‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 40 sur 219 · LE H KN VERSEMENT DES ALLIANCES · texte numérisé non relu

LE H KN VERSEMENT DES ALLIANCES

il envoyait des subsides à Vienne pour les faire distribuer à Pétersbourg. Mais il rendit ce service à la cour de Russie de lui apporter l'alliance du roi de Pologne. Le comte de Broglie avait travaillé activement, soit en Pologne, soit à Dresde, à faire rentrer l'électeur-roi Auguste III dans la clientèle française. Il avait préparé un projet de traité destiné à contre-balancer par l'influence française l'influence russe en Pologne. Devenu par un changement de front imprévu l'allié indirect des Russes, Louis XV lit entrer Auguste III dans la coalition contre la Prusse. Il lui faisait espérer la couronne de Pologne à titre héréditaire. Les troupes russes purent traverser le territoire polonais sans opposition de la part de la dicte de Varsovie. Bientôt la Suède fut entraînée comme la Pologne. Déjà en 1754, le marquis d'Uavrincourt, ambassadeur français, avait négocié avec le roi Adolphe-Frédéric un traité d'alliance contre la Prusse, avec un si grand secret que la reine lïlrique-EIéonorc, sœur de Frédéric II, n'en avait pas connu l'existence. Le traité public entre la France, la Suède et l'Autriche pour la garantie des Iraités de Westphalie est du 21 mars 1757; le traité de subsides entre les mômes puissances est du 22 septembre : ils furent tous deux signés à Stockholm. Kaunitz, par le traité du 21 mars, promettait la Poméranie à la Suède comme prix de son concours. C'est l'époque où la coalition est complètement formée : le traité définitif entre l'Autriche et la Russie vient d'être conclu le 2 février 175", à titre de renouvellement des alliances de 1726, 1746 et 1756. Les deux cours impériales s'engageaient à armer chacune 80 000 hommes contre Frédéric II et à ne pas déposer les armes avant que l'Autriche eût recouvré la Silésic et le comté de Glatz. L'Autriche devait payer à la tsarine un subside annuel d'un million de roubles.

Le 1er mai 1757, fut signé le second traité de Versailles. Au lieu de 24 000 hommes, la France s'engagea à fournir 105000 hommes, à solder un corps de 6000 Bavarois et Wiirtembergeois pour le compte de Marie-Thérèse, à lui payer un subside annuel de 12 millions de florins. « Surtout, avait écrit Bernis à Choiseul au début de son ambassade à Vienne, faites en sorte que le roi ne reste pas dans la dépendance servile de

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ses alliés : cet état serait le pire de tous. » Or, le second traité de Versailles jetait la France à la remorque de l'Autriche. Bernis le signa avec peine. Le sort en était jeté : la France consacrait toutes ses forces à la guerre continentale; les colonies étaient abandonnées à elles-mêmes. L'alliance autrichienne eût pu être favorable pour contenir l'intempérante ambition de Frédéric II : l'exagération du système autrichien allait mener la France aux plus grands désastres.

ÏL — Les opérations militaires de ij56 a ijôo.

Les souverains et leurs armées. — On connaît les protagonistes de celle longue tragédie qui dura sept ans. D'un côté, Frédéric II est arrivé au plein épanouissement de son génie. Elevé à l'école si dure de son père, fier de ses beaux succès dans la précédente guerre, il est devenu, à force de travail, bon administrateur et grand général. Il est naturellement Je plus perspicace, le plus indépendant et le plus retors des diplomates. Merveilleux acteur, il sait par ses flatteries aux philosophes gagner l'opinion à ses vues; il excelle à calomnier ses ennemis pour détourner l'attention de ses actes les jdus blâmables. Son dédain affecté pour la langue et les idées de l'Allemagne n'est qu'une attitude de commande : il est au fond grand patriote, en communion intime avec lame allemande. Beau joueur, il perd avec grâce, mais sans jamais désespérer de la revanche. On le verra plusieurs fois dans cette guerre, sur le bord de l'abîme, continuer sa correspondance avec Voltaire, garder sa verve endiablée, sa foi aveugle dans l'avenir, et finir par enchaîner la fortune à sa cause.

Son armée était la meilleure de l'Europe : des exercices jour nalicrs, des revues fréquentes, des équipements excellents, grâce aux manufactures de drap de l'otsdam et de Berlin cl à l'or anglais; un corps d'officiers studieux et instruits, pris dans la noblesse, mais dans une noblesse dévouée au roi et à la patrie, confiante dans le succès et rompue à la discipline; un

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armement perfectionné, grâce à l'usage «lu fusil à couvrc-plaline et à baguette de fer, tandis que les adversaires se servaient encore de baguettes «le bois; l'innovation de l'artillerie à cheval et des obusiers; le développement de la cavalerie, que Frédéric- Guillaume avait négligée au profit de l'infanterie, mais qui fut fortement constituée par Seydlitz et Ziethen ; tels furent les éléments des succès militaires de Frédéric II. Surtout il n'était entravé par aucune volonté étrangère : il imprimait à tous les services la fièvre d'action dont il était possédé; il disposait eu maître absolu de toutes ses ressources : « Il était son propre général en chef et son propre ministre des affaires étrangères. II savait comment on réussit dans les négociations et comment on triomphe à la guerre. Enfin il était le plus libre des penseurs en morale politique, dans un siècle qui se piquait en toutes choses d'une absolue liberté de pensée. » (A.Sorel.)

Au contraire, ses ennemis ne purent jamais arriver à s'entendre sérieusement. Leurs intérêts étaient trop souvent opposés. Leurs ressources étaient très insuffisantes, et ils en usaient mal à cause d'un manque absolu d'organisation. Leur incapacité bien plus encore que le génie de Frédéric II assura le triomphe de la Prusse. Louis XV n'était pas disposé à reparaître à la tète •les armées : son élan d'héroïsme était vite tombé: après Fontenoy, il était revenu à Versailles. La marquise de Pompadour avait supplanté dans l'intimité royale la duchesse de Ghàtcaumux; elle ne voulait pas seulement être l'intendante des plaisirs du roi : elle aspirait à gouverner la cour et l'Europe. Elle dictait les choix des généraux et des ambassadeurs. Le roi apportait au conseil sa belle et impassible figure, mais laissait prendre les décisions par les créatures de sa favorite. Il s'occupait « historiquement » des affaires de son royaume, comme s il se fût agi de quelque peuple lointain ou d'une époque reculée de notre histoire. Il se contentait d'être bien renseigné grâce à son secret et à ses rapports de police.

L'armée française se recrutait par des engagements soi-disant volontaires; les racoleurs enrôlaient les naïfs, les vagabonds, les repris de justice, souvent par la ruse et par la violence. Tout leur était bon pour toucher la prime de racolement :

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12 livres par homme et 30 livres pour les frais. Les engagements étaient valables depuis l'Age de seize ans; ils étaient pris pour quatre, six ou huit ans. Le recrutement avait lieu aussi hors de France; un bureau de racolement pour la France existait à Francfort. Assurément beaucoup de Français figuraient dans les innombrables régiments allemands, suisses, écossais, hongrois, croates, etc., de l'armée française; mais l'uniforme de ces régiments rappelait par certains côtés ceux des pays d'origine; et on apprenait aux hommes à jurer en allemand, en hongrois, ou en croate, afin de maintenir un peu de couleur locale. Les milices formaient l'élément le plus solide et le plus sain tic l'armée française. Elles étaient recrutées par voie de tirage au sort, parmi les hommes de seize à quarante ans. Les miliciens étant traités comme? les soldats, c'est-à-dire réduits à la plus déplorable des conditions, tous les hommes, qui étaient quelque chose ou qui appartenaient à quelqu'un, s'ingéniaient à échapper à la milice, et la poursuite des réfraetaires prenait les allures de la chasse à l'homme. Pendant la guerre de Sept ans il y eut à l'armée 00 000 à 70 000 hommes fournis par les milices, à peu près le tiers de l'effectif total. Au régiment, le soldat ne trouvait à manger que du pain de son; pour coucher qu'un grabat partagé à quatre; pour se vêtir qu'un uniforme sordide. Une discipline de fer était imposée à ces malheureux, que l'extrême misère poussait au vice : la marque, les galères ou la mort étaient infligées pour les fautes les plus légères. Après la paix d'Aix-la-Chapelle, 30 000 soldats furent fusillés ou envoyés aux galères!

Aulant la condition du soldat était misérable, autant l'officier déployait de faste. Les officiers étaient des anoblis enrichis et plus souvent encore des nobles. Les grades de capitaine et de colonel s'achetaient toujours, et souvent pour de tout jeunes enfants, comme ce colonel qui fut porté dans les bras d'un de ses grenadiers à l'assaut de Porl-Mahon. La faveur surtout procurait un avancement rapide. Quand le comte d'Argenson fonda l'Ecole militaire, les candidats, pour y entrer, durent justifier de quatre quartiers de noblesse; mais on n'exigeait d eux d'autre instruction que de savoir lire et écrire. Sans

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aucun examen de sortie, les colonels choisissaient ceux qu'ils voulaient s'attacher comme officiers. Les officiers rivalisaient entre eux de luxe et de dépenses autant que de bravoure. Pendant cette guerre plusieurs généraux se firent suivre d'au moins GO chevaux, bien que l'ordonnance de 1741 ne leur permit pas d'en avoir plus de 'M). La France n'eut guère alors que des généraux de salon, fort aimables courtisans, mais d'une ignorance absolue. Un caprice les élevait, un caprice les faisait tomber, un autre leur rendait le commandement. Il fal-

lail plaire à Versailles pour être général ou amiral. Elevés par leurs succès de cour, les chefs français ne savaient ce que c'est qu'un camp, une armée, une manœuvre. Ils ignoraient encore bien plus la géographie et la tactique. Même les meilleurs péchaient gravement contre la discipline, comme le comte de Saint-Germain qui, en montrant le quartier général du comte de Clermont, son supérieur, disait: « Voilà l'ennemi ! »

L'année des Cercles, c'est-à-dire l'armée du Saint-Empire, commandée successivement par le prince de Saxe-llildburghausen et par le duc de Deux-Ponts, auxquels étaient subordonnés nos généraux dans les opérations tentées en commun, était un ramassis sans cohésion et souvent grotesque d'hommes fournis par tous les seigneurs terriens de l'Allemagne. Cette armée vit quelquefois le feu sans jamais le soutenir.

L'armée autrichienne valait beaucoup mieux. Le prince Eugène y avait introduit la plupart des perfectionnements imaginés par Louvois. Sans doute, après sa mort, ses utiles enseignements furent trop souvent oubliés. Cependant elle possédait une excellente cavalerie légère de hussards, de Pandours, de Croates, etc. Charles de Lorraine, Neipperg et Llaun reconstituèrent l'armée dans l'intervalle des deux guerres de Sept ans. L'infanterie était composée de régiments à 2 bataillons comptant chacun 4 compagnies de 200 hommes, soit 1000 hommes par régiment. Deux ou trois régiments formaient une brigade, plusieurs brigades une aile, et deux ailes une ligne. L'ordre de bataille comprenait deux lignes espacées de 300 mètres : c'était le même ordre que dans l'infanterie prussienne. Mais la cavalerie autrichienne chargeait eu échiquier,

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c'est-à-dire avec des intervalles égaux au front des escadrons, tandis que la cavalerie prussienne chargeait en muraille, c'està-dire sans intervalle entre les escadrons. Celte année était lourde et lente. Daun, le Fabius Cunctator moderne, ne sut jamais s'affranchir des procédés d'une soi-disant méthode savante qui lui lit presque toujours manquer les honnes occasions de vaincre. D'ailleurs le Hofkriegsralh (Conseil aulique de (/verre) de Vienne dictait les plans de campagnes, devait être consulte pour obtenir l'aulorisation de livrer bataille : il paralysait tout. Marie-Thérèse, qui approchait de la quarantaine, avait gardé avec sa taille élégante et son maintien majestueux toute l'ardeur de ses ressentiments contre Frédéric. Le dévouement de ses sujets était sans bornes : l'habile et heureux Kaunitz lui avait ménagé des alliances inespérées. Mais elle ne put communiquer à ses généraux le feu qui couvait en elle : ils se tirent battre suivant les règles, sans profiler d'aucune des sanglantes leçons que leur infligea Frédéric II.

L'armée russe n'était inférieure ni à l'armée autrichienne, ni même à l'armée française. Elle avait le grand avantage d'être exclusivement nationale. Recrutée parmi les paysans, elle était composée des éléments les plus sains et les plus robustes. Une fois enrôlé, le serf russe se pliait de lui-môme à la discipline : son changement d'étal ne changeait guère à son régime de nourriture. L'infanterie avait les bottes et le manteau, objets de première nécessité dont étaient souvent privées les autres armées. Les nobles y occupaient les grades : le paysan russe leur obéissait comme à ses maîtres naturels. A côté de la cavalerie régulière, les Kosaks, qui devaient se monter, s'armer, s'entretenir à leurs frais, moyennant une solde de 120 roubles par an, et qui élisaient eux-mêmes leurs chefs, constituaient un corps extrêmement redouté à cause de leurs raids audacieux *'t surtout à cause de leur réputation de brigandage et de férocité. L'artillerie était munie de canons, d'obusiers et de mortiers en bronze qui avaient une portée plus grande que celle de l'artillerie prussienne. Le génie avait été créé par le comte Pierre Chouvalof en même temps qu'il avait réorganisé l'artillerie. La plaie de celte armée était la multitude des charrois. Chaque

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irrégulicr avait deux chevaux; chaque capitaine une dizaine d'ordonnauces. En 1757, l'armée d'Apraxine traînait après elle tiOOO voitures. Cependant l'armée russe, toute dévouée à la tsarine, très superstitieuse, ne manquant jamais d'observer les jeûnes et fêtes, recherchant la confession et la communion avant le combat, avait vraiment l'àme russe. Elle était, à l image de la nation elle-même, obéissante et endurante. Entre les mains de chefs russes et capables de la comprendre, elle pouvait donner beaucoup. Les chefs changèrent trop souvent : ils étaient gênés par la Conférence, qui de Pélersbourg dictait les plans de campagne, à peu près comme le Hofkriegsraih de Vienne. Elisabeth, vieille avant l'âge, disputée entre les influences rivales de Bestoujef et de Vorontzof, desservie par « la jeune cour ». où l'on voyait le futur Pierre 111 trahir la Russie pour la Prusse et la future Catherine II vendre à l'Angleterre les secrets qu'elle pouvait découvrir, fut paralysée dans son désir d'action énergique contre Frédéric II. L'armée russe, corps lent à se mouvoir, se mettait en route au printemps, frappait sur les armées prussiennes un coup formidable et rentrait se terrer dans ses quartiers d'hiver. Pourtant ce fut elle qui infligea à Frédéric II les plus cruels désastres. Sans la mort d'Elisabeth et les revirements politiques qui suivirent, il est douteux qu'il fût sorti vainqueur de la guerre.

Grandes divisions de la guerre de Sept ans. — La iMicrrc de Sept ans se fait à la fois aux colonies dans les mers d'Europe et sur le continent. La guerre continentale comprend deux groupes principaux d'opérations : 1° Dans l'Allemagne occidentale (Westphalic, Franconie, Hesse, Hanovre) : les Français y sont opposés d'abord aux Anglais, ensuite à l'armée prussienne du prince Ferdinand de Brunswick. Us y entretiennent deux armées : celle du Rhin et celle du Mein, qui cherchent à opérer leur jonction dans les environs de Cassel, y réussissent parfois, mais sont ensuite le plus souvent rejelées l'une vers Francfort et l'autre vers Cologne. — 2° Dans l'Allemagne centrale et orientale (Saxe, Silésie, Brandebourg, Poméranie, >

!. Voir ci-dessous les chapitre* vi iindotatan) et x (Amériyiif).

Histoire oéxérale. VII. 15

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Prusse-Orientale). Là, Frédéric II fait face de tous côtés à tous ses ennemis : Autrichiens, Russes et Suédois. Dès qu'apparaissent les Russes, Frédéric se réserve ordinairement le soin de leur résister; ses lieutenants et surtout son frère le prince Henri sont alors opposés aux Autrichiens.

Les opérations peuvent se répartir en trois périodes distinctes : dans la première (1756-1757), Frédéric II, après de grands revers, se relève par des succès inespérés; dans la seconde (1758-1760), il semble de nouveau perdu ; il ressaisit, mais plus difficilement, l'avantage; dans la troisième (1761-1763), il est épuisé encore plus que ses ennemis; mais la Russie se retire de la coalition et cette défection sauve la Prusse.

Prise de Minorque. — La guerre commença sur mer par un brillant succès. Une escadre de 12 vaisseaux commandée par l'amiral La Galissonnière sejetaà l'improviste sur Minorque (17 août 1756), d'où les Anglais menaçaient toute la Méditerranée occidentale. Le maréchal de Richelieu était à la tète de l'armée de débarquement. La ville de Port-Mahon fut évacuée sans combat; la petite garnison anglaise de 2500 hommes se relira dans le fort Saint-Philippe, une des positions les plus fortiliées à cette époque. Le siège commença immédiatement. En vain l'amiral anglais Byng, avec une escadre de treize navires, chercha à délivrer la place : il dut se retirer à Gibraltar après un combat acharné (20 mai). Le siège eût pu durer longtemps encore si l'on avait attendu que la tranchée fût ouverte; mais Richelieu fit donner l'assaut de nuit au fort Saint-Philippe. La bravoure des grenadiers français vint à bout de tous les obstacles : fusillade sanglanle, mine éclatant sous les pas des premiers assaillants, échelles trop courtes pour atteindre le parapet des remparts. Au point du jour les Français étaient maîtres de trois des forts de la citadelle. Le gouverneur anglais capitula (28 mai). Cet éclatant fait d'armes provoqua un indescriptible enthousiasme à Paris. En Angleterre, l'opinion publique rendit Ryng responsable de l'échec, bien qu'il eût fait tout son devoir. En vain le grand ministre anglais William Pilt chercha à le sauver et donna sa démission pour ne pas signer l'ordre d'exécution : les Anglais n'admettaient

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plus qu a forces égales ils pussent être battus sur mer par les Français. L'expédition avait été commencée avant que les déclarations de guerre des deux pays eussent été échangées : celle de l'Angleterre est du 17 mai, celle de la France du 46 juin. L'état de guerre provoqué par les actes de piraterie du gouvernement anglais durait déjà depuis près d'un an.

L'offensive prussienne. — La guerre continentale commença par une brusque attaque de Frédéric II en Saxe. Des concentrations de troupes autrichiennes avaient eu lieu en Bohême : Frédéric II résolut de demander des explications. Comme le ministre anglais Mitchell lui faisait craindre une intervention de la France : « Regardez-moi en face, lui dit-il, ai-je un nez fait pour porter des nasardes? Par Dieu! je ne m'en laisserai pas mettre. Cette dame [Marie-Thérèse] veut la guerre, elle l'aura; je n'ai rien à faire que de prendre les devants sur mes ennemis. Mes troupes sont prêtes; il faut rompre la conjuration avant qu'elle soit forte. » Le 29 août 175G, il se jeta en Saxe, entra à Dresde, à Leipzig, et somma l'Électeurroi Auguste III de s'unir à lui et d'incorporer ses troupes dans l'armée prussienne: « Grand Dieu ! s'écria l'envoyé saxon chargé de transmettre cette proposition ; pareille chose est sans exemple dans le monde. — Croyez-vous, Monsieur? répliqua Frédéric ; je pense qu'il y en a, et, quand il n'y en aurait pas, je ne sais si vous savez que je me pique d'être original. Enfin telle est ma condition. Il faut que la Saxe coure la même fortune et le même risque que mes Etats; si je suis heureux, le roi de Pologne sera dédommagé de tout et je songerai à ses intérêts autant qu'aux miens, et pour le qu'en dira-t-on, nous enjoliverons le traité de quantité de bonbons. » Auguste III s'était retranché avec ses 18 000 soldats dans le camp de Pirna : il attendait les secours des Autrichiens que le maréchal Braun lui amenait de Bohême. Mais Frédéric, courant au-devant des Autrichiens, les battit à Lobositz (1er octobre) et força l'armée saxonne à capituler à Pirna. Auguste III, laissé libre, se relira en Pologne. Les ofliciers saxons refusèrent l'avancement qui leur était offert s'ils voulaient entrer dans l'armée prussienne. Les soldats furent astreints à prêter le serment au roi de Prusse : on les

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déshabilla de force pour les affubler d'uniformes prussiens. C'est ce monstrueux abus de la victoire que le marquis d'Argcns appelle par un singulier euphémisme : a Incorporer Albe dans Rome et faire que les ennemis de l'État en deviennent les défenseurs. » La plupart des Saxons ainsi incorporés désertèrent. Le comte de Broglie, représentant de la France auprès d'Auguste III, fut brutalement chassé de Dresde.

L'intervention française. — Ce premier coup, si rudement frappé, terrifia l'Autriche. L'empereur François Ier lit voter par la diète de Ratisbonne la mise de Frédéric II au ban de l'empire. Maître Aprilius, actuaire du Reichstag, fut chargé de notifier la sentence au baron de Plotho, ministre de Frédéric à Ratisbonne. Le baron l'interrompit dès les premiers mots : « Qui? toi?... notifier! » et il fit jeter le représentant du Saint- Empire du haut en bas de son escalier; l'Allemagne battit des mains : l'institution du Saint-Empire romain germanique avait fait son temps. Un secours plus sérieux vint à Marie-Thérèse de la France. Kaunilz obtint de Louis XV la signature du second traité de Versailles; désormais la guerre continentale absorba la meilleure part des forces françaises. Ainsi l'avait décidé Louis XV. « Ayez toujours en vue, écrivait-il au comte de Broglie de passage à Vienne, l'union intime avec l'Autriche : c'est mon ouvrage, je le crois bon et je veux le soutenir. » Le maréchal d'Eslrées fut envoyé en mission à Vienne pour concerter avec les Autrichiens les plans cl les opérations militaires. Plus de 100 000 Français furent mis à la disposition de l'Autriche. Ils formèrent deux armées : l'armée du Rhin et l'armée du Mein. La première eut pour objectif d'envahir le Hanovre, dans l'espérance de forcer ainsi le roi l'Angleterre à faire la paix; la seconde devait reprendre la Saxe de concert avec une des deux armées autrichiennes, tandis que l'autre chasserait les Prussiens de la Silésie.

La campagne de 1757 : Prague etKollin. — Comme dans la précédente campagne, le roi de Prusse prit les devants. Il avait environ 100 000 hommes répartis en quatre corps : le prince Maurice commandait à Chemnitz, Frédéric II à Dresde, les maréchaux de Bevern et de Schwcrin à Zitlau et à Schweid-

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nitz. Les deux premiers corps passèrent l'Erzgebirge, par les défilés de Komolau et de Scliandau, et vinrent s'établir sur la rive gauche de l'Elbe, à Lobositz, refoulant le prince d'Arenberg et le maréchal Braun, qui leur étaient opposés, jusque sous les murs de Prague. Le duc de Bcvern franchit les monts des Géants au défilé de Zittau et le maréchal de Schweriu au délilé de ïrautenau Le comte de Kœnigseck, battu, se mit en retraite, et les deux corps prussiens opérèrent leur jonction à Jung- Bunzlau, sur la rive droite de l'Elbe. Ainsi deux grandes masses prussiennes étaient isolées par un fleuve profond et rapide. Les Prussiens marchèrent sur Prague, où toute l'armée autrichienne s'était retirée. Le 5 mai, pendant la nuit, Frédéric avec 30 000 hommes franchit la Moldau sur trois ponts qu'il avait fait jeter en aval de Prague : il laissait Keilh isolé sur la rive gauche, et voulait se joindre à Schwerin sur la rive droite. La manœuvre était dangereuse : Charles de Lorraine, avec ses 70 000 hommes, pouvait exterminer l'un de ces trois corps avant leur jonction. Il ne l'osa pas, et le génie de Frédéric II consiste précisément à avoir deviné qu'il ne l'oserait pas. Le t> mai 1*757, une grande bataille s'engagea sous les murs de Prague. Les Autrichiens y subirent une sanglante défaite, perdant

12 000 hommes, plus 4000 prisonniers. Cependant Charles de Lorraine put rentrer à Prague et détacher 12 000 hommes audevant de Daun. Daun avait marché trop lentement pour conjurer le désastre de Prague. Frédéric espéra le vaincre aussi facilement que Charles de Lorraine. Mais Daun, tacticien conr sommé, prit une bonne position sur les hauteurs de Kollin et profita d'une marche de flanc aventureuse des Prussiens, qui cherchaient à tourner son aile droite, pour couper en deux leurs colonnes près du village de Chotzemitz. Les Prussiens perdirent

13 000 hommes; les Autrichiens 6000 seulement. Daun vainqueur chanta des Te Deiwi au lieu de poursuivre l'ennemi. Le prince Charles de Lorraine attendit plusieurs jours avant d'oser sortir de Prague. Frédéric II put donc prendre son temps pour évacuer la Bohême. La lenteur de ses ennemis lui épargna un

1. Ces manœuvres présentent une grande analogie avec celles de 1S6G qui préparèrent la bataille de Sadowa.

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désastre complet. « La fortune me tourne le dos, écrivait-il à Keith ; elle est femme et je ne suis pas galant. J'aurais dû m'y attendre : elle s'est déclarée pour les dames qui me font la guerre. »

La fortune semblait devoir lui réserver de plus cruelles amertumes. Le maréchal d'Estrées, à son retour de Vienne, prit le commandement de l'armée du Rhin. Il marcha sans obstacle à travers la Westphalie, qu'avait évacuée le duc de Cumberland à la tète des troupes anglo-hanovriennes. Les Anglais se couvrirent du Wescr; d'Estrées le franchit à Hameln et battit l'ennemi à Hastcmbeck grâce aux brillantes charges dirigées par le brave Chevert sur la gauche ennemie (28 juillet). D'Estrées, à qui l'on reprochait trop de lenteur, fut récompensé de sa victoire par un rappel immérité : on le remplaça par le brillant vainqueur de Mahon,le maréchal de Richelieu, qui reçut des renforts considérables : « Le roi de Prusse parait toujours fort gai, écrivait Voltaire à Richelieu; il disait que les Français lui envoyaient 24000 perruquiers; il se trouve qu'on lui en dépêche 100 000. Il y a de quoi se peigner, à ce que disent les polissons. » Richelieu conquit sans difficulté le Hanovre et le Brunswick, poursuivit le duc de Cumberland jusqu'à Stade et lui imposa la capitulation de Closterseven (8 septembre ilol), en vertu de laquelle les Hanovriensse retirèrent au delà de l'Elbe : les auxiliaires de la Hesse et du Brunswick devaient ne plus sortir de leurs pays respectifs. Le maréchal de Richelieu mit en coupe réglée tout le pays conquis, tolérant le pillage de ses soldats pour s'enrichir lui-même. Avec le produit de ses exactions, il éleva à Paris le gracieux hôtel connu sous le nom de pavillon de Hanovre. Ses soldats l'appelaient en riant le bon père fa Maraude.

Au nord, les Suédois franchissaient la Peene et s'apprêtaient à conquérir la Poméranie orientale. Au nord-est, les Russes entraient en campagne. Le fcld-maréchal Apraxine, vieux courtisan, galant et ami de la table, qui, malgré ses allures de FalstatT, n'en était pas moins un brave soldat, envahit la Prusse- Orientale avec 90 000 hommes, dont 15 000 irréguliers. Bien secondé par ses lieutenants Fermor'et Roumiantsof, il enleva

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successivement Memel et Tiisit, et battit à Ja?gersdorf le feldmaréchal prussien Lehwaldt (30 août 1151). Ce fut la première victoire des Russes dans une guerre véritablement européenne; les bonnets d'ours de Frédéric II avaient été battus par ceux qu'il appelait dédaigneusement des Barbares.

Rosbach et Leuthen. — En même temps, la principale armée française, sous les ordres de l'aimable Soubise, remonta la vallée du Mein pour rallier à Wurtzburg l'armée des Cercles, ou du Sain (-Empire, commandée par le prince de Saxe-Hildburghausen \ Celte armée, tellement grotesque que son chef n'osait la montrer au comte de Saint-Germain, chargé d'aller régler avec lui les questions relatives au plan de campagne «;t au commandement, fut cependant assimilée à l'armée française. Les officiers français furent subordonnés aux ofliciers de même grade des contingents allemands : le général d'artillerie de l'évèque de Wurtzburg devait avoir le pas sur un lieutenantgénéral du roi, et Soubise n'eut le commandement qu'en second. « L'armée française faisait la guerre à la remorque non seulement de l' Autriche, mais des moindres principicules allemands. » (L. Mention.) Il eût fallu au moins relier solidement l'armée de Soubise à celle de Richelieu. Mais Ilildburghausen marchait en avant avec une confiance aveugle. Encombrée de 12 000 chariots, de marchands et de vivandiers, sans cesse occupée de maraude, tandis que les officiers ne songeaient qu'aux fêtes et à la toilette, l'armée franco-allemande ressemblait plus à la cohue de Xerxès qu'aux troupes de Turennc. Les Prussiens ayant reculé de Gotha sur Erfurt, Ilildburghausen et Soubise s'emparèrent de Gotha. Peu de jours après, le chef «le la cavalerie prussienne, le brave Seydlitz, les en chassa, en faisant manœuvrer à pied ses dragons sur un rang, de façon à faire croire qu'ils étaient très nombreux, et en prévenant Soubise par un faux déserteur que toute l'armée de Frédéric 11 suivait. Les deux princes évacuèrent Gotha avec tant de précipitation que le camp français tomba entre les mains de l'ennemi ; on y Irouva, disent les relations du temps, une foule de secré-

I. Les Parisiens, dit l'avocat Barbier, appelaient cotte armée combinée l'armée des tonnelier», parce qu'on la destinait à raffermir les cercles.

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taires, de cuisiniers et de valets; des tables avec beaucoup de vaisselle et d'argenterie; quantité d'objets de toilette et de parfumerie, parasols, manclieltes, eau de lavande et de nonpareille, singes, perroquets, etc. Cependant les Prussiens avaient abandonné de nouveau Gotha, puis Erfurt, et se reliraient sur l'Elbe. Hildburghausen, rendu belliqueux par celte retraite, s'avança jusqu'à la Saalc et menaça Leipzig. A ce moment aussi, un corps autrichien, sous les ordres de Haddick, entra à Berlin et rançonna la capitale de Frédéric II. Jamais le roi n'avait couru un aussi grand danger. 11 était pris entre ciiKj armées victorieuses. Il s'apprêtait, comme il l'écrivait à Voltaire, « à mourir en roi ».

Deux grandes victoires le tirèrent de ce mauvais pas. Abandonnant au raid des Autrichiens sa capitale, il rallia les troupes du prince Ferdinand de Brunswick et de Keith, et s'avança à marches forcées sur les coalisés. Déjà Soubise avait passé la Saale à Weissenfels et s'apprêtait à donner l'assaut à Leipzig. Sur la nouvelle du retour de Frédéric, il s'empressa de rétrograder sur la rive gauche de la Saale, détruisit les ponts et s'établit à Hosbach dans une bonne position. 60 000 Franco-Allemands allaient combattre contre 20 000 Prussiens (5 novembre 1757). Frédéric II feignit de décamper, comme s'il avait peur : les Français quittèrent les hauteurs et, allongés en trois colonnes, ils firent la conduite à l'armée prussienne au son de tous leurs tambours et fifres. Mais Frédéric avait garni les Janusberg de pièces de gros calibre et dissimulé dans les chemins creux et les bois une bonne partie de son infanterie. En arrivant en plaine sans beaucoup d'ordre, l'armée coalisée fut accueillie par une vive mitraillade : il fallait combattre au lieu de poursuivre. Les Allemands lâchèrent pied sans brûler une amorce: les Français et surtout les deux brigades du comte de Saint-Gennain firent meilleure contenance, mais durent abandonner le champ de bataille. C'était une surprise plutôt qu'une défaile et, en tout cas, c'était une défaite allemande. L'armée alliée avait seulement 2500 hommes hors de combat; elle restait encore à peu près trois fois plus forte que l'armée prussienne. Soubise pouvait tenir la campagne : il ordonna la

LES OPÉRATIONS MILIT.UHKS

retraite, qui se changea en déroute. Il avait complètement perdu la tète : « J'écris à Votre Majesté, dans l'excès de mon désespoir. La déroute de votre armée est totale. Je ne puis vous dire combien de vos officiers ont été tués ou pris. » H contribuait luimême à semer la panique. L'armée se débanda : « La terre a été couverte de nos soldats à 40 lieues à la ronde; ils ont pillé, violé, saccagé et commis tontes les horreurs possibles.... 11 ne faut pas croire que le roi de Prusse soit détesté dans l'Empire. Les paysans ont pris les armes contre nous et fait feu sur nos détachements » (Saint- Germain à Paris-Duvernev). Les Ailemands du prince de Hildburghauscn, protestants pour la plupart, admiraient le roi qu'ils avaient à combattre. Soubise ne put trouver à s'attacher en Saxe un seul espion, tant Frédéric II y était populaire! Frédéric, vainqueur de l'armée française que Louis XV avait reçue du « grand roi », grandit singulièrement aux yeux des Allemands. « Au lendemain de Hosbach, il apparut à l'Allemagne non comme le héros de guerres presque civiles, mais comme le champion de la race germanique contre les races étrangères. Toute l'Allemagne, môme celle qui combattait contre lui, triomphait par lui.... La gloire de Frédéric II fut le ferment de la nationalité allemande 1 » (E. Bourgeois).

En Silcsie, Charles de Lorraine et Daun avaient poursuivi le maréchal de Bevern, lui avaient enlevé Liegnitz et Schweidnitz, l'avaient fait prisonnier à Breslau. Ziethen ne put amener au roi que quelques débris de ses belles troupes. Déjà les Autrichiens se croyaient redevenus les maîtres de la Silésie et y faisaient acte de gouvernement. Frédéric accourut reprendre Breslau. Les Autrichiens étaient fortement établis sur les crêtes de Leuthen, leur cavalerie en avant sur le plateau de Borna. Frédéric s'empara d'abord de cette position. Puis, se rendant compte que les plus mauvaises troupes, formées des contingents des Cercles, étaient a la gauche autrichienne, il renou-

I. On a de nombreux récits de la bataille île Hosbach. Frédéric Il a toril dédaigneusement : « L'armée de France a eu l'air de m 'attaquer le 5 de ce mois. Mais elle m- m'a pas fait cet honneur, s'étant enfuie, sans que je pusse la joindre, des la première décharge de mes troupes. - Les Français ont mieux tenu que ne l'indique le roi de Prusse. On aurait dû chansonner le prince de Hildburghausen ; on aima mieux chansonner Soubise, pour atteindre du même coup M"* de Pompadour.

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