Voir ci-dessus, t. IV, p
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au prince de Hildburghausen. A la lin de la campagne, les Turcs ont pourtant repris l'offensive : de Viddin, ils se sont portés sur le Timok et en ont forcé le passage : ils ont reconquis Nisch après une courte résistance, et la possession de celte place leur rouvre la vallée de la Morava et le chemin de Belgrade.
Ils étaient moins heureux contre leur autre adversaire. Les soldats de la tsarine avaient sur ceux du sultan une supériorité incontestable. Toutefois, la Russie était mal placée topographiquement pour s'attaquer aux parties vives de la Turquie : cent lieues de désert, les steppes brûlants du pays talar et de la Bessarabie, la séparaient du Danube. Tandis que Lascy ravageait la Crimée, Munich, après s'être emparé dOtchakof et do Kinbourn, s'était avancé sur le Boug. Là, sous un soleil meurtrier, au milieu d'un pays dépourvu de ressources, ses troupes fondaient sans avoir combattu. L'armée comptait en moyenne 6000 hommes hors de service, laissés sans remèdes et sans secours. Munich luttait contre ses soldats avec une féroce énergie; il défendit d'être malade, sous peine d'être enterré vif, et le lendemain, ayant ordonné de creuser une fosse devant le front du camp, y fit jeter trois hommes qui refusaient de marcher. A la fin, il se lassa : dès le mois de septembre, harcelé par les Tatars, il ramena dans l'Oukrainc son armée amoindrie, après avoir laissé dans Otchakof une garnison de 6000 hommes, contre laquelle un retour offensif des Turcs échoua misérablement.
Médiation française; campagne de 1738. — Malgré cette défaite, la résistance de la Turquie étonnait l'Europe : elle semblait faciliter la tâche de la politique française, en lui offrant l'occasion ardemment désirée de ménager une paix qui jetterait un voile sur la faiblesse réelle de l'empire ottoman. Villeneuve, reconnu comme médiateur par les trois belligérants, s'était mis à l'œuvre; mais il se heurtait au fanatisme musulman, surexcité par les succès de la guerre, et à la jalousie des Puissances maritimes. Il ne put empêcher la reprise des hostilités au printemps de 1738 et l'ouverture d'une seconde campagne. En Serbie, les Autrichiens se tinrent sur la défensive, se bornant à protéger Belgrade, et après des alternatives de
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succès et de revers, les Ottomans terminèrent les opérations par la prise d'Orsova. Quant aux Russes, ils avaient parcouru de nouveau les bords du Boug et du Dniester, puis s'étaient retirés et avaient même abandonné Otchakof et Kinbourn, après avoir rasé ces deux places. Cependant Munich annonçait pour 1739 un grand effort; le roi de Pologne lui offrait de traverser la Podolie et d'attaquer les provinces roumaines par le nord, en évitant les déserts de Bessarabie. Le feld-maréchal comptait soulever les Roumains, unis à la Russie par une foi commune, et planter ses aigles sur les bords du Danube. Il est vrai que, d'autre part, les deux cours impériales voyaient avec inquiétude ce qui se passait dans le Nord. Malgré les efforts et l'argent prodigués par l'Angleterre dans la diète suédoise, notre ambassadeur Saint- Severin l'emportait à Stockholm : le comité secret de la diète, le roi, les ministres, s'étaient laissés entraîner à signer un nouveau traité d'alliance et de subsides avec la France (40 novembre 4738). Si Fleury n'y avait mis bon ordre, si Louis XV avait voulu suivre les avis du parti belliqueux, représenté par le marquis de Monli et le comte de Belle-Isle, l'armée suédoise eût pu être jetée sur la route de Pétersbourg. Tout ce qu'on obtint du prudent cardinal, ce fut l'envoi d'une escadre française dans la Baltique malgré les remontrances de la Russie.
Affaires Sinclair et Bonne val. — Le parti qui venait de triompher à Stockholm envoyait à Constantinople des émissaires pour proposer aux Turcs une alliance offensive et défensive. Le grand-vizir y résistait : le croyait-on « assez léger pour s aventurer avec des républicains »? Le chancelier de la tsarine, le vieil Ostermann, s'alarmait de ces menées : il voulut se rapprocher encore de la France pour la mieux surveiller, et oblint de la tsarine l'envoi d'Antiochus Kantémir à Paris comme ambassadeur de Russie. 11 rappelait à la France qu'elle était, en somme, médiatrice, faisait demander à Louis XV d'interdire à la Suède son alliée (le traité du 10 novembre étant déjà connu) tout accord avec le Turc. Fleury assurai! aux Russes qu'on n'encourageait point les velléités belliqueuses de la Suède, et, au sujet de notre escadre, se bornait à dire : « Est-il
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interdit au roi d'exercer sa marine et de l'envoyer reconnaître des côtes moins explorées? » L'inquiétude entraîna les Russes à un attentat qui pouvait précipiter la crise. Un officier de l'armée suédoise, le major Sinclair, s'était rendu à Constantinople avec la mission ostensible de régler certaines dépenses se rattachant au séjour de Charles XII à Bender. Les émissaires de l'Empereur et de la tsarine guettaient son retour; pour éviter les premiers, il se jeto en Pologne, tomba dans les campements des Russes qui occupaient le pays, revint en Silésie, s'y trouva filé et poursuivi par des dragons russes, et, près de Nambourg, en territoire saxon, tomba percé de coups (printemps de 1739). Les dragons abandonnèrent le cadavre, mais enlevèrent les papiers, qui se trouvèrent n'avoir aucune importance. La nouvelle de ce crime produisit en Europe et surtout en Suède la plus vive émotion. La tsarine eut beau désavouer les meurtriers et les envoyer en Sibérie : comment expliquer que le secrétaire de l'ambassade russe à Stockholm eût naguère obtenu de l'infortuné major qu'il laissât prendre son portrait, sous prétexte qu'une « belle fille » le désirait? Dans leur indignation, les Suédois hâtèrent leurs préparatifs de guerre, et il paraissait certain qu'à l'automne leurs troupes entreraient en campagne. Les deux cours impériales y virent une raison de plus pour renforcer leurs armées, mais aussi pour supplier Villeneuve de presser l'œuvre de pacification. En revanche, au mois de novembre 1738, un des fauteurs de la guerre, le comtepacha de Bonneval, avait été brusquement disgracié et déporté à Kaslamouni (Asie Mineure), mais son éloignement allait être de courte durée.
Siège de Belgrade. — Villeneuve pensa qu'il fallait brusquer les négociations, sous peine de se laisser prévenir par les événements. Jusqu'alors il s'était borné au rôle d'intermédiaire officieux entre les belligérants; au commencement de 1739, il développa officiellement son caractère de médiateur. Le 26 mai, il sortait de Constantinople en grande pompe, avec une suite de 110 personnes, pour rejoindre en Serbie l'armée du grandvizir, qui se disposait à attaquer Belgrade. Il espérait arriver au camp avant la reprise des hostilités; le belliqueux Yeghen-
l'épilogue oriental
Mohammed venait d'être disgracié; son successeur, El-IIadj Aouzzadé-Mohammed, annonçait moins de fougue et des dispositions plus pacifiques. Néanmoins, Villeneuve apprit en roule que la guerre avait recommencé avec violence : les Turcs avaient emporté les lignes d'Essargik, et batlu à Krotchka un corps autrichien; ils étaient devant Belgrade. Quant à l'armée russe, elle n'était pas encore entrée en campagne.
Ces nouvelles inquiétèrent l'ambassadeur plus qu'elles ne le réjouirent. Si la fortune, depuis deux ans, avait miraculeusement favorisé les Turcs, leur armée n'allait-elle pas trouver, en se heurtant aux murailles de Belgrade, un ternie à ses succès? Cédée à l'Autriche depuis vingt ans, Belgrade avait été entouré»* par les ingénieurs allemands de défenses nouvelles et placée au centre d'un camp retranché qui en faisait, disait-on, la place la plus forte de l'Europe. Villeneuve, en arrivant au camp des assiégeants, le 15 août, trouva l'enthousiasme des soldats à son comble. Les travaux d'approche étaient à peine ébauchés et déjà les janissaires demandaient à grands cris des échelles pour escalader les remparts et tenter un assaut impossible. Les Turcs n'avaient aucune expérience dans l'art de réduire une place; le général Schmettow, qui commandait à Belgrade, nous apprend dans ses Mémoires que le grand-vizir prenait si mal ses dispositions d'attaque qu'il se serait vu bientôt forcé de lever le siège.
Paix avec l'Autriche. — Il fallait, par une prompte négociation, sauver les Turcs d'un échec qui pourrait se transformer en désastre. Par bonheur, la cour de Vienne, consternée de ses nouveaux revers, en proie à une panique, consentait à traiter sans la Russie et se résignait aux plus graves concessions pour obtenir la paix : elle venait d'envoyer à Belgrade un représentant muni de pleins pouvoirs, le général comte de Xeipperg. Profiter de la frayeur momentanée de l'Autriche pour la séparer de la Russie et l'amener à signer la paix, puis contraindre la Russie isolée à poser également les armes, tel fut le plan adopté par Villeneuve.
Le comte de Neipperg élait arrivé au camp turc le 18 août. II commença par offrir, au nom de son maître, la Serbie et la
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Petite- Valachie. Puis il abandonna Orsova: enfin, il consentit à la cession de Belgrade ; mais, s'il se résignait à ce cruel sacrifice, c'était à la condition, sur laquelle il demeurait inébranlable, que les Allemands, avant d'abandonner la place, en raseraient les fortifications : l'Empereur ne pouvait souffrir qu'une citadelle, dont la force avait été accrue sous son règne, fût retournée contre ses Etals et devint le boulevard de la Turquie. Le grand-vizir accueillit avec bauleur ces propositions : « Je veux la ville de Belgrade, disait-il, je la veux telle qu'elle est, et je ne consentirai à aucune négociation avant qu'on m'en ait remis les clés. » Cependant, il désirait ardemment la paix et s'il persistait dans ses exigences, c'était pour donner satisfaction au fanatisme de ses soldats. Les Turcs eurent môme un instant la pensée de retenir Neipperg de force parmi eux, afin de vaincre sa résistance. Le plénipotentiaire allemand, désespérant de conclure, avait annoncé l'intention de retourner à Belgrade ; il demande des chevaux, on les lui refuse : « Je ne suis plus libre, dit le comte, mais j'aime mieux laisser ici ma tôte que de la porter à Yienne sur un échafaud. » A ce moment, il voit entrer Villeneuve dans sa tente : celui-ci s'est indigné à la pensée que les Turcs pourraient commettre un attentat au droit des gens; il est accouru auprès de Neipperg, le prend sous sa protection, l'amène dans sa propre tente et l'y retient plusieurs jours, à l'abri du nom respecté de la France.
En môme temps, il faisait sentir aux ministres ottomans toute l'importance des concessions de l'Empereur. Finalement, ce fut lui qui proposa un expédient pouvant servir de base aune transaction. Les Autrichiens démoliraient les fortifications qu'ils avaient construites eux-mômes autour de Belgrade et ils céderaient la place avec ses anciennes murailles, telle que vingt ans auparavant les Turcs avaient été forcés de la leur abandonner. Grâce à ce tempérament, accepté des deux parts, les préliminaires de paix furent signés le 1er septembre, sous Belgrade, par Villeneuve, le grand-vizir et Neipperg, tandis que le canon tonnait encore sur toute la ligne des travaux d'attaque.
Par les préliminaires de Belgrade, l'Autriche cédait, avec cette ville, tout ce que le traité de Passarovilz lui avait donné
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en Serbie, en Bosnie et dans la Valachie occidentale. Le Danube, la Save et les montagnes du Banal de Temesvar redevenaient la limite des deux empires : de tous cotés, la Turquie voyait se fermer les brèches que ses désastres du commencement du siècle avaient faites à ses frontières \
Paix avec la Russie. — Quelques jours après la signature des préliminaires, deux courriers arrivaient le même jour à Vienne : l'un, envoyé par Villeneuve et Neipperg, annonçait le traité onéreux du 1er septembre; l'autre, envoyé par Munich, apportait la nouvelle d'un succès éclatant des Russes. Le feldmaréchal, se décidant enfin à l'action, avait franchi le Pruth, remporté sur les Turcs une brillante victoire à Stavoutchani et enlevé d'assaut la forteresse de Khotin (Choczim), principal rempart de la domination turque dans la Moldavie. Cette province était aux pieds du vainqueur; les Roumains accueillaient Munich comme un libérateur; Iassy lui avait ouvert ses portes; les avant-gardes russes paraissaient sur le Danube.
Combien la cour de Vienne regretta l'instant de faiblesse qui lui avait conseillé une paix séparée, il est aisé de le concevoir. Charles VI, dans son courroux, manifesta l'intention de ne point ratifier les préliminaires, mais Villeneuve avait prévu ce danger et il avait su le prévenir en revêtant le traité, aussitôt signé, de la garantie de la France. L'Empereur se trouvait ainsi lié envers Louis XV comme envers le Grand-Seigneur. De plus, les Turcs avaient stipulé que la démolition de Belgrade commencerait cinq jours après la suspension des hostilités, et tandis que l'Empereur songeait encore à reprendre la lutte, les armées ottomanes, immobiles dans leur camp, voyaient crouler d'elles-mêmes ces murailles de Belgrade qui auraient pu longtemps braver leurs efforts.
Contraint de céder, l'Empereur ratifia les préliminaires, convertis bientôt en traité définitif, mais il fit arrêter le comte de Neipperg, qu'il accusait d'avoir outrepassé ses pouvoirs, et le retint en prison jusqu'à la fin de son règne. Quant à la Russie,
I. Les frontières sud-orientales de l'Autriche sont restées jusqu'en 1878 telles que les avait faites le traité de Belgrade, sauf une légère rectification opérée en 1701, par le traité de Sislova.
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si ses armes triomphaient, la défection de son alliée et les complications qu'elle prévoyait du côté de la Suède ne lui laissaient plus l'espoir de continuer la guerre avec avantage. « Que les Turcs, s'écria Munich, rendent grâces à Mahomet, à Villeneuve et à Neippcrg! » Le 18 septembre, Villeneuve signa à Belgrade, au nom de la tsarine, qui lui avait envoyé ses pleins pouvoirs, la paix des Russes avec le sultan. Les Turcs promettaient de reconnaître désormais aux souverains de Moscovie le titre impérial, comme à l'empereur d'Allemagne et au roi de France 1 : ils renonçaient à recouvrer Azof, mais obtenaient que cette forteresse fût démolie, son territoire transformé en désert et neutralisé. « Azof, disaient les plénipotentiaires ottomans, est une courtisane qui a eu trop de galants pour mériter d'avoir un mari. » La Porte conservait le droit d'élever des retranchements à l'embouchure du Don, au-dessous d'Azof, pour interdire aux Russes l'accès de la mer. La tsarine rendait toutes ses conquêtes, sauf un lambeau de territoire entre le Boug et le Dniéper. Les provinces contestées dans- le Caucase étaient déclarées indépendantes. Enfin, il était formellelement stipulé qu'aucun bâtiment russe, portant pavillon de guerre ou pavillon marchand, ne pénétrerait dans la mer Noire. Par contre, l'acte nouveau ne remettait point en vigueur l'article du traité du Pruth portant défense à la Russie de s'immiscer dans les querelles intérieures de la Pologne : par crainte d'éloigner la paix, la cour de France avait prescrit à Villeneuve <lc ne point insister sur le rétablissement de cette clause protectrice.
Renouvellement des Capitulations — Villeneuve revint à Contantinople triomphant et glorifié. Pour prix de son entremise, il demanda et obtint des Turcs le renouvellement des Capitulations (8 mai 1740). Nos avantages commerciaux furent accrus cl mieux précisés, notre protectorat sur les établissements catholiques confirmé à nouveau, les religieux latins maintenus en possession des sanctuaires qu'ils occupaient en Palestine et qui comprenaient alors la majeure partie des Lieux- Saints;
1. Dans les actes officiels, la Sublime-Porte et ses agents qualifiaient le Roi de - Padishah », cVst à-<lire d'Empereur.
L'KPILOdUK ORIRNTAL
l'état de fait de 1740 devint ainsi l'état de droit. Rappelées dans les traités conclus de nos jours avec la Sublime-Porte, les Capitulations de 47 iO demeurent encore aujourd'hui la loi des Français dans l'empire ottoman.
Résultats généraux. — En somme, la double crise que venait de traverser l'Europe tournait principalement au détriment de l'Autriche. Victorieuse en Pologne, l'Autriche avait dû céder aux Bourbons d'Espagne l'Italie méridionale : en Orient, elle avait perdu tous les pays conquis par les victoires d'Eugène. La Russie, si elle s'était donné le plaisir d'imposer un roi aux Polonais, n'avait pas réussi à marquer un pas de plus sur le chemin de l'Orient : elle avait fait inutilement de ce coté une guerre sanglante : il est vrai que le recul de l'Autriche, cette alliée destinée tôt ou tard à se transformer en rivale, la débarrassait pour longtemps de toute concurrence et lui faisait gagner indirectement le terrain perdu par l'Empereur. Quant à la France, après des vicissitudes diverses, elle sortait à son avantage de l'épreuve finale : déjà, l'acquisition de la Lorraine avait jeté un voile brillant sur l'échec de sa politique en Pologne : sa médiation triomphante de Belgrade la replaçait à un haut degré de considération et valait à sa diplomatie un beau renom d'habileté.
Rarement l'autorité morale de la France avait été aussi grande. Le principal avantage de sa position, c'était de pouvoir choisir ses alliances et s'unir à qui lui plairait, faculté qui ne lui a été accordée qu'à de courts instants de son histoire, en 1856 notamment, après la guerre de Grimée et le traité de Paris. En 1740, la France pouvait resserrer ses liens avec la Turquie, la Suède, la Pologne même, et les protéger plus efficacement l'une par l'autre : la Turquie, remise en imposante posture, reconnaissait nos services et nous tendait la main : en Pologne, Auguste III se préparait à nous revenir: la Suède concluait un traité avec la Porte sous la médiation de Villeneuve (Constantinople, 19 juillet 4740), et ne demandait qu'à
compléter sous nos auspices la ligne défensive des Etats secondaires du Nord et de l'Orient. Si la France préférait une politique neuve et hardie, il ne tenait qu'à elle d'inaugurer de meilleurs
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rapports avec la Russie. Par un phénomène destiné à se reproduire dans le siècle suivant, le conflit, tantôt militaire, tantôt diplomatique, qui s'était prolongé plusieurs années entre les deux puissances, loin de laisser entre elles des germes de haine, semblait avoir préparé leur réunion en leur inspirant des sentiments de mutuelle estime. A Pétersbourg, un parti affichait toujours des sympathies françaises; Munich renouvelait ses avances et se déclarait « aussi bon Français que bon Russe » ; un ambassadeur du roi, La Ghétardie, faisait son entrée à Pétersbourg. Enfin, la France était libre de traiter avec l'Empereur, disposé à tout pour assurer l'observation de sa Pragmatique et la dévolution paisible de ses Etats à sa fille : elle pouvait se rapprocher de l'Autriche sans rompre ses intelligences avec ses anciens alliés, établir ainsi un groupement et un système vraiment conservateurs.
C'est toujours dans celle voie que Fleury s'efforçait d'acheminer notre politique. Il avait regretté, au fond, que l'Autriche fût aussi maltraitée à Belgrade et tâchait de lui adoucir l'amertume de ses revers; il s'était mis en correspondance réglée avec l'Empereur : doucement, discrètement, il poussait la France vers l'Autriche, vers l'alliance qui eût réalisé l'idéal de paix et de stabilité auquel il aspirait de tous ses vœux. Si ses moyens manquaient de grandeur et parfois de dignité, son effort n'en était pas moins judicieux et sensé, car la France avait besoin d'instituer la paix continentale pour se tourner librement vers les mers, vers le grand duel qu'elle aurait tôt ou tarda soutenir contre les Anglais et « qui aurait le monde pour théâtre ». Déjà, l'organisation de la contrebande britannique dans les colonies espagnoles suscitait un conflit aigu entre Londres et Madrid, et Fleury consentait à soutenir nos alliés; à l'approche d'une grande guerre maritime, il servait utilement son pays eu essayant d'immobiliser l'Europe. Frédéric II a dit de lui : « Il a relevé et guéri la France », et l'avocat Barbier : « Grâce à lui, le roi est le maître et l'arbitre de l'Europe. » Malheureusement, dans les années qui vont suivre, la main d'un vieillard sera un frêle obstacle aux dangereux emportements du roi, de la cour et de l'opinion. Quand s'ouvrira la succession d'Autriche,
SUCCESSION DE POLOGNE ET (H ERHE D'OItlENT
dont l'expectative plane sur l'Europe, Fleury ne pourra empêcher la France, entraînée et aveuglée par les souvenirs d'un passé mal compris, de reprendre l'œuvre de Chauvelin, sans Chauvelin lui-même, et de se jeter dans la plus téméraire des aventures en croyant suivre et continuer une tradition glorieuse.
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160 SUtîCKSSION 1>E POLIMÎNK KT lîL'KRRK D'OIUENT
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