‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 138 sur 219 · I. \'<<ir cmIi'ssiis. t. VI · texte numérisé non relu

I. \'<<ir cmIi'ssiis. t. VI

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cette entente de la sculpture décorative, admiralilemenl appropriée tantôt au cadre plus intime d'un « bosquet », tantôt aux grands fonds de plein air et d'arbres mouvants au milieu desquels il faut replacer pour les comprendre la plupart des œuvres du xvii* et du xviu* siècle, — à Notre-Dame, où il exécuta pour le Vœu de Louis XIII la figure du roi, — dans le beau portrait de son frère Nicolas, comme dans la statuaire monumentale, Guillaume Coustou est au premier rang des maîtres de son temps. Son fils Guillaume (■1716-1777) continua les traditions île la famille. Dans le tombeau du dauphin et de Marie-Joseph de Saxe, sa femme (cathédrale de Sens), il convie la Religion et l'Immortalité, le Génie des sciences avec ses attributs, le Temps et l'Amour conjugal, auxquels un petit amour montre d'un geste pathétique une chaîne de (leurs brisée. 11 enrichit ainsi d'un monument caractéristique la série de ces mausolées symboliques où des figures allégoriques, plus théâtrales que persuasives, font beaucoup de façons pour « porter jusqu'au ciel le magnifique témoignage de notre néant ».

La tradition de ces monuments, lentement formée depuis le xvi° siècle et qui allait se chargeant d'intentions littéraires et de pantomimes académiques de plus en plus agitées, ne vaut pas assurément la belle et imposante iconographie funéraire du moyen âge, où l'idée de la mort était si fortement, si simplement et si religieusement exprimée. Du moins faut-il reconnaître tout ce que les maîtres du temps y dépensèrent de qualités brillantes et faire à ces œuvres, si importantes dans l'histoire de la sculpture, la place qui leur revient. Le « portrait » d'ailleurs y retrouvait ses droits, et la statue du cardinal Dubois, par exemple (à Saint-Roch), sortie de l'atelier de Coustou l'aîné, est une des meilleures figures iconographiques du siècle.

Les Slodtz, — comme les Coustou, comme les Lemovne, les Dumont, les Adam, les Van Loo, les Coypel, les Cochin, les Huet, — étaient une de ces familles de praticiens et d'artistes où, jusque dans les mœurs académiques nouvelles, se continuaient, de génération en génération, des traditions d'art et des vertus professionnelles, héritées des patriarcales maîtrises. Le plus célèbre de la lignée flamande des Slodtz est Michel-Ange

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(1105-1704), fils Je Sébastien, frère de Paul-Ambroisc, maître «le Iioudon, — et son œuvre la plus caractéristique est le tombeau (marbres polychromes et bronze) de l'abbé Languet de (icrgy, à Saint-Sulpice (1750). Le père de Slodtz avait passé dans l'atelier de Girardon. C'est de celui de Le Lorrain, l'auteur des fougueux et élincelants bas-reliefs des Chevaux du Soleil conduits à l'abreuvoir, pour les écuries de l'hôtel de Hohan, que sortait Jean-Baplisle Lemoync (1704-1778), (ils de Jean-Louis. La plupart de ses œuvres monumentales ont été détruites ou démembrées (monuments de Louis XV à Bordeaux, à Rennes, à l'École militaire, tombeaux du cardinal Fleury cl de Mignanl). Mais ses bustes très nombreux (Mn° Clairon, Louis XV, Trudainc, Crébillon...) sont, par la souplesse, la grâce pénétrante et l'élégance, au nombre des œuvres les plus fines du temps. IMgalle et Falconet furent ses élèves.

Les Adam, originaires de Nancy, forment une véritable tribu d'artistes, dont la production singulièrement abondante, abandonnée à toutes les fantaisies les plus fringantes et à tous les entraînements d'une facilité et d'une imagination un peu trop superficielles, est dispersée en France, en Italie et en Allemagne. Adam le père (Jacob-Sigisberl, 1670-1747) eut trois iils : Lamberl-Sigisberl (1700 17H9), qui travailla successivement à Home pour le cardinal de Polignac, à Saint-Cloud, à Versailles (bassin de Neptune), à Choisy et à Berlin; — Nicolas-Sébastien (1705- 1778), qui collabora souvent avec son frère, et dont les églises de Nancy, de Home, de Lunévillc, conservent les principauxouvrages, — et l'Vançois-Gaspard-Ballhazar (1710-1761), qui fut surtout occupé à Potsdam et à Sans-Souci. — Diderot, qui se convertissait au grand « goùl sévère et antique », a été impitoyable pour les « abominables, exécrables Adam! » Mariette ne leur est pas plus indulgent : l'un a manquait de principes • et « jetait de la poudre aux yeux » ; l'autre « mettait dans tout ce qu'il faisait un goùl sauvage et barbare*. » et, pour persuader au public que personne ne savait fouiller le marbre comme lui. « ne mettait que des trous dans ses ouvrages; aussi ses figures ont-elles plutôt l'air de rochers que de toute autre chose... » C'est qu'en effet les Adam continuent jusque dans la seconde

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moitié du siècle, au moment où la réaction commence île se faire sentir, le style tourmenté et chiffonné qui correspond en sculpture a ce qu'est la rocaille en architecture et décoration. Chez nous, la vogue en disparut à peine née : c'est à l'étranger surtout qu'elle se répandit et se développa. La mesure de l'esprit français ne la laissa pas s'acclimater chez nous. Rien qu'à suivre la série chronologique des « morceaux de réception », on peut la voir rapidement naître, s'accentuer cl décroître.

Edmc Bouchardon (1698-1762), lui aussi fils de sculpteur et ami du comte de Caylus, fut, parmi les sculpteurs du temps, un des premiers attentifs aux leçons que les archéologues et les esthéticiens recommençaient «le professer d'après 1' « antique ». 11 fut mis en garde par eux contre l'excès du maniérisme à la mode. Il lut Homère avec ferveur et, l'avant lu, trouva « les hommes plus grands de quinze pieds et la nature accrue ». Celle nature, il la regarda avec une attention exacte mais un peu froide, et, môme quand il copiait des statues antiques, comme le Faune Barherini, il reprenait d'après le modèle vivant l'étude «le certaines parties. Son père lui avait appris les premiers éléments de l'architecture, qu'il exerçait à Chaumont en Bassigny. Aussi fut-il en état d'ériger seul la fontaine monumentale de la rue de Grenelle que le prévôt des marchands et les échevins lui l ommandèrent en 1739 « pour la commodité des habitants et l'ornement de la ville ». Les ligures, qui ne valent pas les hasreliefs, ont l'élégance un peu molle de Y Amour taillant un arc dfins la massue <C Hercule, venu de Versailles au Louvre. — De la statue équestre du roi, en bronze, de quatorze pieds de haut, ipi'il avait exécutée pour la place Louis XV, il ne reste qu'une réduction. L'original fut détruit à la Révolution.

Jean-Baptiste Pigalle (1714-1785), tils d'un menuisier de Paris, est le grand sculpteur de la seconde moitié du siècle. Mariette lui reproche de ne pas « manier le marbre » avec une souplesse suffisante et de n'avoir pas mis « assez de finesse dans la touche ». Pigalle, en effet, rechercha habituellement la puissance plus que la grAce; mais on ne saurait le traiter de « praticien inférieur » ! Il prouva de reste, dans son Mercure, morceau de réception à l'Académie, dans r Amour et l'Amitié,

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qu'il sculpta pour la Poinpadour, dans le Mercure et la Venus, que Louis XV donna en 1148 au roi de Prusse el « qu'on ne vil pas sans regret sortir de France », que la grâce non plus ne lui était pas étrangère, ni, pour en exprimer les sourires et la souplesse dans le marbre, l'habileté de la main el les caresses de l'outil. Mais son imagination se plaisait plus habituellement à des œuvres de grande allure. Les monuments du marquis d'Hareourt à Notre-Dame, celui du maréchal de Saxe à Sainl- Thomas de Strasbourg, celui du marquis Guillaume de Bade à Baden-Baden, la statue de Louis XV à Heims, avec les figures allégoriques qui l'entourent, donnent de son talent puissant, pathétique une idée plus exacte. Il avait conçu pour la décoration des grandes promenades, et notamment de celle du Peyrou à Montpellier, de vastes projets dont les archives ont conservé les traces. Comme portraitiste, il avait, avec une sobriété [dus grande qu'aucun de ses contemporains, le sens de la réalité, l'expression large et vive. Quelques-uns de ses bustes d'hommes sont des chefs-d'œuvre. Mais quand il fut chargé d'exécuter en 17*70 la statue que les littérateurs cl les philosophes avaient décidé d'ériger en l'honneur du patriarche de Ferney, il voulut, — en dépit des jusles objections qui <le tous cotés lui furent failes, — donner à l'effigie de ce vieillard décharné un caractère à la fois héroïque par la nudité et réaliste par la ressemblance, qui en fait l'œuvre déconcertante et désagréable qu'on voit aujourd'hui à la bibliothèque de l'Institut.

Quoiqu'il n'eût pas fait à l'âge où tous les artistes l'entreprenaient le voyage de Home Maurice-Etienne Falconel ( 1 "7 1 t»-l 791 ) n'en faisait pas moins profession de connaître, d'admirer, mais aussi de critiquer librement les Anciens. Traducteur et commentateur de Pline, théoricien un peu prolixe, il disserta sur le cheval de Marc-Aurèle, dont le « ventre est trop large et aplati », l'allure « pas ensemble » el « contraire au mécanisme de la nature », la tète « trop courte, trop large vers le museau », — les plis « au-dessus du nez trop réguliers ».

I. Il voulut IVnhvpivniIre a sou ivlour ilr Hu>-ic. Nous a\on» trouvé aux Archives Nalional.-s (O» II» 12) ce lit' iiotu : • M. Falcoiiutt.... ilemaiule au Dimlrur un collet'' pour aller eu llalii- où il n'a |*a» iMimiv OU'. .

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— Il estime que les Anciens « négligeaient les plis et les mouvements de la peau clans les endroits où elle s'étend et se replie selon les mouvements des membres » et que cette partie de la sculpture a été portée, par les modernes, à un plus haut degré de perfection, — que pour les draperies et les plis des étoftes, tout n'a pas été dit par l'antiquité — et que « si les sculpteurs modernes avaient servilement imité les anciens et n'eussent osé essayer quelque chose deux-mômes », l'art eût été privé de beaucoup de beautés. « Ce qui est aujourd'hui fort ancien fut autrefois nouveau et ce que nous faisons sans exemple servira d'exemple. » Aussi les théoriciens du temps de l'Empire placeront-ils Falconet « au nombre des artistes de son siècle, qui eussent mieux valu dans un temps meilleur! » Son chefd'œuvre est en Russie : c'est la statue de Pierre le Grand pour l'exécution de laquelle il resta plusieurs années éloigné de France. Quand il y rentra, la maladie le terrassa, et la dernière partie de sa vie fut perdue pour l'art.

La famille Caflieri était depuis longtemps employée à la décoration des châteaux royaux quand trois de ses membres devinrent illustres : Jacques Caflieri (1678-1755), fondeur et ciseleur du roi; Philippe Caffieri, son lils (1714-1774), et surtout Jean-Jacques Caffieri (1725-1792), dont les bustes de comédiens admirables par la couleur, la poésie, l'intensité de la vie, sont la gloire du foyer de la Comédie-Française.

Autour de ces artistes, des sculpteurs comme Allegrain (1710-1795), François Masson, J.-B d'Huez, Vassé, Tassaert, qui travailla surtout à Potsdam, Hulin, Ladatte, Gillet, etc., collaborèrent à l'œuvre commune. Et avant la Révolution, trois maîtres, qui devaient vivre jusqu'au siècle suivant — Houdon, Pajou et Claude-Michel Clodion de Nancy — étaient déjà célèbres. Ils avaient môme accompli la meilleure partie de leur œuvre. Nous les retrouverons au volume suivant, en môme temps que nous constaterons chez leurs contemporains et dans l'évolution de leur propre talent les effets de la réaction classique, devenue dès lors plus systématique et déjà malfaisante.

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