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LE RENVERSEMENT DES ALLIANCES

particulier, ne s'était pas douté de la portée «le l'affront qu'il infligeait à la cour de France en traitant à son insu avec son plus dangereux ennemi. Peut-être aussi se trompa-t-il sur le degré de susceptibilité de Louis XV. Mais ce fut à Versailles une vive explosion de colère. Dès lors le roi prêta une oreille complaisante aux offres de l'Autriche. Houille, après le premier moment de surprise passé, eût voulu encore ménager le roi de Prusse. Les diplomates de carrière éprouvaient une répugnance instinctive à conclure un pacte d'amitié avec l'Autriche. L'abbé de Bernis, renommé pour ses vers faciles et ses succès galants, et à qui la Pompadour réservait la succession de Rouillé aux affaires étrangères, inclinait vers un rapprochement plus intime avec l'impéralrice-reine, sans aller cependant jusqu'à promettre une action offensive contre Frédéric II. Au syndicat de garantie entre la Prusse et l'Angleterre, il voulait en opposer un autre, d'une égale puissance, entre l'Autriche et la France. Starheinherg, l'ambassadeur autrichien, proposait la Belgique pour don Philippe, qui rendrait Parme à l'Autriche. Mons serait à la France et Luxembourg serait démantelé. Telles étaient les offres de Marie-Thérèse si elle recouvrait la Silésie avec l'appui de la France. La Prusse s'était dérobée, l'Autriche s'offrait d'ellemême : Louis XV se prononça en faveur de l'alliance autrichienne. Mais, à l'exemple de Frédéric II, il se contenla de signer avec Marie-Thérèse un traité de garantie réciproque. Par le premier traité de Versailles (1er mai 1756), les deux puissances se promirent seulement un secours de 21000 hommes contre tout agresseur. Le renversement des alliances était consommé.

Le traité de Versailles eût été utile aux intérêts français si Louis XV l'avait tenu pour un pacte purement défensif. Grâce à l'alliance autrichienne, le roi de France était assuré de ne pas être attaqué sur le continent. 11 pouvait disposer de toutes ses forces pour la lutte maritime contre l'Angleterre. Son grand tort fut de se laisser duper par Marie-Thérèse, de travailler à lui rendre la Silésie avec le même zèle qu'il avait mis à la lui enlever. Ainsi la guerre continentale, qui n'eût dû être que l'accessoire, devint bien vite l'essentiel. La France rechercha à

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la fois dos conquêtes en Allemagne, au profit de sa nouvelle alliée, et des succès sur mer et aux colonies pour défendre son propre domaine. Pour avoir voulu atteindre deux buts si différents, elle a échoué dans les deux entreprises. Cette politique à double face fil le succès de nos ennemis : Frédéric garda la Silésie; l'Angleterre resta maîtresse de l'Amérique française et de rindoustan.

Il est important, dans cet imbroglio d'alliances et de traités, de bien établir la succession des faits. La guerre entre la France et l'Angleterre a tout précédé (1754, affaire Jumonville: 1755, pirateries de Boscawen et dépopulation de l'Aeadie française). Presque en même temps (juin i "735) a lieu la première mission de Douglas à Pélcrsbourg, et les premières ouvertures de Slarhemberg à Versailles. Le 22 septembre 17;u> s'ouvrent les conférences de Babiole, et le 30 se signe le traité anglo-russe de Pélcrsbourg. Il est suivi, le i(i janvier t75b\ par le traité de While-IIall, le 25 mars par le traité d'alliance austrorusse, le 1" avril par le débarquement des Français dans l'île de Minorquc, le 1er mai par le traité de Versailles. Elisabeth accède le 31 décembre 1750 à ce traité, après avoir refusé de ratifier le traité anglo-russe. Donc : 1° la guerre anglo- française; 2" les premiers pourparlers entre la France et l'Autriche: 3° la défection de Frédéric II à la cause française; 4° le rapprochement entre la France, l'Autriche et la Russie.

Coalition contre Frédéric H. — Le premier traité de Versailles fut le point de départ d'une vaste coalition contre Frédéric II. Déjà, le 25 mars 1750, les deux impératrices d'Autriche et de Hussie avaient signé un traité d'alliance offensive et défensive : les Russes devaient fournir 80 000 hommes pour une attaque contre Frédéric II de concert avec les Autrichiens. La Silésie resterait à l'Autriche et la Prusse-Orientale à la Russie. Elisabeth souhaitait un rapprochement direct avec la France. Louis XV s'y refusa. A Versailles, on considérait encore les Russes comme un peuple à demi sauvage. Les Russes, au moins dans le peuple, ne savaient guère ce qu'était la France et confondaient les Français avec les Allemands. Louis XV ne fut l'allié de la Russie que par l'intermédiaire de l'Autriche :

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