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L'ANGLETERRE UTILITAIRE ET LES WHU1S

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revint sur ses pas. Le 18 septembre, George I*r débarquait dans son nouveau royaume, refusait avec éclat de recevoir Bolingbroke et formait un ministère purement whig, dirigé par lord Townshend : Stanhope, Sunderland, Cowper, Marlborough, Nottingham, Argyle en occupaient les principaux postes, à côté de deux jeunes hommes d'État, pour le moment collègues l'un de l'autre, mais destinés à un long antagonisme parlementaire, le payeur général des troupes Walpole, le secrétaire de la guerre Pulteney. Au couronnement de l'usurpateur s'empressèrent de notoires jacobites, moitié sarcasliques, moitié caressants. La comtesse Cowper nous raconte cette cérémonie. Elle-même, femme de ministre, prenait la chose au sérieux, et se réjouissait, dit-elle, « de voir notre sainte religion, nos libertés, nos biens sauvegardés et mis hors d'atteinte ». Mais lady Dorchester lui disait, au moment où l'archevêque de Cantorbéry, suivant le rituel, demandait à l'assemblée si elle reconnaissait le nouveau roi : « Ce vieil imbécile croit-il qu'on va lui répondre non, au milieu de ces épées nues? » Bolingbroke, entre son affront et son exil, n'avait pas voulu manquer le couronnement. Il vint fléchir le genou, et comme le roi demandait à son entourage quelle était cette figure inconnue, il se retourna, saluant trois fois jusqu'à terre ce souverain assis sur un trône dont il n'avait pu l'écarter. Quelle allait être la nouvelle Chambre des Communes? George, l'obligé, presque la créature des whigs, se regardait uniquement comme le roi des whigs. Il lança dans le pays une proclamation d'une violence inouïe contre le gouvernement précédent et contre tous les tories. Les électeurs, dans leur joie d'avoir évité la guerre civile, répondirent par l'envoi d'une forte majorité whig.

Dès le début de l'année 4715, les nuages s'amoncelèrent. La personne du roi, un vieil Allemand qui ne savait pas un mot d'anglais , causait une déception générale. Sa cour hanovrienne, ses vieilles favorites allemandes, comtesses ou duchesses d'occasion, qui regardaient la couronne d'Angleterre comme une proie, comme un moyen de trafiquer des grâces royales, produisirent rapidement le môme effet que les favoris écossais de Jacques Pr. A la liste déjà longue des nations

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détestées venaient s'ajouter les Allemands. Ces sentiments menaçaient le parti whig comme les sentiments anti français avaient menacé le parti tory. Les masses profondes du torysme, ni plus ni moins que la campagne et l'Eglise, se réveillaient d'une courte léthargie. D'autant plus (pie le système du roi el des ministres, d'exclure complètement des fonctions politiques les tories de toute nuance, rejetait naturellement vers la cause des Stuarls tout ce qui était tory. L'Université d'Oxford, citadelle de l'anglicanisme extrême, reprenait ses vieilles théories de droit divin, et çà et là les maisons des dissidents recommençaient à brûler, comme pendant le procès de Sacheverell. Le parti dominant subissait précisément alors une crise toujours grave : l'extinction rapide, presque simultanée, de son étal-major. Les hommes redoutables de la Révolution et des guerres contre Louis XIV, Somcrs, Marlborough, Wharlon. Burnet, Halifax, mouraient ou languissaient paralysés; et leurs successeurs ne les valaient pas. La force croissante de la presse se tournait contre eux : pamphlets et journaux jacobites surgissaient de toutes parts. Un soulèvement se préparait en Ecosse.

L'énergie du nouveau personnel whig le sauva, lui-même et son prince exotique. Il lutta contre la presse jacobite, tantôt par la violence, tantôt par la ruse : crieurs de pamphlets mis en prison, bavards séditieux fouettés à mort avertirent leurs imitateurs. Avec les écrivains de talent, autre lactique : lord Townshend ne dédaignait pas de négocier avec Daniel de Foi;, qui préparait son chef-d'œuvre de Kobinson Crusoë au milieu de variations politiques difficiles à suivre. Le ministre persuada au pamphlétaire d'entrer secrètement à son service tout en jouant un rôle de journaliste jacobite, et ce double jeu, si peu honorable pour l'immortel romancier, dura plusieurs années. Au parlement, système d'accusations et d'exclusions : procès à la paix d'Ulrecht et à ses auteurs, emprisonnement de Harley, dégradation politique de Bolingbroke fugitif.

Rien de tout cela pourtant n'aurait ramené l'opinion sans les maladroites levées de boucliers en faveur de la dynastie déchue, en Ecosse et en Angleterre, juste au moment où la mort de Louis XIV leur enlevait toute chance de succès. Dans le vieux

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pays des Stuarls, le comlc de Mar et le Prétendant venu en personne montrèrent la plus grande incapacité et découragèrent pour longtemps leurs partisans. La capitulation de Preston délivra le gouvernement d'une insurrection anglaise dans les districts catholiques du nord du royaume. La grande majorité du pays applaudit à cette double déconvenue, et la répression ne l'indigna pas. Sept pairs furent condamnés à mort, deux exécutés, les lords Derwentwater et Kenmure (1716). Quelques grâces furent accordées ou refusées dans des circonstances peu flatteuses pour la moralité de l'époque. Un grand personnage répondit à la femme d'un des condamnés, qui le sollicitait pour son mari > « Avez-vous bien réfléchi? Si votre mari est pendu, vous aurez droit, comme provision de veuve, à un revenu de cinq cents livres; tandis que s'il a la vie sauve, vous n'aurez rien pour vivre, ni l'un ni l'autre. » Finalement le mari fut exécuté.

Cependant l'entente cordiale de George Ier avec le Hégent de France affermissait les whigs. La paix favorisait le commerce anglais, comme précédemment la guerre. Le Prétendant n'avait plus de soutiens sur le continent, excepté des aventuriers sans avenir, et les ministres le poursuivaient haineusement dans toutes ses tentatives pour se marier. 11 réussit très difficilement à épouser une princesse polonaise, comme lui sans couronne. De celte union naquit Charles-Kdouard, qui fera éclater plus lard une valeur toute polonaise, plus brillante qu'utile. Le parti jacobitc déclaré ou secret restait malgré tout considérable, avec des journaux, des orateurs tels que sir William Windham à la Chambre des Communes, mais sans aucune chance présente ou prochaine, et avec ses deux éléments, l'un protestant, l'autre catholique, comme toujours profondément divisés.

Conséquences politiques et religieuses. — Les Hanovre duraient, on n'en pouvait plus douter. Quels changements d'institutions ce changement dynastique allait-il produire?

Les défauts de la famille, l'abaissement de la couronne britannique dans ce nouveau sang, voilà ce qui saule aux yeux tout d'abord. Aucun des quatre Georges n'est sympathique, et l'antipathie a commencé par s'exercer entre leurs personnes.

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Chacun des trois premiers a détesté son fils, qui le lui rendait. Tous, sauf le troisième, furent scandaleusement vicieux, sans grâce et sans bonté : le dernier mettra en péril la couronne même, dans le procès de la reine Caroline, trait suprême de cette vilaine histoire familiale d'un siècle. En eux rien de national : le premier ne sait pas l'anglais, le second le prononcera mal. Ce sont des Électeurs de Hanovre, rois d'Angleterre par-dessus le marché. Le prestige royal, encore si considérable chez Anne Stuart, tombe à rien. La cour est plus rapace que magnifique. Personne ne croit plus et ne peut plus croire au droit divin. La royauté n'est qu'un ressort politique nécessaire au train du parti vainqueur, et quatre ou cinq grands seigneurs whigs réunissent plus de crédit, plus de patronage, plus de richesses peut-être que n'en possède le roi.

Oui, mais tout ce que perd la couronne, le parlement le gagne, surtout la Chambre élective, prédominante dans l'État. Le premier personnage n'est plus le roi : c'est le premier ministre, c'est-à-dire l'Anglais qui jouit de la confiance de la majorité des Communes ; et le plus souvent, c'est un membre de cette assemblée, un great commoner, un Walpole, un Robert Peel, pour ne parler que des illustres morts. Le triomphe complet et prolongé des whigs établit peu à peu un principe contesté mais essentiel du parlementarisme, l'unité, l'homogénéité du ministère, malgré de grands esprits imbus des doctrines d'ailleurs les plus opposées, malgré Somers jadis, aujourd'hui malgré Bolingbroke, plus tard malgré Chatham. Les haines parricides de la famille royale, au lieu d'ébranler son trône, le consolideront à plusieurs reprises, car ceux des courtisans qui n'espèrent rien du roi régnant se groupent autour du prince de Galles, ennemi de son père, et attendent patiemment un nouveau règne. D'ailleurs la plupart des hommes politiques se préoccupent de la Chambre plus que de la cour, et malheureusement plus que de leurs électeurs. Les Communes sont tellement puissantes qu'elles tournent à l'aristocratie vénitienne : elles se perpétuent autant que possible; elles font une loi de septennalité qui leur permet de ne se présenter devant leurs commettants qu'à de longues échéances.

La législation religieuse des whigs est telle qu'on pouvait

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