‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 41 sur 219 · i GUERRE DE SEPT ANS · texte numérisé non relu

i GUERRE DE SEPT ANS

vola la manœuvre qui avait si bien réussi à Rosbach et feignit île fuir devant cette aile gauche. « Ces gens-là s'en vont, s'écria Daun à Charles de Lorraine; laissons-les faire. » Mais, par une simple conversion, les colonnes en marche se formèrent en bataille : les troupes des Cercles furent culbutées; les Autrichiens, qui se défendirent plus vigoureusement à Leuthen, lâchèrent pied à leur tour et reculèrent jusqu'à Lissa. Des 80 000 hommes de l'armée autrichienne, Daun en ramena à peine 30 000 (25 décembre 1757). « Cette victoire, a dit Napoléon, est une des plus complètes qui aient jamais été remportées. Elle suffirait à elle seule à immortaliser Frédéric II. »

L'intervention russe : Zorndorf (1758). — De tous cotés les Prussiens avaient ressaisi l'avantage. En Poméranie, les Suédois n'avaient pas même osé prendre contact avec leurs ennemis. Dans la Prusse-Orientale, Apraxine, resté inactif après sa victoire de Ju?gersdorf, avait du se retirer devant le mouvement offensif de Lchwaldt. Il avait brûlé lui-même ses magasins à Gumbinnen, évacué Tilsit et ramené en Hussie des troupes réduites au plus extrême dénûment. Memel seul resta entre les mains des Russes. Apraxine fut disgracié, Bestoujef exilé dans ses terres. Le prince héritier Pierre et sa femme la grande-duchesse Catherine, étroitement surveillés, durent renoncer au jeu des petits papiers secrets qu'ils transmettaient à la cour de Prusse ou aux agents anglais. Vorontsof et Chouvalof, partisans de Vienne et de Versailles, se partagèrent la principale influence.

En somme, cette campagne, où le roi de Prusse avait été à deux doigts de sa perle, avait fini par tourner à son avantage, grâce surtout à l'impérilic et au défaut d'entente de ses ennemis. Il avait livré quatre grandes batailles, à Prague, à Kolliu, à Rosbach, à Leuthen, et n'avait perdu que celle de Kollin. Forcé d'évacuer la Bohème, il conservait intactes la Silésie et la Saxe. La campagne de 1757 est la plus glorieuse qu'il ait menée.

En 1758, les Russes furent prêts les premiers. Le commandement était passé entre les mains de Fermor, un des lieutenants d' Apraxine, Allemand originaire des Provinces Baltiques, mal

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vu des orthodoxes et des soldats, au demeurant bon général et savant ingénieur. Dès le mois de janvier, les troupes russes se jetèrent dans la Prusse-Orientale, abandonnée par Lehwaldt, qui repoussait les Suédois de la Poméranie. Kœnigsberg capitula le 21 janvier à des conditions très douces : Fermor promit que les Russes n'exigeraient en fait d'impôts et de levées d'hommes que ce qui avait été fourni antérieurement au roi de Prusse. Les habitants et fonctionnaires de la vieille cité rovale prêtèrent serment à la tsarine, le jour anniversaire de la naissance de Frédéric II; l'aigle à deux têtes remplaça partout l'aigle monocéphale. Grâce à cette modération habilement calculée, la domination russe fut acceptée sans trop de répugnance. Fermor espérait que la conquête serait définitive. Les Russes gardèrent la Prusse royale jusqu'en 1762. Ce succès fut très mal vu des alliés d'Elisabeth : ils redoutaient plus que toute chose un agrandissement de la Russie; Louis XV avait peur pour l'indépendance de la Pologne; Marie-Thérèse craignait qu'Elisabeth ne voulût s'affranchir de la tutelle autrichienne. Son Conseil aulique de yueire insistait pour obtenir des Russes un détachement chargé de secourir les Autrichiens en Silésie. Fermor refusa de laisser jouer à la moindre partie de ses troupes le rôle d'une armée sacrifiée. Mais il commença une sérieuse diversion dans le Brandebourg. Kiïstrin fut bombardé et les Russes s'installèrent dans ses faubourgs. Sans l'éloignement de Roumiantsof, qui était resté en arrière à Schwedt, la place eût été forcée de se rendre. Frédéric, qui avait repris Schweidnitz et poussé les Autrichiens en Moravie, leva le siège d'Olmiïtz, pour arrêter les Russes. Daun ne fit rien pour l'entraver et se contenta d'une savante marche-manœuvre vers la Lusace, pour sauvegarder à la fois la Bohême et la Saxe. Frédéric II passa l'Oder et la Mietzel en aval de Kùstrin et vint offrir la bataille aux Russes sur le plateau de Zorndorf. Là, un choc formidable se produisit entre les deux armées : la bataille dura de neuf heures du matin à huit heures du soir. Malgré les charges brillantes de Seydlilz, un « grand cavalier », une sorte de Murât prussien, les Russes gardèrent le champ de bataille. Ce fut une véritable boucherie dans les deux armées;

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il était plus facile de tuer les Russes que île les mettre en déroute. Mais comme Fermor ne poursuivit pas les troupes prussiennes, comme il abandonna ses positions le surlendemain sans nouveau combat, comme la tsarine, dans un ordre du jour, flétrit certains actes d'ivrognerie auxquels s'était abandonné pendant la bataille un petit détacbement d'irréguliers, on attribua l'avantage à Frédéric II. Il n'avait pas manqué de chanter la victoire sur tous les tons, annonçant, que l'obscurité seule l'empêchait de poursuivre les Russes, « que Fermor allait se rendre... qu'il s'était rendu ». La bataille de Zorndorf, très sanglante pour les deux armées, fut en réalité une bataille indécise (25 août 1758). Les Russes se retirèrent, comme l'année précédente. Ils gardèrent seulement la Prusse. Ils ne savaient pas encore tirer d'une campagne, heureuse en somme, tous les avantages qu'elle comporte.

Campagne de 1758 : les Français sur le Rhin; Crefeld. — En 1158, les Français agirent comme les Russes : à part des Autrichiens. C'étaient trois guerres et trois plans d'opérations complètement séparés auxquels Frédéric II devait faire face. Les Anglais avaient désavoué la capitulation de Closlerseven et rappelé sous les drapeaux les contingents du Hanovre et du Brunswick qui avaient pris l'engagement de ne plus servir. Richelieu, qui avait signé cette capitulation avec une si coupable légèreté, fut remplacé à la tète de l'armée du Rhin par un petit collet de sang royal, le comte de Glermont, abbé commendatairc de Saint-Germain-des-Prés. C'était un frère du duc de Bourbon; il avait obtenu de Rome de porter les armes sans résigner ses bénéfices. Il eut à combattre le meilleur lieutenant de Frédéric II, Ferdinand de Brunswick. Glermont sembla d'abord vouloir montrer quelque énergie : il cassa d'un seul coup 80 officiers, coupables de graves infractions à la discipline. Mais que faire avec une armée sans vivres, souvent sans solde, sans charrois, éparpillée par petits détachements, avec une artillerie embourbée, avec 15 000 malades encombrant des hôpitaux qui sont réduits à l'état de charniers, et dans un pays hostile, ruiné par les exactions de Richelieu? Ferdinand de Brunswick entama contre cette lamentable armée une guerre

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très serrée. Du Mein à l'embouchure du Weser et de Brème au Rhin, 62 000 Français étaient semés en petits postes : « Quand on étend son armée sur 80 lieues de superficie vis-à-vis d'un ennemi qui peut se rassembler en deux fois 24 heures, on ne peut manquer de périr. » Cette prédiction du comte de Saint-Germain ne larda pas à se réaliser. Débordé par Ferdinand de Brunswick, qui venait de passer le Weser à Verden, Saint-Germain dut abandonner Brème, et, à travers mille dangers, se replier sur Osnabriick. Le Hanovre était perdu. Clermont ne songea pas même à défendre la Westphalic : il se retira en débandade sur la rive gauche du Rhin. Obéissant aux adjurations du maréchal de Belle-Isle, qui venait de succéder au comte d'Argenson comme secrétaire d'État de la guerre, Clermont résolut enfin de livrer bataille, à Crefeld. Il appuya sa droite à des marais infranchissables, et protégea son centre par une puissante artillerie. Seule, la gauche était dans une position aventurée, que l'on chercha trop tard à fortifier. Ferdinand de Brunswick simula une attaque sur le centre : en même temps il faisait filer derrière ce rideau de grosses masses de troupes pour accabler et déborder la gauche des Français. En vain Saint-Germain, à la tète des réserves, soutint avec un merveilleux sang-froid le feu d'un ennemi quatre fois supérieur. En vain le comte de Gisors, iils de Belle-Isle, dirigea contre les Allemands, en partie cachés dans les bois, celle charge héroïque où il trouva la mort. Le comte de Clermont, croyant à une fausse attaque sur sa gauche, ne lit pas un mouvement pour l'appuyer; il fit sonner la retraite, au moment où les réserves, attendues par Saint-Germain depuis quatre heures, arrivaient enfin sur le terrain. Cette défaite, sans produire autant d'effet moral que celle de Rosbach. eut des conséquences aussi désastreuses. Ruremonde, Dusseblorf tombèrent entre les mains de l'ennemi. « Nous n'avons plus que le souflle d'une armée », écrivait Clermont. Bernis, qui ne devait cependant pas être difficile, écrivait : « Pour moi, j'aurais mieux aimé détruire notre armée par un combat que par une retraiter ai pensé en mourir de honte. » Clermont fut rappelé et remplacé à l'ancienneté par le marquis de Contades, qui d'ailleurs était bien en cour : « Le duc de Broglie, M. le comte Saint-Germain,

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M. de Chevert paraissent avoir plus de talent que les autres, avouait Bernis; mais on ne peut leur donner le commandement sans forcer toute la tête des officiers généraux à quitter le service. » Gontades ne valait pas mieux que Clermont.

Il se fit détacher de l'armée du Mein une division d'avantgarde commandée par le duc de Broglie. Le frère de celui-ci, le comte de Broglie, lui était attaché comme maréchal général des logis ; il était le confident de la diplomatie secrète du roi. Ainsi, le secret du roi se trouvait transporté de la diplomatie tà l'armée et le corn le de Broglie devait correspondre avec Louis XV directement, par-dessus la tète de ses chefs et à l'insu des ministres de la guerre, contre toute règle de hiérarchie et de discipline. Les deux armées françaises tentèrent de combiner leurs opérations : Souhise rentra dans la liesse, prit Cassel; Broglie, avec Pavant-garde, battit à Sandershausen un corps allemand de Ferdinand de Brunswick. Le Hanovre fut de nouveau envahi. Mais Ferdinand, renforcé de 12 000 Anglais débarqués à Emden, s'éloigna de Gontades pour marcher à la rencontre de Soubise. Gontades détacha au secours d<« son collègue le corps commandé par Chevert, qui fut victorieux à Lulternberg. C'était Chevert qui avait remporté la victoire : ce fut Soubise qui obtint le bâton de maréchal. Le fruit de ses victoires, d'ailleurs peu décisives, fut perdu. Gontades repassa le Rhin et Soubise le Mein; tous deux prirent leurs quartiers d'hiver à bonne dislance de l'ennemi: Brunswick, cantonné à Munster, surveillait les deux armées.

Profilant de la double offensive des Russes et des Français, les Autrichiens s'étaient aussi portés en avant. Laudon, vainqueur à Domshedt en Franconie, s'était emparé de Bamberg. Daun envahit la Saxe et menaça la Silésie. Il assiégea à la fois Neisse et Dresde. Schmetlau le repoussa de Dresde, mais Daun battit Frédéric à Hochkirchen (44 octobre). Il ne sut pas mieux qu'auparavant profiter de sa victoire. Frédéric força la route de Silésie et rejeta Daun en Bohème. Le Reichslag de Ratisbonne fulmina contre Frédéric une nouvelle sentence d'exécution. Le roi de Prusse par ses victoires était en mesure de braver les foudres impuissantes d'une assemblée sans prestige.

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