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I. Voir ri-des^is, p. 621 i-t nol

voit à Montpellier fixer le nombre des orfèvres à douze; à Ximes, les perruquiers réclamer énergiquement contre un arrêt du parlement qui avait autorisé les chirurgiens à friser les cheveux. A Paris, un chapelier, Leprevost, s'était fait une nombreuse clientèle en fabriquant des chapeaux avec de la laine mêlée de soie; mais, comme les statuts ne mentionnaient que la laine pure, les jurés de la corporation, jaloux de son succès, commencèrent par l'inscrire pour une taxe énorme sur le rôle de la capitation, puis vinrent à plusieurs reprises saisir ou détruire ses chapeaux, sous prétexte qu'ils n'étaient pas conformes aux statuts (1760). Les faits de ce genre abondent.

Politique du gouvernement à l'égard des corporations. — Le gouvernement, moins exclusif que les intéressés, s'opposa plus d'une fois aux empiétements corporatifs. Quoique les ordonnances de 1581 et de 1 597 eussent autorisé les maîtres reçus dans une ville à s'établir dans une autre ville, Paris et Lyon exceptés, les corps de métiers dans chaque ville oppo saient une résistance presque toujours victorieuse. Le gouvernement rendit à ce4 sujet, en 1755, une nouvelle ordonnance déclarant que loulcs les villes du royaume, hors Paris, Lyon, Rouen et Lille, seraient librement ouvertes à tout sujet français qui pourrait justifier de son apprentissage et de son compagnonnage : mesure libérale, mais que la mauvaise volonté des corps de métiers rendit encore à peu près vaine. Dans plusieurs cas, le gouvernement refusa d'ériger en corporation des artisans qui postulaient celle faveur. En 1773, il motivait un refus fait aux boulangers de Cahors sur « les inconvénients qui résultent de la création de pareils corps par les procès multipliés et les dépenses exorbitantes qui en sont la suite ». Il est juste de dire que cet arrêt est d'un temps où les idées des économistes commençaient à être en faveur.

Les parlements maintenaient la jurisprudence par leurs arrêts, soutenant, d'une part, les communautés dans la possession de leur privilège légal quand il était attaqué, annulant, d'autre part, les corporations constituées sans litre suffisamment régulier : ils devenaient dans ce cas des défenseurs du travail libre. Depuis longtemps, ils n'admettaient que les statuts

sanctionnés par lettres patentes, c'est-à-dire par le pouvoir royal, refusant de reconnaître la validité des statuts revêtus seulement de l'approbation d'un seigneur haut justicier. Ils avaient posé en principe que l'obligation pour les artisans de s'agréger en corporation ne s'appliquait qu'aux « villes à jurande », conformément à l'ordonnance de 1673. Les parlements étaient essentiellement conservateurs à l'égard des communautés d'arts et métiers : ce qui était écrit devait demeurer et être exécuté. Aussi furent-ils très hostiles à la réforme de Turgot. L'avocat général Séguier, dans la protestation du parlement de Paris contre l'édit qui supprimait les corporations, s'exprime ainsi : « Ce genre de liberté se changerait bientôt en licence et ce principe de richesse deviendrait un principe de destruction. Tous vos sujets, Sire, sont divisés en autant de corps différents qu'il y ad états différents dans le royaume; ces corps sont comme les anneaux d'une grande chaîne dont le premier est dans la main de Votre Majesté. La seule idée de détruire cette chaîne précieuse devrait être effrayante. »

Le Conseil d'Etat parait avoir été plus accessible aux idées nouvelles, et avoir manifesté une certaine tendance à s'opposer aux aggravations de monopole. C'est ainsi qu'on trouve des arrêts portant que toute personne était libre de faire dans le royaume le commerce des laines françaises et étrangères (1758); repoussant la prétention des habitants de Quillebœuf de n'admettre comme pilotes que des natifs de la ville (17">9); déclarant libres le commerce de dentelles à Caen (1708), le métier d'horloger à Besançon (1769), celui d'orfèvre à Lille (1775); cassant un arrêt du parlement de Paris qui avait interdit aux boulangers de cuire des viandes dans leur four (1775); interdisant aux communautés de faire aucun procès sans le consentement de l'intendant de la province. Dans ces décisions on sent le souffle de Turgot.

Petite industrie. — Les maîtres, dans le corps de métier, appartenaient à la petite industrie. Peu de grands ateliers : les statuts y mettaient parfois des obstacles positifs et le genre d'affaires ne les aurait guère comportés. La plupart des maîtres étaient des artisans ou de petits boutiquiers; il n'était pas rare

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de compter dans une profession autant et même plus d'entrepreneurs que de salariés; mais c'étaient en général de plus petits entrepreneurs qu'aujourd'hui. C'est ce qui explique leur nombre relativement considérable dans plusieurs villes à cette époque. Voici un exemple pris dans une profession qui appartient encore aujourd'hui à la petite industrie : en 1721, Paris avait moins de 600 000 habitants et 757 boulangers, soit un par 792 habitants; aujourd'hui, 2 448 000 habitants et 1522 boulangers, soit un boulanger par 1608 habitants.

La réforme qu'accomplit Turgot était donc préparée depuis une vingtaine d'années par les théories nouvelles, par les discussions, par certaines tendances de l'administration. Les gens éclairés et désintéressés étaient préparés à entendre la royauté proclamer que « Dieu, en donnant à l'homme des besoins, en rendant nécessaire la ressource du travail, a fait du droit de travailler la propriété de tout homme et celte propriété est la première, la [dus sacrée et la plus imprescriptible de toutes », et en conséquence supprimer les corps de métiers afin « d'affranchir ses sujets de toutes les atteintes portées à ce droit inaliénable de l'humanité ». Mais les opinions philosophiques ne gouvernent pas le monde; les intérêts et la tradition ont une bien plus grande puissance et les édits de mai 1716 produisirent, comme on l'a vu, un soulèvement général parmi les maîtres dos métiers, les gens de robe et la plupart des gens d'affaires.

Après la chute de Turgot, l'édit d'août 1776 rétablissait les six corps de marchands et quarante-quatre communautés d'arts et méliers à Paris, et une mesure semblable fut appliquée dans le ressort des autres parlements. Six ressorts (Bordeaux, etc.), où l'on avait refusé d'enregistrer les édits de Turgot, ne subirent aucun remaniement. Les édits de reconstitution portaient bien quelques améliorations à l'ancien régime, en réunissant des corporations rivales, en laissant quelques petits méliers libres et en simplifiant les formalités d'administration. Mais les corporations, rentrées en possession d'elles-mêmes, reprirent leurs anciennes habitudes. Pendant la guerre d'Amérique, la royauté les contraignit à s'endetter pour fournir des subsides,

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et la Révolution les trouva à peu près telles qu'elles élaicnt avant l'avènement de Louis XVI.

L'ouvrier dans la corporation. — Les statuts do presque toutes les communautés d'arts et métiers tenaient les ouvriers dans la dépendance. Un maître ne pouvait recevoir un compagnon qui ne fût muni d'un certificat du maître qu'il quittait, visé par les jurés et portant que ledit compagnon était libre de tout engagement, avait terminé l'ouvrage commencé et prévenu son patron huit jours d'avance. Chez les charcutiers de Paris, le compagnon qui allait travailler chez un charcutier privilégié, c'est-à-dire autorisé à exercer sans faire partie de la corporation, était exclu à jamais de la maîtrise. Chez les horlogers, l'ouvrier qui se permettait de travailler hors des boutiques des maîtres, encourait une pénalité de trois ans de galères. Les chaudronniers de Paris obtinrent des sentences de police sanctionnant l'interdiction de la maîtrise pour les compagnons qui allaient travailler chez les fabricants du fauhourg Saint-Antoine. Chez les cordonniers, il était défendu aux maîtres de donner à des ouvriers un salaire supérieur à celui <jui était fixé par les règlements.

A Paris, quatre garçons de marchand de vin ayant fait cause commune avec un garçon que le maître congédiait et quitté ensemble la boutique, et un courtier ayant ensuite trouvé à les placer ailleurs, la corporation s'émut et prit une résolution (à laquelle le Parlement donna force légale par l'homologation), déclarant que l'acte des ouvriers et du courtier était contraire aux statuts de 1730 et de 1716, « que ce procédé mérite une singulière attention à cause des suites dangereuses qui pourraient s'en suivre... lesdits garçons deviendraient pour ainsi dire les arbitres, soit pour ne faire que ce qu'ils voudraient, soit pour la fixation de leurs gages... inconvénients que l'on a vu depuis peu arriver dans plusieurs communautés de Paris, entre autres les communautés des peintres, des sculpteurs, des serruriers, des chapeliers et plusieurs autres dont les garçons sortaient tous ensemble de chez différents maîtres de ces communautés, sans vouloir y rentrer qu'aux prix et conditions qu'ils avaient comploté de fixer ». L'arrêt portait que tout

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garçon devait se faire inscrire à son arrivée et à chaque mutation sur le registre du bureau; que les courtiers ne devaient pas se mêler du placement des garçons; tous garçons ayant comploté de quitter plusieurs ensemble ou successivement leur maître ne pourraient plus être employés d'un an; les marchands seraient tenus de prévenir le bureau de la mauvaise conduite des garçons. Cet arrêt de 1731 suflit pour donner une idée de la relation légale entre ouvriers et patrons au temps de Louis XV.

Une ordonnance du 12 septembre 1181 a rassemblé et confirmé les dispositions antérieures sur la police des ouvriers et exigé que ceux-ci fussent désormais munis partout d'un livret sur lequel seraient enregistrés les congés.

Les compagnons du métier, c'est-à-dire ceux qui avaient fait leur apprentissage chez un maître du corps, avaient en compensation quelques privilèges qui étaient eux-mêmes en harmonie avec l'esprit exclusif des corporations. Quelquefois, par usage plutôt que par disposition statutaire, leurs enfants étaient préférés aux étrangers pour être admis à l'apprentissage ; souvent ils avaient le droit d'être embauchés avant les compagnons étrangers; mais les statuts ajoutaient que les maîtres devenus pauvres avaient, à cet égard, le pas sur les compagnons. Dans beaucoup de professions, les compagnons du métier pouvaient seuls aspirer à la maîtrise.

Le compagnonnage. — Dans certaines professions, particulièrement celles du bâtiment, les ouvriers, comprenant que les statuts des corps de métiers rédigés par les maîtres étaient faits pour les maîtres, avaient cherché une protection spéciale dans des associations secrètes. Le compagnonnage, dont nous avons parlé en traitant de la condition des ouvriers à la fin du moyen âge, était toujours proscrit et toujours florissant. Les ouvriers l'aimaient, d'abord parce que, malgré ses nombreux inconvénients, il leur rendait des services réels dans leurs fréquentes pérégrinations; ensuite parce qu'ils s'y trouvaient seuls, maîtres d eux-mêmes, souvent en désaccord les uns avec les autres, mais toujours en harmonie de sentiments dans leur défiance des patrons.

L'Etat ne voyait pas sans inquiétude cette population flottante rejetée en quelque sorte hors de la société légale et organisée contre elle. « L'union des dévorants' de tous les états, disait un arrêt rendu en 1773 parle Conseil supérieur de Chalons, formant un parti considérable et toujours en opposition avec la classe des gavots, fait trembler les citoyens sur les suites de cette guerre cruelle que les deux sociétés se font entre elles. » L'arrêt défendait aux tondeurs de Troyes, à l'occasion desquels le Conseil avait été saisi, d'employer des menaces et des voies de fait pour obliger leur maître à leur donner la clé de la maison, de la lumière dans leur chambre, à changer la nourriture (il s'agit «les ouvriers logés et nourris, ce qui était un cas fréquent), de se détourner les uns les autres du travail et, pour cela, de s'attrouper dans les rues ou dans les cabarets, de célébrer messes et fêtes, de porter des cannes ou autres armes, de faire la conduite au départ des compagnons.

Les mêmes griefs se reproduisaient depuis le moyen Age. Dans quelques métiers, le compagnonnage était parvenu à occuper une forte position; dans aucune profession peut-être plus que dans la chapellerie : un arrêt rendu en 1749 contre les compagnons chapeliers «,qui ne laissent pas les maîtres choisir leurs ouvriers ctqui obligentleurs camarades à quitter le maître qui a blessé quelqu'un de leurs prétendus privilèges ou refusé de leur avancer de l'argent » ne changea pas la coutume.

Les cahiers rédigés par les métiers en vue des États généraux <le 1789 portent le cachet de l'intérêt personnel des maîtres qui seuls avaient voix délibérative. La plupart demande la suppression des manufactures royales, mais le maintien des jurandes et maîtrises, avec quelques réformes. Peu parlent des ouvriers; cependant le cahier de Nîmes demandent formellement « que les assemblées illicites de compagnons et les assemblées connues sous le nom de devoirs et de gavots, soient défendues et que les règlements faits sur cet objet pour Paris soient étendus à tout le royaume ».

1. (le mot, d'aspect si rébarbatif, est simplement un dérivé de devoir, et devoir a i«*i le sens de compagnonnage. Les dévorants appartenaient à la grande association des - Enfants de maître Jacques -, tandis que les gavots ou serruriers appartenaient à celle des . Enfants de Salomon ».

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Les ouvriers de la grande fabrique à Lyon. — Lyon fait exception et la raison de cette différence est un trait de lumière sur la situation relative de l'ouvrier et du patron au xviuc siècle. Il y avait eu à Lyon, depuis le xvic siècle, des grèves qui avaient gravement troublé la paix de la cité. Le gouvernement était intervenu : en 1731, il avait limité le nombre de métiers qu'un même maître-ouvrier, avec un compagnon, pourrait posséder; en 1737, il avait rendu aux uns et aux autres un peu plus de liberté. Mais il n'avait pu empêcher la modo de délaisser les soieries pour les toiles peintes; le travail manquant, les salaires avaient baissé et la misère était grande à Lyon. En 1774, les maîtres-ouvriers et les compagnons, réunis dans des doléances communes, demandèrent aux fabricants, pour pouvoir vivre, une augmentation d'un sou par aune. Le moment où une industrie languit n'est pas propice à une augmentai ion «le salaire. Les pensionnaires n'ayant rien obtenu, toute la fabrique se mit en grève et, pendant une semaine, les ouvriers insurgés restèrent maîtres de la ville. Pour les calmer, le cousufal rétablit le règlement de 1737, qui était tombé depuis longtemps en désuétude; mais le gouvernement cassa l'arrêté des consuls et envoya des troupes qui obligèrent les mécontents a se tenir tranquilles.

Douze ans après, autre crise. Les ouvriers, qui réclamaient et n'avaient pas obtenu deux sous par aune, arrêtèrent leurs métiers et parcoururent la ville en bandes menaçantes (178ti). Celte fois encore, le consulat céda et fut désavoué par le gouvernement, qui fit occuper militairement les faubourgs, et substitua aux règlements et tarifs antérieurs le régime de la liberté des contrats.

Cette liberté était pourtant loin d'être entière. La « grande fabrique » — c'est ainsi qu'on dénommait la corporation — était composé»; : l°des maîtres-marchands, qui étaient moins des fabricants que des négociants possédant les capitaux et commandant le travail ; 2° des maîtres-ouvriers, petits patrons exécutant à façon les commandes; ils habitaient pour la plupart sur les hauteurs de la Croix-Housse; 3° des ouvriers, dits ennuis, que les maîtresouvriers employaient. En 1788, les maîtres-marchands auraient

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désiré avoir seuls droit de suffrage, qui, disaieut-ils, « ne peut être sans danger abandonné aux ouvriers sans propriété et sans éducation ». Necker n'admit pas leurs prétentions, et, comme ils ne formaient dans l'assemblée générale qu'une faible minorité (environ 400 maîtres-marchands contre plus de 4000 maîtresouvriers), ils se retirèrent presque tous. Le cahier de Lyon se trouva ainsi, par une exception unique, être rédigé par des ouvriers à façon. C'est pourquoi il est le seul où il soit dit que « le salaire ne saurait suffire aux deux tiers des besoins de la vie » et que « la misère des ouvriers de nos fabriques est extrême ». Ce n'est pas que ces maîtres-ouvriers eussent plus que les marchands le sentiment de la liberté du travail; car ils se plaignent qu'on eut admis à travailler aux métiers d'autres femmes que les filles de maîtres, auxquelles « ce privilège avait été réservé jusqu'alors » : mais ils avaient des intérêts différents.

Le salaire. — Ils dressaient un budget d'après lequel le train d'un maître-ouvrier avant trois métiers , le sien, celui de sa femme et celui de son compagnon , aurait été de 1944 livres pour 272 jours de travail, et la dépense de 2301 livres, laissant par conséquent un délicit de 356 livres. Un budget composé en vue d'une thèse n'est pas probant, bien que les maîtres-ouvriers missent les marchands au déli de « contester la vérité de ce tableau ». M. d'Àvenel a calculé que le gain annuel d'un journalier dans la période 1776-1700 avait une valeur approximativement égale au poids de 576 francs de la monnaie française actuelle, tandis que cette valeur n'était que de 516 francs à la (in du xvn° siècle (1676-1700), et qu'elle est aujourd'hui de 1020 : moyenne dont la précision est assurément fort contestable, mais d'où il semble résulter qu'il y eut une certaine amélioration du salaire nominal dans le cours du xviii* siècle, et d'où il ressort certainement que la situation matérielle était sensiblement au-dessous de la situation actuelle. Il est vrai que l'ouvrier avait moins de besoins qu'aujourd'hui; mais les besoins se développent avec les moyens de les satisfaire et, si avoir peu de besoin est parfois pour l'individu un signe de force d'àme, c'est en général pour l'ensemble d'une population la preuve du manque de bien-être.

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Le prolétariat proprement dit occupait une place moindre qu'aujourd'hui, parce que la manufacture était beaucoup moins étendue; mais le prolétariat, qui se manifeste par une agglomération de misérables vivant d'une manière permanente dans le dénùment, n'est pas la seule forme de la misère. Une production agricole ou industrielle insuffisante est une cause de privations et de souffrances qui atteint d'ordinaire un bien plus grand nombre d'individus. Sans chercher à établir par des statistiques si elle était suffisante, il est hors de doute que celte production était bien moindre, proportionnellement à la population, en 4 "80 qu'en 1880 et que, par conséquent, la situation de l'ouvrier était moins bonne.

La manufacture. — La grande industrie n'était pas emprisonnée dans les cadres de la corporation. Elle était née sous la protection de la royauté au temps depuis Henri IV. Elle s'était développée grâce à l'active sollicitude de Colbert, souvent sous le titre de manufacture royale, établissement privilégié auquel la charte d'institution conférait, en premier lieu, l'exemption de toute subordination à l'égard des corps de métiers, en second lieu, des immunités d'impôt et un monopole de fabrication ou de vente dans une région plus ou moins étendue cl pour un certain temps. Beaucoup de créations «le ce genre, que le privilège et les subsides avaient soutenues du vivant du grand ministre, avaient succombé après sa mort. Mais le système était resté et, pendant la durée du règne de Louis XV, beaucoup de manufactures nouvelles furent fondées. Les fabriques de draps et de toiles étaient, comme au siècle précédent, les plus nombreuses et les plus importantes; la bonneterie, la tapisserie, la papeterie, la verrerie, la faïencerie, à laquelle s'ajouta la fabrication de la porcelaine étaient aussi des branches plus ou moins florissantes. La manufacture privilégiée, avec son monopole, n'était pas sans inconvénient : le gouvernement s'en était aperçu quand, après une enquête, il supprima le privilège des Van Hobais, manufacturiers de draps fins à Abbeville, qui durait depuis un siècle.

\. I.a manu Tari urc «le porcelaine, établie «l'abord ù Vineennes, fui transférée en HiS à St vn's par M"" île Pompadour. Voir ci-dessus, p. .11$.

A la création de manufactures royales les administrateurs plus éclairés du règne de Louis XVI préférèrent souvent des encouragements d'autre nature : examen des procédés par l'Académie des sciences, prix décernés par elle ou par le ministère, instructions administratives sur les découvertes étrangères et sur leurs applications. C'est ainsi que commencèrent à être connus les procédés anglais pour la fabrication du velours de coton. Des Lyonnais avaient apporté plusieurs perfectionnements au métier de soierie à la grande tire. Quand la suppression de la Compagnie des Indes eut fait tomber la défense de fabriquer en France des toiles peintes, Oberkampf fonda à Jouy, près Versailles, la première fabrique d'indiennes. C'est en 1784 que Martin, un Amiénois, présenta la machine à filer d'Arkwright à l'Académie des sciences, qui applaudit, et que le roi accorda un privilège de manufacture pour installer cet outillage à Poix, près d'Arpajon. C'est à la môme époque que Vaucanson construisait ses machines, qu'Argant inventait la lampe à double courant d'air, o Partout où la maind'œuvre est chère, écrivait un inspecteur, il faut suppléer par des machines; il n'est que ce moyen de se mettre au niveau de ceux chez qui elle est à plus bas prix. Depuis longtemps les Anglais l'apprennent à l'Europe. »

Ce sentiment était nouveau en France, et la mécanique ne jouait encore qu'un très petit rôle dans la fabrique, quand elle y était admise. Si l'on étudie l'atelier du xviii" siècle, on reconnaît qu'un changement considérable s'est accompli dans l'organisation du travail depuis l'époque du moyen âge où chaque maître travaillait dans sa boutique à côté de son apprenti et de son compagnon. Il n'est pas rare de rencontrer, sous Louis XV, de grands établissements occupant un grand nombre d'ouvriers; on y voit parfois des manèges et quelques rouages en bois; mais c'est plutôt un rassemblement d'ouvriers sous le même toit qu'une coordination de travailleurs méthodiquement disposée pour le meilleur emploi des forces mécaniques et la plus grande économie «le temps et d'argent.

Les produits qui sortaient des ateliers grands ou petits de ce siècle valaient assurément ceux qui sortent aujourd'hui des

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noires, si l'on compare des travaux entièrement faits à la main, des objets d'art et surtout des articles destinés à l'ameublement et à la parure des gens riches. Mais, si l'on compare les articles communs, on est souvent frappé de l'infériorité du xviii0 siècle, non sous le rapport de la solidité, mais sous celui du goûl, et on sent qu'au-dessous du raffinement de la société polie, il y a la masse des consommateurs, dans laquelle le sens du beau comme les moyens de l'acheter sont encore peu développés. Sous le rapport de la rapidité de la production et de la confection des objets qui exigent une grande puissance d'outillage, la différence est beaucoup plus grande encore : le xviii' siècle était incapable même de concevoir l'idée des emplois actuels du fer et de l'acier.

Les règlements et les Inspecteurs. — Au xviii* siècle, comme dans la seconde moitié du xvir", l'administration dut renouveler cl multiplier incessamment les règlements sur la fabricalion. Pour ne pas donner d'ouverture à la fraude, elle ne laissait pas de place à la liberté et à l'invention. Quand la mode et l'invention finissaient par triompher, un nouveau règlement intervenait; la législation allait se compliquant el s'embrouillant. En 1780, un inspecteur des manufactures fut chargé par le ministre de faire une analyse des règlements généraux el particuliers concernant la bonneterie. Quoiqu'il fût chargé de leur application, il ne les avait pas lus, et il fut elîrayé du fatras énorme dans lequel il dut se plonger. « Quel est, écrivit-il, celui des administrateurs qui eût eu le temps de les lire, qui eût pu en supporter la lecture? »

Pour les tissus, par exemple, ces règlements contenaient des centaines d'articles, prescrivant minutieusement la forme des lames et des rots, le nombre des portées de la chaîne et des fils de la portée, la provenance des matières premières. Au moment où l'on commençait à se servir avec avantage de cardes de fer pour les draps, les règlements étaient un obstacle parce qu'ils ne faisaient mention que de cardes de chardons. A une certaine époque, les fabricants de Lisieux firent quatre qualités de frocs pour contenter leur clientèle, qui s'en trouva bien: mais le règlement n'en portait que deux, et un arrêt leur ordonna de

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se conformer au règlement et de. ne pas donner à leurs pièces plus de vingt-quatre à vingt-cinq aunes , « à peine d'être , l'excédent, coupé et donné aux pauvres ouvriers ».

Les manufacturiers résistaient, violant, ou plus souvent éludant le règlement. Les agents tantôt fermaient les yeux par complaisance et tantôt sévissaient par devoir, et aussi par intérêt; car ils avaient une part des amendes : on disait que les jurés peseurs de fils à Amiens avaient relevé tant de contraventions que la finance de leur office avait monté de 300 à 13 000 livres.

Roland de la Plalière (le futur Girondin), qui était inspecteur à Rouen, fit connaître au ministre, dans un mémoire qu'il lui remit en 1118, les énormes abus de la réglementation : « J'ai vu, dit-il, couper par morceaux, dans une seule matinée, 80, 90, 100 pièces d'étofle ; j'ai vu renouveler cette scène chaque semaine pendant nombre d'années; j'ai vu, les mômes jours, en confisquer plus ou moins, avec des amendes plus ou moins fortes; j'ai vu en brûler en place publique, aux jours et heures de marché ; j'en ai vu attacher au carcan avec le nom du fabricant et menacer celui-ci de l'y attacher lui-même en cas de récidive; j'ai vu tout cela à Bouen, et tout cela était voulu parles règlements ou ordonné minislériellement. Et pour quoi? Uniquement pour une matière inégale ou pour un tissage irrégulicr. J'ai vu faire des descentes chez des fabricants avec une bande de satellites, bouleverser les ateliers, répandre l'effroi dans leur famille, couper une chaîne sur le métier... » Le ton est un peu déclamatoire, mais le témoignage est probant, et des faits de ce genre se produisaient avec plus ou moins de fréquence dans toutes les régions manufacturières.

Si Holand pouvait parler aussi librement, c'est que l'esprit de l'administration avait changé. Depuis Turgot et l'édit du ;> mai 1719, le règlement n'était plus aussi tyrannique; il était toujours minutieux, mais il n'exigeait plus que toute fabrication s'y soumit. Les manufacturiers étaient dès lors autorisés à livrer au commerce des types nouveaux, non conformes aux règlements, à la seule condition de les faire marquer du plomb d'étoffe libre afin que le public ne pût être trompé; et même, les

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fabricants qui depuis soixante ans au moins s étaient succédé de père en fils dans la même manufacture avaient le privilège d'apporter eux-mêmes leur plomb sans soumettre 1 étoffe à la visite. Mais la réglementation est envahissante par nature. Pour expliquer et faire exécuter l edit de 1779, il fallut publier vingttrois règlements particuliers en dix mois, augmenter le nombre des bureaux de visite et de marque, ajouter les plombs de teinture aux plombs de lissage, autoriser les visites des inspecteurs et les saisies. La lutte entre la réglementation et la liberté du travail ne devait cesser — pour un temps au moins qu'avec la Révolution.

Coup d'oeil sur les mœurs. — Il ne faudrait pas se servir exclusivement de couleurs sombres pour peindre le portrait de l'artisan et de l'ouvrier à la fin de l'ancien régime. Il y avait des nuances très diverses dans le bien-être et dans les mœurs.

Dans beaucoup de villes, la maison du bourgeois ressemblait encore à celle du xvie siècle, quoique depuis le xvn" siècle on eût construit plus souvent en pierre. Le mobilier avait changé : les armoires avaient remplacé les bahuts; au lieu d'escabeaux de bois, il y avait des chaises de paille, quelquefois une bergère, souvent une grande chaise de bois à dos pour le chef de famille, et près du foyer la chaise basse à dossier et à bras, dite « caquetière » ; de la vaisselle de faïence mêlée sur le dressoir à la poterie d'élain et à l'argenterie; des estampes et même des tableaux de sainteté sur la muraille; une nappe et même des serviettes sur la table. Souvent le lit était à colonnes, avec lil de plume, oreillers et édredon.

A Paris, depuis le xvn0 siècle, les maisons avaient en général pris des proportions plus grandes ; cependant il y avait encore beaucoup de pignons sur rue avec d'étroites façades, et ce genre de construction dominait dans la plupart des villes de province. La plupart des boutiques étaient étroites et sombres, quoique, dans plusieurs quartiers de Paris, l'air et la lumière y pénétrassent plus facilement qu'au moyen âge. M. Babeau signale encore en 1774 l'encombrement des rues de Troyes. A Paris, comme au xvie siècle, il y avait beaucoup de métiers de bouche, beaucoup de barbiers.

Ce temps d'ailleurs n'est pas si éloigné de nous qu'on ne retrouve, dans beaucoup de villes de province, des rues, des quartiers entiers dont l'aspect n'a presque pas changé depuis le règne de Louis XVI. On voit encore dans certaines rues de Paris près de la moitié des boutiques occupées par des métiers de bouche. Dans certaines villes du Midi, les barbiers sonl encore aussi nombreux qu'ils pouvaient l'être alors à Paris.

Les bourgeois riches avaient de tout temps aimé le luxe, et le luxe avait augmenté avec les moyens de le satisfaire. Sous Louis XIII, la femme d'un bourgeois était qualifiée de « demoiselle » ; sous Louis XVI, elle était « madame » : changement de mot qui dénote un changement dans les rapports sociaux.

Il s'était fait aussi quelque changement dans l'état moral de l'ouvrier; mais l'apprenti était toujours le souffre-douleur de l'atelier. Levé le premier, il faisait les courses, il était au service des compagnons, leur donnait leurs outils, allait chercher leur déjeuner; le soir, il dinait à la cuisine avec la bonne, et la nuit il couchait dans la boutique ou dans quelque soupente.

Un Anglais, traversant Paris au temps de Louis XVI, félicite les Français de se coucher et de se lever tôt et de ne pas s'enivrer : il parlait par comparaison avec les mœurs anglaises du temps. Il n'y a pas unanimité à cet égard. Mirabeau, passant dans Paris en 1750 à six heures du matin, « à travers la partie populaire et marchande de la ville », s étonnait de ne voir « d'ouvertes que quelques échoppes de vendeurs d'eau-de-vie ». Un autre voyageur, se trouvant à sept heures du matin dans un village près d'Etrépagny, remarquait que les bonnetiers et les (lieuses commençaient seulement à ouvrir leurs volets. II n'y a pas d'ailleurs lieu de s'étonner de ces faits. Le cas d'ivrognerie est plus grave : Mercier, dans son Tableau de Paris, parle de régiments d'ivrognes qui revenaient dos faubourgs le dimanche soir et ajoute que beaucoup d'ouvriers maçons, charpentiers et couvreurs perdaient le lundi parce qu'ils avaient trop bu la veille. Il dit ailleurs : « Les ouvriers font ce qu'ils appellent le lundi et môme le mardi; voilà deux jours de la semaine pour la fainéantise et la boisson. » Il y avait aussi les jours de fête; c'est pourquoi les tisserands de Lyon ne comptaient que

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272 journées de travail par an et que nous avons cru devoir, avec «J'au 1res auteurs, calculer sur une moyenne de 250.

Le travail du dimanche était prohité. A Paris, sauf exceptions, les marchands, qui ouvraient leur boutique les jours fériés étaient punis d'une amende. Les exceptions, il est vrai, étaient nombreuses et la défense était mal observée. En 1784, une Anglaise était choquée de voir « qu'on conduit des voitures, qu'on ouvre de petites boutiques le dimanche, qu'on ne s'abstient ce jour-là d'aucun plaisir ni d'aucun travail ». Cependant elle ajoutait que les églises étaient pleines. L'Anglais Slevens, se trouvant à Paris en 1738, « rencontrait à la guinguette des barbiers, des tailleurs, des domestiques habillés presque comme des marquis, qui, le lendemain, déjeunaient à la porte de leur atelier ou de leur boutique avec deux livres de pain, une pomme crue ou un oignon, dans un costume qui ne valait pas deux sous ». — « Tout ce que l'ouvrier gagne, dit malicieusement Galiani, il le consomme et le dissipe. »

Un demi-siècle plus tard, Mercier et un autre Anglais confirmaient pleinement le témoignage de Stevens : « Lorsqu'il ferme sa boutique, le perruquier s'habille proprement en noir et va à l'opéra à côté de celui qu'il a coiffé. Les plus bas artisans, jusqu'aux savetiers, portent l'habit de magistrat. » — < La politesse se trouve chez le dernier ouvrier aussi bien que chez les grands : c'est le trait caractéristique de la nation française... » 11 paraît, s'il faut en croire le graveur Willc, que l'exactitude n'était pas toujours à la hauteur de la politesse.

Le ferment révolutionnaire avait, aux approches de 1789, un peu modifié, du moins dans certains métiers de Paris, l'altitude des ouvriers à l'égard des bourgeois. « Jadis, dit Mercier, quand j'entrais dans une imprimerie, les garçons olaient leur chapeau. Aujourd'hui ils se contentent de vous regarder, ricanent... Tous les entrepreneurs vous diront que les ouvriers leur font la loi, qu'ils s'invitent l'un l'autre à rompre tout frein d'obéissance... Dans les métiers vous n'entendez que les plaintes des maîtres qui se trouvent abandonnés de leurs garçons... »

La Caisse d'escompte. — La France est restée longtemps en arrière «le l'Italie, de la Hollande et de l'Angleterre sous le

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rapport des institutions de crédit. L'échec de Law contribua encore à la retarder : les négociants n'avaient plus aucune confiance dans le billet de banque. Cependant, pendant le ministère de Turgot, fut fondée une Caisse d'escompte du commerce, ayant le droit d'émettre des billets de banque, sans privilège exclusif et à la condition de ne prendre que 4 p. 100 d'escompte en temps de paix (1776). Cette Caisse, qui avait été d'abord accueillie avec réserve par le commerce, gagna sa confiance. Elle escomptait, en 1787, 493 millions d'effets et avait une circulation de 88 millions garantis par son portefeuille et par 47 millions d'espèces en caisse. Les prêts qu'elle dut faire au gouvernement dans les premières années de la Révolution la ruinèrent.

Le commerce. — La production agricole a augmenté dans la seconde moitié du xviu0 siècle; la production industrielle aussi. Le commerce, qui fait passer l'une et l'autre du producteur au consommateur, a nécessairement augmenté aussi, malgré les guerres, les crises et les obstacles de la réglementation. Arnould, dans la Balance du Commerce, a dressé une statistique du commerce extérieur dont les données, quoique discutables, forment dans leur ensemble le document comparatif le plus authentique que l'on possède sur cette matière : en 1716, 213 millions de livres (94 1/2 à l'importation et 118 1/2 à l'exportation); en 1787, 1153 millions (611 à l'importation et 544 à l'exportation). Les principaux articles d'importation en 1787 étaient les épiceries, les fibres textiles, les denrées alimentaires, les tissus, les bois. Ceux de l'exportation consistaient en tissus, boissons, denrées alimentaires, etc. Le progrès avait été rapide surtout depuis la fin de la guerre de Sept ans.

La France avait perdu la plupart de ses colonies. Elle avait renoncé à l'empire que Dupleix avait commencé à élever dans l'Inde et abandonné entièrement cette immense proie à l'Angleterre; elle avait cédé le Canada, sans bien comprendre alors la grandeur de la perle qu'elle faisait. La Compagnie des Indes, qui languissait depuis longtemps et à laquelle le traité de Paris avait porté le coup mortel, fut supprimée en 1769 après avoir absorbé un capital de 200 millions. Sous le règne de

Louis XVI fut consliluée une nouvelle Compagnie, qui fut à son tour supprimée par la Révolution sans avoir fait ses preuves. Dans les petites Antilles, la faillite du P. La Valette, qui avait accaparé le commerce des îles, entraîna la proscription de son ordre. Néanmoins le commerce, comme le montre la statistique et comme l'attestent tous les témoignages, prospérait dans les îles. Saint-Domingue, enrichi par le sucre, faisait en 1788 un commerce total de 285 millions de livres et était la reine des Antilles. La Martinique et la Guadeloupe s'enrichissaient, sans avoir une aussi brillante fortune. La guerre d'Amérique interrompit à peine cet essor. Quoique les négocianb français, après la guerre, n'aient pas profité autant qu'ils l'avaient espéré de ses relations amicales avec la jeune République, le commerce extérieur de la France avec les États-Unis s'élevait en 1787 à 37 millions de livres (21 1/2 à l'importation et 12 12 à l'exportation). C'était avec l'empire d'Allemagne et les pays de la Baltique, avec l'Italie, avec la Suisse, que la France faisait alors le plus grand commerce : 159 1/2, 158 et 111 millions. L'Angleterre (95 millions), l'Espagne (78 millions, y compris les colonies espagnoles), la Hollande avec ses possessions (70 millions), l'Empire ottoman (63 millions) ne venaient qu'au second rang. Cependant, depuis que la puissance de la Hollande avait décliné, la marine française avait repris une place plus large dans les Echelles du Levant, où elle importait surtout les tissus de Lyon et des fabriques du Midi.

Conformément à une stipulation du traité de Versailles, la France et l'Angleterre négocièrent un traité de commerce qui fut conclu en 1786 et qui est connu sous le nom de traité d'Eden, du nom du négociateur anglais. Aux prohibitions ou droits prohibitifs inscrits dans les tarifs des deux pays ce traité substitua des droits ad valorem de 10 à 15 p. 100 pour les produits manufacturés. L'exportation française pour l'Angleterre monta de 21 millions (avant 1786) à 35 (1789), et l'importation anglaise en France monta en 1789 à 60 millions, dont 23 millions environ de produits manufacturés : tissus, quincaillerie, faïences, etc. Les manufacturiers français se plaignirent hautement : en tout temps et dans tout pays, les manufacturiers se

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plaignent de la concurrence étrangère. Les négociateurs avaient eu l'intention non seulement d'élargir le marché et de donner satisfaction à des besoins nouveaux en France, mais de stimuler par celte concurrence môme l'industrie française, qui s'était laissée distancer depuis une cinquantaine d'années par l'outillage mécanique des Anglais.

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LE XVIIIe SIÈCLE

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