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CHAPITRE IV

/. — Ouverture de la succession.

La succession autrichienne. — La maison d'Autriche avait fini à Madrid en 1T00, dans la personne «le Charles II; elle s'éteignit à Vienne le 20 octobre 17i0 avec l'empereur Charles VI, dernier descendant mule de Charles-Quint. Pour la seconde fois en un demi-siècle, la succession des Habsbourg allait, pendant plusieurs années, déchaîner la guerre européenne.

Charles VI était cet archiduc qui s'était appelé un moment « Charles III » à Madrid et qui avait obtenu en 1713 les provinces italiennes et belges de la monarchie espagnole. Après avoir cherché à déchirer le testament de Charles II, il devait passer sa vie à préparer l'exécution stricte du sien, c'est-à-dire

la transmission à sa fille aînée de tous ses Etats. Ces Etals, dispersés du Danube à la mer du Nord et à la mer Tyrrhénienne, comprenaient : 1° les domaines autrichiens (Haute et Basse Autriche, Styrie, Carinthie, Carniole, Frioul, Tyrol et Vorarlberg, Souabe autrichienne, comté de Falkenstein, etc.); T le royaume de Bohème (avec la Silésie et la Moravie) ; 3° le royaume de Hongrie (avec l'Esclavonie, la Croatie, la Dal-

UlSTOIHE GÉNÉRALE. VU. I 1

fïUERRE DE LA SUCCESSION D'AUTRICHE

matie, le Banat, la Transylvanie); 4° en Italie, le Milanais, le Mantouan, les duchés de Parme et de Plaisance; 5° la Belgique.

La Pragmatique -Sanction; Marie-Thérèse. — Dès 1 "7 1 3, Charles VI lit réunir les articles de l'ordre de succession établi par ses prédécesseurs dans un acte qui fut publié en conseil, approuvé de 1720 à 1723 par les États des diverses provinces de la monarchie, puis solennellement promulgué (6 décembre 1724) sous le nom de Pragmatique-Sanction. Cet acte établissait la fédération autrichienne garantie par l'existence et la continuité de la dynastie, môme en ligne féminine : niais, contrairement aux dispositions formelles de son père, Charles VI désignait pour lui succéder, à défaut d'enfants mâles, ses propres filles, préférablement à celles de son frère aîné l'empereur Joseph Ier Depuis, il parut subordonner en toute circonstance les intérêts de sa politique à un intérêt unique : la garantie de sa Pragmatique par les Etats de l'Empire et du reste de l'Europe. Il l'obtint de l'Espagne (1725) en reconnaissant la maison de Bourbon à Madrid, de la Russie (4726). du Brandebourg (1727) en lui conférant l'expectative des duchés de Berg et de Juliers, de la Hollande (1731) en la délivrant de la concurrence commerciale de la Compagnie d'Ostende, de l'Angleterre (même année), de la Diète de l'Empire et du Danemark (1732), de la France (1738), celle-ci payée par la cession de la Lorraine. Seule, la Bavière s'abstint, soutenant que l'héritage autrichien devait lui revenir en vertu d'un pacte de famille remontant à l'empereur Ferdinand Ier. Charles VI put donc croire sa fille aînée assurée d'entrer sans difficulté en possession de son héritage.

TABLE A V OKXÉALOGIQUE LéopoM I"

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Kn épousant les princes électoraux <lc Saxe el <le Bavière, les lîl l«"s île Joseph I" avaient du renoncer à la succession des Ktats héréditaires d'Autriche.

l'ne so in- des deux princes lorrains gendres ile Charles VI, Klisal>elh-Thére>e. fut la seconde femme du roi <le Sardaigne r.harles-KmnianuoI III.

Ol'VKHTL'HK DE LA SICCKSSION |»>:t

En 1740, l'archiduchesse Mario-Thérèse, femme de François de Lorraine, grand-dur de Toscane, était Agée de vingt-trois ans. Elle prit le pouvoir sous la qualification principale de « reine de Hongrie et de Bohème » et, à peine reconnue de ses sujets, dut faire face à ses ennemis. « Je ne suis qu'une pauvre reine, disait-elle, mais j'ai le cœur d'un roi. » Ni son mari bicn-aimé, qu'elle s'associa aussitôt en qualité de eo-régent, ni ses meilleurs conseillers, Bartenstein, Uhlfeld, Zinzendorf, n'influèrent jamais d une façon décisive sur ses résolutions. Condamnée à vivre sur la défensive, à poursuivre sans cesse quelque revendication ou quelque revanche, « jamais intimidée, jamais éhranlée, jamais découragée et ne voulant qu'une chose à la fois, mais ne la perdant jamais de vue » (de Broglie), elle unissait en elle et elle concilia de son mieux dans ses actes un double et profond sentiment : celui de la justice et celui de sa dignité, de ses droits, de ses intérêts. Les grâces de la femme et les vertus de la chrétienne et de l'épouse relevaient en elle les hautes qualités politiques. Ses sujets s'éprirent d'elle, ses ennemis la respectèrent : témoin le roi de Prusse qui, en dehors de ses moments de passion et de mauvaise humeur, professait à son endroit une admiration contrainte, mais sincère.

Les prétendants à la succession. — Comme l'Espagne de 1700, l'Autriche de 4740 avait un trésor épuisé, une armée insuffisante : elle était affaiblie par ses récents revers en Italie et sur le Danube. Les prétentions ou les convoitises de ses voisins n'en furent que plus nombreuses, plus ardentes. Auguste III, Électeur de Saxe et roi de Pologne, Charles-Albert, Electeur do Bavière, l'un et l'autre gendres de Joseph Ier, Philippe V, roi d'Espagne, Charles-Emmanuel III, roi de Sardaigne, au nom des princesses leurs femmes ou leurs aïeules, firent plus ou moins montre de leurs droits à la succession tout entière. Leurs réclamations positives et partielles eussent à elles seules, si elles eussent abouti, frappé de mort la monarchie autrichienne. Le Bavarois jetait les yeux sur la Bohème, le Saxon sur la Moravie. L'Espagnol, toujours conduit par l'ambition malernelle d'Elisabeth Farnèse, convoitait pour l'infant don Philippe un établissement important dans l'Italie du nord. Le Piémontais regar-

Cil'KHHK 1IK LA SI CCKSSKIN H'aITUICHK

dait vers Milan. Enfin le roi de France, s'il élait fidèle à la politique traditionnelle des Bourbons, pouvait être tenté de prendre la revanche des traités dTtrecht et Rastadt, de faire tomber la Barrière, de mettre la main sur les Pays-Bas. La liquidation de la fortune des Habsbourg entrait donc dans les vœux secrets de tontes les puissances continentales.

Frédéric n de Prusse. — Le moins prévu, le plus dangereux des ennemis de Marie-Thérèse était le nouvel Électeur-roi de» Brandebourg, Frédéric II. Sauvé par Charles VI des fureurs de son père, il avait reçu de son prédécesseur cette recommandation suprême: « Soyez fidèle à l'Empire. » Depuis plusieurs années il s'était fait oublier dans une retraite studieuse et on hii attribuait avec raison certaine réfutation de Machiavel imprimée en Hollande où étaient flétries notamment la mainmise sur les dépouilles d'autrui et la manie des conquêtes. Tel élait le « philosophe » de vingt-huit ans qui, devenu roi, allait étonner l'Europe par la puissance de son génie militaire comme par le jeu subtil et audacieux 3'une politique sans scrupules. Peu lui importait, au lendemain de son avènement, l'expectative, promise par l'Empereur, de la Frise orientale et des deux duchés de Berg et de Juliers : il voyait à sa convenance, au sud du Brandebourg, sur le haut Oder, la Silésie, riche pays, peuplé de 1 200 000 habitants, Tchèques d'origine, mais à demi germanisés, où les protestants, assez nombreux, l'appelaient par leurs vœux secrets. Il s'avisa de ressusciter, malgré des renonciations formelles de son bisaïeul et de son aïeul, les titres périmés «les Hohenzollern sur quatre duchés silésiens; mais, comme il l'a avoué plus tard, a des troupes toujours prêtes d'agir, mon épargne bien remplie et la vivacité de mon caractère, c'étaient les raisons que j'avais de faire la guerre à Marie-Thérèse... L'ambition, le désir de faire parler de moi l'emportèrent, et la guerre fut résolue '. »

Invasion de la Silésie. — Voulant garder les apparences, Frédéric offrit d'abord à Marie-Thérèse une nouvelle garantie

I. {'a.' passade, < | ii i existait dans la première rédaction «les Mémoires de Frédéric, fut ra>e â la lecture par Voltaire, qui le reprit ensuite |»our l'insérer dans ses propres Mémoires.

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