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LES TENTATIVES DE RÉFORMES

triomphe do l'esprit de caste que Turgot sans doute n'aurait pas approuvé. Sous prétexte de rétablir « l'harmonie » entre les deux services, on sacrifiait l'un à l'autre.

Les édits de janvier 1776 : suppression de la corvée et des corporations. — Rien ne rebutait la constance de Turgot. Pendant l'année qui venait de s'écouler, il avait pu constater son impuissance à obtenir des économies. La cour seule avait dévoré 5 millions d'imprévu. II n'en poursuivait pas moins ses plans. Lorsque l'année 1776 s'ouvrit, il avait achevé la rédaction de six projets d édit.

Le premier édit concernait les corvées. Il en montrait l'injustice vexatoire, prônait la confection des chemins à prix d'argent, et, s'égarant même dans l'exagération des physiocratcs, affirmait que les propriétaires seuls doivent payer pour les routes; il déclarait avec plus de raison « qu'il n'est pas juste de demander un impôt aux pauvres pour en faire profiter les riches » ; enfin il prononçait la suppression des corvées, les remplaçait par une contribution et terminait au nom du roi par cette grave parole : « Cette contribution ayant pour objet une dépense utile à tous les propriétaires, nous voulons que tous les propriétaires privilégiés et non privilégiés y concourent. »

Le second édit supprimait tous les droits établis à Paris sur les grains. — Le troisième abolissait les offices inutiles créés par raison purement fiscale sur les ports, quais, halles et marchés de Paris.

Le quatrième est un des principaux monuments du ministère. C'est l'édit qui supprime les jurandes, maîtrises et corporations* . « Dans presque toutes les villes, dit Turgot, l'exercice des arts et métiers est concentré dans les mains d'un petit nombre de maîtres réunis en communauté, qui peuvent seuls, à l'exclusion de tous les autres citoyens, fabriquer ou vendre les objets du commerce particulier dont ils ont le privilège exclusif : en sorte que ceux qui se destinent à l'exercice des arts et métiers ne peuvent y parvenir qu'en acquérant la maîtrise, à laquelle ils ne sont reçus qu'après des épreuves aussi longues et aussi pénibles que

1. Sur l'origine et le développement de ces institutions, voir ei-dessns, l. II. p. 510; t. III, p. 291; t. IV, p. 1%; t. V, p. 3<H; t. Vl, p. 232.

unis XVI

superflues el après avoir salisfait à des droits ou à des exactions multipliées. » 11 ajoute (pie les pauvres sont ainsi forcément écartés de la maîtrise et souvent réduits à l'expatriation ; que les citoyens de toute classe sont privés du droit de choisir leurs ouvriers, forcés de se prêter aux lenteurs, aux prétentions, aux caprices des communautés. Ces corps privilégiés, il les condamne comme préjudiciables à l'industrie, comme contraires au droit naturel, et aussi parce qu'ils sont arbitraires, qu'ils tuent la concurrence, éteignent l'émulation, rendent impossibles les découvertes. 11 n'y aura donc plus de corporations. Liberté sera rendue à l'industrie. Liberté entière! Cependant Turgot n'était pas hostile en principe à toute association. Loin de là. Il remplaçait l'association de métier par l'association de quartier, autorisait les artisans et marchands «le chaque arrondissement de Paris à élire annuellement un syndic et deux adjoints qui seraient leurs représentants auprès du pouvoir.

Le cinquième édit supprimait la caisse de Poissy, impôt déguisé sur la vente des bestiaux. — Le sixième diminuait les droits sur les suifs.

L'opposition aux édits : les remontrances du Parlement. — Turgot était de nouveau tombé malade. Le Parlement, à la réquisition de l'avocat général Séguier, condamna une brochure de Condorcet sur « l'abolition des corvées » : ce qui était viser clairement le rédacteur des édits. Mais la confiance que Louis XVI accordait à son ministre était encore entière. Il approuvait ses édits; il croyait, dans sa naïveté, collaborer grandement à son œuvre en travaillant à une ordonnance sur la destruction des lapins dans les capitaineries royales; et, tout ému par l'imminence d'une lutte décisive; « Il n'y a, disait-il tristement, que M. Turgot el moi qui aimions le peuple. » L'attente était universelle. Dans la presse, la lutte était des plus vives entre les partisans et les adversaires des édits. Tandis que le Conseil supprimait les écrits de ceux qui osaient censurer des décisions royales, le Parlement, de son coté, frappait le livre de Boncerf (un économiste) sur les inconvénients des droits féodaux. Il avait reçu les édits depuis près d'un mois; il traînait à dessein ses délibérations en longueur. Enfin, le

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