‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 130 sur 219 · I. Voir « i-i|i;ssus, p · texte numérisé non relu

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commencement de noire siècle, plurent infiniment au goût «lu temps et firent de Bernardin, de 1 780 environ à 1810, un des maîtres incontestés de la littérature française. Chateaubriand seul, qui du reste avait pour lui un parfait mépris, devait le détrôner; et Bernardin n'en reste pas moins une sorte de transition entre Kousseau et Chateaubriand.

Journaux littéraires du XVIIIe siècle. — Le Mercure avait continué de paraître non plus sous le litre de Mercure f/alant, mais sous le litre de Mercure de France, qu'il garda jusqu'à la fin. 11 était devenu 1res riche. Le directeur en était nommé par le gouvernement, à charge deservirsur les bénéfices du journal des pensions aux hommes de lettres. Vers les approches de la Révolution, sous l'habile direction de Panekoucke, il était devenu un organe de souveraine importance. Les plus grands écrivains du xvin0 siècle y ont collaboré : RaynaL Marmontel, La Harpe, Lacrelelle, Chamfort. Il eut cet immense honneur qu'une partie de Y Essai sur les mœurs de Voltaire y parut.

Le Journal (1rs savants poursuivait aussi sa carrière moins brillante, mais honorable, à travers tout le siècle, jusqu'en 1792.

Les jansénistes publiaient les Nouvelles ecclésiastiques, manuscrites et courant sous le manteau jusqu'en 1728, imprimées clandestinement, mais sans périodicité fixe, jusqu'en 1803.

Les jésuites rédigeaient à Trévoux, près de Lyon, un journal intitulé Mémoires pour servir à i% histoire des lettres et des arts recueillis par ordre de monseigneur le Prince souverain des Dombcs. et connu uniquement sous le titre plus simple de Journal de Trévoux. Il fut rédigé par les meilleurs écrivains de la compagnie, les P. Tournemine, Letellier, Lalleman, Ducerceau. Brumoy, et fit une guerre constante non seulement aux jansénites, mais à toute la « philosophie » du siècle, depuis Montesquieu jusqu'à Voltaire. Transporté à Paris après la suppression de l'ordre des jésuites en France, il parut sous différents titres et s'arrêta en 1782.

En 1731, l'abbé Dcsfonlaines avait commencé la publication du Nouvelliste du Parnasse, qu'il continua jusqu'en 1734. En 1735, il reprit la plume dans les OI>sei*vations sur les écrits

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modernes, qu'il poussa jusqu'en 1740. C'est «lans ce journal que Fréron, le grand ennemi de Voltaire, commença à écrire. Plus lard, en 1749, il créa lui-même un journal littéraire qui s'intitulait Lettres sur f/ueh/ues écrits du temps et qui devint de 1754 à 1776 la fameuse Année littéraire, le journal antivoltairicn, anti-philosophique, et anti-encyclopédiste par excellence. C'est contre lui que fut dirigée, en 1760, la comédie aristophanesque de Voltaire le Café ou l'Écossaise. Fréron avait beaucoup de talent; Voltaire même l'a reconnu; sa critique est mesquine, ou au moins minutieuse, le plus souvent, mais conduite avec une très grande habileté de polémiste et soutenue avec une verve ironique qui touche parfois à l'éloquence. Ses adversaires finirent par le tuer. Ils obtinrent en 1776 la suppression de son journal, et cette nouvelle lui causa une telle émotion que la goutte lui remonta au cœur et le terrassa. C'est mourir sur le champ de bataille.

L' Almunach des Muses était moins belliqueux. C'était un recueil annuel de poésies légères, c'est à-dire courtes, du reste de tous les genres possibles. Il a paru à Paris depuis 176'i jusqu'à 1833. La plupart des grands écrivains y ont commis quelque péché de jeunesse. C'est ainsi qu'en 1790 on y trouve la signature de Chateaubriand.

Salons littéraires. — Beaucoup plus encore qu'au xvii* siècle les salons ont été importants en France de 171?» à 1789. Ils sont très nombreux. C'est d'abord, chez le Régent lui-même, au Palais-Royal, la société un peu mêlée, mais très spirituelle, où paraissent Mmc de Beauvau, Mmo de Boufflers, Mma de Luxembourg, M™ de Ségur, la précieuse M,ne de Blot, Mme de Genlis, savante et philosophe, « la fée de la pédanterie », selon les mauvaises langues du temps, la marquise de Fleury, fantasque et fine, etc. C'est là que fut accueilli Voltaire au sortir de la Bastille, qu'il reçut une consolation de mille écus et qu'il remercia Son Altesse de pourvoir à sa nourriture, en la priant de ne plus pourvoir à son logement.

Dans le même temps la marquise de Lambert recevait très bonne compagnie; Fontenelle, La Motte y étaient particulièrement fêlés. Bon écrivain elle-même, M,node Lambert maintenait

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chez elle les traditions île la haute convenance et du hon goût.

Mme la marquise de Tencin avait un salon plus bruyant et plus connu de la foule. D'une humeur charmante sans vraie bonté, qui faisait dire à Trublet : « Si elle avait intérêt à vous empoisonner, elle choisirait le poison le plus doux », celle dame savait attirer et retenir une société tout à fait distinguée. Sa « ménagerie » se composait des d'Argenson, de Bolingbroke. Fontenellc, Helvétius, Mairan, Montesquieu, Marivaux, de Bernis, d'Argental, du !*ont-de-Veyle, Marmontel. Le Régent lui-même s'y était montré souvent. Elle écrivit un peu (Mémoires du Comte dp Comminyes). Elle fut la mère de d'Alembert. Mais son lils lui tint rigueur de l'avoir délaissé dans son enfance et fut le seul homme célèbre du temps qui ne parût pas chez elle.

L'hôtel de M'"8 la maréchale de Luxembourg était celui qui ressemblait le plus à l'hôtel de Rambouillet. 11 était très aristocratique, sévère sur les bonnes manières et même y cherchant quelque raffinement. Les grands seigneurs y étaient plus nombreux que les hommes de lettres. Cependant Voltaire y passa, plus tard Rousseau, que Mn,c de Luxembourg choyait particulièrement. Talleyrand tout jeune y fut remarqué. Le dauphin, lils de Louis XV, y fréquentait, ainsi que le prince de Conti, le duc de Montmorency. Elle était Montmorency elle-même par sa naissance. Un jour le dauphin lui disait : « Savez-vous bien toute l'histoire des Montmorency? — Je sais l'histoire de France », répondit-elle.

Mmo d'Épinay n'était pas, tant s'en fallait, une aussi grande dame; mais elle a été mêlée à des incidents et presque à des événements littéraires. Amie intime de Grimm, amie de Diderot, de Voltaire et de Galiani, elle voulut être pour Rousseau ce que M,nc de La Sablière avait été pour La Fontaine, et en effet le logea dans une de ses maisons de campagne; mais l'humeur difficile du philosophe mit le trouble dans sa vie et dans tout le commerce de ses relations et elle ne le retint pas quand il comprit qu'il n'est si bonne compagnie qui ne se quitte. Elle a laissé des Mt-moiret assez curieux, où revivent les personnages que nous venons de citer et quelques autres.

Mais les trois salons les plus considérables du xvm* siècle ont

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été ceux île Mmo du Defland, do Mme Geoflïin et M"0 de Lespinasse. Mme GeofFrin avait succédé à Mn,° de Tencin, mais, pour prendre le mot de Villemain, comme une bourgeoise succède à une princesse. C'était proprement le salon encyclopédique. 11 était administré avec une grande régularité. Il s'y donnait deux dîners de fondation : l'un, le lundi, pour les artistes (Van Loo, Vernet, Boucher, Vien, Soufflot, Lemoine); l'autre, le mercredi, pour les hommes de lettres (d'Alembert. Mairan, Marivaux, Marmontel, Morellet, Saint-Lambert, d'Holbach). Peu ou point de gentilshommes. Le ton, sans se sentir du grand seigneur, y était bon, MmeGeoffrin, religieuse pour elle-même, ne permettant pas à l'incrédulité de s'y établir avec effronterie.

La maison de Mm# du Defland était plus aristocratique. Plus spirituelle et moins bonne que Mme Geoffrin, la marquise du Defland, esprit charmant et humeur inquiète, dévorée par un ennui incurable qui ne fit que s'accroître quand elle perdit la vue vers 1773, cherchait dans la société des hommes de talent un divertissement et une consolation. Elle recevait le même monde que Mmo GeofFrin, mais de plus quelques grands seigneurs. On y voyait Ghoiseui, Mirepoix, Montesquieu, Marivaux, d'Alembert, Voltaire, le président Ilénaut, l'agréable et brillant Horace de Walpole, pour qui elle eut dans sa vieillesse une amitié passionnée. Les lettres les plus respectueuses, les plus attentives, les plus pleines du désir de plaire et les plus belles de Voltaire sont celles qu'il lui a adressées.

M,u de Lespinasse était une jeune fille pauvre, simple lectrice de Mm0 du Defland et qui fit chez elle comme son stage de maîtresse de maison. S'étant brouillée avec la marquise, elle ouvrit un salon, qui fut fréquenté. D'Alembert y était empressé et Diderot assidu; Duclos y fréquentait volontiers. Bernardin de Saint-Pierre, vers la fin, aimait à s'y rendre.

On peut encore citer la maison fastueuse de La Popelinière, fermier général. Il avait épousé la filin de Dancourt, par amour du théâtre, ou contracté la passion du théâtre par amour pour sa femme. Sa villa de Passy étail un théâtre où l'on jouait la comédie et l'opéra, et était un second foyer pour les artistes de l'Opéra et pour ceux de la Comédie-Française;

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on y voyait d'Olivet, Rameau, Riccobonî, Yaticanson, Berlin, Van Loo. La Popelinièrc n'avait pas été pour peu dans les premiers succès de Marivaux. Il a laissé quelques petits romans, mais le iïoman comique du xvn° siècle s'est joué chez lui.

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