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LA REGENCE ET LA JEUNESSE DE LOUIS XV

tragédies sont îles Ilodoyunes. 11 eut, de 1705 à 1126, des alternatives de succès et de revers; mais son Pyrrhus ayant été un rude échec, il se découragea au point de se retirer, non seulement du théâtre, mais comme de la terre. Il vécut dans une solitude absolue, s'abandonnant à une humeur misanthropique, ne voyant personne, à peine son fils. On le crut mort. Tout à coup il ressuscita, après vingt ans de silence. Mme de Pompadour, pour faire pièce à Voltaire, qu'à ce moment elle détestait, sollicita Grébillon de remonter sur le théâtre et obtint de lui Catilina (1148), qui fut bien accueilli et auquel Voltaire répondit par Rome sauvée. Grébillon revint à la charge par le Triumvirat (1751), qui n'obtint qu'un faible succès, et garda définitivement le silence qui convenait à ses quatre-vingts ans. Il s'éteignit en 1762.

Les comiques. — La comédie était moins en décadence que le drame tragique. Lesage, sans écrire un second Turcaret, donnait au théâtre de la Foire des divertissements très savoureux, et Destouches et Marivaux rivalisaient. Destouches, qui avait débuté dès 1709 par le Curieux impertinent, donna successivement, de 1712 à 1751, V Ingrat, l'Irrésolu, le Médisant, le Glorieux, le Dissipateur, le Philosophe marié, etc. Ces titres indiquent assez que Destouches prétendait à la gloire de peintre de caractères. Son théâtre est une suite aux Caractères de La Bruyère. Il n'a aucune originalité, mais il est correct, assez adroit, quelquefois spirituel, sinon comique, et ses intentions morales sont excellentes. Le Glorieux même ressemble à une comédie. Le vers de Destouches, net, précis et prosaïque, n'a rien de celui de Uegnard, mais donne l'impression d'une langue didactique assez solide. Destouches était né pour écrire assez fortement de bons traités de morale.

Marivaux est autrement original. Il a véritablement inventé la comédie romanesque. Avant lui l'amour n'était qu'un moyen de comédie. On montrait des personnages contrariés dans leurs amours par les passions des autres ou dans leurs passions à eux-mêmes par leurs amours; mais ce n'était pas leur amour même qu'on analysait, ni des démarches mêmes de leur amour qu'on faisait une comédie. C'est précisément ce que fit Mari-

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vaux, et il ne fit que cela. Les débuts inconscients d'une passion, ses progrès, ses péripéties, ses « surprises », ses éclats, t'est de quoi se compose une comédie, petite ou grande, de Marivaux. Élève en cela de Racine, il est le Racine de la comédie, très digne d'un pareil nom, et capable même, quand on l'a bien étudié, de nous amener à mieux comprendre Bacine qu'on ne l'entendait auparavant. Plein d'esprit, du reste, et le cherchant un peu, il a celle gloire, car c'en est une, d'avoir donné à la préciosité un nouveau nom, à savoir le sien. Mais le marivaudage est une préciosité galante et tendre qui est à celle de Cathos ce qu'une épigramme de Voltaire est à une épigramme de Voiture. La nuance est sensible. Les comédies de Marivaux, dont les principales sont la Surprise de l'amour, le Jeu de l'amour et du hasard, les Fausses Confidences, le Legs, £ Épreuve, ont élé données de 1720 à 1746. 11 a publié aussi des romans, Marianne (1731-1736) et le Paysan parvenu (1736), qui, chose assez curieuse, sont beaucoup plus des œuvres réalistes que des œuvres romanesques, longs du reste et assez ennuyeux, avec des parties excellentes, où le talent de Marivaux pour mettre en relief des caractères très particuliers se retrouve tout entier. Si les qualités d'un auteur doivent faire oublier ses défauts, et si l'originalité, la « personnalité » bien marquée, est la première qualité d'un auteur, Marivaux a une place très considérable et de premier ordre, sinon toul à fait de premier rang, dans la littérature française.

Les orateurs. — L'éloquence française est peu représentée à cette époque, pour les raisons que nous avons dites. Massillon est le plus grand orateur du temps. C'était un prêtre de l'Oratoire dont on avait remarqué de bonne heure la parole facile et élégante. On l'obligea, non sans peine, à ne pas résister à sa vocation. Il prêcha à Paris, puis à la cour en 1699, en 1701, en 1704. En 1709, il prononça l'oraison funèbre du prince de Conli; en 1711, celle du grand dauphin ; en 1715, celle de Louis XIV, en la commençant par ce mot admirable : « Dieu seul est grand, mes frères ». Il prêcha encore, devant le jeune Louis XV, en 1718. En 1723, il fit l'oraison funèbre de Madame, mère du Hégent. Il passa la fin de sa vie, qui se termina en 1742, à administrer

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