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par une pauvre ouvrière qu'il voulut toujours regarder comme sa mère. Après de brillantes études, il commença le droit, mais l'abandonna bientôt pour les mathématiques, et dès l'âge de vingt-quatre ans il entrait à l'Académie. Deux ans après, il publiait son Traité de dynamique, fondé sur le principe qui a gardé son nom, et qui lui mérite d'être regardé comme le créateur de la mécanique analytique. Puis il appliquait sa méthode à la statique et à la dynamique des liquides et de l'air, et constituait la théorie des cordes vibrantes : ce qui l'amena à traiter «les équations dites aux différentielles partielles et à obtenir dans ce domaine des résultats d'une importance théorique capitale. Pour la mécanique céleste, son principal titre de gloire est l'explication complète de la précession des équinoxes
Missions scientifiques. — Ainsi le développement des mathématiques entraînait comme conséquence immédiate celui «le la mécanique, avec ses applications aux différentes branches de la physique, mais surtout à l'explication des mouvements célestes. L'astronomie d'observation, de son côté, loin d'être délaissée, réalisait d'importants progrès. Les gouvernements continuaient à subvenir à ses dépenses; on vit, en particulier, organiser, sur la proposition des Académies, des missions scientifiques dans des conditions jusqu'alors sans précédents. Ce fut la France qui prit à cet égard l'initiative et la direction du mouvement.
Nous avons déjà mentionné les missions du Pérou et île Laponie pour la mesure des degrés du méridien ; il est à peine utile de faire remarquer que, si le principal objet de ces missions est astronomique, les voyageurs sont aussi chargés d'étudier des questions de physique : on leur adjoint des naturalistes et des dessinateurs. Toutes les branches de la science profilent donc de ces expéditions, qui d'ailleurs, souvent dirigées vers des pays peu connus, prennent alors nettement un caractère d'exploration.
La seconde mission importante dont le souvenir mérite d'être conservé eut moins d'ampleur que la première. Il s'agissait de
I. Dnns les antivs pays «le l'Europe, l'Italie seule a encore quelques mathématiciens de valeur; on peut citer RiccatU (I707-177M, Fagnano (IBK2-1 760), Maria Agnciîi (171 8-1 "M;.
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déterminer la distance de la Lune à la Terre, par des observations simultanées faites à de grandes distances, mais à peu près sur le même méridien. Lalande fut envoyé à Berlin', Lacaille au cap de Bonne-Espérance (1751). Ce dernier (1713-4762), savant aussi modeste que méritant, resta quatre ans dans l'observatoire qu'il installa au Gap et y détermina, avec une étonnante précision, plus de dix mille étoiles du ciel austral, qu'il fut ainsi le premier à faire bien connaître. Sa mission, y compris les frais de construction d'instruments, ne coûta que 91 4 i livres 5 sous; et quand il rendit ses comptes aux agents du Trésor, ceux-ci furent les premiers à railler sa naïve probité.
Le résultat obtenu par Lalande et Lacaille pour la dislance de la Terre à la Lune a été considéré depuis comme n'ayant pas besoin d'un nouveau contrôle. 11 n'en est pas de même pour l'objet de la troisième grande mission dont il nous reste à parler : la détermination, suivant une mélbode proposée par Halley, de la distance du Soleil à la Terre au moyen des passages de Vénus sur le premier de ces astres. Ces observations, dont la délicalesse est beaucoup plus grande, ont dù être recommencées dans notre siècle.
Les passages de Vénus, au nombre de deux que sépare un intervalle de huit ans, ne reviennent en effet que tous les centvingt ans environ. Au xvmc siècle, ils devaient avoir lieu en 1761 et 1769. Les divers gouvernements de l'Europe se concertèrent surtout en vue du second'. Les Anglais firent des obserservations à Tahiti (Green avec le capitaine Cook), dans la baie d'Hudson et à Madras ; les Danois près du cap Nord; les Suédois en Finlande; les Russes en Laponie et en Sibérie3; les Français en Californie (Chappe y mourut). A Pondichéry, Legentil. qui était parti en 1761, n'avait pu débarquer à cause de la
1. Ce fut le début de cet astronome 1 1132-180"). que son maître Le Monnier Ht accepter pour le remplacer, quoiqu'il n'eût que dix-huit ans. Observateur renommé, bon calculateur, mais surtout écrivain fécond et doué d'un grand lalentdc vulgarisation, Lalande acquit une très grande réputation, qu'il chercha encore à grandir vers la lin de sa vie au moyen d'excentricités bien connues.
2. Le premier, qui tomba au milieu de la guerre de Sept ans, fut observé au Cap, en Laponie et à Tobolsk (ce dernier par le Français Chappe). La moyenne des observations fut considérée comme donnant un résultat trop fort.
3. Ce fut l'occasion de la mission donnée par Catherine 11 au célèbre naturaliste Pallas.
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guerre et avait pris le parti d'attendre dans l'Inde l'année 1769, eut la malcehance de voir un nuage lui cacher le soleil.
Le résultat obtenu par l'ensemble de ces observations se trouva en désaccord assez sensible avec ceux des calculs tirés des perturbations de la Lune el des étoiles, et l'erreur possible à la fin du siècle était évaluée à encore près d'un cinquantième de la distance.
A côté de ces missions extraordinaires, il convient de mentionner les grands travaux géodésiques que le gouvernement français continua à faire diriger par les membres de l'Académie. La mesure de la méridienne exécutée sous Louis XIV, celle de la transversale de Brest à Strasbourg, dirigée par Jacques Cassini (1733-1134), paraissaient entachées d'erreurs depuis les missions de Maupertuis et de Bouguer. La vérification fut menée avec autant de rapidité que d'exactitude en fait par Cassini de Thury (1714-1784), fils de Jacques, par son cousin Dominique Maraldi (1709-1788) et par Lacaille. Ce dernier retrouva t'1740) l'erreur principale, provenant d'une différence d'étalonnage entre la toise dont s'était servi Picard pour mesurer la base, et celle qui avait été adoptée plus tard par l'Académie (dite toise du Pérou). Cassini de Thury obtint ensuite l'appui du gouvernement pour dresser avec Maraldi la carte générale de France. Lorsque les subventions lui firent défaut en 1756, il n'en poursuivit pas moins son œuvre comme entreprise privée, grâce à d'autres appuis qu'il sut se ménager. S'il mourut avant de l'avoir complètement achevée, son fils, Jean-Dominique, put la publier. Cette célèbre carte, dite de Cassini, à l'échelle d'une ligne pour cent toises lit une véritable révolution en géo-
graphie, et elle a été le modèle de toutes celles que l'on a exécutées depuis sur le môme pied.
Nouveaux progrès de 1 astronomie : Bradley, Herschel. — Quelque considérables qu'aient été les travaux poursuivis en France pour l'astronomie, il faut reconnaître que la palme appartient a l'Angleterre.
Bradley (109*2-1702), professeur d'astronomie à Oxford, reconnut en 1727 que la position des étoiles fixes subit de petites variations périodiques dont il débrouilla la loi cl reconnut les
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causes. L une de ces variations est un mouvement annuel, dit d'aberration, qui est lié au déplacement de la Terre, c'est-à-dire du lieu d'observation, et au fait que la propagation de la lumière ne se fait pas instantanément. Grâce à la détermination de la vitesse de la lumière, due à Rœmer, Bradley put ainsi donner une preuve décisive, qui manquait jusqu'alors, du mouvement de circulation de la Terre autour du Soleil. Ce fut là certainement, comme importance théorique, la plus grande découverte astronomique du siècle.
La seconde variation fut expliquée par Bradley comme une nutation de l'axe terrestre pendant une période égale à celle de la révolution du nœud de l'orbite lunaire. C'était une complication du mouvement de précession connu depuis Ilipparque. La théorie mécanique de cette complication fut, quelques années plus tard, établie par d'Alembcrt, comme nous l'avons déjà indiqué.
Dollond (1700-1761), opticien anglais, d'origine française, parvint, vers 17o8, à construire des lunettes achromatiques, desideratum longtemps regardé comme impossible, en conséquence d'une proposition optique avancée par Newton. Le point de départ de Dollond fut au reste une expérience du physicien suédois Klingenstierna, publiée en 17;ii. En tout cas, il réalisa un des progrès les plus décisifs pour le développement de l'astronomie d'observation et créa une industrie dont l'Angleterre garda le monopole jusqu'au début du xixe siècle.
William Herschel (1738-1822), organiste à Bath, avec un télescope à réflexion qu'il s'était construit lui-môme, découvrit le 13 mars 1781 une nouvelle planète, Uranus1, située au delà de Saturne et qui fut assez longtemps prise pour une comète, jusqu'à ce que le calcul de ses éléments eut démontré l'erreur. Ce succès de l'astronome amateur attira sur lui les libéralités du gouvernement anglais. Herschel put désormais se consacrer tout entier à l'observation du ciel et aussi construire «les télescopes de plus en plus grands. Ces instruments, déjà essayés
1. Ce nom a été donné par l'astronome allemand Bode ( 1747-1 820). qui dirigea pendant cinquante ans l'observatoire de Merlin et qui est bien connu pour une formule empirique marquant la distance des planètes au Soleil.
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au siècle précédent, entrèrent dès lors en concurrence avec les lunettes; mais nul ne sut mieux s'en servir qu'Herschel, qui notamment reconnut la division de l'anneau de Saturne en deux parties concentriques séparées par une bande noire, découvrit deux nouveaux satellites de Saturne, six satellites d'Uranus. dressa les premiers catalogues d'étoiles doubles et étendit à ces systèmes la loi de la gravitation ; enfin constitua la théorie des nébuleuses. D'ailleurs penseur aussi original qu'habile observateur, William Herschel agrandit le domaine de l'astronomie, par les questions nouvelles qu'il souleva, encore plus qu'il n'avait reculé les limites du système solaire par la découverte de sa planète.
Il est à remarquer que les progrès que nous venons de mentionner s'accomplirent en Angleterre en dehors de l'observatoire de Greenwich, qui manqua longtemps d'une bonne direction. Il ne fut relevé qu'en 1765 par Maskelyne (1732-1811), surtout connu par ses essais pour mesurer l'attraction des montagnes et la densité de la Terre, mais qui fut un des principaux observateurs de la fin du xvin0 siècle.
L'Angleterre prit encore une part prépondérante aux perfectionnements de l'horlogerie, poursuivis avec ardeur depuis Huygens pour la construction de chronomètres pouvant servir à la détermination des longitudes en mer. Le problème fui résolu par Harrison vers 1741, un peu plus tard en France par Berthoud et Leroy, indépendamment l'un de l'autre. Dès la lin du siècle l'horlogerie de précision ne laissait plus guère à désirer.
Si elle ne produisait pas encore de grands mathématiciens. l'Allemagne pouvait au moins fournir de bons observateurs el d'éminents calculateurs. Avec Bode, que nous déjà mentionné, il faut nommer Tobie Mayer (1723-1762), qui observa à Ga»ttingue et donna en 1753 des Tables lunaires qui éclipsèrent aussitôt celles de Halley et restèrent en usage, à peine retouchées, pendant plus d'un demi-siècle.
Néanmoins, et malgré les brillantes découvertes faites en Angleterre, il n'y eut nulle part au xvin0 siècle une école astronomique aussi bien organisée et aussi vivante qu'en France.
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Elle n'attendait qu'un Laplace pour coordonner ses travaux el en présenter la synthèse dans d'immortels ouvrages. Quant à l'Italie qui, au siècle précédent, nous donnait encore Cassini, elle est désormais distancée et se désintéresse de la science. Ses princes ne peuvent plus môme garder un Lagrange.
Physique : la doctrine des fluides impondérables. — Si, de l'élude du ciel, nous redescendons à celle de la terre, nous retrouvons en première ligne les mêmes hommes, surtout pour ce qui concerne les questions théoriques. L'astronome exclusif n'existe guère, ou il se condamne à des travaux utiles, mais obscurs; autrement il penche vers la physique ou vers les mathématiques. Mais les géomètres du xvme siècle, à leur tour, avec l'instrument du calcul infinitésimal entre les mains, cherchent à en étendre l'usage au delà des anciennes limites de leur science, et ils jettent les fondements de la physique mathématique. Et ce n'est pas seulement parce que, ainsi que nous l'avons dit, les encouragements officiels visent surtout des résultats pratiques : ils prennent goût à ces questions concrètes et se signalent souvent par des travaux ou des ouvrages qu'on aurait pu ne pas attendre d'eux. Il suffit de rappeler ici les célèbres Lettres à une princesse cC Allemagne (1768) écrites par Euler ou, en France, les nombreuses incursions de d'Alcmberl sur les domaines étrangers aux mathématiques.
Un des savants ou des philosophes, comme ils se qualifiaient de fait alors, qui déploient le plus brillamment cette universalité de connaissances presque générale au xvin0 siècle, est sans contredit Jean-Henri Lambert (1728-1777), protestant, né à Mulhouse, qui se forma lui-même et que Frédéric II fixa à Berlin. C'est l'homme qui a peut-être jeté le plus d'idées neuves et fécondes pour l'avenir et, si sa gloire n'est pas à la hauteur de son talent, c'est précisément parce que ces idées ont été reprises plus tard par d'autres qui les ont développées, tandis qu'il s'était trop dépense pour pouvoir le faire. Par exemple, en mathématiques pures, c'est lui qui le premier démontre l'incommensurabilité du rapport de la circonférence du cercle à son diamètre et ouvre ainsi la voie à un ordre de recherches jusqu'alors considéré comme inabordable; en astronomie, c'est
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lui qui donne le théorème élégant qui sert encore pour le calcul des orbites des comètes et qui fournit à Herschel ses aperçus sur la forme du système stellaire auquel appartient notre soleil; en physique, il jette les fondements de la photométrie et de l'hygrométrie, tandis qu'en philosophie il essaie une révolution dont ses rapports avec celle de Kant ont été trop négligés.
Dans le mouvement d'idées très compliqué qui résulte de l'intervention de penseurs aussi originaux et d'éducation aussi diverse, on ne peut ici qu'indiquer quelques courants généraux ; l'exposition sera donc forcément incomplète et ne peut en aucun cas valoir pour un précis exact.
Le plus clair, c'est l'abandon définitif de la physique corpusculaire de Gassendi, de Descartes et de Boyle, qui essayaient d'expliquer les phénomènes par la forme des particules de la matière, en même temps que par leur mouvement. Tandis que les géomètres, dans leurs hypothèses, traitent généralement les corps solides ou fluides comme continus, au point de vue physique, on reconnaît encore généralement les particules de la matière pondérable comme isolées, mais on ne les fait plus s'accrocher ou s'entrechoquer. Les questions relatives à leur forme s'effacent donc, et Boscovich 1 (1711-1787) va jusqu'à les réduire à de simples points, centres de forces attractives et répulsives. Quant au milieu dans lequel sont plongées ces particules, l'incohérence est très grande et aucune opinion ne peut obtenir la prééminence.
C'est que, maintenant que les questions relatives aux effets de la pesanteur sont à peu près débrouillées, on s'est mis à étudier, à part les uns des autres, les autres phénomènes physiques. Le son, la lumière, la chaleur, le magnétisme, l'électricité constituent désormais cinq groupes bien distincts, et, quand on passe de l'un à l'autre, on ne se fait pas faute d'adopter des hypothèses contradictoires. Le premier de ces groupes seul est regardé comme lié à des vibrations des particules de la matière pondérable, parce que le son ne se propage pas dans le vide apparent. Pour la lumière, la théorie de Newton, dite de l'émission,
1. Jésuite, né à Hagusc et élevé à Home. Il vint en France après la suppression de son ordre pour diriger l'observatoire de la marine.
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a la prépondérance, parce qu'elle offre des explications simples et commodes. Cependant les contradicteurs ne manquent pas et remarquent que ces effluves incessants de molécules impondérables lancés par les corps lumineux dans les vides intra-stellaires ou intra-moléculaires devraient les avoir comblés depuis longtemps. La doctrine de Huygens, des ondulations dans un milieu impondérable, garde donc des adhérents, en attendant l'heure de son triomphe. Newton lui-môme a émis des doutes, aussi bien que sur le fait de la transmission à distance de la force de gravitation. En tout cas, la lumière s'explique par un agent impondérable spécial.
Pour la chaleur, après Newton, les physiciens se laissent de plus en plus aller à l'idée quelle est causée par la présence d'un fluide se logeant, en quantité plus ou moins considérable, dans les interstices des molécules pondérables. Non-seulement on regarde ce fluide, le calorique, comme impondérable, mais on cherche à établir qu'il rend les corps plus légers : conséquence à laquelle on est conduit par la théorie chimique du ph logistique. Lorsque cette théorie s'écroule, la conséquence est abandonnée, mais la croyance au calorique ne se trouve pas ébranlée.
Ceux qui s'occupent de magnétisme concluent de im>me à l'existence d'une matière magnétique, ceux qui étudient l'électricité imaginent de même un ou deux fluides électriques. Personne ne semble se préoccuper de la façon dont toutes ces matières supposées peuvent agir dans l'espace indépendamment les unes des autres. La dispersion des efforts dans le champ immense de la physique entraine ainsi de fait, au point de vue théorique, un recul dans les conceptions générales.
En revanche, les progrès dans chaque branche particulière sont considérables. Pour la chaleur, il s'agissait avant tout de trouver un moyen de mesure, permettant d'arriver à formuler des lois mathématiques. Le problème de construire des thermomètres comparables entre eux donnait lieu à de sérieuses difficultés et suscita de nombreux essais plus ou moins heureux, jusqu'à la construction en Angleterre du thermomètre de Fahrenheit (vers i 724), en France de celui de Réaumur (1130), en
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Suède du thermomètre centigrade (Celsius, vers 1*742), qui devait finalement supplanter les deux autres.
On sait que la graduation des thermomètres repose sur la fixité des points de fusion et d'ébullition (sous une pression déterminée). Cette fixité fut expliquée, dans la théorie du calorique, en supposant que, lors de l'un ou de l'autre des deux phénomènes en question, une certaine quantité du fluide entrait en combinaison nouvelle avec les molécules pondérables, se dégageait au contraire dans le phénomène inverse. Cette doctrine de la chaleur latente, due à l'Ecossais Black (1762), introduisait un nouvel élément à mesurer pour chaque corps. Il fallut bientôt considérer aussi la chaleur spécifique, c'est-à-dire, dans le langage du temps, la quantité de calorique nécessaire pour élever d'un degré la température des corps (Wilcke en Suède, Crawford en Angleterre). Les expériences les plus importantes sur ces questions furent celles de Lavoisier et de Laplace (vers 1780), dont le calorimètre servit désormais de type, à perfectionner plutôt qu'à modifier.
La variation du point d'ébullition de l'eau avec celle de la pression atmosphérique fut surtout étudiée par le Genevois De Luc (1727-1817). La dilatation des solides et des liquides fut l'objet de nombreux travaux, parmi lesquels ceux de Lavoisier et de Laplace sont encore à signaler particulièrement.
L'expression de chaleur rayonnante est due àScheele (de Acre et igné, 1777), qui montra que les rayons de chaleur se réfléchissent comme ceux de lumière. La distinction de la chaleur lumineuse et de la chaleur obscure fut faite par Lambert (1779).
La conductibilité des corps pour la chaleur fut l'objet de travaux de Franklin, d'Ingenhousz et de Rumford.
La théorie de la lumière, considérée comme définitivement établie à la suite des travaux de Huygens et de Newton, se trouva généralement négligée, si l'on excepte la découverte de l'achromatisme, dont nous avons déjà parlé, et les tentatives pour constituer la photométrie.
Les études sur le magnétisme terrestre, commencées par Halley, devinrent l'objet d'observations régulières et méthodiques. Les mesures d'intensité furent abordées après celles
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des variations de déclinaison et d'inclinaison, sans aboutir à des résultats définitifs. Mais la loi générale de l'action magnétique, sa variation en raison inverse du carré des distances, fut établie par le Français Coulomb (1736-1806), qui avait déjà montré la même relation pour l'action électrique. Il y eut dès lors une tendance marquée à chercher le lien entre ces deux actions, tendance qui se trouve combattue dans les Recherches sur l'électricité du célèbre révolutionnaire Marat.
Mais c'est surtout la connaissance des effets électriques qui fut, en physique, la grande conquête du xviue siècle.
Les machines électriques, simples boules de soufre ou de verre qu'on faisait tourner en les frottant avec de la laine ou seulement avec la main, comme le préférait l'abbé Nollet, n'étaient encore qu'un joujou, lorsqu'en 1729 les Anglais Gray et Wheeler découvrirent la conductibilité électrique et la propriété des corps isolants. En France, Dufay (1698-1739) répéta et multiplia leurs expériences, et proposa, pour les expliquer, la doctrine de deux fluides de propriétés opposées. Peu à peu les machines électriques se perfectionnèrent par l'addition de conducteurs, de coussinets, et enfin par l'emploi de disques de verre. Vers 1746, la bouteille de Leyde fut inventée par le Hollandais Musschenbroek. Bientôt après, Franklin (1706-1790) combina les premières batteries électriques et obtint des effets assez puissants pour lui faire soupçonner l'identité de l'étincelle avec l'éclair. La preuve de celle identité, qu'il obtint par la célèbre expérience du cerf-volant (juin 1752), fut le grand événement scientifique du siècle, et l'invention du paratonnerre, première application utile des études poursuivies depuis la découverte de Gray. mit le comble à la gloire du savant américain. La possibilité de l'emploi de l'électricité pour la transmission de signaux à distance fut bien soupçonnée dès le même temps, mais l'idée ne dépassa pas les essais de cabinet.
L'industrie n'utilisait encore que la chaleur; l'idée scientifique de Papin avait été réalisée en Angleterre par Savery (1693), puis par Newcomen, qui construisit en 1705 la première machine à vapeur pour l'épuisement de l'eau dans les mines. Dans cette machine, dite à simple effet, la vapeur n'agissait que sur une
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face du piston |>our contrc-balancer la pression atmosphérique. On condensait la vapeur par une injection d'eau froide dans h» cylindre même, et la pression atmosphérique faisant redescendra le piston était le moteur réel.
Il était bien simple théoriquement de réfléchir que, puisqu'il suffisait de mettre le cvlindre en communication avec la chaudière pour mettre immédiatement la tension de la vapeur en équilibre dans les deux espaces, il en serait de même si on mettait au contraire le cvlindre en communication avec un vase plein d'eau froide (condenseur). Cette remarque capitale, qui permettait d'éviter le refroidissement en pure perte de l'enveloppe du cylindre, et de combiner des machines à double effet, c'est-à-dire où la vapeur agissait successivement sur les deux faces du piston, cette remarque, dis-je, se fit longtemps attendre, et elle fut réservée à un constructeur mécanicien, Wall, en l~Go. En la complétant par l'invention de la détente et du parallélogramme articulé, il créa un type qui se perpétua pendant plus d'un siècle et servit de point de départ pour tous les perfectionnements ultérieurs.
La machine de Watt, bientôt répandue dans toute l'Angleterre, donna à ce pays une avance industrielle énorme, que les autres nations ne regagnèrent que lentement. En France, on fit plusieurs essais (notamment ceux du marquis de Jouffroy> afin de construire des moteurs pour la navigation fluviale, mais ils n'aboutirent pas.
Notre pays eut la gloire d'une invention plus brillante, mais dont les applications pratiques sont encore bien limitées. Le 5 juin 1783, les frères Montgolfier, fabricants de papier à Annonay, lancèrent le premier aérostat, gonflé avec de l'air chaud. L'expérience fit grand bruit et fut bientôt répétée à Paris, avec emploi de gaz hydrogène, par le physicien Charles. Le 21 novembre de la môme année, Pilàtre de Roziers exécutait la première ascension en ballon.
Stahl et le phloglstique. — Quelque importants qu'aient été les progrès de la physique pendant le xvm' siècle, surtout en ce qui concerne l'électricité, la chimie devait encore faire des pas plus rapides et plus décisifs. D'un amas confus de
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recettes pratiques allait sortir une science définitivement constituée. Toutefois il fallut d'abord écarter une fausse théorie, liée à la doctrine des fluides impondérables.
Le phénomène chimique le plus saillant, la combustion, apparaît comme le dégagement d'un principe volatil, et en effet, dans la plupart des combustions, il s'opère, par l'effet de la chaleur, une distillation de substances inflammables. Mais tant qu'on n'avait pas reconnu l'action de l'air, dont un des éléments, par sa combinaison avec ces substances, amène précisément ce phénomène de la flamme, il était tout indiqué de supposer que le dégagement en question était celui du principe même du feu, auparavant latent dans l'intérieur du corps combustible.
Ce fut cette idée que réduisit en théorie le célèbre Stahl (1660- 1*734), d'abord professeur à l'Université de Halle, puis médecin <lu roi de Prusse Frédéric-Guillaume Ier. Il s'ensuivait de cette doctrine que les corps qui, comme les métaux, ne perdent pas en réalité de substances volatiles par la calcination, n'en devaient pas moins être considérés comme une combinaison de leur chaux (ou oxyde) avec le phlogistique, c'est-à-dire avec le principe hypothétique du feu. Si cependant ces métaux gagnent réellement en poids par la calcination (en raison de l'oxygène qu'ils absorbent), on l'expliquait en attribuant au phlogistique une pesanteur négative, ainsi que nous l'avons déjà indiqué, c'est-à-dire la propriété de rendre plus légers les corps dans lesquels il passait à l'état latent.
Cette doctrine eut un tel succès que, dans la préface de la seconde édition de la Critique de la raison pure (1*787), Kant la mettait encore au rang de la découverte par Galilée de la loi de la chute des corps. Cependant, tant qu'elle subsista, elle entrava évidemment tout progrès théorique et ne permit que l'entassement de nouveaux faits, provoquant, pour les expliquer, des discussions souvent aussi violentes qu'inutiles.
Au reste, Stahl forma de nombreux disciples et, au moins pour la chimie, l'Allemagne eut une véritable école scientifique. Son plus illustre représentant est le Berlinois Marggraf (1109-1790), auquel on doit notamment d'avoir découvert le sucre dans la betterave et d'avoir en même temps indiqué les moyens d'extrac-
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tion. Mais cette école devait repousser obstinément les idées de Lavoisier et, par suite, s'éteindre dans une décadence prolongée.
L'Angleterre rendit à la chimie des services plus féconds. Haies (1677-1761) enseigna le premier dans sa Statique des véf/étaux (1727) le moyen pratique de recueillir tous les gaz produits dans une distillation ou une combustion; il ne les considéra d'ailleurs que comme de l'air imprégné de diverses particules.
L'Écossais Black (1728-1799), dont nous avons déjà signalé les travaux sur la chaleur latente, distingua le premier nettement l'acide carbonique, qu'il appela air fixe; il montra qu'il existe en combinaison dans les sels alcalins, les terres calcaires, et qu'il se produit dans la respiration, la fermentation, et la combustion du charbon (1757).
Priestley (1733-1804) poussa plus avant les recherches sur les gaz ou, comme on disait, la chimie pneumatique. Il étudia l'air inflammable (hydrogène), connu depuis Boyle, découvrit l'air nitreux (bioxyde d'azote), isola le premier (1774) l'oxygène et l'azote, qu'il appela air déphlogistiqué et air phlogistiqué et, en se servant de la cuve à mercure, les gaz solubles, comme son air alcalin (gaz ammoniac), et son acide de l'esprit de sel (acide chlorhydriquc). Sous l'empire de la théorie de Stahl, il ne voyait d'ailleurs dans ces gaz que de l'air diversement modifié par le principe phlogistique. Toutefois le nombre de faits importants qu'il a mis le premier en lumière doit le faire mettre au premier rang des chimistes du xvm* siècle, et après lui l'école anglaise continua à soutenir brillamment la concurrence avec l'école de Lavoisier.
Un autre pays, la Suède, produisit également des travaux considérables. L'Académie d'Upsal, fondée en 1728, celle de Stockholm, instituée en 1739, devinrent de brillants foyers scientifiques, tant pour la chimie que pour l'histoire naturelle.
Brandt (1694-1768) montra le premier (1733) que l'arsenic blanc était la chaux (oxyde) d'un régule (métal), et retira le cobalt (1747) d'un minerai déjà employé depuis longtemps pour la préparation de l'émail bleu, mais qu'on, croyait contenir du cuivre. Le nickel fut extrait bientôt après par Gronstedt d'un minerai analogue.
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Bergman (1735-1784) fut, comme théoricien, le véritable précurseur de Lavoisier. Le premier, il considéra l'air comme un mélange de trois fluides élastiques, l'air vicié* (azote), Y air pur (oxygène), Y acide aérien (acide carbonique). Il prouva, avec la teinture de tournesol, que ce dernier est bien un acide, établit les principes de l'alcalimétrie, insista sur la constance de la proportion des éléments dans les composés bien définis, multiplia les réactifs d'analyse qualitative, et commença l'analyse quantitative. Il obtint Y acide de sucre (oxalique) et le décomposa en volumes égaux d'acide carbonique et d'oxyde de carbone.
L'influence de Bergman sur le mouvement scientifique fut d'autant plus considérable qu'il est, comme écrivain, remarquablement précis et lucide. Cependant sa gloire fut effacée par celle de son disciple Scbcele (1742-1786) qui, dans sa courte carrière, découvrit l'acide muriatique dépblogistiqué (chlore, 1774), l'acide fluorique (fluosilicique), la materia tingens du bleu de Prusse (acide cyanhydrique), isola les acides citrique, oxalique, gallique, lactique, urique, la glycérine, distingua la baryte et coopéra enfin à la découverte du manganèse, du tungstène et du molybdène Quoiqu'il soit demeuré, même après les travaux de Lavoisier, adepte de la théorie du phlogistique, on lui doit en tout cas d'avoir le premier, en 1778, fait une analyse scientifique de l'air 3 et proposé un procédé pratique pour la production de l'oxygène (au moyen de l'acide sulfurique et du peroxyde de manganèse) .
La chimie moderne : Lavoisier. — Longtemps l'école française resta inférieure comme éclat à celles d'Angleterre et de Suède; cependant elle avait assez d'originalité pour ne pas s'engager à fond dans la théorie dominante. Avant Lavoisier, le nom le plus marquant fut celui de son maître Rouelle (1703- 1770), professeur plein de verve et judicieux expérimentateur.
Lorsque l'illustre créateur de la chimie moderne (né en 1743
I. Il n'attache d'ailleurs à ce nom. qu'il donne provisoirement, aucune idée préconçue. — Bergman fut le premier a préparer l'eau de Seltz artificielle.
■2. Avec Bergman, il reconnut la nature particulière des minerais de ces corps, dont les régules (métaux) furent obtenus presque aussitôt, d'après ses indications, par d'autres chimistes suédois.
3. Il absorbait l'air à froid au moyen d'un mélange humide de limaille de fer et de fleur de soufre.
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à Paris, morL en 1 "94 sur l'échafaud), commença vers i "710 ses recherches sur la composition de l'air atmosphérique, il partait de l'idée que la doctrine du phlogistique était insoutenable, que les métaux, dans leur calcinalion, absorbaient une partie de l'air, qu'enfin ce dernier devait être un mélange. S'il avait, dès cette époque, possédé l'acquis de Prieslley, de Bergman et île Scheele, qui, comme on l'a vu, touchèrent à sa découverte ou obtinrent même, avant lui, l'isolement des éléments de l'air, il eût sans aucun doute, grâce à ses idées plus nettes, résolu le problème du premier coup et montré immédiatement la véritable signification des faits constatés, mais mal appréciés par les chimistes des autres écoles. Toutefois une erreur de début l'entraîna dans un long dédale d'expériences dont il ne sortit qu'après cinq ans.
Réduisant du minium en plomb en présence de charbon et observant que le gaz dégagé (acide carbonique) avait précisément le môme volume que celui de l'air (oxygène) absorbé par le plomb pour passer à l'état de minium, Lavoisier se figura en effet tout d'abord, comme il l'a raconté lui-même, que l'élément absorbé par la calcination était l'air fixe de Black (acide carbonique). Quand il reconnut, par des pesées exactes, que cet air fixe, dégagé par la réduction, devait en réalité être composé de charbon et d'un autre élément provenant du minium, il essaya d'un inutile compromis avec la doctrine du phlogistique, puis eut à prouver que le principe du feu, s'il traversait le verre des cornues, ne modifiait en rien, ni en plus ni en moins, le poids des substances soumises à une réaction en vase clos. 11 en arriva dès lors aux conclusions déjà émises par Bergman sur la composition de l'air, mais en les appuyant d'expériences précises et en écartant nettement toute intervention de fluide impondérable.
Si considérable que fût jusque-là le travail de Lavoisier, il ne pouvait suffire pour apporter la conviction, et il suscita au contraire de nombreuses et ardentes contradictions. Il était indispensable non seulement d'isoler la partie irrespirable de l'air (azote) en absorbant la partie respirable (oxygène), ce qui avait été fait, mais encore de dégager à nouveau l'oxygène de la com-
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lunaison formée en reproduisant le corps employé pour l'absorption. On sait comment Lavoisier se servit du mercure, dont l'oxyde rouge, formé par la calcination, se redécompose, à une température plus élevée, en mercure coulant et en oxygène. La démonstration était complète.
Lavoisier s'attacha dès lors à étudier la combustion sous toutes ses formes, c'est-à-dire la combinaison avec l'oxygène. 11 reconnut aisément la composition de l'acide carbonique et il 4*n obtint en brûlant du diamant dans de l'oxygène pur. La respiration lui apparut comme une combustion de carbone entretenant la chaleur animale, et il entreprit sur celle-ci, avec L.aplace, de célèbres recherches liées à celles qu'il poursuivit également sur les chaleurs latentes et spécifiques. 11 constata, sur divers acides, qu'ils contenaient des proportions d'oxygène relativement beaucoup plus considérables que celle qui entre dans les oxydes ou bases salifiables, et fut conduit par là à donner au gaz qu'il avait découvert un nom qui signilie yénéraienr des acides.
La composition de l'eau fut relativement plus longue à établir. L'hydrogène était connu depuis longtemps sous le nom d'air inflammable, mais l'idée qu'il formait un des éléments de l'eau (et non d'un des autres corps mis en réaction), qu'il n'y avait en outre dans l'eau qu'un autre élément gazeux, l'oxygène, cette idée était si loin de tous les esprits que les premières remarques sur la production de l'eau par la combustion de l'hydrogène à l'air libre (Macquer, 4776) n'attirèrent d'abord que l'incrédulité ou ne provoquèrent que des explications erronées.
Enfin Lavoisier, en s'entourant de toutes les précautions, opéra, le 24 juin 1783, la synthèse de l'eau : résultat qui semble avoir été contraire à son idée préconçue, car il paraît s'être attendu à trouver un produit acide. Le même résultat fut obtenu en Angleterre, à peu près à la même époque, par Cavendish (1731-1810). Lavoisier fit ensuite l'analyse de l'eau en en décomposant la vapeur sur du fer rouge.
Pour achever de jeter les fondements de la chimie moderne, il restait à découvrir les combinaisons de l'azote. Berthollet
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(1748-1822) montra en 1785 que l'ammoniac était un compost' d'hydrogène et d'azote, tandis que la même année Gavendisli prouvait que l'acide nitrique était formé d'azote et d'oxygène.
Les progrès décisifs qu'accomplissait la science rendaient indispensable rétablissement d'une nomenclature méthodique. Le projet en fut formé par Guylon-Morveau en 1782 et les bases en furent adoptées en 178G, de concert avec lui, par Lavoisier. Berthollet et Fourcroy.
Les collègues de Lavoisier avaient longtemps combattu ses idées et ne s'étaient rendus qu'à l'évidence. L'établissement «le la nomenclature consacra le triomphe de la révolution qu'il avait opérée. La chimie moderne était décidément fondée. En possession d'une théorie simple et féconde, de méthodes précises d'analyse et de synthèse, elle allait rapidement multiplier ses découvertes et ses applications industrielles.
Histoire naturelle : Buffon, Linné, les Jussieu. — Tandis que la chimie était ainsi en voie de création, et comme pour attendre que les vérités que cette science allait dévoiler offrissent un nouveau champ d'études, l'histoire naturelle traversait un stade tout opposé; les noms qui y marquent le plus représentent la coordination et la systématisation de tout le travail accompli depuis la Renaissance.
A la vérité, il ne manque pas de naturalistes, surtout en zoologie, qui se consacrent à des études toutes spéciales, à des monographies. On doit citer les Mémoires de Réaumur sur les insecles (1734-42), la célèbre Analomie de la chenille du saule (1760) par Lyonnel, qui représente un travail de vingt ans, les observations d'Antoine de Peyssonnel sur le corail (1756), de Tremblay (1744) sur un Polype d'eau douce, qui donnèrent les premières notions exactes sur les zoophyles.
Mais tous ces noms palissent devant celui de Buffon (1707- 1788) '. Fils d'un conseiller au parlement de Dijon, il sent s'éveiller son goût pour les sciences naturelles dans un voyage en Italie, à la suite des conversations d'un botaniste anglais qu'il rencontre. Dès lors, il s'en occupe activement, est admis,
1. Voir ei-drssus. p. 70»'.. pour la valnir lillrrain- <!•• BiiIToii.
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dès l'âge de vingt-six ans, à l'Académie des sciences, publie nombre de mémoires et de traductions diverses, puis, désigné par Dufay pour le remplacer comme intendant du Jardin du Roi, il conçoit et exécute le plan grandiose de l'œuvre qui a immortalisé son nom.
Les trois premiers volumes de V Histoire naturelle (théorie de la terre, généralités sur les animaux, histoire de l'homme) parurent en 4749. Les douze suivants (1753-1767) sonteonsacrés aux quadrupèdes. Puis viennent dix volumes sur les oiseaux et les minéraux (1771-1786) et sept volumes de suppléments (1774-1789), dont le cinquième est formé par les Époques de la nature (1779). Lacépède acheva, d'après les notes de Buflbn, V Histoire des Serpents (1789) et rédigea plus lard sur le mèm»' plan celle des Poissons et des Cétacés (1799-1804). Si les invertébrés avaient sans doute figuré dans les premiers projets de Bulïbn, la mort ne lui permit pas de s'en occuper, et en tout cas, les connaissances qu'on en avait alors étaient encore trop incomplètes pour se prêter à une coordination utile.
Le monument élevé par notre grand naturaliste avait exigé des collaborateurs : Daubenton pour les quadrupèdes, Guéneau de Montbeillard, l'abbé Bexon, Sonnini, etc., pour les oiseaux. L'examen des manuscrits, qui subsistent au Jardin des Plantes, a permis de déterminer exactement la part de ces collaborateurs et de détruire les légendes qui ont couru sur la façon de travailler de Bu (Ton. Nombre des pages les plus vantées au point de vue de la magnificence de style ne sont nullement de lui. D'autre part, s'il remettait vingt fois son œuvre sur le métier, c'était soit pour tenir compte des observations de ses collaborateurs, soit pour améliorer le fond, nullement pour perfectionner la forme.
La doctrine est, au resle, à la hauteur du style et Bufl'on, comme penseur, a une personnalité très marquée; il tient pour la continuité de la nature, s'oppose, en principe, aux classifications comme détruisant celte continuité, se prononce même contre la fixité des espèces, sans arriver toutefois à réunir des preuves de leur variabilité. 11 montre la vie résidant dans les molécules organiques, qu'il considère comme non engendrées
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et incorruptibles; par un trait de génie, il rapproche la génération de la nutrition, et, sur bien des points, il prélude aux théories de Bordeu et surtout de Bichat. C'est lui qui le premier détermine nettement l'habitat naturel de chaque espèce et fonde ainsi la géographie zoologique, comme il est aussi le fondateur de l'anthropologie et de l'ethnographie, par ses études sur les races humaines. Enlin son système de géologie, exposé dans les Époques de la Nature, présente déjà les grands traits de celui de Guvier, auquel il a fourni d'autre part le principe de la prééminence relative des organes, fondement des restitutions paléonlologiques.
Un autre Français, Adanson (1727-1806), dont on connaîl Y Histoire naturelle du Sénéyal (1157) et les Familles des plantes (1763), rêva une œuvre aussi grandiose que celle de BulTon, une encyclopédie de la Nature, avec une classification des êtres fondée sur la similitude de l'ensemble de leurs caractères. Si cette méthode est en réalité impraticable, et si les divers caractères sont loin d'avoir la même valeur, Adanson n'en a pas moins le mérite d'avoir su nettement définir les familles botaniques et d'avoir, dans bien des cas, supérieurement exposé leurs affinités et leurs différences. L'idée, en elle-même, n'était pas nouvelle, puisque Tournefort avait déjà constitué quelquesunes des familles les plus saillantes, que d'autre part Bernard de Jussieu (1697-1777) venait en 1759 de disposer dans un ordre méthodique les plantes du Jardin du Roi. Les idées de Bernard furent développées par son neveu Antoine-Laurent dans une suite de Mémoires présentés à l'Académie des sciences de 1773 à 1777, puis sous une forme définitive, dans le traité des Gênera pfanlarum (1789).
Pendant ce temps régnait sans conteste en botanique la classification de Linné qu'on oppose souvent comme artificielle au système dit naturel des Jussieu. En réalité, une classification vraiment naturelle est impossible, et sur ce point BulTon avait raison. La question n'est que du plus au moins, et Linné n'a, au reste, nullement présenté comme définitif l'arrangement qu'il a suivi en se fondant uniquement sur les caractères de la fleur. Le grand avantage de cet arrangement, qui n'est en somme
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qu'une clef analytique, consiste dans la facilité avec laquelle il conduit au nom de la plante. Au reste, à côté de l'ordre relatif qu'il créait, Linné apportait, dans toutes les parties de la botanique, d'importantes innovations, dans lesquelles il était guidé par un admirable sentiment de la nature. Sa nomenclature binominalc est restée délinilivement acquise à la science et ses descriptions des espèces, en phrases courtes, précises, où se condensent les faits négligés ou ignorés avant lui, resteront toujours des modèles.
Le célèbre naturaliste suédois (1107-1 718) commença par étudier à Upsal sous Rudbeck II et Celsius. A la suite de quelques difficultés, au retour d'un voyage d'exploration en Laponie, il quitta son pays et se tîxa en Hollande où un riche amateur, G. Cliflbrd, lui confia son jardin d'IIartecamp et l'aida à publier son Systema Xatttrœ (1135) qui embrasse les trois règnes, ses Fnndamenta botaniva (1131), sa Flora Lapponira (1131) et ses Gênera plantant m (1131). Hevenu en Suède déjà célèbre, nommé médecin du roi et professeur à l'Université d'Upsal, il compléta son œuvre par sa Phitosophin botanica (1151) et ses Speeies plantarum (1753). Les critiques ne lui manquèrent pas, mais n'ébranlèrent pas le succès de son œuvre. Les plus violentes furent celles du grand physiologiste suisse llaller. On répèle souvent que Linné se vengea de celles de Bu (Ton en donnant le nom de Iinfonia à une plante qui croît dans los marais. Il n'y a probablement là qu'une coïncidence amenée par le nom latin du crapaud (fntfo).
Vers la fin du siècle, la minéralogie, longtemps restée dans les limbes, fit un progrès décisif grâce à l'invention de la cristallographie, duc à l'abbé Hauy (1743-1822), frère de Valentin, l'instituteur des aveugles. Simple régent de cinquième au collège de Navarre, Haûy donna ses premiers mémoires en 1781 ; en 1783, l'Académie lui ouvrait ses portes.
Physiologie. — Pour l'histoire des animaux et des végétaux, un savant suisse, Albert de llaller (1708-1777), dont le nom n'est plus guère connu que des spécialistes, avait, pendant sa vie, égalé sa réputation à celle des Linné et des Buffon.
Elève de Boerhaave, médecin à Berne, professeur à Gœtlingue
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(do 1735 à 1752), de nouveau fixé dans sa patrie jusqu'à sa mort, llaller a énormément écrit sur les sciences, sans compter un poème et trois romans politiques. Ses Elemenla pht/sioloyix (1757-1 7G6) ont eu une influence extraordinaire. Aujourd'hui on consulte toujours ses ouvrages de bibliographie médicale, chirurgicale, anatomique, botanique, qui témoignent d'une érudition prodigieuse. Sa grande découverte est la distinction do l'irritabilité des tissus et de la sensibilité proprement dite.
A côté de lui, pour la physiologie animale, on ne peut guère citer que des noms secondaires (comme celui de Yicq d'Azyr, en France), si l'on excepte celui d'un des rares savants que l'Italie en fan la au xviue siècle. Spallanzani (1721M799) a fait nombre de recherches aussi originales que fécondes sur la circulation, la respiration, la digestion. Son travail le plus connu concerne es Animalcules infusoires (1767), découverts vers 1747 par l'Anglais Ncedham, prèlre catholique, qui conclut à leur génération spontanée. Spallanzani soutint au contraire la préexistence des germes.
En tout cas, le progrès le plus considérable accompli dans celte branche de la science correspond à l'explication, si incomplète qu'elle fût encore, que Lavoisier donna de la respiration. L'importance des éludes chimiques en physiologie était désormais établie sans conlesle.
Pour les végétaux, la découverte correspondante (concernant la décomposition de l'acide carbonique et le dégagement de l'oxygène par les feuilles), découverte pressentie par Priestlcy. fut acquise grâce aux travaux (1783) du Genevois Senebier (1742-1809). Ainsi fut provisoirement couronné l'ensemble des recherches poursuivies sur la circulation de la sève et dont h'S plus importantes sont celles de l'Anglais Haies {Vendable Statics, 1737, expériences sur la force de poussée, de transpiration et d'absorption) et du Français Duhamel de Monceau (Physi//uc des arbres, 1758), qui montra le premier, contre le Genevois Bonnet, le rôle distinct de la sève ascendante et de la sève descendante.
Sur la fécondation dans les plantes, les premières idées justes furent émises par Sébastien Vaillant en 1717, à l'ouverture de
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son cours au Jardin des Plantes. Mais l'idée de la sexualité des plantes fut combattue jusque vers le milieu du siècle, et c'est un des principaux titres de gloire de Linné d'avoir su la faire triompher définitivement.
Médecine et chirurgie. — La médecine, après Boerhaave et Hoffmann, vit éclore de nouveaux systèmes qui se partagèrent les théoriciens et se substituèrent aux anciennes doctrines chimiatriques ou mécanistcs. L'inventeur du phlogislique, Slahl, fonde {'animisme, c'est-à-dire qu'il explique les phénomènes de l'économie animale par l'intervention du principe immatériel de la pensée. En France, Bordeu (1722-1776) adopte en partie les mômes idées; il insiste surtout sur l'insuffisance des lois de la mécanique et de la chimie pour expliquer les fonctions vitales, admet une force spéciale à chaque organe, à laquelle il donne le nom général de sensibilité. A Montpellier, Barthez (1734-1802) professe avec éclat des doctrines analogues, sépare nettement les lois vitales des lois inorganiques, mais rompt avec Slahl en admettant un principe vital distinct de l'àme. En Angleterre, l'Écossais John Brown (1736-1788) fonda à son tour une école qui dura moins que le vitalismr, mais eut un moment de vogue et qui, en tout cas, accéléra singulièrement l'évolution de la thérapeutique. Les brownisles définissaient la force vitale comme incilabililé et réduisaient la médecine à l'art d'augmenter ou de diminuer cette force, suivant que les affections proviennent de son excès (sthénisme) un de son défaut (aslhénisme). Le maître admettait d'ailleurs que la cause de la plupart des maladies réside dans la seconde alternative. Par suite, il préconisait l'usage des stimulants, tandis que l'Italien Hasori (1766-1837) devait au contraire recommander les contre-stimulants. Il est à peine besoin de rappeler, à côté de ces systèmes, celui de Mesmer (1733-1815), qui, mêlant à des faits singuliers qu'il découvrit des hypothèses sans fondement et quelque peu de charlatanisme, prétendit substituer à l'emploi des remèdes des pratiques extérieures, agissant, d'après lui, sur un fluide propre aux êtres animés et analogue à celui par lequel on expliquait les phénomènes du magnétisme.
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La grande découverte médicale du siècle fui celle de la vaccine par Jcnner (1749-1823). Mais il ne commença à l'essayer qu'en 1*796. Pendant le xvin* siècle, pour préserver de la pel i l«* vérole, on avait commencé à essayer l'inoculation du virus, pratique orientale rapportée de Conslanlinople en Angleterre par lady Monlague en 1721, et qui se propagea lentement sur le continent. En France, la Faculté de médecine n'eut à se prononcer (c*n sa faveur) qu'en 1764. Louis XV7, qui devait mourir de la petite vérole, avait refusé de se faire inoculer.
La chirurgie n'a guère de grands noms à citer; mais l'école française, désorganisée à la suite du procès gagné par la Faculté de médecine contrôla corporation de Saint-Corne', se reconstitua brillamment après la création de l'Académie royale de chirurgie (1731), obtenue par Mareschal, attaché à la personne du roi. Les Mémoires qu'elle publia furent un excellent recueil de descriptions d'instruments et d'observations. Aucun homme seul n'aurait pu faire autant. Les cours professés commencèrent à attirer les étrangers et les usages de Paris furent imités dans les autres pays. L'Italie et l'Angleterre rivalisèrent avec la France, tandis que l'Allemagne restait un peu en arrière. Les deux Anglais Hunier William (1718-1783) et John (1728-1793), surtout le second, qui toucha en maître à toutes les questions de son ressort, ont laissé des œuvres édites remarquables. Les chirurgiens français les plus marquants furent Louis (1723-1792), secrétaire de l'Académie, et Desault (1744-1795), esprit novateur, qui fut le maître de Bichal.
En résumé, la médecine échappe définitivement à la routine et tend à se constituer rationnellement, à l'exemple des sciences de la nature. Si les systèmes entre lesquels elle hésite sont et seront longtemps encore fondés sur une expérience insuflisante, elle n'en a pas moins irrévocablement dépassé le sla le de l'empirisme primitif. La matière médicale s'est, d'autre part, singulièrement transformée et améliorée par suite des progrès de la chimie directement applicables à la pharmacie. Enfin la chirurgie se maintient a hauteur de la physiologie animale.