Voir ci-dessus, p. 73G
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Progrès de l Écosse. — Au cominencement du xviue siècle, l'Ecosse à peine sorlie du régime des guerres civiles qui devaient encore la troubler deux fois, en 1715 et en 1745, était le pays le plus arriéré de l'Europe. Les Hautes-Terres n'avaienl rien de commun avec les Basses-Terres, ni la langue, ni les lois, ni les mours. Les chefs des Wyhlamh, seuls véritables rois, seuls juges, ne connaissaient ni parlement ni tribunaux, disposaient de la vie et de la mort de leurs sujets, pillaient les Lowlatulsy emmenaient leurs habitants en esclavage, parfois les vendaient aux planteurs des colonies, ou levaient des tributs réguliers chez les cultivateurs qui préféraient s'abonner ainsi contre leurs exactions. Un voyageur anglais se risquait-il à affronter leur hospitalité célèbre, ou le recevait bien, par respect pour celle vertu barbare : on lui montrait des Anglais captifs, ou, pour le distraire, on faisait couper la tète d'un de ces malheureux. Le type de ces brigands chevaleresques, lto!>- Roy, de son vrai nom Mac-Gregor, protégé du duc d'Argvle. ne mourut qu'en 17:t0, octogénaire et dans son lit.
La misère était grande, même dans les villes. La plus civilisée, Inverness, contemplait une voiture comme une bêle curieuse; les rats de la prison dévoraient un homme. On connaissait la bouc d'Edimbourg cl les violences toujours prêtes de sa populace. La famine sévissait. En ce pays si peu peuplé au total, 200 000 mendiants ou vagabonds constituaient un Ici fléau que le patriote Fletcher de Salloun proposait de parquer les meilleurs dans une sorte de servage, et d'expédier les pires sur les galères de Venise. Suivant lui, on ne viendrait à bout de la barbarie des ilighlanders qu'en les forçant à s'établir dans les liasses-Terres, dont les habitants laborieux repeupleraient à leur tour les llighlands.
On adopta de meilleurs remèdes sous l'impopulaire mais bienfaisant régime de l'Union. L'antagonisme prolongé des épiscopaux et des presbytériens fut résolu par un système équitable. D'une part, l'Eglise presbytérienne, celle de la majorité, la « Kirk » vraiment nationale, devint l'établissement officiel. D'autre part la tolérance fut assurée au culle épiscopal. celui de la minorité. Les wbigs montrèrent en cette occasion
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un vrai libéralisme, car les épiscopaux écossais passaient en général pour jacobites; aussi le parlement britannique leur imposa-t-il un serment d'abjuration politique dirigé contre ie Prétendant. Même avec cette précaution, les presbytériens acharnés acceptèrent difficilement que ces « prélatistes >, qui les avaient si longtemps opprimés, eussent le libre exercice de leur culte. Ce n'était donc pas sans danger ni sans inconvénient que la Kirk obtenait une grande puissance. Son puritanisme superstitieux maintenait jusqu'en 1727 les exécutions de sorcières, faisait du repos dominical un ennui tyrannique, poussait à l'infanticide les malheureuses filles-mères par la crainte <le pénitences humiliantes. Mais ses écoles de paroisse rendirent d'immenses services, et donnèrent rapidement à l'Ecosse un niveau d'instruction primaire très élevé. Le goût du travail intellectuel montait de là dans toutes les classes de la nation, et donnait à une élite la passion des études philosophiques. L'Ecosse adoptait avant l'Angleterre la physique de Newton. — Hume, et, avec des doctrines fort différentes, Uutcheson* Reid, Adam Smith créaient une philosophie écossaise.
Le développement scolaire de l'Ecosse fit beaucoup pour l'unité morale de la Grande-Bretagne. Les écoles paroissiales se proposaient pour but avoué de « déraciner le langage irlandais », c'est-à-dire la langue gaélique, celtique. Elles n'y réusr sirent que trop rapidement au gré des amateurs de couleur locale, de particularisme ethnographique et de poésie populaire. Ceux-ci trouveront en Walter Scott un interprète immortel, qui recouvrira d'un vernis d'idéal l'ancienne grossièreté et l'ancien brigandage. En réalité, les progrès de la langue anglaise furent aussi les progrès de la civilisation, de la vraie vie politique, de l'obéissance aux lois. La répression du soulèvement jacobite en 1746 accéléra ce mouvement par le désarmement, l'interdiction du costume highlander, l'abolition des juridictions héréditaires. Les nouvelles roules, entreprises dans des vues stratégiques, servirent à la circulation des produits et à l'augmentation, d'ailleurs générale, de la richesse matérielle. L'agriculture subit une crise en passant de l'état féodal à l'individualisme et au mercantilisme modernes, mais finit par se
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trouver fort bien du changement. Le premier vaisseau écossais traversait l'Atlantique en 17 16, et dès 1735 le port de Glasgow comptait 67 navires. De 1135 à 1760, le tonnage de la marine marchande écossaise quadrupla. La fabrique dê la toile écossaise, déjà considérable en 1730, doubla pendant les vingt années suivantes.
Misère de l'Irlande. — Fendant lés soixante premières années du siècle, le petit pays catholique présente Un aspect tout Contraire à celui du petit pays presbytérien. Tous deux également sortaient de longues guerres civiles pour entrer dans une longue paix intérieure, et même, en Irlande cette paix n'est pas interrompue comme en Écosse par deux soulèvements. Comment donc se fait-il qu'elle ait produit des résultats juste inverses, et que la misère irlandaise ail plutôt empiré?
La cause principale glt dans la différence de religion que nous venons de rappeler. L'Angleterre whig, au lieu d'< établir » eu Irlande la religion de la majorité, la poursuit d'une haine froide et tenace. On emploie couramment pour la désigner le terme d'tf ennemi commun », et dans les conseils de la couronne, el dans le parlement de Londres, et dans le soi-disant parlement de Dublin. La qualité de catholique exclut de toute carrière élevée, la médecine exceptée, les quatre cinquièmes de la population. L'Église établie n'est même pas celle de tout le cinquième restant, car les protestants dissidents forment une partie considérable de ce cinquième. Donc une faible minorité numérique, celle des épiscopaux, ou pour l'appeler de son vrai nom celle de* anglicans d'Irlande, vit des dîmes oppressives payées par la grosse majorité catholique ou par la petite minorite presbytérienne. Cette première différence avec l'Ecosse est complétée par un développement, en sens tout contraire, de l'instruction primaire. Ici les charter schools Sont destinées à « sauver du papisme et de l'idolâtrie les âmes des pauvre* enfants, et leurs corps de la mendicité » : instruments de propagande mal organisés d'ailleurs, qui dans les périodes de famine réusissent à séparer les enfants de leurs parents misérables, leur donnent de six à dix ans renseignement élémentaire, plus tard l'apprentissage d'un métier; mais dans de si tristes con-
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ditions que le philanthrope Howard, qui les visilâ, les compare aux prisons, objets habituels de son étude.
Seconde différence. Loin d'affaiblir au profit de tous une vieille aristocratie terrienne, cm en constitue une nouvelle par tous les moyens légaux ou autres : confiscations, ventes à bas prix. Lesneuf dixièmes du sol passent à des Anglais. Ces grands propriétaires ne résident même pas dans le pays ; ils vont manger -chez eux le revenu de la terre irlandaise; ils livrent à des mid* dlemetiy sortes de régisseurs impitoyables, les anciens propriétaires* devenus sur leur propre champ des colliers, semblables par leur condition aux colons antiques. Cet absentéisme, 14 difficulté de vendre un peu avantageusement, d'autres causes'» parmi lesquelles le découragement du peuple inférieur, multiplient la pâture aux dépens de la culture, et sur les pâturages Btre une population nomade, prèle au brigandage, rongée d'une haine muette.
Troisième différence avec l'Ecosse. Au lieu d'associer les Irlandais à leur activité économique croissante, les Anglais font tout leur possible pour les paralyser. Produits agricoles; matières premières, produits manufacturés, tout cela est tué par le régime douanier le plus féroce entre la petite et la grande lie. Les florissantes manufactures d'Irlande sont réduites à fermer l une après l'autre. Pour compléter cette ruine, on invente une petite monnaie spéciale que flétrit un pamphlet de Swift. C'est en effet la dernière période de la vie du redoutable satirique, et la- plus honorable. Faisons tant qu'on voudra la part de ses rancunes lorsqu'il se voit à jamais écarté de l'Angle1 terre et de l'épiscopat, confiné dans son doyenné de Saint*- -Patrick : l'humanité lui saura gré d'avoir dénoncé tant d'ini -quités, constaté les ravages de la famine, et proposé par une vengeresse ironie que l'on mange les petits Irlandais pour qu'ils -servent à quelque chose au lieu d'affamer leurs parents.
On peut se demander, en effet, ce que devenait la population* Les énergiques, laissant les résignés à leur détresse, prennent le parti d'émigrer, ou plutôt continuent volontairement les émigrations forcées du xvu° siècle. On doit distinguër entre rémigration catholique et l'émigration protestante. Celle des
catholiques est la plus connue ; elle a rempli de noms irlandais les élats-majors de presque toutes les armées de l'Europe : Lally-Tollendal, Lascy. Barclav de Tolly, etc. Elle a fondé en Espagne une industrie fâcheuse pour les intérêts britanniques. Cette émigration est une des grandes fautes de la politique whig, qui se trouvait, par une juste punition, avoir travaillé contre elle-même. Que voulait-elle en effet? Augmenter la proportion numérique du protestantisme? Elle rendait cet accroissement impossible en décourageant les nombreux ouvriers protestants, d'origine anglaise ou huguenote, qui travaillaient en Irlande. Environ 42000 d'entre eux allaient coloniser en Amérique, en Allemagne, en France même, où, par une exception singulière, on les recevait bien, du moment qu'ils étaient Irlandais.
Mais que devenaient ceux qui n'émigraicnt pas, c'est-à-dire la masse principale? Les deux races également prolifiques, Celles et Anglo-Saxons, résistaient assez bien, et aux fréquents départs, et aux ravages de la famine. Malgré la plus terrible de toutes, celle de 1741, qui aurait fait périr, dit-on, par inanition ou par épidémies consécutives, 400 000 personnes, une statistique approximative indique, pour cet horrible demi-siècle, loin de la diminution à laquelle on s'attendrait, une augmentation de 300 000 âmes. Leur état moral? Beaucoup de crimes, des vols à main armée, des enlèvements dirigés surtout contre les riches héritières protestantes pour faire capituler la famille, crimes catholiques en réponse aux crimes protestants. des « chasseurs de prêtres », duels et habitudes d'ivrognerie chez les riches oisifs. Les prisons, encore pires qu'ailleurs, sont si mal surveillées que dans l'une d'elles, pendant la guerre de la succession d'Autriche, on laisse brûler 47 prisonniers français. Déplorable administration ; parlement mensonger, où dix grands propriétaires disposent de cinquante sièges. Ce qui surprend, dans les violences de ces opprimés, c'est un manque complet de fanatisme confessionnel ou de patriotisme particulariste. Est-ce loyalisme, est-ce lassitude?
Pourtant quelques traits de ce déplorable tableau font prévoir un meilleur avenir. Les grandes villes se civilisent, ici comme
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en Écosse. Dublin devient un centre intellectuel, avec d'utiles sociétés savantes. Plusieurs évèques protestants sont des hommes distingués par leur intelligence et leur caractère : Berkeley, Slynge, auteur d'un sermon sur la tolérance qui contribue au relâchement des lois contre les prêtres catholiques. Mais le véritable espoir de L'Irlande est dans les tenaces Anglo- Saxons devenus ses enfants adoptifs. Les vrais indigènes, les Celtes irlandais seront rarement à la tète de la résistance. La langue anglaise gagne tous les jours du terrain sur la langue celtique ; et précisément à cause de cela se dessine un intérêt irlandais un parti irlandais, que les politiques de Londres ne pourront pas toujours mépriser, car ses chefs seront comme eux des esprits politiques de la race de Hampden.
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Pitt et le réveil national. — Pour apprécier le réveil des passions anglaises par le premier William Pitt, il faut lire ÏEstimate de Browne, publié vers le moment où le grand ministère (1757-1764) allait commencer. Jamais citoyen n'a dépeint son pays sous de plus noires couleurs. Un mot contemporain de Chesterfield : « l'Angleterre n'est plus une nation » pourrait y servir d'épigraphe. Egoïsme efféminé, couardise allant jusqu'à dire : « Si les Français arrivent, je veux bien payer, mais quant à me battre, que le diable m'emporte! » (blasphème textuel, et qu'on ne se permettra plus après Wesley). Frivolité, débauche et gourmandise, les Anglais en train de perdre leurs colonies, en attendant que les Français les battent dans les plaines de Salisbury.
Cette prophétie allait être démentie de telle façon qu'elle peut nous paraître, à nous Français, une ironie amère. Pitt est l'auteur du démenti. Son regard d'aigle, son éloquence à la fois antique et shakespearienne, son âpre patriotisme romain ont exalté, transformé moins encore le parlement, dont il n'avait
point la superstition, que le peuple anglais, doinf il se- sentait le tribun, et qui regardait à lui comme à son consul conquérant, chef impérieux des généraux, chef terrible des amiraux. Il n'a pourtant point versé le sang de Byng : il a même essayé de lui sauver la vie; mais il croyait les exemples nécessaires, et, le jour où l'amiral Anson lui déclara qu'il lui serait impossible d'être prêt tel jour pour telle expédition, le ministre lui dit ces simples paroles : « Alors, j'aurai le regret de mettre Votre Seigneurie en accusation. » L'expédition fut prèle au jour dit. Du peuple et des soldats comme des chefs, il obtenait tous les sacrifices; il infusait à nouveau l'enthousiasme dans l'Ameanglaise. Il venait à son jour, dans une période décisive pour les conquêtes coloniales, car, à l'inverse de son fils, il avait toutes les qualités et toutes les connaissances exigées par la guerre de terre et la guerre de mer, étroitement associées sous sa dictature; tandis que son ignorance financière et commerciale l'aurait rendu un mauvais ministre en temps de paix. Son mépris des obstacles budgétaires rendit même service, car l'Angleterre jouait une partie qu'elle devait gagner à tout prix. Pour lui-même il ne dédaignait pas l'argent comme lé dédaigna son fils;. il fut heureux de se voir enrichir par les testaments de la vieille duchesse de Marlborough et d'un vieux maniaque whig' qui saluaient en lui le triomphe éclatant de la vieille politique* frhig; mais il savait refuser les sinécures peu méritées, et il apprenait à ses concitoyens à mettre d'autres choses, la probité, la gloire, l'empire des mers, au-dessus de l'argent comptant. Dès lors, ils ne se complaisaient plus dans la corruption établie, et le vent des réformes commençait à souffler. ; Whig réformiste, le chef de la plus glorieuse administration: whig a détraqué ce puissant parti et ne s'en est point fait scrupule. À la domination d'une coterie serrée il préférait l'« administration mélangée », nous dirions la « concentration », système dont il devait être, après Bolingbroke et avant George III, l'un des derniers partisans. L'avenir constitutionnel de l'Angleterre lui donnera tort sur ce point; il donnera raison a sa conception d une Chambre des Communes représentant plus largement, plus; directement, plus sincèrement, la nation. Au total,, l'An-
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glelerre est redevable au premier William Pitt autant qu'à aucun autre île ses enfants. Et cela,' malgré les graves défauts intellectuels ou moraux qu'on ne doit pas. laisser dans l'ombre : une déclamation théâtrale, une humeur quinteuse et dangereuse que la goutte explique, l'égoïsmc brutal de son patriotisme, et parfois des intrigues louches.
Wesley et le réveil religieux. — Tous les historiens récents rapprochent avec raison ce ministre à la romaine de l'apôtre chrétien John Wesley f, parce qu'ils ont tous deux, en touchant des fibres différentes, fait revivre l'enthousiasme. Vaste sujet dont nous ne pouvons indiquer ici que les points intéressant l'histoire générale. Voici les cinq principaux. Sous le rapport religieux proprement dit, Wesley, puissamment aidé par le grand prédicateur populaire Whitcfield, a ranimé la vie évangélique, endormie depuis longtemps (tans toutes lés classes do la population, surtout parmi les pauvres. Sous le rapport ecclésiastique, au lieu de fonder simplement une église dissidente do plus, totalement brouillée comme les autres avec celle de l'Etat, Wesley, qui, pendant sa longue activité pastorale (1738-1*790), s'est toujours regardé comme un clergyman, réveille le clergé officiel lui-môme, le pénètre de son ardeur de conversion; et ce n'est qu'après sa mort qu'une puissante église méthodiste se constituera décidément à part. Sous le rapport social, il a ranimé la philanthropie dans toutes ses branches, il a remédié aux misères causées par l'accroissement rapide des populations industrielles. Sous le rapport politique, le très conservateur fondateur du méthodisme, bien vu du défiant George 111, qu'il soutient de sa plume contre les Américains, a prévenu les progrès possibles de l'esprit révolutionnaire en nourrissant le paupérisme anglais d'aspirations religieuses. Sous le rapport intellectuel, le Réveil a assaini la littérature anglaise, la plus immorale de l'Europe depuis le milieu du xvuQ siècle jusqu'au milieu du xvni\ la plus morale désormais. Pourquoi faut-il signaler de sérieux inconvénients à côté de pareils services? La défiance de la culture théologique et de l'indépendance scien-
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î. Voir ci-dessus, p. s:tu. *
tifique; certains retours superstitieux; le repos dominical devenant un abus; surtout, la réaction du fanatisme antipapiste, et l'émancipation des catholiques retardée d'autant.
Les dernières années de George II (1754-1760). — Le vieux roi, qui ne pardonnait pas à Pitt ses attaques contre le Hanovre, fit son possible pour l'éviter comme ministre : Henri Pelham eut pour successeur au pouvoir son frère le duc de Newcâstle, jaloux* lui aussi, de la popularité de Pitt. Ce grand seigneur, célèbre par ses perruques et ses ridicules, s'est longtemps maintenu chef ou simple membre du ministère par sa connaissance de la matière parlementaire et du prix que valait chaque député. Ce corrupteur cynique était personnellement incorruptible : quand il quitta les affaires, où il avait dépensé la plus grande partie de sa fortune, il refusa une pension de retraite dont il avait presque besoin. Mais on lui chercherait èn vain d'autres mérites : ses manœuvres entre Pitt, Fox et le roi, pendant trois années d'indignation populaire grandissante, sont aussi basses que dépourvues d'intérêt. Enfin Pitt consentit à une coalition avec Newcâstle (1757), et le roi céda, laissant la dictature militaire au premier, la manutention parlementaire au second. Dès lors et pendant quatre ans, la lecture des bulletins de victoire fait toute la vie politique des Anglais. George 11 était récompensé, dans ses derniers jours, de sa correcte altitude constitutionnelle. Son fils et son ennemi Frédéric l'ayant précédé dans la tombe, son petit-fils, âgé de vingt-deux ans, lui succéda, commençant un des règnes les plus longs et les plus remplis de l'histoire (1760-1820).
George m et le péril constitutionnel. — Ce n'était point un avènement ordinaire. La situation de la couronne et ses projets changent brusquement. Le nouveau roi est un Anglais, qui se déclare Anglais dans son premier discours du trône, et qui ne présente plus rien d'exotique ni dans son aspect, ni dans son accent. Le jacobitisme n'est plus qu'un parti de dilettantes sans espoir, et qui diminue tous les jours. Les vieilles forces du torysme, la noblesse rurale et l'Eglise, achèvent de se rallier à la dynastie des Hanovre. Et précisément le chef de cette dynastie est imbu de leurs principes; Sa
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mère l'a élevé dans les préjugés absolutistes des petites cours allemandes, ne laissant que peu d'idées, peu de personnes, arriver jusqu'à lui. Le pair d'Écosse lord Bute, ami personnel et pour le moins confident de la princesse douairière, a fait l'éducation politique de son fils avec deux ouvrages, l'un récemment publié, l'autre sur le point de l'être et dont il connaissait • le contenu : le Roi patriote de Bolingbroke (mort en 1754) et les Commentaires de Blackstone. Ce dernier livre célèbre la prérogative de la couronne en termes que le jeune roi compare amèrement à l'effacement de la couronne sous son aïeul et son bisaïeul. Il décide qu'il en fera une réalité, et le trait essentiel de sa nature, on ne le verra que trop, c'est l'entêtement. Le système de Bolingbroke exerce sur lui une influence plus funeste encore. Le vieil et spirituel adversaire des whigs dénonce leur gouvernement de parti et leur oligarchie parlementaire comme les sources de la corruption. Le roi et les Communes doivent se faire équilibre, comme la France et l'Autriche. Vienne le a Roi patriote », il comprendra que son devoir est de « commencer à gouverner en commençant de régner ». Il écartera les mauvais du pouvoir, il choisira les bons ministres dans tous les rangs où il les trouvera, et la corruption n'existera plus. Alors s'affirmera le parti national, recruté dans l'Angleterre rurale, car « les landed men sont les vrais propriétaires de notre vaisseau politique, les moneyed men n'y sont que des passagers ». Pas besoin de chercher ailleurs le programme de George III, qui au besoin se déclarait whig, mais qui ramenait en sa personne le torysme anglican sur le trône.
On ne doit pas plus laisser dans l'ombre les bons côtés de ce prince médiocre que les mauvais côtés du grand Pitt ou du grand Wesley. Sincèrement pieux, très honnête dans sa vie privée, personnellement simple et économe au point de se faire caricaturer en « fermier George » avec la « fermière » qui lui a donné sa nombreuse famille, il obtint toujours, comme il la mérita toujours, l'estime de son peuple. S'il a traversé plus d'une fois, dans la première moitié de son règne, des phases d'extrême et de juste impopularité, ni ses fautes, ni l'obscurcissement graduel de sa raison, dans la seconde moitié, ne l'ont