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L'ALLEMAGNE SAINT-EMPIRE — AUTRICHE — PRUSSE

De 1713 à 1786.

/. — Le Saint-Empire.

L'agonie du Saint-Empire. — Nous avons vu que les traités de Westphalie avaient consacré la ruine définitive de l'Empire Les événements qui s'étaient accomplis en Europe depuis 1648 avaient fait éclater à tous les yeux son impuissance. L'Empire ne repose plus maintenant que sur des traditions surannées; il n'est plus qu'une organisation toute de surface, qu'une caricature de la conception grandiose par laquelle les théoriciens du moyen âge avaient jadis espéré maintenir la paix. Il se compose de plus de 300 Etals enchevêtrés les uns dans les autres par les accidents les plus divers de conquête ou de succession. Les petits (Kleinstaalerci) sont enclavés dans les grands; les diverses possessions d'un môme maître sont le plus souvent éparses à tous les points de l'horizon. A la tête de ces divers Etats on trouve des potentats de toute taille, ornés de toutes les dénominations, rois, ducs, archiducs, comtes palatins, évêques, margraves, burgraves,

\. Voir ci-dessus, t. VI, p. 533.

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landgraves. La variété des titres est l'image d'une incohérence et d'une confusion d'autant plus frappantes que l'unité nationale est plus fortement constituée en France et en Angleterre. En Allemagne, on rencontre toutes les formes politiques qu'une société peut revêtir, depuis la monarchie pure, jusqu'à la domination ecclésiastique à Mayencc ou à Cologne, jusqu'à la liberté quasi républicaine des villes impériales; et à l'intérieur même de ces Etals la division est poussée à l'infini par la coexistence d'une multitude de seigneuries, d'abbayes, d'ordres, de ehapitrès, dotés d'immunités diverses et investis de juridictions privilégiées. Le plan de l'édifice antique est si difficile à retrouver que l'unité de l'Empire n'apparait plus, comme dit Pûtter, qu'en trois endroits : au Conseil aulique, à la Diète, à la Chambre impériale; c'est-à-dire à Vienne, à Halisbonne et à Wetzlar. Et s'il conserve encore quelque importance dans la vie générale de l'Europe, c'est parce qu'il est le pivot autour duquel on cherche d'autant plus volontiers à faire tourner le système politique européen qu'il porte moins d'ombrage.

Tout le monde au xviu° siècle était convaincu que les institutions impériales n'étaient plus que des formes vides. On commençait à se demander si l'existence de l'Empire rendait à l'Allemagne le moindre service, si elle contribuait en quoi que ce fût au développement de sa prospérité matérielle, de sa vie intellectuelle ou morale, si elle servait même à faciliter les rapports de ses divers Etals. Quelques-uns allaient jusqu'à dire que sa disparition serait un bonheur pour le pays : ceux mêmes qui étaient encore persuadés qu'ils occupaient une place à part parmi les peuples européens, et que l'Empire était la continuation du Saint-Empire romain du moyen âge, ne croyaient plus guère à la possibilité d'un rajeunissement. Mais les Allemands étaient de tous les peuples de l'Europe le plus lent à se mouvoir et le plus patient à souffrir. Comme il aurait fallu, si l'Empire avait disparu, élever quelque chose à sa place, on préféra se servir de la machine détraquée, tant qu'elle ne fut pas hors de service. — La situation s'aggrava encore lorsque plusieurs des princes eurent en dehors de l'Allemagne reçu en héritage ou créé des trônes.

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L'Empire n'est plus un État moyen âge, et ce n'est pas encore un Etat moderne. Pourtant c'est en lui qu'on s'obstine à chercher cet équilibre des puissances qui est devenu l'objet capital de la politique européenne, équilibre bien fragile qui ne se maintient qu'à l'aide de guerres continuelles et d'un accroissement incessant des armées. C'est à peine si l'on peut lui reconnaître une autorité morale : elle n'est que l'ombre d'un grand souvenir. On ne sait même plus si c'est une institution internationale et européenne, ou une organisation nationale et allemande.

Impuissance de l'Empereur. — Le nom môme d'Empereur n'est plus qu'un vain titre; tous les droits effectifs de la souveraineté sont passés aux seigneurs territoriaux. L'élection et le couronnement sont encore, il est vrai, entourés d'un certain éclat, mais cette splendeur déguise à peine ce que les Allemands eux-mêmes appellent « la misère d'Empire ». Le nouvel élu est encore revêtu des vêlements magnifiques des anciens jours. On lui place dans les mains le sceptre doré, la boule du monde, symbole de la prétendue monarchie universelle; on lui met au coté le glaive de Charlemagne, ce glaive redoutable avec lequel l'Empereur devait autrefois poursuivre les infidèles et les mauvais chrétiens. Mais ce glaive et ce globe ne sont que des hochets. Gœthc, qui eut en 4164 la bonne fortune d'assister à Francfort au couronnement de Joseph II, n'en décrit si complaisamment la pompe (pie parce qu'il y voit beaucoup moins la triste réalité du présent que les souvenirs glorieux du passé.

C'est en vain que les juristes énumèrent les attributions de l'Empereur cl nous disent que toute autorité vient de lui, comme toute lumière vient du soleil. C'est en vain qu'ils paraissent accorder quelque importance au triple serment qu'il prèle, celui de maintenir à l'Empire son caractère électif et de ne pas le rendre héréditaire dans sa famille, celui de respecter les droits et privilèges des princes, y compris le droit de faire la guerre, celui enfin de les aider à gouverner leurs Etats et à réprimer les révoltes qui pourraient y éclater.

En réalité, chaque capitulation nouvelle apporte de nouvelles limitations aux droit* de l'Empereur. Comme le dit très bien Dohm, pour qu'il ne fasse rien de mal on lui a enlevé le pouvoir

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de faire quoi que ce soit. 11 n'est plus que le simulacre pompeux d'un souverain. On ne lui laisse pas morne le libre choix des fonctionnaires impériaux. C'est l'archevêque de Mayence, en qualité d'archichancclier de l'Empire, qui les désigne, et ils lui doivent obéissance comme à l'Empereur lui-môme. Les prérogatives de ce dernier se réduisent donc à peu de chose : il accorde les lettres de noblesse et les élévations de classe qui font d'un chevalier un comte, d'un comte un duc ou un prince. Il institue les foires, permet de battre monnaie ou d'établir des péages, concède des délais aux débiteurs pour le paiement de leurs dettes; il accorde des privilèges aux Universités et aux libraires; il légitime les bâtards. Et encore sur bien des points son autorité est-elle en conflit avec la souveraineté des Étals. Le seul droit qui ait encore quelque valeur, c'est celui de disposer, dans certaines circonstances, des fiefs vacants.

Son impuissance est accrue par sa pauvreté : il y avait autrefois des impôts d'Empire, tels que le Pfennig commun, mais ils sont tombés en désuétude, et l'Empereur ne perçoit plus, comme tel, que des droits minimes de chancellerie, l'impôt sur les Juifs et quelques subsides de charité (subsidia charitativn) payés par les chevaliers ou les villes, au total 14 000 florins environ. Il y a bien aussi une armée d'Empire : elle devrait être de 40 000 hommes en temps de paix et de 120 000 en temps de guerre. Mais en fait on a bien de la peine à réunir 20 000 hommes. Et puis, chaque régiment, chaque compagnie

môme, est formé des contingents de plusieurs Etats, dont chacun garde son uniforme et son armement; il y a des Etats dont le contingent se borne à deux hommes.

Les rouages de la machine Impériale. — Les institutions communes, à l'aide desquelles on avait voulu édifier la constitution impériale, sont en . complète décadence. La Chambre impériale (Reichskammergerichl), que les publicistes. se plaisaient encore à appeler le joyau de la constitution» avait été transférée de Spire à Wetzlar. Elle devait toujours* ôtre le tribunal suprême pour tous les membres de l'Empire; mais son fonctionnement semblait incompatible avec les prétentions de ceux-ci. Surchargée d'ailleurs d'un amas de vieilles.

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