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VI. — Russie, Turquie, Perse

Pierre le Grand et la Turquie : première médiation Bonnac (1720). — Dans ce tableau de l'Europe pendant 1rs dix-huit ans qui suivirent la paix dTtrecht, il ne faut point oublier les événements qui se passaient sur ses confins et qui, si loin qu'ils se produisissent, ne furent pas sans influence sur la politique générale de l'Occident.

Depuis que la paix avait été rétablie, en 1711 et 1713 ', entre la Russie et la Porte, les conflits, entre deux Etats qui se touchaient par tics frontières si étendues et si mal définies, restaient presque quotidiens. Pendant les dernières années de la guerre du Nord, l'Angleterre et surtout l'Autriche, celle-ci inquiète de voir l'occupation russe s'éterniser en Pologne, étaient parvenues à effrayer la Porte de cette puissance nouvelle que le dangereux voisin avait acquise sur la Baltique et sur la Vistule : le traité du Pruth, qui interdisait au tsar toute intervention dans les affaires de Pologne, était violé. De plus il y avait conflit à propos des hordes de Kouban et de Kabardie. Dès 1711 Pierre avait eu l'idée de contenir la première par la seconde, et avait dépêché à celle-ci le prince Alexandre Tcherkasski, avec mission de l'amener à reconnaître le protectorat de la Russie. Tcherkasski trouva la Kabardie déjà travaillée par les émissaires du Grand-Seigneur et du khan de Crimée. Enfin, sur tous les pays du Caucase, la Turquie et la Perse étaient en compétition de suzeraineté. Artémi Volynski, envoyé par le tsar en Perse (1715-1721), après avoir exposé la profonde désorganisation de ce royaume, estimait qu'on ne pourrait ramener les dynasties du Caucase à l'influence russe que par une intervention à main armée dans ce pays et môme en Perse. Le sultan Ahmed III, secouant sa torpeur, paraissait disposé, pour la

1. Voir ci-<l<^iis, t. VI, p. 80G el suiv.T 8 48 et suiv. A consulter aussi pour toutes U's affaires d'Orient qui vont suivre.

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Pologne et pour le Caucase, à reprendre les armes contre la Russie. Mais le marquis de Bonnac,dc concert avec Campredon, son collègue à Pétersbourg, fit accepter aux deux parties la médiation de la France. Grâce à Bonnac, l'envoyé russe, Dachkof, obtint le renouvellement du traité du Pruth (Cunslantinople, 16 novembre 11*20).

Les révolutions de la Perse : conquête par les Afghans. — Sous les successeurs d'Abbas le Grand1, — Shah- Çoufi (1628-1641), Abbasll (1641-1666), Soliman (1606-1694), Hussein (1694-1722), — l'empire iranien, un moment reconstitué par lui, s'était de nouveau démembré en libanais presque indépendants. Il y avait à la cour du sbab Hussein un prince géorgien, Gourghin-Khan, de la famille royale des Bagration ou Pagratides, nommé gouverneur du Kerman et de la Géorgie, el dont la présence àlspahan inquiétait le roi, ses ministres et ses eunuques. On l'éloigna en lui confiant le soin de réduire à l'obéissance le Kandahar, toujours rebelle. Avec ses fidèles Géorgiens, il réprima facilement la révolte ; mais ses exactions, ses violences, les excès de ses soldats foulèrent à tel point le pays qu'une insurrection, cette fois générale, s'y prépara. Les tribus afghanes du Kandahar mirent à leur tète un de leurs chefs de tribu, Mîr-Vaïs. Il tua Gourghin dans un guet-apens, surprit Kandahar et chassa les Géorgiens. D'abord il s'était ménagé l'approbation de la cour d'Ispahan, lui représentant Gourghin comme un rebelle. Quand la cour se ravisa, il était trop tard : Mir-Vaïs avait assez fortement organisé la défense du pays pour que quatre armées persanes (de Hérat, de Tauris, de Géorgie, etc.) fussent anéanties successivement. 11 mourut après avoir presque régné sur le Kandahar pendant cinq ans (1715).

La revanche des Iraniens de l'Est sur les Iraniens de l'Ouest, des Afghans sunnites sur les Persans chiites, ne devait pas s'en tenir là. Mir-Mahmoud, fils du Libérateur, s'arrogea le titre royal. L'état où se trouvait alors l'empire persan justifiait ses ambilions les plus démesurées : ce n'étaient partout qu'invasions étrangères et que révoltes. En 1717, les Abdallas du

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