LA NUL ETE HUE SOIS LES TI101S PHEMIEKS OEOHGES
empêché d'être habituellement populaire. Allons plus loin : malgré tout, l'instinct national, si conservateur, lui a su gré de prendre au sérieux sa couronne, et il a ranimé d'une façon durable le vieux royalisme anglais. Quelques réformes, celles qui ne heurtaient aucun de ses nombreux préjugés, trouvaient grâce devant ses yeux, même quand des dissidents les avaient imaginées : les écoles du dimanche, les visites de Howard dans les prisons, les prédications wesleyennes. Cela dit, on doit blâmer sévèrement sa nuisible et tenace opposition aux réformes les plus importantes, à l'abolition de l'esclavage, à l'élargissement de la tolérance, à l'émancipation des catholiques, plus sévèrement encore ses tentatives pour supprimer les franchises américaines et pour tourner ou confisquer la constitution britannique, ^es moyens ne valaient pas mieux que le but : des créatures, des « amis du roi » venaient former une majorité obéissante à la Chambre des Lords ; sur les Communes s'exerçait directement le patronage ou le marchandage royal, dans des proportions (elles que ce souverain parcimonieux était constamment endetté.
Les ministères Bute (1761) et Grenville (1763). — La prétention de Pitt d'exercer le pouvoir comme mandataire du peuple anglais, titre qu'il assumait en plein Conseil, irritait plus le jeune roi que l'éclatant triomphe de sa politique extérieure ne le satisfaisait. Pressé d'avoir un ministère à lui, George y poussa presque de force son favori lord Bute, qui prépara et fit la paix de 1763. Ses amis, groupe qui allait grandissant dans les deux Chambres, firent accepter celte paix malgré les objurgations de Tilt, et la princesse crut pouvoir dire : « Maintenant mon fils est roi. p Mais l'opinion publique fit explosion contre le ministre courtisan, contre le torysme revenu, contre
les Ecossais, qui retrouvèrent leur impopularité du temps de Jacques 1er. Celte tempête effraya lord Bute, qui se retira. Les deux beauxTfrères de Pitt, Grenyille et lord Temple, deux carac* lères encore plus quinteux que le sien, devinrent nécessaires. Le roi se résigna à une série de ministères plus ou moins whigs, se promettant de les.user rapidement l'un après l'autre. Pour le moment il subissait le joug d'un excellent financier.
i/anglkterre des i>itt kt de ueorue i i r 8-5
médiocre politique, d'accord avec lui seulement sur la néecsr site d'imposer aux Américains les volontés fiscales de la métro» pôle. Grenville menait durement à la fois le roi et la nation, au nom d'une Chambre des Communes toute-puissante. Ce système portait dans ses flancs la guerre d'Amérique pour plus tard, et d'abord des troubles intérieurs. . Wilkes et la liberté de la presse (1763). — L'opposition contre Bute avait déchaîné les passions démagogiques sur la froide oligarchie parlementaire, et de ces passions, surexcitées par les prétentions royales, sortit eu quelques années un monde nouveau : l'Angleterre des meetings, des processions politiques, de la presse ne ménageant plus rien. L'homme de ce mouvement méritait peu d'estime personnelle. Wilkes faisait partie d'un cercle de libertins, dans tous les sens dû mot, où s engloutissait dans le jeu, la débauche, les blaspbème$ copieusement arrosés \ la forlune de sa femme; lorsque l'idée lui vint d'affronter la vie politique. Une première fois il eut recours au stratagème le plus singulier pour un. futur réformai teur démocrate. Plusieurs électeurs de son adversaire devaient se rendre au lieu du vote, d'un point à l'autre de la cote, sur. un bateau norvégien : Wilkes paya le capitaine, qui les mena faire un tour en Norvège. Non élu celte fois, il devint en 1*757 député d'Aylesbury, puis colonel de la milice, et peu à peu un personnage populaire. Il n'aurait point dédaigné l'ambassade de Oonstantinople, et lord Bute, la lui ayant refusée, devint .son point de mire. 11 opposa aux journaux ministériels, et aux caricatures ministérielles de son ennemi acharné llogarlh, le Norlh Dr iton, dont 44 numéros parurent avec succès, sans encombrer Bute n'osait pas réprimer les pamphlets, ni les dessins injurieux qui, jouant sur son nom, représentaient une botte, avec un juppn enroulé autour : allusion indécente aux relations qu'on lui supposait avec la mère du roi. Grenville n'entendait supporter rien de pareil; et précisément le fameux numéro 45 coïncida avec son avènement au pouvoir. Cette feuille critiquait le Discours du Trône, en afTectant de plaindre le roi et d'accuser les ministres^ qui « en imposaient au souverain et à la nation », qui compromettaient * un prince doué de qualités
grandes et aimables > par d'odieuses mesures. Le roi se déclara l'ennemi personnel de Wilkes; les ministres et la majorité ne pardonnèrent pas à un député d'avoir porté le débat devant le public par la voie de la presse; car tel était le vrai, le profond grief.
Le pamphlet n'était pas signé, et la loi anglaise rendait très difficiles les poursuites contre un anonyme, même transparent. On lança donc un « mandat général » d'arrestation contre les personnes qui pouvaient être soupçonnées. Wilkes était naturellement du nombre, et la saisie de ses papiers prouva qu'il avait écrit de sa main le manuscrit du 45. Enthousiasme général quand le grand juge Pratt (plus tard lord Camden) relâche Wilkes, comme député, déclare les mandats non individuels illégaux, enfin condamne les ministres et leurs agents à de fortes amendes. On illumine : le numéro 45 flamboie de tous côtés. La magistrature soutenait donc la presse et assurait sa liberté dans l'avenir. Les vengeances n'en guettaient pas moins Wilkes, qui, ne trouvant plus d'imprimeur, imprimait chez lui. Par malheur, il imprimait, entre autres choses, un écrit licencieux qui lui fit le plus grand tort. Pendant un voyage en France, il fut blessé en duel. La Chambre n'admit pas le certificat de son médecin, et le déclara déchu de son siège (19 janvier 1164). On le condamne alors par contumace comme auteur de libelles séditieux et obscènes.
Les ministères Rockingham (1765) et Chatham (1766). — Nous n'avons pas à raconter ici la guerre d'Amérique, dont les lointains mais très directs préliminaires remplissent les années que nous traversons. Nous indiquerons seulement la succession rapide des ministères. Le marquis de Rockingham, chef de la fraction la plus honnête et la plus libérale des whigs, à la suite d'un projet de régence qui mécontente le roi par l'exclusion de sa mère, remplace Grenville. Ses concessions aux Américains, qui paraissent au roi une faiblesse, sont votées au milieu d'une grande agitation du parlement et du public. Rockingham ne se fait pas moins d'honneur en obtenant de la Chambre des Communes deux résolutions condamnant l'usage des mandats généraux d'arrestation et la saisie des papiers dans