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CHAPITRE XIV

De 1715 à 1788.

L'histoire des lettres en France, de 1715 à 1789. se divise assez commodément en quatre périodes : de 1715 à 1730, c'està-dire de la mort de Louis XIV jusqu'au moment où Voltaire revient d'Angleterre; de 1730 à 1750, c'est-à-dire jusqu'à l'apparition de Rousseau; de 1750 à 1778, c'est-à-dire jusqu'à la mort <le Rousseau et de Voltaire; de 1778 à 1781), c'est-à-dire de l'avènement de la génération qui fera 89 au début de celte révolution elle-même.

/. — La Régence et la jeunesse de Louis XV

(ij i5-ij3o).

La Régence fut une détente et un relâchement général en littérature comme en toutes choses. Toutes à la fois, les fortes attaches sont brisées qui donnaient à la littérature sa fermeté et sa tenue. Le haut idéal moral et religieux n'existe plus, ou perd infiniment de son influence; le goût des beautés, plus ou moins sévères, mais toujours difficiles à atteindre, de l'antiquité, s'atlénue et disparaît presque. La littérature semble s'abaisser pour un lemps. Les « grands genres » sont délaissés,

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les genres frivoles sont en honneur, et les genres nouveaux où les idées modernes montreront leur force et leur audace n'existent pas encore. De 1715 à 1730, ni philosophie, ni grand drame, ni comédie forte, ni éloquence puissante; mais beaucoup de romans, de pamphlets et de petites feuilles. C'est une période très amusante et un peu vide.

Les poètes. — Avec La Motte et J.-B. Rousseau, dont nous avons parlé en traçant le tableau de l'époque précédente *, celui qui représentait la grande poésie était Louis Racine. Ce « petit fils d'un grand père », comme l'appelait Voltaire, modeste du reste, qui se savait écrasé du grand nom qu'il portait et qui inscrivait au bas d'un portrait de Jean Racine ce vers de Phèdre : « Et moi fils inconnu d'un si glorieux père », donnait au public en 1720 le poème «le la Grâce, avec un instinct rare de l'inopportunité, et en 1742, avec moins d'à-propos encore, son poème de la Peligion. Il savait faire le vers, avait comme dans sa main la forme classique, mais n'entendait vraiment rien à la poésie. Ses Mémoires sur In oie de Jean Racine, — dont il faut se défier un peu, car Louis Racine n'avait que six ans et demi à la mort de son père, — sont d'un très grand intérêt documentaire.

Les tragiques. — Rappelons Y Inès de Castro de La Motte, chef-d'œuvre tardif de son auteur, donnée en 1723, et signalons les commencements de deux tragiques qui auront plus tard des destinées illustres, Crébillon et Voltaire. De Voltaire nous parlerons assez, plus tard, et ici nous indiquons seulement que son Œdipe est de 1718; de Crébillon nous pouvons tracer dès à présent toute la carrière dramatique pour n'y plus revenir. Il avait débuté très jeune, dès 170"), par Idoménèc, qu'il fit suivre assez rapidement tYAtrêe et Thyeste (1707), (Y Electre (1709), delfhadamiste (1711), de Semirawis (1717), enfin de Pyrrhus (172G). Il avait de la force, et môme une certaine brutalité qui pourrait permettre, si I on voulait, de l'habiller en précurseur du romantisme. 11 avait du goût pour les situations atroces, présentées sans ménagements, sinon sans adresse. On l'appelait « le terrible » et Voltaire l'appelait « le barbare ». Toutes ses

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