‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 113 sur 219 · LES TKNTATIVKS DE RÉFORMES · texte numérisé non relu

LES TKNTATIVKS DE RÉFORMES

l'avenir il ne serait fait aucun achat de grains pour le compte du roi; il autorisa la libre importation des blés dans le royaume; par prudence, il ajourna la liberté d'exportation. Il fit plus. Il s'adressa à l'opinion publique, qu'il voulait persuader, et, dans un admirable préambule, il exposa les principes de l'école économique en matière de liberté commerciale. Il s'attaqua surtout à détruire le préjugé enraciné alors « que les approvisionnements doivent être faits par le gouvernement, et qu'il dépend de lui de régler la disette ou l'abondance ». — « C'était, dit Michelet, la Marne il /aise du blé. Donnée précisément à la veille des semailles, elle disait à peu près : « Semez, vous êtes sûrs de vendre. Désormais vous vendrez partout. » Mot magique dont la terre frémit. La charrue prit l'essor, et les bœufs semblaient réveillés. » — A la lecture de ledit libérateur, Voltaire s'écriait : « Il me semble que voilà de nouveaux cieux et une nouvelle terre! » Turgot connut, à la fin de cette année 1774, un moment de très vive popularité. Qu'on le laissât faire, et la Révolution s'accomplissait pacifiquement. Sans doute. Mais qui pouvait consentir à le laisser faire? Était-ce le clergé? Étaitce la noblesse? Etait-ce le Parlement? Etait-ce la finance? Et qui pouvait le soutenir? Etait-ce le roi?

Activité de Turgot; premières difficultés. — Il est difficile de se faire une idée de l'activité de Turgot, impossible d'énumérer toutes les petites réformes qu'il accomplit à cette époque : suppression des sols par livre ajoutés aux droits sur les blés; abolition des sous-fermes des Domaines, qui furent mis en régie; correction des tarifs d'octroi; liberté du commerce des huiles; amélioration de la milice; abolition des contraintes solidaires, etc. Mais le grand projet auquel il travaillait sans relâche était la réforme de la corvée. Soudain il tomba gravement malade à Versailles (3 janvier 1775). La goutte, dont il souffrait depuis dix ans, atteignit la poitrine. On craignit un instant de le perdre. Celte cruelle maladie le retint qualre mois cloué sur son lit. Elle n'interrompit point son œuvre, et personne ne put s'apercevoir qu'un malade était contrôleur général; mais, en le retenant à l'écart de la cour, elle donna libre carrière à ses adversaires, qui commençaient à se rapprocher et à se concerter.

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