‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 101 sur 219 · Voir ci-dessous, t. VIII, le chapitre Indouslan · texte numérisé non relu

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10 000 hommes d'équipage et de troupes. Le comte d'Orves commandait en chef, mais il mourut après quelques semaines, et le commandeur de Suflren, plus connu sous le titre qu'il reçut un peu plus tard de hailli de Suflren, resta seul maître de cette force navale, la plus importante que notre pavillon eut jamais couverte dans ces parafes.

Trois combats glorieux, la prise de Trinqucmalé, la demivictoire de Gondelour, tel est le bilan de cette belle campagne de 1782-1783, où Suflren déploya des qualités de premier ordre d'homme de guerre et de commandant, et qui eût enrichi nos annnles de victoires décisives s'il avait été mieux secondé par ses lieutenants. La flotte française rencontra les 9 vaisseaux de l'amiral anglais Hughes, entre Madras et Pondichéry, le 17 février. Après trois heures de canonnade, la nuit sépara les combattants. Le lendemain, les voiles anglaises avaient disparu. Avant de poursuivre l'ennemi, SutTrcn avait à visiter Pondichéry, à entrer en communication avec Haïder-Ali pour l'empêcher de faire la paix avec les Anglais qui venaient de le battre, à retrouver son convoi disparu pendant le combat du 17 février, à se créer des moyens de ravitaillement sur cette cote où nous n'avions ni ports ni magasins. Ce programme s'accomplit en un mois. Notamment une convention fut conclue à Porto- Novo (près de Gondelour) avec Haïder-Ali; le commandant français mettait à la disposition du sultan de Maïssour un corps de troupes; Haïder-Ali donnait en retour des vivres et de l'argent, et nous concéderait, la guerre terminée, une large étendue de territoire.

Suflren se remit alors en quéle de l'escadre de Hughes et la trouva, le 12 avril, devant Trinquemalé, point de relAche sur la côte de Ccylan, enlevé récemment aux Hollandais par les Anglais. La partie était égale : 12 vaisseaux contre 12. Le résultat fut simplement honorable pour notre pavillon. Les pertes étaient très fortes : 5 à 600 hommes de part et d'autre. Suflren, manquant de poudre et de boulets, se retira vers Batacalo, où il retrouva son convoi et put se ravitailler. Il alla mouiller en juin devant Gondelour, dont le détachement français donné à Haïder-Ali et commandé par Duchemin s'était

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emparé le 3 avril, et proposa au sultan une attaque combinée contre Xegapatain. Suflïcn se porta sur cette place, sachant qu'il allait y rencontrer l'amiral Huches et pouvoir se mesurer avec lui une troisième fois. Le choc eut lieu le 6 juillet, mais une bourrasque mit les deux escadres en grand désordre. Comme dans les précédents combats, SulTren dut se résigner à ne pouvoir capturer aucun vaisseau anglais, et s'estimer heureux d'avoir causé de telles avaries à l'escadre ennemie que celle-ci se trouva pour quelque temps hors d'état de combattre. La lutte nous avait été aussi très meurtrière : nous perdions près de 800 hommes. Laissant Negapalam, qu'il ne pouvait plus être question d'attaquer, SulTren revint à Gondelour, pour relever le courage de son allié Haïder-Ali, toujours battu, abandonné par les Mahraltes, et qui paraissait décidé à traiter. Le sultan traversa pourtant cinquante lieues de pays, entraînant avec lui son encombrante armée, pour conférer avec le héros dont les exploits maritimes avaient un retentissement sur tout le continent de l'Inde. Ayant reçu de France quelques renforts, tandis que la flotte anglaise se réparait à Madras, SulTren parut devant Trinquemalé (26 août), débarqua de l'artillerie et entra dans la place le 1er septembre. Lorsque l'amiral Hughes, le surlendemain, fut aperçu au large, les couleurs françaises flottaient sur les forts. SulTren crut l'occasion enfin venue de gagner une victoire éclatante. Il courut sus à l'ennemi, avec son vaisseau amiral et deux autres bâtiments; le reste suivit mal et l avant-garde, engagée contre toute la flotte ennemie, put seulement la tenir en échec durant quelques heures (3 septembre). Un seul résultat décisif : l'amiral Hughes s'élant éloigné, Trinquemalé nous restait.

Victoire de Gondelour (1783). — SulTren laissa 2000 hommes dans cette place et se rendit à Achim, port hollandais de l'Ile de Sumatra, pour donner à ses hommes quelques semaines de repos. Il reprit la mer dans les derniers jours de décembre. Il n'avait toujours que 12 vaisseaux à opposer aux i8 dont disposait maintenant l'amiral Hughes; mais il savait celui-ci à Bombay, et pour quelque temps il était maître de la mer. Il renouvela l'alliance avec Tippou-Sahib,

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fils de Haïder-Ali, mort en décembre 1782. Tippou-Sahib, bien que les Anglais eussent envahi ses Etals et occupé sa capitale, promit à Sulîren de ne pas quitter le Carnatic et d'y attendre les renforts importants que Bussy, l'ancien compagnon de gloire de Dupleix, amenait de France. Bussy arriva à Gondelour le 9 mars 1783, avec 4 vaisseaux de guerre, 35 transports et 2500 soldats.

Suffren, nommé chef d'escadre pour le combat de la l'raya, était néanmoins placé sous les ordres de Bussy, commandant en chef des forces françaises de terre et de mer dans l'Inde. Mais Bussy était malade et ne fit rien. Tippou-Sahib, las d'attendre un effort qui ne se produisit pas, quitta le Carnatic pour se rendre sur la côte de Malabar. L'armée anglaise de Madras reprit l'offensive et rejela les Français dans Gondelour. De nouveau les murs d'une place forle de troisième ordre constituaient les limites de nos possessions dans l'Indoustan. Suflrcn, qui, à • Trinquemalé, poursuivait fiévreusement ses préparatifs pour être en mesure de braver les 18 vaisseaux de l'amiral Hughes, sortit du port le 11 juin pour courir, avec ses 15 vaisseaux, celle grosse aventure. Il atteignit l'ennemi, le 12, devant Gondelour. Le 20, après huit jours d'habiles et palienles manœuvres, il l'attaqua à fond, engageant toutes ses forces. En trois heures, chaque escadre comptait déjà près de 500 tués ou blessés, et plusieurs vaisseaux, de part et d'autre, étaient fort maltraités. Les Anglais abandonnèrent le champ de bataille, se retirant a Madras. C'était le succès le plus franc qu'eût remporté l'escadre depuis son arrivée dans l'Inde. Quelques jours plus tard, Suffren apprit que la guerre avait cessé en Europe. Le 8 septembre, un courrier lui annonça que le roi l'avait nommé lieutenant général lorsqu'avaient été connus à la cour les combats des 17 février, 12 avril et 0 juillet 1782.

État maritime de la France a la fin de la guerre. — Lorsqu'il rentra à Toulon en mars 1784, il put constater l'heureuse impression qu'avait faite en France cette série de belles batailles, et combien l'imagination populaire avait été frappée de ces exploits accomplis au fond de l'Orient. Le chagrin de la défaite de Grasse aux Saintes en était presque effacé,

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et le nom do Sufl'ren, entre tous les noms de marins que les Français s'étaient habitués à prononcer pendant le cours do celle guerre, fut celui qu'ils prononçaient avec le plus de fierté.

La France avait fait pendant la guerre pour l'indépendance américaine un eflbrt maritime considérable. Après cinq années de guerre, en 1782, le nombre de ses bâtiments armés, de toutes catégories, s'élevait encore à 325. Le personnel fit souvent défaut; les cadres d'officiers étaient difficilement maintenus. De là, les embarras que rencontrèrent plusieurs de nos commandants en chef dans le maniement des forces placées sous leurs ordres, le défaut de concours qu'ils trouvèrent chez quelques-uns de leurs capitaines.

Les officiers généraux étaient en général excellents. Ils connaissaient à fond leur métier, les travaux scientifiques appliqués à la marine ayant été considérables depuis la guerre de Sept ans. Mais rela môme fit qu'ils devinrent pour la plupart des tacticiens experls plutôt que des hommes de guerre accomplis. Ce qu'on peut leur reprocher, c'est, dans certaines circonstances, d'avoir, par un excès de prudence professionnelle, se liant trop exclusivement aux données de la science ou à l'expérience acquise, laissé échapper des occasions de succès qu'un peu d'audace leur eût permis de saisir.

Le comte d'Estaing, par sa bravoure téméraire, inspirait une admiration enthousiaste à ses soldats. Il lui arriva de se monter presque timide dans le commandement en chef, de reculer devant une grande responsabilité.

C'est peut-être également pour n'avoir pas su se décider à temps, soit à combattre, soit à se retirer devant l'ennemi, que le comte de Grasse vit sa grande réputation sombrer dans le désastre des Saintes.

Sulïïen inaugura une révolution dans la stratégie navale. Il possédait l'art de vaincre selon les règles, n'ignorait rien des évolutions savantes ni des manœuvres classiques; mais il y ajouta l'attaque à fond audacieuse, brutale : méthode à laquelle Nelson devra, quelques années plus tard, Aboukir et Trafalgar.

Dans les mers d'Europe, des forces considérables furent mises en ligne chaque année de part et d'autre, mais, les deux marines

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ayant à peu près la mémo valeur technique, et les chefs se faisant une guerre savante, presque circonspecte, les résultais furent constamment indécis. La lutte fut plus vive aux Antilles, avec des succès et des revers plus accentués. Le beau triomphe de Yorktown, dans l'Amérique du Nord, fut le résultat d une combinaison ingénieuse, très habilement exécutée, qui fil concourir à l'achèvement d'un même dessein des forces de lerre cl de mer réunies de points très éloignés.

Traité de Versailles (1783). — Bien que celle guerre eut imposé aux grands États belligérants une dépense énorme d'hommes et de matériel, elle n'avait point épuisé leurs forces. L'Angleterre avail à flot, en janvier 1783, 132 vaisseaux et ioO frégates; les flottes réunies de France et d'Espagne comprenaient 140 vaisseaux de ligne, dont GO à Cadix, prêts à faire voile pour les Antilles. La lutte pouvait donc recommencer dans les mers d'Amérique, dans celles d'Europe et dans celles de l'Inde. Mais depuis que l'Angleterre s'était résignée à concéder l'indépendance aux Américains, la guerre n'avait plus d'objet. Les Anglais ne l'avaient continuée en 1782 contre les Français et les Espagnols que par amour-propre.

Entre l'Amérique et la Grande-Bretagne, la cause, après Yorktown, était jugée. Le reste ne fut plus que formalités. Le ministère qui prit le pouvoir était composé d'amis de l'Amérique insurgée; il n'en voulait point aux anciennes colonies de leur triomphe sur la prérogative royale et sur la majorité tory. Shelburne, lié de longue date à Franklin, élait tout disposé à reconnaître l'indépendance des Etats-Unis, même à faire de magnanimes concessions à la nouvelle nation. Il dut cependant, pour le décorum, paraître discuter les conditions de paix. Franklin, John Jay, John Adams, chargés des négociations par le Congrès, négligèrent leurs instructions, qui leur enjoignaient de ne traiter que de concert avec la cour de France. Jay et Adams se méfiaient plus de Yergennes que de Shelburne. Les pourparlers se prolongèrent jusqu'au 30 novembre 178*2. Ce jour-là furent signés des préliminaires de paix aux termes desquels l'Angleterre reconnaissait officiellement l'indépendance des Etals-Unis, et leur abandonnait tout le territoire entre les

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Alleghanys el le Mississipi, et dont Ver<?ennes avait pensé à conserver une partie pour l'Espagne.

Ces préliminaires, qui concernaient l'Amérique et dont Vergennes fut avisé seulement après qu'ils furent arrêtés, ne devinrent définitifs qu'en mars 178.'! par la conclusion des accords entre l'Angleterre, la France et l'Espagne, le tout constituant le traité de Versailles, signé définitivement le 3 septembre 4783. Le point essentiel était obtenu : l'indépendance des États-Unis (qui coûtait à la France, outre ses sacrifices d'hommes, un milliard et demi de francs). L'île de Minorque et les Florkles étaient rendues à l'Espagne. L'article du traité d'Utrecht relatif à Dunkerque était effacé. L'Angleterre rentrait dans ses possessions aux Antilles et en Asie, mais rendait à la France les cinq villes de l'Indoustan : Tabago et Sainte- Lucie, Saint- Pierre et Miquelon, en Amérique; Gorée el le Sénégal, en Afrique.

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