LE CONFLIT POLONAIS
Pologne les troupes de son maître, de jeter sur la Russie méridionale les hordes tatares, et d'opposer à l'agression moscovite une invasion libératrice.
La Porte, quoique jrènée dans ses mouvements par sa guerre avec la Perse, se montra disposée à agir, mais réclama une garantie. Depuis deux siècles, en se servant des Turcs, la France ne les traitait pas sur un pied d'égalité avec ses autres auxiliaires. Par ses avis, ses exhortations, elle les incitait à faire diversion en sa faveur, mais s'était toujours gardée de .signer avec eux un traité ou quelque acte approchant. Par scrupule de conscience et respect humain, nos rois n'entendaient point se lier positivement à l'Infidèle : ils tenaient à si' réserver la faculté de renier et d'abandonner l'ami suspect qu'ils mettaient en mouvement. Lorsqu'on 1733 la France voulut reprendre ce jeu classique, le grand-vizir répondit à nos instances en demandant un traité d'alliance, qui stipulai des obligations réciproques et l'interdiction de conclure séparément la paix.
Le comte de Bonne val. — Celte exigence avait été suggérée aux Turcs par un Français renégat, le fameux comte de Bonneval, qui jouissait à Constantinople d'un crédit intermittent, mais parfois considérable. Bonneval fut l'un de ces aventuriers de haut parage, grands remueurs d'idées et faiseurs de projets, au cerveau toujours en ébullilion, à l'imagination volcanique, dont l'influence en Europe pendant la première moitié du xviti8 siècle est l'un des traits caractéristiques de cette période : Alberoni, Riperda, Gœrtz, Bonneval, et jusqu'à ce baron de Neuhof qui se tailla en Corse un royaume éphémère, tous ont un air de famille.
D'illustre naissance, Bonneval avait servi la France contre l'Autriche, l'Autriche contre la France et s'était fait une répu-
1. En i"oy, après une t| incivile avec le ministre Chauiillart, il était passé au service de l'Autriche : en 1*09, à Malplaquet, il chargea les gardes françaises, dans lesquelles il avait servi. — On le retrouve guerroyant contre les Turcs, sous le prince Eugène, à la bataille de Peter-Varadin. Le Régent, son ancien ami. lui accorda sa grâce. 11 revint en France épouser une Biron et, le jour même de son mariage, déclara à sa belle-mère qu'il se sentait • bien malheureux d'être marié ». Il retourna a l'armée autrichienne et assista à la prise de Belgrade.
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talion européenne par ses talents militaires, sa fougueuse bravoure, sa perspicacité politique, son orgueil intraitable et son humeur rebelle à tout frein : il avait l'esprit moderne et le caractère féodal. A la suite d'une querelle avec M. de Prié, gouverneur des Pays-Bas autrichiens, il s'indigne contre le prince Eugène, qui ne l'a pas soutenu, et lui lance un cartel. Après une captivité d'un an au Spielberg, il finit par déserter la chrétienté. Réfugié en Bosnie, sur territoire ottoman, il y sent « un mouvement de grâce turque intérieure qui consiste à donner sur les oreilles au prince Eugène à la tète de quelques bataillons turcs », embrasse la religion du Prophète et coiffe le turban. Il disait à Casanova : « Je crois que si on m'eut donné le commandement de 50 000 Juifs, je serais allé faire le siège de Jérusalem. » Arrivé à Gonstantinople, il y devint, après beaucoup de vicissitudes, chef des « bombardiers », dont il lit un corps d'artillerie modèle, gouverneur de Caramanie, beylierheu de Roumélie, pacha à deux queues; mais les Turcs l'employèrent surtout comme ministre consultant et firent de lui leur éducateur politique.
L'une des plus remarquables consultations qu'il leur donna se rapporte aux affaires de Pologne. Pressentant les progrès de la Russie, il ne voyait d'autre moyen d'endiguer ce torrent qu'un pacte de défense mutuelle entre la Turquie, la Pologne et la Suède : ce qui était aussi le rêve de notre diplomatie. Seulement, Bonneval n'admettait pas que la France se bornât à fomenter cette ligue et à s'en faire décerner la présidence honoraire; il voulait qu'elle en prit effectivement la direction, qu'elle payât de sa personne dans la lutte et notamment s'unit à l'empire turc par des liens étroits. Dans une série de mémoires, il ouvrit les yeux au grand-vizir sur l'égoïsme de notre politique et lui persuada de réclamer un engagement formel.
La conscience de Fleury et sa politique timorée s'effarouchèrent à l'idée d'un pacte avec l'Infidèle. Le ministère français se refusa au traité d'alliance et crut atteindre son but par des demi-mesures. Villeneuve fut autorisé d'abord à faire connaître verbalement aux Turcs que le roi ne les abandonnerait point « lorsqu'il songerait à rendre la paix à l'Europe », puis, en