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L'ANGLETERRE UTILITAIRE ET LES WHHÏS

l'attendre : libérale, dans les limites des intérêts du parti. Le clergé anglican, regardé avec raison comme hostile, est traité avec défiance, réprimé ou paralysé dans ses manifestations intolérantes. Son redoutable concile, la Convocation, est indétiniment ajourné. Les lois qu'il avait obtenues contre les dissidents sont rapportées : de nouveau, on permet à ceux-ci les fonctions publiques moyennant la « conformité occasionnelle », c'est-à-dire moyennant une acceptation intermittente de la communion anglicane. Les mesures récentes qui leur interdisaient l'enseignement sont supprimées aussi, et toutes les facilités sont rendues aux réfugiés français pour se faire naturaliser, c'est-à-dire pour augmenter le nombre des électeurs wbigs. D'autre part, les catholiques sont encore plus maltraités que précédemment, car ils forment le noyau irréductible du torysme jacobite. Pourtant on ne s'attaque pas aux privilèges et aux richesses du clergé protestant épiscopal, foyer d'un torysme moins irréconciliable : on préfère l'endormir dans l'opulence et l'indifférence. La prudence gouvernementale est secondée par les controverses intérieures, par les progrès du latitudinarisme, du rationalisme même, qui réduit la religion à un philosophisme respectueux, enfin par l'infiltration sourde du déisme incrédule; et l'Eglise anglicane se plonge dans un long sommeil.

Le schisme whig de 1717. — Un parti qui jouit d une majorité incontestée se divise facilement; telle fut la cause principale d'une scission qui se produisit dans le ministère. La question hanovrienne en fournit l'occasion. George Ier, adversaire de la Suède en tant que prince allemand, voulait entraîner dans sa politique personnelle le cabinet britannique. Celui-ci voyait bien dans l'acquisition de Brème et de Verden par le souverain commun des deux pays une bonne affaire pour le commerce national; mais on devait rester dans ces limites, ne pas mettre la monarchie au service d'une principauté allemande et ne pas l'exposer à une invasion de Charles XII, protecteur des Sluarls. Townshcnd et son beau-frère Walpole, dont le rôle parlementaire grandissait tous les jours, se détachèrent à ce propos du ministère, et le nouveau cabinet Slanhope-Sunderland se trouva affaibli d'autant. Mais le

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schisme rendait un service réel au parti whig dans son ensemble : il dédoublait son personnel gouvermental, et laissait disponible une administration de rechange, toute prèle en cas de crise grave. La crise grave ne devait pas manquer.

En attendant, il s'en déclarait une d'importance assez sérieuse. Stanhope et Sunderland, membres tous deux de la Chambre des Lords, cherchèrent à éterniser dans cette assemblée la suprématie du parti. La composition leur en paraissait excellente, car la fournée de pairs tories introduite par Bolingbroke et Harleyne l'empêchait pas de présenter une solide majorité dynastique. Mais comment empêcher dans l'avenir l'éventualité d une nouvelle fournée? Comment garantir l'indépendance de la haute chambre? Déclarer la pairie un corps fermé, non susceptible d'augmentation, telle fut la proposition du ministère. Un pareil bill aurait obstrué les fonctions du gouvernement constitutionnel, en supprimant le seul moyen qui reste à la couronne et à la chambre élective pour vaincre la résistance des Lords : la menace d'une fournée de pairs suffisante pour déplacer la majorité. Walpole, devenu député de l'opposition, combattit le bill et resta victorieux. Les deux grands journalistes whigs du règne précédent s'étaient divisés sur cette question comme le parti lui-même : Steele défavorable, Addison favorable. Celui-ci, comblé d'honneur par la victoire des siens, un moment même secrétaire d'Etat, se mourait alors : avec lui descendait dans la tombe la première grande école des prosateurs politiques.

Le scandale de la mer du Sud (1720). — L'Angleterre, comme tous les pays d'Occident, avait assisté à une repris»fiévreuse des affaires depuis la paix générale. La Compagnie de la mer du Sud donna une seconde édition du svstème de Law, beaucoup plus impure et scandaleuse. Celte Compagnie, mêlée depuis plusieurs années à la politique whig, proposa en avril de se substituer à l'État vis-à-vis des parliculiers porteurs des litres de la délie publique, et les deux Chambres acceptèrent, comme le gouvernement, cette transformation dangereuse. On remboursa, partie en argent comptant ou obligations, partie en actions. Or ces actions étaient montées, à force de tripotages,

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de 100 livres à 800. On on donna 4 pour rembourser 50 livres de rente : le créancier s'imaginait recevoir, très avantageusement, un capital de 3200 livres, ce qui n'était sérieux que s'il avait réalisé sur-le-champ. Presque tous, pleins de confiance, attendirent une nouvelle hausse des actions. En septembre, elles montèrent à 1000 livres. Alors les habiles réalisèrent, et la baisse s'ensuivit, vertigineuse : le 13 septembre, 760; à la fin du mois, 180; ensuite moins encore. On signalait do tous cùtés des ruines et des faillites.

Tout le gouvernement était ou paraissait compromis dans cette louche affaire. En janvier 1721, le parlement nomma une commission d'enquête, qui constata la fuite du caissier Knight et arrêta les députés directeurs. L'honnête Stanhope, assailli de reproches, mourut d'une attaque. Passaient pour avoir reçu de grosses sommes : le chancelier de l'Echiquier, Aislabie, le secrétaire d'Etat Graggs et son père, la duchesse de Kendall, favorite du roi, si ce n'était peut-être le roi lui-même. Aislabie fut mis à la Tour; les deux Craggs moururent et l'on parla de suicides; Sunderland obtint un vote en sa faveur, et peu à peu l'on revenait à l'indulgence : une amnistie parut venir bien à propos pour couvrir plus d'un mystère.

Walpole (1721-1742); grands côtés de son ministère. — Sir Robert Walpole, le plus irréprochable des grands chefs whigs, arrivait nécessairement aux affaires. Aucun ministre parlementaire d'aucun pays ne s'est maintenu aussi longtemps de suite au pouvoir. La seule durée de ce gouvernement si célèbre et si attaqué rendit déjà un grand service. Elle habitua les esprits à voir dans ce simple gentleman, maître sous deux rois de suile, sous George Ier et George II ennemis l'un de l'autre, sans que Tannée 1727 qui sépara ces deux règnes ait amené aucune crise, le personnage principal de la monarchie. Pourquoi le principal? Parce que trois Ghambres successives, élues suivant la loi de septennalité, lui continuaient leur confiance. Le régime parlementaire plongea ainsi de profondes racines dans le pays, et du même coup la dynastie. Ge commoner resta commoner tant qu'il resta ministre; il ne se conféra aucun de ces litres de pairs qui éloignaient le chef du

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gouvernement de la chambre élective, et la chambre élective apparaissait de plus en plus comme prééminente. Autre aspect de la question : la yentry rurale, la classe tory par excellence, voyant un des siens au pouvoir, s'habitua peu à peu à la maison de Hanovre, ce qu elle n'aurait pas fait sous une administration de ducs ou de négociants. Elle goûtait d'ailleurs la politique financière de Walpolc, pleine de sollicitude pour s«*s intérêts. La réduction de l'impôt foncier iigurait en tèle de son programme. La diminution de la dette par rétablissement d'un sinkiny found, d'un fonds d'amortissement, les économies permises par une longue paix permettant à leur tour de dégrever la terre, la sécurité générale et cette même paix prolongée finissant par tripler la valeur des terrains et les revenus «les propriétaires fonciers : comment résister à tant d'efforts cl de succès, dus à un whig, au ministre d'un usurpateur, si bon tory que l'on soit, voire si têtu jacobite? C'est même pour dégrever plus encore la campagne que ce conservateur un peu stagnant, qui détestait les questions dangereuses, qui professait la maxime quieta non movere, risqua son seul échec, le projet sur Y excise de 1133. Il aurait voulu faire des impôts indirects la base du système linancier; i recula devant une tempête de l'opinion publique.

Encore un honneur pour sa mémoire : il entendait gouverner par la persuasion, et se refusait à soutenir un bill impopulaire par des démonstrations militaires qui auraient amené l'effusion du sang. L'humanité de ce colosse campagnard à l'œil madré, de cet épicurien qui passait pour un gros égoïste, ne saurait être contestée. Elle contribuait à sa pacifique diplomatie, qui faisait la fortune de l'Angleterre moneyed aussi bien que de l'Angleterre landed. Un commencement de libre-échange activait encore les effets naturels de la paix. Walpolc, comprenant mieux que certains négociants l'intérêt général du commerce britannique, voulait faciliter l'exportation des produits manufacturés et l'importation des matières premières, et remaniait en ce sens toute la législation douanière. Rompant avec un préjugé partout répandu, il permettait aux colonies de négocier avec d'autres pays que la mère patrie. De toutes parts éclataient

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merveilleusement les résultats de ces principes. Dans les colonies; les Carolines et la Géorgie vendaient leur riz à toute l'Europe. Dans les ports de mer : Bristol et Liverpool grandissaient par le commerce colonial. Dans les régions industrielles : Manchester et Birmingham doubleront en trente ans. L'exportation générale doubla en un den:i-siècle.

Les défauts de Walpole; ses ennemis. — Celte administration utile et utilitaire avait, au degré le plus déplorable, les défauts de ses qualités. L'élévation morale lui faisait complètement défaut, et la soumission à l'opinion la plus forte lui plaisait moins comme un acte de libéralisme que comme un moyen de durer. Ne pas troubler l'eau qui dort, fort bien; mais il faudrait savoir troubler les abus qui ne sommeillent pas. On s'en abstient, crainte de grabuge. On interrompt pour un demi-siècle le courant de tolérance en faveur des dissidents, crainte de réveiller l'Eglise, encore redoutable dans sa torpeur. Avec cet argent que Ton sait faire affluer en Angleterre, on achète les consciences des députés : Walpole se vante de connaître le taux de chacune d'elles. Il n'est pas, comme on a dit, le père de la corruption, née bien avant lui : il en serait plutôt le jeune frère complaisant. Ce procédé de gouvernement pouvait-il s'éviter à cette époque? Macaulay ne le croit pas. Lccky, plus moral sur ce point et probablement plus exact, blâme le « long ministère » d'avoir volontairement et égoïslement aggravé un mal contre lequel protestaient nombre d'honnêtes gens, et qu'il aurait pu au moins atténuer. Il lui reproche d'avoir tenu une déplorable école de scepticisme. Le type des élèves qui jusqu'au réveil national gouverneront l'Angleterre, c'est le premier Fox, le père du grand orateur, homme d'argent sans scrupules d'aucune sorte, et qui ne transmettra que trop à son • illustre et généreux fils des habitudes de désordre nuisibles à tout son avenir. Walpole n'aime que les hommes à vendre, ne croyant pas, il est vrai, qu'il en existe d'autres. Tout esprit indépendant, si bon wigh puisse-t-il être, est exclu ou écarté du pouvoir, même son beau-frère Townshend. Ce gouvernant, le plus doux de l'Europe, traitait en despote les députés de son parti, en tyran jaloux les membres de son cabinet. Le cynique

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utilitarisme de Walpole a sacrifié jusqu'à sa louable passion de la paix : voyant la Cité de Londres se ruer à une guerre commerciale contre l'Espagne (1*739) il se laisse entraîner au mouvement qu'il juge funeste, et se console par un calembour intraduisible : « Ils peuvent sonner les cloches; bientôt ils se tordront les mains. » Terre à terre jusqu'à la maladresse, il dédaigne trop la littérature pour lui demander ou lui rendre des services. Aucun ministre n'a été aussi peu mécène que lui.

Par un juste retour, chacun des défauts de Walpole suscite ou encourage un des groupes d'ennemis qui contribueront à sa chute : les « enfants », les « patriotes », les tories. Les deux premiers groupes se recrutaient parmi les whigs. L'un d'eux réunissait les jeunes gens ardents, tels que William Pill, qui voulaient mettre un terme à la corruption; l'autre, les mécontents exclus des affaires, qui reconnaissaient Pulteney pour leur chef. L'abaissement d'une Angleterre trop pacifique leur servait de drapeau, mais leur longue éviction du pouvoir n'excitait pas peu leur éloquence. Les tories, alors un peu jacobites, un peu démocrates, comme Windham, n'auraient pas fait grand chnsc sans le mécontentement général des hommes de lettres. Le lettré et mécène Holingbrokc, revenu de son exil, les massait contre Walpole; son journal le Craftsman le battait en brèche et tirait à dix mille exemplaires.

Chute de Walpole (1742). — Tant d'ennemis n'en vinrent pas à leurs fins sans de longs efforts et des déceptions réitérées. Ils avaient compté sur l'avènement de George II, naturellement brouillé avec le ministre de son père; mais la nouvelle reine Caroline s'opposa à tout changement. Ils avaient compté sur les élections générales de 1*735, et elles tournèrent contre eux au point de décourager Bolingbroke, qui repartit pour le continent. La mort de la reine (1*737) ranima leur espoir, car le prince de Galles Frédéric, héritier des traditions familiales, qui détestait encore plus sa mère que son père, et qui dirigeait l'opposition contre sir Robert, avait maintenant plus de crédit. Cet événement ébranla quelque peu le tenace ministre, la décla-

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ration de guerre à l'Espagne encore un peu plus. Les élections générales de 1741 cl le centenaire de la première Révolution déterminèrent une effervescence étrange dans la froide Angleterre de ce temps-là. Certains espéraient relever l'échafaud de SlrafTord. Les votes se comptaient un à un dans la nouvelle assemblée, qui se réunit au complet comme jamais. Horace \Valpole décrit plaisamment les béquilles, les flanelles et les cataplasmes des députés infirmes qui venaient soutenir ou renverser son père. Celui-ci, réduit à trois voix de majorité, se retira. 11 accepta le titre de comte d'Orford, mais le gros farceur joua un dernier tour à son antagoniste Pulteney, en le faisant nommer comte de Bath. La première fois que les deux vieux lutteurs, jeunes dans la pairie, se rencontrèrent dans les couloirs de la Chambre des Lords, le ci-devant Walpole dit au ci-devant Pulteney : « Eh bien! mylord, nous voilà devenus les deux garçons les plus insignifiants de l'Angleterre. »

George n, Carteret, et les Pelham (1742-1754). — Lorsque l'enquête instituée par les ennemis du ministre déchu clans l'espoir de faire tomber sa tète eut montré que rien ne donnait prise à une accusation positive, lorsqu'on vit le train de l'utilitarisme reprendre tel qu'avant sa chute, l'exaltation politique tomba, et l'indifférence morale fit de nouveaux progrès. Carteret, un homme très instruit, très au courant des affaires d'Allemagne, lui succédait. Sa politique antifrançaise plaisait à l'Électeur de Hanovre, mais ne rendait point populaire le roi d'Angleterre : les patriotes sentaient qu'ils avaient trop réussi à renverser le ministre pacifique. Leurs propos, en 1743 ou 1744, contre leur souverain et ses Hanovriens, faisaient pressentir une révolution. Pitt plaignait « cette grande monarchie de n'être plus qu'une dépendance d'un Éleclorat mendiant » . Chesterfield proposait qu'on donnât le Hanovre au prétendant Stuart, car, une fois établi dans ce pays de malheur, les Anglais ne voudront plus entendre parler de lui. Le Hanovre ayant dans ses armoiries un cheval blanc, un pamphlet rappelait a le cheval pâle de la Bible, dont le nom était la mort, et que l'enfer suivait ». Pitt demandait la séparation complète des deux Etals du roi Geor*gc. Une adresse signée de vingt-quatre

pairs flétrissait la « troupe mercenaire », c'est-à-dire les 16 000 soldats hanovriens à la solde de l'Angleterre, et la « scandaleuse partialité » dont elle était l'objet. Voilà de quoi expliquer, et la retraite de Garteret, et les espérances jacobites lors de l'invasion de Cbarles-Edouard (1745-4746). Pourtant, si cette tentative montra combien toute bravoure disparaissait de cette société mercantile qui ne savait plus prendre un fusil, elle produisit reflet de toutes les tentatives armées des Stuarls : elle réunit tous les Anglais contre eux. Henri Pelham, avec son frère aîné le duc de Newcastle, gouverna paisiblement l'Angleterre et son parlement pendant les années les plus insipides de leur histoire. Il restreignit le plus possible la part de l'Angleterre dans la guerre, et conclut la paix d'Aix-la-Chapelle. Bon financier, il diminua l'intérêt de la dette publique et en consolida les différentes branches. Le parlement ne s'occupait plus que de chiffres, et Burke, dans un de ses premiers écrits, caractérisait cette période en disant que les figures d'arithmétique faisaient plus d'effet que les figures de rhétorique.

La société anglaise sous les deux premiers Georges. — Les vilains traits de cette génération enrichie frappent tout d'abord, d'autant plus qu'elle nous a laissé des portraits peu flatteurs d'elle-même par la plume de ses romanciers et le pinceau de Hogarth. Non seulement le Gulliver de Swift en est la cruelle satire, mais les tableaux réalistes de De Foë, de Fielding. ne sont que trop conformes aux réalités constatées : mœurs grossières, en haut et en bas; criminalité effrayante, inutilement réprimée par une législation féroce; Londres livré la nuit, par l'insuffisance des watchmen, aux fantaisies sanguinaires des mohocks, bandits dont le masque cache plus d'un noble désœuvré; domesticité voleuse ou mendiante insatiable de bonnes mains; intrigantes vivant dans le jeu et dans la débauche; ivrognerie du vin de Porto dans les classes riches; chez les pauvres, ivrognerie du gin et autres liqueurs, dont la consommation est triplée de 1714 à 1735; mariages sans garantie et parfois simulés; villes d'eaux qui offrent des rendezvous suspects; spectacles immoraux ou cruels : tel est le premier aspect de la médaille.

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L'autre côté ne doit pas être oublié, d'autant plus que c'est lui surtout qui a frappé pendant leurs séjours Voltaire et Montesquieu, admirateurs d'une liberté alors inconnue sur le continent. Le souci de cette liberté comptait pour beaucoup dans l'horreur du militarisme, qui n'avait guère diminué depuis les « majors » de Cromwell. Si l'on se faisait difficilement à l'idée d'avoir des casernes, c'est que l'on y voyait des forteresses possibles du despotisme. Dans la pratique, les bons éléments ne manquent pas plus que les mauvais. Pelham, lord Hardwicke et le parlement prennent d'utiles mesures contre les scandales produits par la boisson et par les mariages clandestins. Londres est mieux éclairé la nuit, et se constitue une meilleure police; les célèbres lieux d'asile du brigandage achèvent d'y disparaître. Un philanthrope, Oglethorpe, devance et annonce Howard dans la visite des affreuses prisons. Les bains de mer et les bains d'eau froide commencent à rétablir la santé publique. L'inoculation, rapportée d'Orient par l'ambassadrice voyageuse lad y Montague, puis adoptée par la reine Caroline, atténue les épidémies de variole*. Kent crée le jardin anglais, conforme au romantisme national et reproduisant, dans ses sinuosités, ses plantations, sa distribution des eaux artificielles, l'illusion de la nature. Haendel, soutenu par George Ier, dont la seule bonne passion semble avoir été celle de la musique, donne aux Anglais le goût des oratorios, et l'acteur Garrick va leur rendre le goût des drames shakespeariens. La presse se développe, et déjà sous Walpole on se plaint de la royauté qu'elle exerce : c Nous avons, dit le député Danvers, un gouvernement nouveau ; ce n'est pas un gouvernement de cotillon, c'est un gouvernement de papiers. » En 172i, Londres possède déjà dixhuit feuilles quotidiennes ou hebdomadaires; en 1750, on ne compte pas moins de huit magazines. Le progrès est donc réel, non seulement dans la liberté politique, mais dans l'ordre économique et intellectuel.

De grands hommes et de grands événements y ajouteront bientôt le progrès moral.

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