Voir ri-dossus, p. 1 et sniv
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siècle le commerce en défiance contre le billet de banque, il avait, par ses théories, attiré l'attention sur les questions de finance. Melon, qui avait été secrétaire de Law, publia en 1731 Y Essai politique sur le commerce, dans lequel il défendait la doctrine erronée du maître sur l'augmentation du numéraire, mais en même temps démontrait l'importance du commerce ol présentait comme moyen de le développer « une liberté qui excite l'industrie ». Dutot, qui avait été aussi employé sous les ordres de Law, lui répondit par les Réflexions politiques sur le commerce et les finances, dans lesquelles, tout en faisant l'apologie du Système, il exposait les vrais principes de la monnaie et les avantages d'une unité monétaire fixe.
Vers la même époque, quelques penseurs se réunissaient au club de /' Entresol, fondé en 1720 par l'abbé Alary, pour causer de politique et de réformes; l'abbé de Saint-Pierre et d'Argenson étaient au nombre des fidèles de ce cercle, que Fleury fit fermer par crainte de ses hardiesses. Après la mort du cardinal, la discussion philosophique trouva un asile dans d'autres salons. Helvétius, le baron d'Holbach, Mmo Geoffrin accueillirent les beaux esprits et donnèrent ou laissèrent prendre à leurs réunions un caractère plus sérieux que n'avaient eu celles de Mme du Defïand ou M,uc de Tcncin. Raynal y développait avec faconde ses idées sur Colbert et l'avenir des colonies; Galiani amusait par ses paradoxes et ses contes; Moreliet exposait avec discrétion ses vues claires et sages sur l'industrie; Diderot, esprit universel, versait sa chaleur et sa lumière sur toutes les questions. A travers la diversité des opinions qui s'entre-croisaient, presque tous s'accordaient à fronder les abus, et, en matière de commerce et d'économie politique, à saper l'échafaudage des règlements et des monopoles.
En dehors et au-dessus de ces cercles planaient les grandes renommées de Montesquieu, qui publiait V Esprit des lois en 1748, de Voltaire, qui de loin tenait l'opinion en éveil par sa correspondance et ses écrits, de Diderot et d'Alembert, qui publiaient en 1751 le premier volume de Y Encyclopédie.
Les administrateurs se laissaient pénétrer par les idées nouvelles. Fendant que Forbonnais, intendant du commerce et
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auteur «l'une savante histoire des finances, défendait encore le colbertisme, la plupart des publicisles l'attaquaient. Un autre intendant, Gournay, se faisait un nom en montrant les inconvénients de la réglementation. « En prêchant une liberté qui va jusqu'à proscrire les règles et les inspecteurs, il a opéré l'inexécution des unes et le discrédit des autres », écrit confidentiellement au ministre, en 4 761 , l'intendant du Languedoc, après une tournée de Gournay. Gournay demandait qu'on levât la prohibition des toiles peintes. Morellet l'aida de sa plume: les cercles s'agitèrent, et en 1758 l'entrée des toiles peintes fut permise moyennant un droit de 15 p. 100. C'est un des premiers succès du libéralisme en matière industrielle. Il coïncidait avec un mouvement semblable dans le domaine agricole. Cependant une quinzaine d'années après, Nccker, pour se distinguer, se faisait le champion du colbertisme dans un concours académique et, parvenu aux affaires, s'attaquait à l'œuvre ébauchée par Turgot.
Quesnay : les physiocrates. — Quesnay (1694-1774). médecin du roi et de M-6 de Pompadour depuis 1744, réunissait souvent dans son entresol du palais de Versailles quelques disciples : Mirabeau le père, Mercier de la Rivière, Dupont de Nemours, etc. Par une analyse profonde sur quelques points, incomplète ou fausse sur d'autres, il s'était convaincu que la terre est la source de la richesse et qu'il n'y a de capital disponible que le revenu net du propriétaire foncier ; que, d'autre part, l'industrie et le commerce, tout en rendant des services, ne font que transformer ou transporter la richesse. Toutefois celte théorie étroite le conduisait par un sentier détourné sur la grande roule de la liberté du travail et des échanges. Qu'on laisse, disait-il, l'industrie et le commerce entièrement libres; la concurrence peut seule réduire les profits à leur moindre valeur; donc point de monopoles ou de privilèges, « qui retomberaient désastreusement sur les revenus du souverain et des propriétaires ».
Quesnay écrivit peu. Son premier écrit d'économie politique est l'article Grains dans Y Knctjclnjwlie (1 7oG) ; en 1758, son Tableau êeonoiniqve; en 1768, sa Phijsiovmtie ou Gouvernement
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dr la nature et de ses lais supérieures et antérieures à ta toi écrite. 11 avait la réserve el parfois l'obscurité d'un prophète. Mais ses disciples, auxquels on adonné le nom de jihi/siocrates, répandirent sa doctrine par des journaux et des livres. Le marquis «le Mirabeau, dans VA mi des honnnes (1750), délaya plutôt qu'il n'exposa quelques idées du maître en prônant l'agriculture; son livre, quoique confus, eut un grand succès de vogue, grâce au franc parler et aux boutades de l'auteur. L'Ordre naturel et essentiel des sociétés de Mercier de la Rivière, publié en 1767, a été le premier exposé de la doctrine, que l'auteur fondait sur ce triple principe : propriété, sûreté, liberté. Sa conclusion était que les lois positives ne sauraient être arbitraires puisque, pour être justes, elles doivent être conformes à ce triple objet. Ce livre, d une composition lourde, eut aussi un grand retentissement. A la suite de cet auteur, Raudeau, Dupont de Nemours, Le Trosne propageaient la doctrine de la liberté et du produit net. Turgot, esprit bien supérieur, qui avait fréquenté les salons d'Helvétius et de M" GeofTrin, écouté Gournay, adhéré à la doctrine de Quesnay, présenté dans ses Réflexions sur la formation et lu distribution des richesses un exposé limpide de la théorie physiocratique élargie, appliqua ces idées de liberté du travail et de juste répartition des charges pendant quinze ans dans son intendance du Limousin, puis, avec éclat, pendant les deux années de son ministère.
Adam Smith. — Pendant son ministère, un philosophe anglais, qui avait eu l'occasion de rencontrer dans nos salons les philosophes et les physiocrales, mais qui, observateur perspicace, avait été attiré surtoutpar le spectacle du développement de l'industrie dans son propre pays, publiait en 1770 un ouvrage intitulé : Heeherches sur la nature et tes causes de la richesse des nations. 11 y exposait, avec une ampleur et un sens pratique que n'avaient pas eus les physiocrates, les conditions de la création et de la distribution des richesses et démontrait que le travail était la vraie source de toute richesse, transportant ainsi la cause efficiente de la nature à l'homme et posant le fondement définitif de la science économique, toutefois sans distinguer lui-même suffisamment les différentes espèces de travail
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et sans faire assez nettement la part de la direction intellectuelle et celle de l'exécution matérielle. L'influence d'Adam Smith sur l'économie politique française ne devait se faire sentir qu'après la Révolution.
L'agriculture jusqu'en 1760. — On a vu combien la lin du règne de Louis XIV avait été désastreuse pour la population et pour l'agriculture. Il fallut à la France des années pour se relever. On pourrait composer un volume entier des doléances des contemporains sur la fréquence des disettes pendant la première moitié du xvnie siècle, et sur le dénùment des campagnes; dans une liste peut-être incomplète, j'ai enregistré onze disettes de 1723 à 1756, et en 1739 le duc d'Orléans mettait sur la table du conseil du roi un pain sans farine, en disant : « Sire, voilà de quel pain se nourrissent aujourd'hui vos sujets. » En 1748, un vieux curé de Touraine affirmait à d'Argenson n'avoir jamais vu misère aussi grande, même en 1709. Cependant les guerres de Louis XV, même la funeste guerre de Sept ans, n'avaient pu épuiser le pays comme l'avaient fait les deux dernières guerres de Louis XIV.
Le mal était surtout dans la lourdeur et l'inégalité des charges, les mauvais procédés de culture, la langueur du commerce agricole et enfin l'avilissement des prix. De 1715 à 1765. pendant un demi-siècle, le prix du blé ne s'est relevé qu'exceptionnellement dans les années de disette où le manque de produits ne permettait pas à la majorité des cultivateurs de profiter de la hausse. Aussi le prix des fermages et celui de la terre ontils été en moyenne inférieurs à ce qu'ils étaient pendant la période florissante du règne de Louis XIV, et, d'autre part. ~\ le paysan est demeuré dans la gêne.
L'agriculture en faveur. — La situation a changé dans la seconde moitié du siècle, surtout après la paix de Paris. Quesnay avait prôné l'agriculture comme étant la source de toute richesse et il avait demandé la sécurité de la culture et la liberté du commerce. Mirabeau publiait YAmi des hommes en 1756. 1) ipont de Nemours entreprenait la publication du Journal ifwjriculture, commerce <l finances. De son côté, Rousseau, en exaltant le sentiment de la nature, contribuait puissamment à
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éveiller le goût de la vie rustique. Les champs ^étaient à la mode dans les salons; Florian écrivait ses pastorales et la reine Marie-Antoinette allait installer la bergerie de Trianon. Plus sérieuses étaient les^ expériences du marquis de Turbilly, quoiqu'il s'y soit ruiné, l'élevage du duc de Choiseul, relégué dans sa terre de Chanteloup, les exemples et les encouragements que La Rochefoucauld s'efforçait de donner à ses fermiers de Liancourt. Dans plusieurs provinces, des sociétés d'agriculture et des cours d'agriculture étaient fondés durant la seconde moitié du siècle, et principalement sous l'administration de Berlin. Vers la fin du règne de Louis XVI, en 1185, un Comité connu1 fat if tVafivicvUuvc était institué auprès du contrôle général. Daubenton, envoyé en Espagne, en ramenait son troupeau de mérinos. Brémontier commençait à fixer les dunes de Gascogne par des semis de pins. Parmenticr s'appliquait à vaincre le préjugé des Français contre la pomme de terre. Un ingénieur de la Touraine, parlant en 1766 de son temps « où le goût de l'agriculture semble être à sa dernière période », se demandait même si, après avoir poussé trop loin la préférence donnée aux manufactures, on ne la donnerait pas bientôt trop exclusivement à l'agriculture.
* Hausse des prix. — De la baisse, le prix des denrées et celui de la terre tournèrent à la hausse, hausse qui semble considérable d'après les recherches de plusieurs économistes. M. Je vicomte d'Avenol estime qu'en moyenne l'hectare de terre du labour, qui valait 265 francs (estimés en monnaie actuelle) dans le premier quart du xvui8 siècle, en valait 964 dans le dernier quart, et M. Zolla a établi par des comptes d'hospice que le prix d'un bœuf, celui d'une pièce de vin, d'un poulet avaient doublé; le prix moyen du blé avait augmenté de près d'un tiers. « Il y a peu de choses, disait Arthur Young en 1790, qui fassent aussi bon effet que cette liausse générale des prix depuis vingt ans. » Cette augmentation paraît due en partie à la production plus abondante des mines d'argent et, par suite, à une diminution de la valeur du métal (en autre, le poids de la livre avait été réduit de près d'un tiers dans le cours du xviu* siècle). Quelle que soit la cause,
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une élévation graduelle et constante des prix pendant une longue période est favorable aux producteurs agricoles ou manufacturiers, dont le gain va en croissant : c'est un gain non seulement nominal, mais d'ordinaire réel pendant un temps, parce que les prix de toutes choses n'augmentent pas parallèlement. Les ouvriers de la campagne l'ont éprouvé : leur salaire ne s'est pas élevé proportionnellement aux denrées, et il y a des écrivains qui pensent que leur situation était moins bonne en 1790 qu'en i"i0.
État de la culture et des paysans vers la fin de l'ancien régime. — D'ailleurs, la situation générale était loin d'être excellente. On peut encore accumuler des témoignages de misère dans la seconde moitié du xviii" siècle : Taine l'a fait, et nous en avons nous-môme cité quelques-uns dans la Population française. « Le sol en France est bon », dit Youner, parlant d'une manière un peu vague d'un grand pays dans lequel il y a des sols de toute nature; < comment se fait-il que le sol soit si faible et la rente si élevée? Cela vient de la misère des gens de la campagne. Les fermiers n'y sont guère plus riches que les journaliers, et les métayers sont très pauvres. L'impôt est écrasant et la crainte d'une aggravation paralyse en quelque sorte le bien-être. » Pourtant il ne faut pas puiser dans les archives du mal tous les traits d'un tableau qui en réalité est complexe et divers; Moheau, qui a écrit le meilleur ouvrage du siècle sur la population française, reconnaît et déplore ce mal; mais il ajoute que cependant le nombre des maisons en torchis a diminué; qu'il y a plus de paysans vêtus de laine au lieu de toile; que les famines, quoique terribles encore, le sont moins qu'autrefois; que le pain est devenu meilleur dans des contrées où l'on se contentait auparavant de sarrasin, d'orge ou de seigle; que l'usage du vin est plus répandu.
Toutes les provinces ne se ressemblaient pas. Les fermes de Flandre et d'Artois avaient un assolement varié et convenable; un fermier anglais, au dire d'Arthur Young lui-même, les aurait visitées avec profit; celles de l'Alsace s'en rapprochaient; celles de laLimagne et de la plaine de la Garonne étaient productives, sans être aussi bien conduites. Dans d'autres régions, même
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naturellement fertiles, comme le pays de Caux et la Beauce, les fermes étaient en médiocre état; avec l'assolement triennal tel qu'il était pratiqué, le tiers du sol labourable restait en jachère; les deux autres tiers ne rendaient guère, en froment et on ensemencement de printemps, seigle ou avoine, plus de cinq ou six fois la semence. Toutefois certains propriétaires commençaient à faire des prairies artificielles, sainfoin ou luzerne, qui permettaient d'augmenter et de mieux nourrir le bétail, et Arthur Young critiquait à la fois la courte durée du premier et la belle venue de la seconde. La culture de la pomme <le terre, qui, dans quelques parties de la France, notamment en Alsace et en Lorraine, n'avait pas attendu la prédication de Parmentier, contribuait sensiblement à accroître l'aisance de certains agriculteurs en leur procurant une récolte dérobée. En Bretagne, où la natalité était alors faible et la mortalité grande, dans le centre de la France, en Gascogne, les landes et les bruyères occupaient des étendues considérables, quoique, par suite de l'accroissement de la population et du goût dominant pour l'agriculture, l'administration eût autorisé, de 1766 à 1"86, le défrichement de près d'un million d'arpents.
La petite culture était de beaucoup prédominante et elle était faite, pour les trois quarts au moins, par des métayers n'ayant aucun capital. En même temps, la majeure partie des terres appartenait à la grande propriété, et les plus grands propriétaires ne résidaient guère dans leurs domaines; ils étaient à la cour, à la ville, où ils dépensaient trop pendant qu'ils ne dépensaient pas assez sur leurs terres, où, au dire d'Arthur Young, ils s'inquiétaient plus de chasse que d'assolement. Y'oung, choqué de ce contraste, déplorait la condition du petit fermier ou métayer qui, loin de pouvoir améliorer son fonds, était souvent obligé d'emprunter du grain pour subsister jusqu'à la moisson. « Cette pauvreté, dit-il, frappe à sa racine la prospérité nationale, la consommation du pauvre étant d'une bien autre importance que celle du riche. Y a-t-il apparence qu'un pays soit florissant quand la préoccupation principale est d'éviter la consommation des objets manufacturés? »
Cependant la population augmentait. J'ai établi, dans la
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Po/mlalioH l 'nuira ise, qu'elle était vraisemblablement tombée à 18 millions, y compris la Lorraine et la Corse, à l'avènement de Louis XV, qu'elle s'était relevée à 26 millions environ en 1781> et que ce relèvement ne s'était accentué que dans la second*' moitié du siècle. C'est peut-être en partie à ce fait qu'est due In hausse du prix des aliments et de la terre.
Les routes. — Elle est due aussi en partie à l'amélioration des roules. Malgré quelques tentatives de Sully et malgré les bons effets de l'administration de quelques pays d'États, Louis XIV avait pu se plaindre, dans une ordonnance de 166i, que « le mauvais état des chemins empêchât notablement le transport des marchandises ». Il essaya d'y remédier, et il lit construire des roules qui excitaient l'admiration de Mmc de Sévigné, mais qui étaient encore en fort petit nombre a sa mort. C'est seulement au xvin8 siècle, lorsque le contrôleur général Orry se fut sérieusement appliqué à cette tache et eut généralisé la corvée, surtout lorsque Trudaine et Perronel eurent été chargés de ce service et eurent organisé le corps des ponts et chaussées, que les provinces du royaume se couvrirent d'un réseau de grandes roules.
Le roulage était devenu plus facile; des messageries avaient pris presque partout la place des anciens coches et Turgot avait mis en vogue les Turgolines.
Liberté du commerce des grains et du tissage. Lue autre cause avait contribué aussi à améliorer le sort des cultivateurs : plus de facilités pour la circulation et le commerce des grains. Durant une grande partie du règne de Louis XIV, l'exportation avait été interdite, sinon par permission spéciale, ou avait été frappée de droits excessifs, en vue de favoriser la manufacture par le bas prix des denrées; dans l'intérieur du royaume, le transport d'une province à une autre élait autorisé ou prohibé par l'intendant suivant les besoins supposés des localités, Ce régime, qui faisait partie de l'ensemble du col/jf>rlisinf\ fut maintenu sous le règne de Louis XV jusqu'en 1719, année où la libre circulation à l'intérieur fut permise. Elle le resta jusqu'en 1753. En 1763 (déclaration du 25 mai), le contrôleur général Laverdy, inspiré par des idées
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libérales, rendit enlièrement libre la circulation à l'intérieur ef, moyennant un droit de douane, autorisa l'exportation tant que le prix du froment n'excéderait pas sur les marchés français 12 livres 10 sous le quintal. Ce régime de liberté dura jusqu'au ministère de Terray, qui ramena un régime de réglementation sous lequel le commerce se trouva paralysé. Turgot, au début de son ministère, se hâta de rétablir la libre circulation à l'intérieur : il savait que « la liberté était Tunique moyen d'empêcher que rien n'altère le prix juste et naturel que doivent avoir les subsistances ». Après le traité de commerce avec l'Angleterre (1186), l'exportation fut de nouveau permise.
Au nombre des mesures favorables aux populations rurales, il faut placer aussi l'ordonnance de 1762, confirmée en 1165, contemporaine de la libre circulation des grains : dans les petites localités où il n'y avait pas de communauté d'arts et métiers, elle permit à tous les habitants, sans distinction, de fabriquer du fil et des tissus, industries indispensables aux campagnes et que les « maîtres » des villes leur refusaient le droit d'exercer. Cette ordonnance ne créa pas l'industrie rurale, qui avait toujours existé, mais elle lui donna la sécurité et contribua ainsi à son développement.
Les corporations. — L'organisation del'industrie demeura sous Louis XV à peu près telle que Colbert l'avait faite : le corps tle métier, la manufacture royale et V inspection en étaient les traits les plus caractéristiques.
Dans un grand nombre de villes et de bourgs, les métiers étaient presque tous sous le régime corporatif; le nombre des corporations 1 avait augmenté en vertu de l'édit de 1613 et leur esprit était toujours celui du monopole. Les unes demandaient et obtenaient, sous prétexte d'encombrement et de concurrence excessive, des arrêts qui leur interdisaient, pendant trente et quarante ans de suite, de recevoir des apprentis et des maîtres. D'autres décidaient de n'avoir qu'un compagnon par atelier. La plupart limitaient le nombre des maîtres plus étroitement qu'on ne le faisait en plein moyen îlge : c'est ainsi que l'on