‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 157 sur 219 · L'ANGLETERRE DES P1TT ET DE (ÎEOIUÎE · texte numérisé non relu

L'ANGLETERRE DES P1TT ET DE (ÎEOIUÎE

les affaires de libelle. Malheureusement il n'avait à sa disposition qu'une des coteries qu'on appelait alors « connexions » : le duc de Bedford, Grenville, Pitt dirigeaient les autres. Une coalition s'imposait : celle de Pitt avec Kockingham aurait tout sauvé. Mais Pitt, dont la santé s'altérait au point de produire des éclipses mentales, se laissa nommer premier ministre et comte de Chatham, au grand scandale de ses admirateurs populaires. Pour donner la mesure de l'incohérence de son administration, il suffira de dire que ce chef du gouvernement resta une année entière sans venir à la Chambre des Lords. Finalement le duc de Grafton occupa le pouvoir et n'y parut pas plus solide. Les intrigues compliquées qui présidèrent à la formation et à la dislocation de tous ces ministères, dans l'émietlement croissant du parti whig et sous les moqueries des absolutistes du continent, ont perdu tout intérêt. Ce qui en présente beaucoup au contraire, c'est la lutte des idées, la lutte des livres, les éléments nouveaux de la société politique.

La littérature politique : Johnson, Delolme et Blackstone, Hume, Burke. — A chaque système politique correspondent un ou plusieurs écrivains.

Celui des tories, du roi et des amis du roi est l'énorme docteur Johnson, l'arbitre des lettres pendant trente ans, que la reine Anne avait louché tout petit sans le préserver de la scrofule qui lui rongea le visage, mais qui resta fidèle toute sa vie à l'antique notion royale ressuscitée par George III. Celui-ci avait d'ailleurs redoublé son zèle on causant avec lui une demiheure. Pour Johnson, la subordination est la condition essentielle du bonheur humain : « Il n'y a pas de degré dans la souveraineté... Dans toute société doit exister un pouvoir dont on ne puisse pas appeler. » Rousseau devrait être déporté. Tout whiggisme est détestable. Le premier whig a été le Diable.

Le whiggisme satisfait, oligarchique et béat, recrute avec bonheur un nouvel admirateur étranger, Delolme, qui écrit sur la constitution. Le livre anglais du jurisconsulte Blackstone rentrerait plutôt dans cette catégorie.

Le sceptique du temps mérite une place à part. Tory en tant .qu'historien, Hume, en tant que philosophe politique, doute

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do la constitution anglaise, de son utilité et surtout de son avenir. Il pense, sans regrets, qu'elle no tardera pas à mourir de sa belle mort, au sens propre du mot : le rétablissement du pouvoir absolu serai' « euthanasie » de cette constitution. Pré*vision pour nous plus que bizarre, partagée alors par beaucoup d'esprits.

Grand écrivain, grand orateur, Edmond Burke apporte son double talent au wliiggisme réformiste, et en même temps conservateur, du marquis de Hockingham. Cet Irlandais prolestant, ce théoricien de 1688 que ses ennemis qualifièrent stupidement de jésuite et de jacobite à cause de ses vues originales, unissait au sens politique anglais l'imagination brillante et colorée de son pays natal. Peu d'hommes ont exercé par la magie de leur style autant d'influence sur leurs contemporains. Le libéralisme domine dans les premiers écrits de Burke, dont le dernier écrit deviendra le catéchisme de l'Europe contrerévolutionnaire. Entre ces deux phases, si l'on y réfléchit bien, nul désaccord. Pour Burke, une nation, une société, est un organisme vivant, dont le développement doit suivre les lois naturelles et divines. Une révolution ne vaut que par son caractère défensif et conservateur. L'Angleterre vit de libertés qu'il faut soigneusement préserver de tonte attaque, et élargir peu à peu suivant l'esprit qui est en elles. Les réformistes doivent respecter celte grande force, la prescription, car il existe une prescription en faveur de l'ordre établi. Comme député, Burke refuse le mandat impératif. Il soutiendra, dans certaines limites, les Irlandais et les Américains. Pour le moment, les aspirations absolutistes de George III n'ont pas d'adversaire plus décidé.

Naissance du radicalisme anglais (1768) ; Wilkes, Junius et le parlement. ^- Elles en ont de plus violents, et qui, chose nouvelle autant que grave, sont aussi les ennemis de l'oligarchie parlementaire. Depuis que le roi pratiquait comme on sait le patronage, la composition de la Chambre des Communes prétait le flanc plus que jamais à de justes attaques. Près de 200 députés avaient des places. Electeurs et députés puisaient à pleines mains dans les caisses royales. L'inégale répartition des sièges devenait plus frappante depuis

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