont la marche, pendant la seconde moitié de n7b\ devenait tout à fait inquiétante.

Perte de New- York et du New- Jersey; Trenton (1776). — Washington, ayant rendu Boston aux Bostoniens, avait conduit son armée à New-York. Il occupait la ville, la presqu'île allongée qu'elle termine, et Long-Island qui la couvre du côté de la mer. Le 8 juillet, quatre jours après l'adoption du texte qui consommait la rupture et proclamait l'indépendance, les forces anglaises réunies pendant plusieurs mois à Halifax, parurent dans la rade de New-York, et 9000 hommes furent débarqués dans Staten-Island, qui fait face à Brooklyn et à New- York. Alors commença réellement la guerre pour l'indépendance. Mlle dura six années, de 1776 a 1 "82, et son histoire se partage naturellement en deux périodes, divisées par la conclusion de r alliance entre les États-Unis et la France. Dans la première, de juillet 177G à février 4 778, les Américains luttent seuls contre les Anglais; dans la seconde, les Français soutiennent les Américains par des envois de troupes et de vaisseaux de guerre et engagent contre les Anglais une lutte maritime dans laquelle ils entraînent avec eux l'Espagne en 177*J et bientôt après la Hollande. Pendant la première période, les hostilités sont confinées sur le continent de l'Amérique du Nord; durant la seconde, la guerre se fait à la fois en Amérique, aux Antilles, dans les mers d'Europe et jusque dans celles des Indes.

Washington avait en face de lui 24 000 hommes d'excellentes troupes, bien armées, disciplinées, et une Hotte puissante. Quelle que fut la bravoure de ses miliciens, il ne pouvait soutenir une partie aussi inégale. Il perdit le 27 août la bataille de Brooklyn (Long-Island), dut évacuer la ville et l'ile de New- York, subit une nouvelle défaite à White-Plains (28 octobre) et traversa, reculant toujours, l'État de New-Jersey jusqu'au Delaware. Ses troupes s'étaient égrenées sur la route. Au commencement de décembre, il dut chercher un refuge avec quelques milliers d'hommes sur la rive gauche du fleuve. Les Anglais,

LA GUERRE DE L'INDÉPENDANCE

en poursuivant avec plus d'énergie leur succès et traversant à leur tour le Delawarc, auraient détruit sans peine les débris de cette armée sans cohésion et occupé immédiatement Philadelphie. Ils s'arrêtèrent sur la rive orientale du fleuve, à ïrenton. C'est là que Washington, à qui le Congrès, épouvanté, avait conféré à la hâte une sorte de dictature, surprit l'ennemi le jour de Noël, ayant repassé le Delaware sur la glace. Il enleva un millier de Hessois (25 décembre 1116), pénétra avec audace dans le New-Jersey, battit un corps d'Anglais à Princeton (3 janvier 1171) et refoula l'ennemi jusqu'à Staten-Island, délivrant le New-Jersey et rétablissant les communications entre les Etats du centre et ceux de la Nouvelle-Angleterre, par les Highlands sur l'Hudson.

La campagne étant terminée, le Congrès procéda avec Washington à la réorganisation de Tannée sur de nouvelles bases. 11 s'occupa en outre des « Articles de Confédération » que la commission constilulionnelle avait rédigés, et les adopta. L'instrument fut alors soumis à l'examen des divers Etats et ceux-ci le ratifièrent successivement, en Mil et 1718, à l'exception du Maryland, qui, retardant son adhésion jusqu'en 1781, empêcha le fonctionnement, pendant presque toute la durée de la guerre, de la première constitution des Etats-Unis

La Brandywine et Saratoga (1777). — Washington, rampé non loin de la rive droite de l'Hudson, en face de la ville de New- York, où les généraux anglais s'étaient renfermés durant l'hiver, attendait anxieusement qu'un indice lui fit connaître sur quel point de la côte ils allaient diriger les coups prochains. Au mois de juin seulement, Howe s'embarqua avec 20 000 bommes, et entra dans la baie de Chesapeake, qu'il remonta jusqu'à son extrémilé septentrionale, prenant à revers la Pensylvanie et menaçant Philadelphie. Washington l'attendit sur la rivière de Brandywine et fut complètement battu (11 septembre). La victoire delà Brandywine livrait aux Anglais la ville de Philadelphie, que le Congrès se hàla d'abandonner. Ils y entrèrent le 29 septembre. Washington essaya le 4 octobre

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