LE CONFLIT POLONAIS
mai 1734, à le leur notifier par écrit. Celte concession tardive ne put dissiper leurs méfiances. D'ailleurs, l'immobilité où ils s'étaient tenus tandis que les conseillers du roi discutaient leurs demandes, avait déjà permis aux Russes de poursuivre en Pologne leur œuvre d'oppression, d'entamer fortement les résistances locales et de resserrer Stanislas dans son asile.
Siège de Dantzig : le comte de Plélo. — En janvier 1734, l'armée russe, passée sous le commandement de Munich et renforcée de T0 00O hommes qu'on avait pu rappeler d'Oukraine grâce à l'inaction de la Turquie, mit le siège devant Dantzig. La ville s'était préparée à tenir tète : les bourgeois étaient sur les remparts; une femme tira le premier coup de canon. Monti, qui avait suivi le roi Stanislas, se faisait l'àmc de la résistance. Avec son impétuosité ordinaire, Munich enleva d'assaut le faubourg de Schotlandia, puis les ouvrages de Sommerschantz ; mais un assaut donné de nuit au fort de Hagelsberg n'aboutit qu'à un grand carnage de ses troupes. Il essaya d'un bombardement, sans plus de succès. Le siège fut alors transformé en blocus : les opérations traînèrent : cependant, les ressources de la défense s'affaiblissaient graduellement. Soudain, un grand espoir relève le cœur des assiégés : dans les premiers jours de mai, ils apprennent qu'une flottille française est apparue à l'embouchure de la Vislule et que des troupes débarquent à Wechselmiïnde, poste avancé de Dantzig.
Sous la contrainte de l'opinion, Fleury s'était résigné à un essai d'intervention militaire en faveur de Stanislas. Seulement, il avait restreint ce secours à un effectif dérisoire : au lieu d'un corps expéditionnaire, il avait envoyé trois bataillons, tirés des régiments de Blaisois, Marche et Périgord, en tout 2040 hommes, commandés par le brigadier de Lamotte de la Peyrouse. A Wechselmunde, le détachement français s'aperçut que les Russes avaient élevé des lignes entre ce poste et Dantzig : il les jugea infranchissables, se rembarqua et se retira avec l'escadre à Copenhague. Notre ambassadeur en Danemark était alors le comte de Plélo, gentilhomme breton, tour à tour soldat, diplomate et poète, plein d'honneur et de vaillance, vrai type d'ancien Français. La pensée que le pavillon du roi, inconnu jusqu'à présent
succession de Pologne kt cierre d'orient
dans les mers du Nord, n'y apparaissait que pour fuir, lui fut insupportable, et, sans instructions, sans permission, il prit le parti de ramener les trois bataillons devant Danlzig, lui à leur tôle. Il saisit d'autorité le commandement, se fait conduire à bord, ordonne à l'escadre d'appareiller à nouveau avec son chargement de troupes et de remettre le cap sur Wechselmùnde. Là, le 21 mai, il tente de trouer les lignes russes par une attaque à la baïonnette et d'introduire dans la place de Dantzig le renfort qu'il commande. Enlevant les hommes par son audace, il franchit, au Sommcrschantz, une première ligne de retranchements, sous un feu d'enfer. Devant une seconde, il tombe frappé d'une balle, d'un coup de sabre, et percé de quinze baïonnettes. Privée de son véritable chef, écrasée par une pluie de fer, la petite colonne plie, recule et finalement s'enferme dans le fort de Wechselmùnde. Bloquée par terre et par mer, car une flotte russe avait obligé notre escadrille à reprendre le large, elle tint un mois, puis capitula (23 juin). Les soldats furent internés à Koporié, en Ingrie, et les officiers conduits prisonniers de guerre à Pétersbourg, où la tsarine et sa cour leur firent un assez gracieux accueil. Ainsi se termina la première rencontre entre Français et Russes ou plutôt la lutte d'un Français contre la Russie. L'acte de Plélo illustra la nation dans tout le Nord. A Versailles, on parla quelque temps de son coup de tète, les uns pour le célébrer, les autres pour le blâmer, puis on l'oublia. Lamotte fut fait lieutenant général.
Capitulation de Dantzig. — Dantzig tint jusqu'au 9 juillet, dale à laquelle la ville capitula, après cent trente-cinq jours de siège. En y pénétrant, les vainqueurs tirent prisonniers, en violation du droit des gens, Monli et le secrétaire d'ambassade Tercicr, mais ne trouvèrent point le roi Stanislas.il avait réussi à s'évader sous des habits de paysan et à se réfugier en territoire prussien, à Kœnigsberg, où Frédéric-Guillaume lui permit d'appeler à lui toute une émigration, de relever son drapeau abattu et d'instituer un simulacre de gouvernement. En Pologne, quelques partis de noblesse confédérée tenaient encore la campagne, et nos agents diplomatiques ne renonçaient pas à ménager en leur faveur une intervention étrangère.