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laïques; il comprenait le banc des princes ecclésiastiques et celui des princes temporels. La décadence de l'élément ecclésiasiique n'y était pas* moins sensible que dans le Collège des Électeurs, et se manifestait surtout par la crainte de sécularisations nouvelles. L une des bizarreries du Collège des princes c'étaient les voix dites collégiales. Un grand nombre d'abbés, de prévôts, d'abbesses, surtout dans la vallée du Rhin et dans la Souabe, trop infimes pour posséder une voix en propre, réunissaient leurs voix pour en former deux curies; ils disposaient donc tous ensemble de deux xoixcuriales et devaient se concerter pour émettre leur suffrage. Les comtes et seigneurs de l'Empire, dont le nombre s'était accru par l'accession au F iirstenstand d'un grand nombre de personnages auxquels on n'avait pas accordé de voix virile, étaient répartis de leur côté en quatre curies : celle de Wettéravie, de Souabe, de Franconie et de Westphalie. Malgré leur faiblesse et l'exiguïté de leurs territoires, ils s'étaient rendus fameux par leurs incessantes réclamations; jaloux de leur petite influence, ils avaient organisé une sorte de directoire, et, fort entêtés de leurs privilèges, étaient un élément de trouble dans toutes les délibérations.
Le troisième collège comptait cinquante-deux villes, réparties en deux bancs, celui de Westphalie et celui de Souabe ; le premier n'en comptait que quatorze et était cependant plus important (pie celui de Souabe, qui en comptait trente-huit. La plupart des villes impériales étaient en décadence ; presque toutes succombaient sous le poids de leurs embarras financiers. Le Collège des villes n'avait sur les délibérations de la Diète qu'une influence secondaire et tout dépendait de ce qu'on appelait les deux hauts collèges. Il arrivait souvent que chacun avait son opinion et il était alors bien difficile de s'entendre.
Parmi les princes représentés à la Diète, l'inégalité de puissance était considérable. De plus, les grandes maisons qui réunissaient plusieurs principautés disposaient par là même de plusieurs voix : l'Autriche, de trois, la Prusse de six; — ou Ire leurs clientèles dans le Collège des princes.
Opposition du « Corpus catholicorum » et du « Corpus evangelicorum ». — Dans les matières qui touchaient
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à la religion, le vole par collège était suspendu; les deux partis religieux, le Corpus catholicorum et le Corpus crangelicorum. restaient en face l'un de l'autre, formant deux corporations pleinement indépendantes, et armées l'une et l'autre d'un veto sans condition contre toutes les résolutions de la Diète qui leur semblaient toucher à leurs intérêts religieux. Quant à savoir ce qui constituait une matière religieuse, c'est de quoi chaque parti était juge. Ce n'était plus alors deux classes, ce n'était pas même deux partis qui étaient en présence, c'étaient deux églises, deux armées rivales. Le principe qui avait triomphé à la paix de Westphalie, « cujus regio cjus religio », ne fit en définitive que perpétuer les divisions au lieu de les éteindre.
Discrédit de la Diète. — L'Empereur était représenté par un commissaire principal (qui devait être un prince d'Empire) et par un concommissarius. Ils étaient chargés de saisir la Diète des propositions de loi et de les distribuer à ses membres. On discutait séparément dans chaque Collège jusqu'à ce qu'on fût arrivé à une conclusion. Pour y arriver, il fallait une série de relations et de corrélations, c'est-à-dire de négociations qui souvent n'aboutissaient pas. On se contentait alors de former un avis d'Empire (Gntachtcn) qui, revêtu de la sanction impériale, devenait une décision d'Empire, un llcichsschluss.
Le Rcichstag était tombé dans un grand discrédit. A la veille de la Révolution il ne se composait plus que de vingt-neuf personnes, qui étaient dépositaires de tous les suffrages et traitaient toutes les questions. Les petits États, soit par esprit d'économie, soit par le sentiment de leur faiblesse, avaient renoncé à avoir des ambassadeurs propres, et donnaient leur voix aux représenlanls des Etats plus puissants. C'est ainsi que le Collège des princes était réduit à quatorze voix au lieu de cent. Les cinquante-deux villes d'Empire étaient représentées par huit conseillers municipaux de Ualisbonne, tous passablement suspects.
L'ambassadeur de Prusse avait, indépendamment de la voix électorale du Brandebourg, dix autres voix, provenant soit de territoires princiers acquis par la Prusse, soit de délégations volontaires. Le représentant de l'archevêque de Cologne en
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avait aulant; celui du Hanovre en avait neuf; ceux de l'Autriche et du Palalinat chacun sept.
Le discrédit de la Diète était encore accru par la puérilité du cérémonial et la raideur de l'étiquette. Les questions de préséance, de visites, de présentations, de titres à donner, de places à occuper, de livrées à employer provoquaient d'interminables débats, quelquefois môme de véritables guerres. Ces ambassadeurs ne se passionnaient que pour des questions de ce genre, pour la question de savoir, par exemple, si les envoyés des princes devaient s'asseoir sur des sièges verts, ceux des Électeurs étant assis sur des sièges rouges. Ce n'était plus, comme disait Frédéric II, qu'une assemblée de juristes, uniquement préoccupés de questions de forme et étrangers aux intérêts de l'Allemagne. Aussi demandait-on la suppression de la permanence, et le retour à l'ancienne périodicité.
La division en Cercles subsistait encore, mais n'avait plus guère d'importance. Plusieurs d'entre eux avaient été annexés en tout ou en partie à des couronnes étrangères : le cercle autrichien avait été réuni aux couronnes de Hongrie et de Bohême. Dans le cercle de la Basse-Saxe, le Hanovre réuni à l'Angleterre, la Poméranie occidentale à la Suède, le Holstein au Danemark. L'Electeur de Brandebourg était roi de Prusse, et l'Electeur de Saxe roi de Pologne. La réunion de tant de pays allemands à des pays étrangers rendait illusoire toute organisation administrative, et les ressources des cercles servaient des intérêts non seulement étrangers, mais souvent hostiles au bien de l'Empire. L'ancienne division n'avait conservé quelque importance que pour les cercles rhénan, souabe, franconien et bavarois, c'est-à-dire là où il n'y avait pas d'État prédominant.
L'esprit public était tout provincial, tout local même. Sans doute, beaucoup d'Allemands désiraient être mieux gouvernés; mais fort peu avaient l'idée de se gouverner par eux-mêmes. On s'attachait de plus en plus à l'idée de la souveraineté locale. L'Empereur apparaissait de plus en plus comme une puissance étrangère. « C'est à peine si les bourgeois des villes impériales, écrit un contemporain, se demandent parfois comment les choses vont en Allemagne. Chacun se regarde comme Autri-
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chien, Prussien, Saxon, Hanovrien, Mecklembourgeois. II n'y a que ceux qui n'ont pas de patrie qui s'intitulent Allemands. » Si les Autrichiens parlent de l'Empire, c'est parce que la couronne impériale repose sur la tète de leur souverain. Mais le nom d'Empire est odieux aux Prussiens, et l'Allemagne du Xord se considère comme dégagée de toute subordination à l'égard de l'Empereur. — Assurément on découvre, sous la division en royaumes, duchés, principautés qui morcelle l'Allemagne officielle, une Allemagne intellectuelle qui, sans avoir nettement conscience d'elle-même, semble poursuivre un cerlain idéal d'unité. Il y a des poètes, des philosophes, des jurisconsultes qui travaillent à solidariser les esprits et à développer l'idée d'une patrie allemande. Mais le nombre en est restreint. Les penseurs alleinands du xvin0 siècle sont beaucoup plus préoccupés des idées d'humanité et du progrès de la philosophie que d'une réorganisation politique.
//. — L'Autriche.
Si la carte d'Allemagne, surtout vers le centre, ressemble à une véritable mosaïque, il s'y produit cependant peu à peu une concentration au profit de quelques souverainetés plus puissantes qui tendent à envahir les autres. En première ligne, il faut placer la maison d'Autriche, qui a dix millions et demi de sujets dans l'Empire, sans parler de quatorze millions de Hongrois, de Slaves, de Belges, d'Italiens. Les Habsbourg détiennent en outre la dignité impériale. Les Etats héréditaires de la maison d'Autriche ressemblent à un grand corps disloqué, auquel toute cohésion fait défaut et dont les fragments epars excitent sans cesse les convoitises des voisins. On y trouve des nations entières, comme les Hongrois, les Tchèques, les Belges, qui ont leurs traditions propres et leurs intérêts particuliers, et qui mettent leur honneur à rester fidèles à leurs origines. Aussi est-il impossible de les fondre en un tout. Touchera l'une des pièces de l'échafaudage, c'est s'exposer, selon l'expression
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de Montesquieu, à les voir toutes tomber les unes sur les autres. Investis de cette fonction impériale qui aurait pu les enflammer de quelque passion pour la gloire de l'Allemagne, les Habsbourg n'ont d'autre but que la pondération de ces forces opposées; ils ne se servent de la dignité impériale que comme d'un instrument pour la satisfaction de leurs visées dynastiques.
L'empereur Charles VI (1711-1740). — Charles VI avait succédé sans contestation à l'Empire et aux royaumes de Bohême et de Hongrie. Intelligent, mais mou et indécis, il se laissa inspirer beaucoup plus par le souvenir d'une puissance évanouie que par le sentiment de sa faiblesse réelle. Il se fit illusion sur l'importance des résultats obtenus par les traités de 1714, 1115 et 1718. Il ne vit pas que les compensations accordées à la maison d'Autriche, en échange de sa renonciation à l'Espagne, serviraient moins à la fortifier qu'à l'affaiblir.
Sa pensée essentielle fut de consacrer l'indivisibilité de la monarchie autrichienne et d'en assurer la possession à sa descendance. On peut dire que les négociations qui aboutirent à la fameuse Pragmatique-Sanction et celles plus ardues encore qui tendirent à la faire reconnaître par les autres pays furent la grande pensée du règne. Ce fut là son seul succès. La guerre de la succession de Pologne lui fit perdre une partie de ses possessions d'Italie, et le traité de Belgrade rendit à la Porle la plupart des territoires que le traité de Passarovitz lui avait enlevés.
Ami de la paix, Charles VI fut amené par les circonstances à être presque toujours en guerre; mais on ne doit méconnaître ni ses bonnes intentions, ni son désir de gouverner avec sagesse, ni ses efforts pour réformer la justice. On vante avec raison son goût pour la musique et les arts. Il travailla à l'embellissement de sa capitale, y attira plusieurs artistes et encouragea de son mieux poètes et écrivains. Les séjours qu'il avait faits dans sa jeunesse en Hollande, en Angleterre, en Portugal, en Espagne, lui inspirèrent le désir de développer par le commerce le bienêtre de ses Élats. Il construisit des routes, créa à Vienne une société pour le trafic avec l'Orient, améliora les ports de l'Adriatique et organisa une flottille sur le Danube. Il tenta aussi
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d'établir à Ostende une Compagnie privilégiée, qu'il dut sacrifier ensuite aux exigences de l'Angleterre et de la Hollande. Fidèle aux principes de sa maison, Charles VI favorisa toujours l'aristocratie et le clergé. Aussi ses projets de réorganisation judiciaire se heurtèrent à la résistance des Sltrnde, et son règne ne fut en somme caractérisé par aucune réforme digne de ce nom.
Les principaux ministres; frivolité de la cour de Vienne. — D'ailleurs il n'eut que des collaborateurs médiocres. Son ancien gouverneur, le prince de Liechtenstein, dont il avait fait le grand maître de sa maison, manquait de tact. Le comte d'Altheim n'était qu'un intrigant, tout occupé de remplir de ses créatures les ministères et d'entretenir la mésintelligence entre ses rivaux, les comtes de Zinzendorf et de Starhemberg. Souple et opiniâtre, humble et arrogant, Zinzendorf, qui devint
chancelier et secrétaire d'Etat pour le déparlement des affaires étrangères, avait l'esprit trop étroit pour sacrifier ses rancunes aux grands intérêts qu'il aurait dû défendre. L'opposition de caractère de tous ces personnages augmenta encore la propension naturelle de Charles à l'indécision. La chasse, la musique, les pratiques d'une dévotion minutieuse, et les vaines cérémonies qui remplissaient alors des journées entières, Tahsorbèrent peu à peu. Jamais, grâce à l'influence espagnole devenue prépondérante, l'étiquette de la cour de Vienne ne fut plus rigide, ni le luxe plus extravagant. Les familles de la haute noblesse rivalisaient de prodigalité dans le nombre de domestiques, la richesse des livrées, la splendeur des équipages. Paroles, salut, formules, tout était pesé et calculé; la moindre erreur occasionnait des froissements et provoquait des plaintes. Les rapports des ambassadeurs sont remplis de doléanees sur ce cérémonial fastidieux et puéril. Lue seule personne trouve
grâce devant eux. C'est l'impératrice Elisabeth, princesse de Brunswick-Wolfenbiiltel, qui, par le charme de sa physionomie, la grâce de son maintien, la distinction de sa personne, exerça en effet une heureuse influence; mais elle s'abstint de toute intervention dans la politique, et se consacra exclusivement à l'éducation de ses enfants. « Le caractère de Charles VI était mêlé de tendances contradicloires. Son allure réservée lui
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donnait l'apparence de la fierté. Et cependant il se montrait, dans l'intimité» d'une familiarité affectueuse qui était pleine de charme. Bien que fort intelligent, il n'avait pas ce coup d'œil pénétrant qui voit de loin... Indécis et hésitant dans le détail, il portait dans ses plans une ténacité digne d'un meilleur sort; on doit lui faire honneur, dans un temps où le mérite de la fidélité à la foi jurée passait pour folie, d'avoir été l'esclave de sa parole (d'Arneth). » Le dernier des Habsbourg emporta dans la tombe ce qui restait encore de vitalité au vieil Empire romain; avec l'avènement de Marie-Thérèse l'histoire de l'empire d'Autriche se substitue à celle du Saint-Empire.
Marie-Thérèse (1740-1780); sa jeunesse; son avènement. — En 4740, aucun Etat ne semblait plus facile à disloquer que cette monarchie disparate, où un fragile équilibre servait de constitution, et dont les différentes parties ne tenaient ensemble que par uue adhésion plus ou moins sincère à la Pragmatique-Sanction, qu'aucun des prétendants étrangers ne voulait plus reconnaître. Marie-Thérèse avait alors vingt-trois ans. On eût pu croire que faute de chef la monarchie autrichienne allait se dissoudre. Mais la jeune princesse avait un jugement sûr et pénétrant, une capacité de travail remarquable, et surtout une énergie à toute épreuve. L'ambassadeur anglais Thomas Robinson vante dans un de ses rapports la fermeté de son caractère, la perspicacité de son jugement, l'attention soutenue que dès sa jeunesse elle donnait aux affaires publiques. Le Vénitien Foscarini écrit qu'elle réunit à un si haut degré les plus belles qualités du cœur et de l'esprit, que « si le choix de l'héritière de la monarchie autrichienne eût pu être fait entre toutes les femmes du monde, il fût tombé assurément sur l'archiduchesse Marie-Thérèse ». On l'avait mariée en 1736 à François III, duc de Lorraine, prince médiocre, que son sourire aimable, son humeur toujours égale, sa simplicité extrême rendaient populaire, mais qui n'était guère fait pour la dignité impériale. 11 détestait la France, ne lui pardonnant pas le mal que les Bourbons avaient fait à la maison de Lorraine. Marie- Thérèse, tout en s'associant son mari en qualité de co-régenl, ne lui laissa qu'une faible part du pouvoir; elle le consultait
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dans les affaires importantes, mais s'arrangeait de manière à prendre elle-même la décision. Son esprit impérieux n'eût guère admis de partage.
Réformes de l'administration et des finances. — Si Marie-Thérèse a laissé l'Autriche affaiblie au point de vue national \ il faut rendre hommage aux efforts qu'elle fit pour
développer la prospérité matérielle de ses Etats héréditaires et y introduire d'importantes réformes. Les péripéties des guerres et les négociations diplomatiques qui remplissent la moitié de son règne ne lui ont pas permis de mettre à exécution toutes les réformes qu'elle avait projetées. Elle s'occupa d'ahord de la réorganisation de l'armée, qu'elle avait trouvée à la mort de son père dans un triste état, et, secondée par le conseiller aulique Wœber, tient à justifier le titre de Mater castrorum inscrit sur une médaille frappée en son honneur.
Nous la voyons ensuite préoccupée d'une refonte de l'administration et des finances. La réforme de la première fut entreprise de façon à augmenter l'autorité centrale et à affaiblir le pouvoir des « Etats ». Ceux-ci furent dépouillés du droit de voter librement les impôts et durent en outre soumettre leur comptabilité à la Cour des comptes de Vienne. On leur enleva leurs attributions politiques, et la surveillance de tous les fonctionnaires administratifs fut déférée à un Conseil d'Etat. L'organisation communale fut profondément modifiée. Les communes offraient alors le spectacle d'une étrange diversité : les unes dépendant de seigneuries ecclésiastiques, les autres de seigneuries laïques, d'autres placées sous la domination directe du prince. Ces diversités disparurent, et les anciennes juridictions locales firent place à de véritables tribunaux.
Pour relever les finances, complètement épuisées à la mort de Charles VI, un double impôt fut établi sur les personnes et sur les fortunes, et toutes les anciennes exemptions disparurent. Marie-Thérèse, qui aimait peu le faste, se montra cependant prodigue, et ce n'est pas sans raison qu'on lui a reproché d'avoir consacré des sommes énormes à l'embellissement des
1. Car l'acquisition «le la (ialicie, pays polonais et rulhène, ne pouvait compenser, à w point «le vue. la perle <le la Silésie.