CHAPITRE XV
LES SCIENCES EN EUROPE
De 1715 à 1788.
Les héritiers de Leibnitz : les Bernoulli, Euler, Lagrange. — Un des faits les plus singuliers de l'histoire des sciences, c'est que, pendant tout un siècle après Leibnitz1, l'Allemagne ne produit aucun mathématicien de valeur. Il y a bien à Ilalle un professeur, Christian Wolf (1679-1754), qui prétend succéder à la fois comme savant et comme philosophe à l'inventeur de l'algorithme iniinitésimal, et qui, de fait, acquiert une singulière réputation; mais le succès môme de son pédantisme infécond montre combien sa patrie avait besoin d'une longue éducation pour s'élever au niveau de la France et de l'Angleterre.
Ce n'est pas qu'il manque de géomètres en Allemagne. Tout au contraire, l'Académie de Berlin, après avoir longtemps végété, devient, sous Frédéric II, un foyer scientifique dont l'éclat ne le cède nullement à celui des sociétés de Londres et de Paris. Mais les maîtres qui lui donnent la vie sont des étrangers': le Balois Euler de 1747 à 1766, le Mulhousicn Lambert de 1764 à 1777, le Turinois Lagrange de 1766 à 1787, et à coté d'eux nombre d'autres savants qui brillent encore au second rang. Le nouveau royaume du Nord semble incapable de recruter dans son sein le haut personnel enseignant: à cet égard