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LES TENTATIVES DE RÉFORMES

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<;ait abondante. Les intrigues de la cour semblaient s'apaiser. Enfin, et c'était pour Turgot une joie et un triomphe, son ami Malesherbcs entrait au ministère (21 juillet). Il remplaçait le vieux policier La Vrillière. Il avait des attributions fort étendues : la Maison du roi, le clergé, les protestants, les bénéfices, les pensions, Paris et les principaux pays d'États. Turgot et ses amis reprirent espoir et courage. « Un jour plus pur nous luit », s'écriait d'Alembert. — Lamoignon de Malesherbes, fils du chancelier et comme lui président de la Cour des aides, n'avait pas « la rage du bien public » dont Turgot était possédé; mais il était juste et droit; il l'était avec indulgence et modération; disposé à détruire le mal, en épargnant, s'il était possible, les méchants eux-mêmes. Plus éloquent et ingénieux en ses discours que résolu dans ses actes, il était sensible à un bon mot, fin, spirituel, paradoxal môme; c'était enfin un homme de lettres et un sage aimable, élevé au pouvoir malgré lui et toujours prêt à le quitter sans regret pour retourner aux plaisirs délicats d'une vie calme, honorée, indépendante. Malesherbes, an mois de mai précédent, avait présenté au roi, au nom de la Cour des aides, des remontrances, restées célèbres, sur l'administration financière. Il y avait montré l'excès des gabelles poussant le peuple à la contrebande, la tyrannie insolente de la Ferme, la routine des bureaux, la servitude des particuliers et des villes. Il y avait demandé la réforme de l'impôt, sa répartition par des délégués de la nation. Mais Maurepas s'était arrangé pour que ces hardiesses ne fussent point suivies d'effet. — Le premier soin de Malesherbes devenu ministre fut de visiter les prisons, sordides et malsaines, surtout Bicôtre, et il entreprit de les assainir. Il alla à la Bastille et mit en liberlé quelques prisonniers. Il nomma une commission chargée de surveiller l'usage des lettres de cachet. Il songea à réformer la dispendieuse maison du roi, à donner un état civil aux prolestants. Il resta, comme il l'avait été dans sa direction de la Librairie, partisan de la liberté de la presse et il voulut supprimer la censure. En somme, il témoigna des plus libérales intentions; il suivit amicalement l'impulsion de Turgot; mais il lui prêta un concours plus moral qu'effectif et militant.

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Prépondérance de Turgot. — « Je vivrai peu », répondait Turbot à son ami qui s'effrayait de son zèle. El en effet, il s'efforçait de tout embrasser. Il chassait d'Ogny de la direction du Cabinet noirci défendait qu'on produisit en justice des lettres interceptées; il consultait longuement les intendants sur la suppression des corvées; il organisait en une régie d'État le service des diligences (bientôt surnommées « lurgolincs ») : on ne mit plus dès lors que cinq jours et demi au lieu de quatorze pour aller de Paris à Bordeaux. Il étudiait le moyen de tixer l'uniformité des mesures par la longueur du pendule à seconde au io° de latitude. Il faisait voter à l'assemblée du clergé un don gratuit de 10 millions. Il s'opposait à la condamnation des livres hétérodoxes. Il combattait énergiquement une épizoolie qui de proche en proche avait gagné tout le royame. 11 soutenait, contre les fraudeurs d'impôts, une guerre incessante, obligeait par exemple les nobles à payer exactement la capilalion. qu'ils éludaient presque toujours. Il s'inquiétait des affaires d'Amérique, d'une guerre possible, de ia situation de l'année. Il était la tète pensante et agissante du ministère.

Réformes militaires de Saint-Germain (1775-1777) — Le 10 octobre 1"5, le comte de Muy mourut des suites d'une opération de la pierre. 11 avait montré dans son administration une juste sévérité et avait secondé de son mieux le contrôleur général. Comment le remplacer sans affaiblir l'unité d'action du ministère? Turgot jeta les yeux sur un officier déjà âgé (soixante-huit ans), presque inconnu, qui avait jadis abandonné le service de la France pour aller réformer les troupes du roi de Danemark et s'était retiré en Alsace. G 'était le comte de Saint-Germain. — Il avait adressé à Maurepas un mémoire militaire que Turgot avait lu et qui l'avait frappé. Saint-Germain fut donc choisi, préféré à Caslries, qu'essayait de produire la coterie de Choiseul. Il s'était engagé tout d'abord à céder au contrôleur général l'administration financière de l'armée, dont la réforme promettait 1;5 millions d'économies. Une fois ministre, il changea d'avis, s'entêta, prélendit conserver toutes les attributions de ses prédécesseurs, se rapprocha de Maurepas, crut lui plaire en s'adjoignant comme directeur de la guerre son

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parent Je frivole el vicieux prince de Montbarey, qui ne lui causa que des ennuis. Saint-Germain était instruit et honnête, mais personnel, obstiné et maladroit. Esprit systématique el sans souplesse, depuis longtemps étranger au service de France, il procéda d'après des principes absolus; il compromit par une sorte d'austérité râpeuse les meilleures réformes. Or beaucoup de ses réformes sont excellentes. C'est ainsi qu'il s'attaqua aux corps privilégiés, diminua le nombre des gardes du corps et des mousquetaires, supprima |es grenadiers; qu'il mil de l'ordre dans la distribution des gouvernements militaires; qu'il régla les engagements et s'efforça de retenir les vieux soldats; qu'il fortifia la discipline, défendit le jeu cl le luxe, adoucit les peines contre les déserteurs. Il restreignit tant qu'il put les prérogatives accordées à la naissance, se déclara l'ennemi des faveurs et «les grâces, exigea une certaine ancienneté pour tout avancement, combattit la vénalité des offices. 11 encouragea la petite noblesse : c'est pour elle surtout qu'il créa dix collèges, sorte d'écoles militaires préparatoires, à Sorèze, Drienne, Pontlevoy, Vendôme, Tournon, etc., et réserva l'École militaire aux cadets sortis de ces collèges. Il consacra par ordonnance l'organisation de l'artillerie créée par Gribeauval. — Il dérangeait trop d'habitudes, il inquiétait trop d'abus pour qu'on ne lui cherchât pas querelle. Il avait déclaré qu'il ne souffrirait dans les troupes aucun officier « affichant l'incrédulité ou qui aurait des mœurs dépravées ». On se souvint qu'il avait porté jadis l'habit de novice chez les Jésuites; on se moqua de sa bigoterie; on l'accusa d'hypocrisie. Il avait substitué à la peine de la prison pour fautes légères des coups de plat de sabre. Bien que les châtiments corporels, tels que les coups de balon, fussent en usage et en grande estime; dans l'armée, on affecta de s'indigner contre sa cruauté et contre l'affront qu'il infligeait à l'honneur français. On prêta même à un soldat ce propos héroïque : « Frappez de la pointe, cela fait moins de mal! » L'impopularité croissante de Saint-Germain atteignit du même coup Turgot et compromit la cause des réformes.

Sartine ministre de la marine (1774-1780). — L'ancien lieutenant général de la police, le successeur de Turgot à la

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marine, Sartine1, était d'une tout autre école que le contrôleur général, et fort peu disposé à le seconder. 11 avait conservé des intelligences dans la police et son rôle n'avait pas été net pendant la Guerre des farines. Médiocre de caractère, habitué à respecter sans examen toutes les puissances, c'était d'ailleurs un administrateur très intelligent et d'une rare souplesse. En arrivant au ministère de la marine, il avoua « qu'il ne connaissait pas un bateau » et qu'il n'avait que « des notions très vagues sur les quatre parties du monde ». Cependant il devait soutenir honorablement le poids de la guerre d'Amérique. S'il manqua d'énergie contre les prétentions des grands, d'ordre dans les finances de son département (ce qui fut, en 1*780, sur la réclamation de Necker, la cause de sa disgrâce), « jamais ministre, dit plus tard Malouct, ne fit autant de vaisseaux et n'approvisionna mieux les ports ». En 4778, il se trouva que Sartine avait créé une flotte de 84 vaisseaux, sans compter les frégates et les bâtiments plus petits. Pour compléter les étatsmajors, il prescrivit d'embarquer sur chaque vaisseau trois auxiliaires pris dans la marine de commerce. C'est pendant son administration que fut entreprise (en 1179) cette digue de Cherbourg qui devait nous donner un port militaire sur la Manche, et qu'on essaya pour la première fois le doublage des coques des navires au moyen de feuilles de cuivre. Il fut secondé par un habile commis, Blouin, et par un savant d'un rare mérite, le comte de Fleurieu, qu'il nomma directeur des ports et des arsenaux. — Il fut moins bien inspiré lorsque, après la chute de Turgot, à l'instigation de ce môme Fleurieu, par les ordonnances du 2" septembre 1770, il acheva de détruire l'œuvre de Colbert en enlevant aux intendants civils des ports et aux commissaires de la marine la direction des arsenaux et l'administration matérielle des vaisseaux, pour les confier au corps des officiers. Dans le long duel engagé, comme on disait, entre Yêpre et la plume, la victoire reslait à l'épée. Mais le rùle de l'épée est de combattre, non de construire, d'armer et d'approvisionner des navires. C'était là une mesure de réaction, un

1. Voir, pour l'administration de Sartincà la police, ci-dessus, p. 365. ot |M»ur la suite de l'administration do la marine, ci-dessous, p. C,3.';.

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