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LOLIS XVI
L'exécution de l edit sur !;i liberté du commerce des grains rencontrait des résistances : occultes de la part des accapareurs, qui ne voyaient pas sans désappointement les arrivages de blés étrangers dans les ports; ouvertes de la part des officiers municipaux de certaines villes, qui ne pouvaient se résigner à abandonner leurs anciens droits et prolits de surveillance sur ce commerce. Beaucoup d'hommes éclairés même s'effarouchaient do cette liberté et de l'abstention de l'Etat. « Le risque de laisser tarir pour tout un peuple les sources de la vie, écrivait Marmonlel, n'était point un hasard à courir sans inquiétude. » Et bientôt Necker, dans un ouvrage déclamatoire sur « la législation et le commerce des grains », que Turgot dédaigna d'inlerdirc, semait l'alarme. A plus forte raison le peuple prenait-il peur. Enfin les privilégiés de tout ordre suivaient avec attention ce mouvement des esprits, attendaient quelque panique, s'apprêtaient à en profiter.
La Guerre des farines (mai 1775). — La récolte de mi avait été médiocre. Le 18 avril 1 7*75, la cherté des grains fut la cause ou le prétexte d'une émeute à Dijon. Aux paysans qui se plaignaient, le gouverneur La Tour du Pin avait répondu : « Mes amis, l'herbe commence à pousser; allez la brouter »! propos qui ne témoigne pas d'un bien vif désir d'apaisement. De sourdes rumeurs couraient dans la Brie, le Soissonnais. le Vexin, la Haute-Normandie, et se propageaient tout le long de la Seine. Par une remarquable coïncidence, c'est au même moment que la belle Mme de Brionne dépeignait à la reine la triste situation du rovaume, que la reine remettait au roi un mémoire demandant le rappel de Choiseul, que Maurepas montrait à Louis XVI des lettres anonymes qui étaient une satire sanglante des ministres. Et, dans les campagnes de l'Ile-de- France, des bandes d'hommes à figures sinistres soulevaient le peuple avec les mots de disette et de monopole, forçaient les marchands à livrer leur grain à vil prix. Bientôt ils brûlèrent les granges, les fermes, coulèrent à fond les bateaux de blé. Il semblait que les éineuticrs voulussent affamer la capitale, en s'emparant du cours des rivières, route naturelle des convois de blé. — Ce fut la Guerre (ha fariurs.
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Le l'r mai, elle éclala à Pontoise. Puis les séditieux se portèrent sur Versailles, où ils arrivèrent le 2. C'étaient «le singuliers affamés : ils chantaient et beaucoup avaient de l'or dans leurs poches. Ils pénétrèrent dans la cour du palais, sans rencontrer la moindre résistance. Pas un officier de la maison du roi, pas un soldat ne bougea, et il y avait là toute une armée de 10 000 hommes. Le capitaine des gardes proposa de fuir. D'ailleurs, Louis XVI défendit qu'on employât la force. Il parut au balcon, parla à la foule menaçante, ne fut point écouté, rentra chez lui désolé, versa des larmes et, comme il devait toujours faire, il céda : il lit annoncer que le pain serait taxé à deux sous la livre. C'était désavouer Turgot. Aussitôt les vociférations cessèrent; on se dispersa, en annonçant que le lendemain on irait à Paris.
La répression des troubles. — Turgot depuis la veille était à Paris, où il se concertait, sur les mesures d'ordre à prendre, avec le lieutenant de police Lenoir et le maréchal de Biron, colonel îles gardes françaises. Louis XVI, confus de sa faiblesse, lui écrivit pour le rassurer et le rappeler. Après avoir obtenu du pauvre roi l'annulation de la taxe promise, Turgol s'empressa de regagner Paris. — Le 3 au malin, malgré les troupes, les émeuliers entrèrent par plusieurs portes à la fois. On saccagea les boutiques des boulangers. Les marchés, mieux protégés, furent épargnés. Partout ailleurs, l'armée assista au désordre sans l'empêcher et la police agit très mollement, l ue foule immense, plus étonnée que satisfaite, resla spectatrice de ce bizarre mouvement, qui finit de lui-même, par lassitude. Quand les Parisiens, qui étaient rentrés chez eux pour dîner, cherchèrent de nouveau l'émeute, il n'y on avait plus. Le maréchal de Biron, en occupant les carrefours, prévint toute tentative nouvelle. — Mais ce n'était pas fini. Le même jour que Paris, d'autres villes, Lille, Amiens, Auxerre, avaient eu leurs troubles; le mouvement menaçait de se propager. Turgot se révéla homme d'action. Au conseil qui se tint à Versailles dans la nuit du \\ au i, il obtint la destitution de Lenoir, qui s'était montré hésitant, conlia le commandement des troupes aux maréchaux de Biron et de Poyanne, se lit nommer lui-
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môme « ministre de la guerre et du département de Paris pour le fait des troubles ». Le 5, les émeutiers, qui voulaient recommencer leur jeu, se heurtèrent partout en ville à un déploiement intimidant de régiments et d'escadrons; dans la campagne, des patrouilles achevèrent de les disperser. — Le Parlement, suivant sa coutume, avait essayé d'intervenir. Il avait affiché un arrêt qui défendait les attroupements, mais qui portait que le roi serait supplié « de diminuer le prix du pain » : Turgot (il détruire ou couvrir les affiches. Le Parlement voulait juger les émeutiers arrêtés, connaître de l'affaire : Turgot évoqua les faits de sédition à une ïournelle civile et criminelle spéciale. Le Par lement adressa au roi des remontrances, afficha de nouveaux placards : Turgot fit mander le Parlement à Versailles, le 5\ et là, en un lit de justice, lui fit intimer l'ordre de ne plus s'occuper des troubles, lui promettant par la bouche du garde des sceaux qu'il aurait plus tard liberté de « rechercher les vrais coupables, ceux qui, par des menées sourdes, pouvaient avoir donné lieu aux excès ». Les vrais coupables, sauf Conli, il est difficile de les désigner par leurs noms. Tout porte à croire que Louis XVI, lorsqu'il les connut, s'effraya et défendit de les poursuivre.
Nomination de Malesherbes ; ses réformes (1775- 1776). — La Guerre des farines avait ébranlé la situation de Turgot. La complaisance de plus en plus marquée de Louis XVI pour la reine ne pouvait guère l'affermir. Marie-Anloinelle venait d'arracher à ce « pauvre homme » (comme elle osait le nommer dans une lettre à Rosenberg) l'exil du duc d'Aiguillon, la rentrée en grâce du duc de Choiscul,la promesse de la charge de surintcndanle de sa maison pour la princesse de Lamballe. De son côté, le clergé avait remporté sur le contrôleur général une sorte de victoire. Malgré l'avis de Turgot (effrayé de la dépense), il avait mené le roi se faire sacrer à Heims (11 juin); malgré Turgot, il avait exigé du roi le serment d'usage sur « l'extermination des hérétiques ». Il fallut que le ministre philosophe, éclairant la conscience troublée de son royal élève et maître, rédigeât exprès pour lui un mémoire sur la tolérance. — Cependant en juillet l'horizon s'éclaircit. La récolte s'annon-