‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 43 sur 219 · NEGOCIATIONS DE CH01SELL · texte numérisé non relu

NEGOCIATIONS DE CH01SELL

fruitier de son royaume; il a des enfants, et les peuples doivent être comptés dans ce nombre. »

Ainsi la France était livrée à un maître incapable, qui l'avilissait à plaisir et qui déshonorait la royauté. « En France il n'y a ni gouvernement, ni administration, ni armée; tout ceci se décompose; on a beau étayer le bâtiment d'un côté, il croule de l'autre. Nous touchons au dernier période de la décadence.... Nous n'avons ni généraux, ni ministres. Je trouve cette phrase si bonne et si juste que je veux bien qu'on me comprenne dans la catégorie. » C'est le ministre dirigeant qui tenait ce langage! Aussi demandait-il à être relevé de ses fonctions. Il avait en vain prêché la nécessité de faire la paix, ou tout au moins de ne plus se mettre à la remorque de l'Autriche et de revenir au premier traité de Versailles qui ne lui attribuait qu'un secours de 24 000 hmomes. « Soyons nobles, mais ne soyons pas dupes, disait-il avec raison. On parait vouloir à Vienne tirer de nous la quintessence sans s'embarrasser de ce que nous deviendrons. » Ne pouvant arrêter cette déplorable guerre, il ne voulait pas être condamné au ministère à perpétuité. Pour s'en retirer avec honneur tandis qu'il le pouvait encore, il alléguait « ses coliques d'estomac, ses obstructions au foie ». Louis XV accepta enfin la démission de Bernis, le jour même où celui-ci était nommé t ardinal (9 octobre 1758). Il lui donna le successeur qu'il avait lui-même désigné commole plus capable : Ghoiseul.

Politique autrichienne de Ghoiseul. — Le comte de Stainville (i 719-1785), créé duc de Ghoiseul à son avènement au ministère, était Lorrain d'origine; son père était encore à cette époque au service de l'ancien duc de Lorraine, devenu l'empereur François Ier. Il commença sa carrière dans l'armée, où il s'éleva jeune jusqu'au grade de maréchal de camp, récompense de sa belle conduite dans la guerre de la succession d'Autriche. 11 épousa la fille du riche financier Crozat, douce et indulgente créature, toujours à l'affût d une bonne action, qui attirait, qui charmait et qui contribua singulièrement à la haute fortune de son mari. De l'armée il passa dans la diplomatie et représenta la France à Rome d'abord (1753-57), puis à Vienne (1757-58). C'est de Vienne qu'il fut appelé à Versailles pour diriger les

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affaires étrangères. Petit, roux et d'une figure désagréable, il valait surtout par son esprit vif, sémillant et caustique et par l'audace de son caractère; il osa dire tout haut à l'avance tout ce qu'il comptait faire. Habile courtisan, il eut toujours auprès des femmes de grands succès, autant par ses manières polies et câlines que par son talent de persiflage. Ce fut un personnage ondoyant et divers, étourdissant de verve, plein de confiance en ses hautes capacités, habile surtout à flatter l'opinion et à s'assurer d'utiles protections. Il gagna d'abord Mmc de Pompadour, en lui dénonçant les efforts d'une de ses propres parentes pour la supplanter dans les bonnes grâces du roi. Il se fit bien venir de toute la cour par sa magnificence et son goût pour les arts : il tenait table ouverte pour 80 couverts et avec 800 000 livres de revenus il fit des dettes. Il sut peu à peu s'imposer à l'Europe et prendre rang parmi les premiers des ministres d'Etat. Il n'eut jamais de hautes vues, ni même, surtout au début, de système politique nettement arrêté; mais il avait une haute idée de la France, il souffrait de son effacement, il voulut lui rendre son prestige perdu. En somme, parmi « les pygmées du règne, il fut comme une manière de grand homme ».

Nul ministre ne pouvait être plus agréable à l'impéralricereine Marie-Thérèse. Au lieu de chercher comme Bernis à conclure la paix continentale, Choiseul apporta comme don de joyeux avènement à l'Autriche le troisième traité de Versailles (30 décembre 17o8), qui doubla le subside payé à Marie-Thérèse. La France devait continuer à tenir sur pied 100 000 hommes en Allemagne et à payer seule le corps saxon et les Suédois. Toutes les conquêtes faites dans la Basse-Allemagne devaient être administrées au nom de l'Autriche. La paix ne devait être signée que quand Frédéric aurait restitué la Silésie. Ainsi, la France était liée plus étroitement que jamais à « cette sangsm* de l'Etat », l'Autriche. Son action était subordonnée aux intérêts autrichiens dans toutes les questions relatives à l'Allemagne, à l'Italie et même à la Pologne, à l'Orient. En retour, l'Autriche n'apportait aucun secours à Louis XV dans sa lutte contre l'Anglelerre. Les succès sur le Rhin allaient être poursuivis au prix de l'abandon de notre bel empire colonial. Après avoir

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travaillé < pour le roi de Prusse • , Louis XV ne songeait plus qu'à l'intérêt de sa cousine et bien bonne amie Marie-Thérèse.

La guerre maritime en Europe. — Cependant l'Angleterre tenait partout nos forces en échec; elle voulait écraser définitivement la puissance de l'ennemie héréditaire. Elle était alors dirigée par un grand ministre, qui, nouvel Annibal, semblait avoir juré à la France une guerre éternelle. William Pitt, fils d'un simple esquire, avait mérité par sa probité rigide, par l'ardeur de son patriotisme, par la vigueur de son éloquence, le surnom de grand député des Communes. Il ne se contenta pas de jeter sur nés colonies, abandonnées à elles-mêmes, des forces écrasantes : il insulta les côtes de France et lit trembler les populations du littoral sous la menace perpétuelle d'un débarquement. Les Anglais avaient 15G vaisseaux de guerre de tout ordre; la France 60 seulement. Ils voulurent venger d'une façon éclatante leur échec de Minorque. En 1757, une forte escadre, montée par 10 000 hommes de débarquement, enleva l'ile d'Aix à l'embouchure de la Charente. Le chef anglais, en marchant tout d'une traite sur Rochefort, pouvait détruire ce précieux arsenal, qui n'était pas en état de défense. Mais de braves paysans faits prisonniers affirmèrent que tout y était prêt pour la lutte. Des renforts arrivèrent et les Anglais durent se contenter de la destruction du fort de l'ile d'Aix. En 1758, ils brûlèrent quelques vaisseaux à Saint-Malo, sans pouvoir, à la suite de deux tentatives, s'emparer de la place. Ils descendirent à Cherbourg et détruisirent les premiers ouvrages qu'on avait élevés en vue d'y établir un port militaire. Une tentative de débarquement dans la baie de Saint-Cast fut glorieusement repoussée : la noblesse bretonne, aidée de paysans, de bourgeois, d écoliers, sous les ordres du gouverneur, le duc d'Aiguillon, courut sus à l'ennemi et jeta à la mer toute son arrière-garde d'au moins 3000 hommes.

Choiseul cherchait à donner à la guerre maritime une plus énergique impulsion. Il préparait une descente en Angleterre. Des troupes furent réunies à Dunkerque par Chevert. Soubise, proclamé chef de la grande armée d'Angleterre, devait les commander; d'Aiguillon en réunissait d'autres en Bretagne*

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Des vaisseaux de transport furent préparés et les escadres de Toulon et de Brest s'apprêtèrent à appuyer le mouvement (1759). Ce fut comme une première ébauche du célèbre Camp de Boulogne, mais qui ne devait pas avoir plus de succès. La France avait bien de la peine à se défendre sur mer; il était bien téméraire d'attaquer. Le commodore Rodney bombarda le Havre et brûla l'escadrille qu'on y construisait. Notre flotte de Toulon réussit à franchir les passes de Gibraltar; mais elle fut attaquée à la hauteur de Lagos par les forces supérieures de l'amiral Boscawen ; l'amiral français La Clue fut complètement battu (1759). La flotte de Brest eût un sort encore plus malheureux : le marquis de Conflans, qui s'était posté près de Belle-Isleen-Mer, n'attendit même pas l'ennemi : ses vaisseaux s'enlisèrent dans les bancs de sable ou se brisèrent contre les récifs des Cardinaux : l'amiral Hawke eut facilement raison des malheureux débris de cette expédition. Malgré les dangers d'une poursuite à travers ces parages difficiles, Hawke ordonna l'attaque : « Vous avez fait votre devoir en me représentant la situation, dit-il au pilote de son vaisseau amiral; mais je réponds de tout et je vous ordonne de me placer bord à bord avec l'amiral français. » Deux vaisseaux de ligne français amenèrent leur pavillon ; quatre furent détruits. Le reste alla se cacher à Brest sans essayer de combattre. A,près la bataille de Belle -Isle, appelée aussi journée de M. de Conflans, l'honneur même n'était plus sauf (1759). Dès lors les flottes régulières disparurent; le secrétaire d'Etat de la marine Berrier vendit à l'encan les quelques navires hors de service qui se trouvaient encore dans nos arsenaux. Ce fut une liquidation complète de la marine de guerre. La guerre maritime ne se fit plus que par les corsaires : l'un d'eux, Thurot, un intrépide marin, exécuta une descente d'abord heureuse en Irlande ; mais il fut tué et sa petite escadre dispersée dans la Manche. Bientôt Bclle-Isle tomba entre les mains des Anglais (1761). Depuis 1759 ils étaient les maîtres du Canada; en 1761,Lally leur rendit Pondichéry. Ils enlevèrent encore le Sénégal, la Martinique, la Grenade, Sainte-Lucie, Tabago. La haine implacable de Pitt semblait devoir être assouvie.

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Choiseul chercha à conclure une paix séparée avec l'Angleterre. Des conférences très secrètes s'ouvrirent à Ryswick et à La Haye. Le duc d'Aiguillon eut plusieurs entretiens avec l'Anglais Howe. Frédéric II, épuisé par la défaite de Kunersdorf, aurait bien voulu être compris dans la négociation. Pilt refusa avec hauteur toute concession (17.r>9). 11 songeait même en ce moment à étendre la guerre à l'Italie. 11 proposait à Charles- Emmanuel de conquérir la Lombardie, et d'ajouter à ses Étals l'arme, Plaisance et Guastalla. Don Philippe échangerait Parme eontre la Toscane, les maisons de Lorraine et de Habsbourg seraient chassées de toute l'Italie. Mais les Bourbons d'Italie refusèrent d'accepter cette combinaison. A la fin de 1760, l'ancien roi de Naples, devenu le roi d'Espagne Charles 111, s'entremit, à la demande de Choiseul, pour rétablir la paix. Le marquis Grimaldi. confident du roi d'Espagne, fut envoyé à La Haye. Les négociations furent reprises dans le courant de 1761, par Stanley à Paris et par Bussy à Londres, et aboutirent à l'ultimatum anglais du 25 juillet 1761. Pilt voulait imposera Louis XV de ne secourir Marie-Thérèse qu'avec le contingent •le 24000 hommes stipulé dans le premier traité de Versailles, tandis qu'il maintenait pour l'Angleterre le droit d'envoyer à Frédéric des secours illimités en hommes et en argent. 11 demandait la cession de toutes les colonies qui étaient ou seraient à la date de la signature du traité entre les mains des Anglais. Il exigeait enfin la démolition de toutes les fortifications de Dunkerque : « Non pas qu'il redoutât personnellement cette place, mais le peuple anglais avait des rancunes contre elle: et il voulait que ses murs et ses forts rasés, son port comblé fussent un monument éternel de l'abaissement de la France. » A cet insolent ultimatum, à ce langage provoquant, destiné à pousser la France aux dernières résolutions, Choiseul répondit avec une extrême modération pour bien prouver son désir sincère de faire la paix et pour perdre son ennemi dans l'opinion. VUllimatissimttm de Choiseul (9 sept. 1761) acceptait la clause relative à Dunkerque; mais il réclamait pour la France la propriété absolue de Saint-Pierre et de Miquelon, et non la simple occupation sous la suzeraineté de l'Angleterre

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et sous la surveillance effective d'un commissaire anglais. 11 demanda aussi de justes satisfactions pour l'Espagne. Cette habile politique porta immédiatement ses fruits. L'opinion publique anglaise était irritée contre Pitt, partisan de la guerre à outrance. Le nouveau roi, George III, ne l'aimait pas. Pitt fut renversé du ministère (5 octobre 1161).

Le Pacte de Famille. — Mais déjà Choiseul avait remporté un plus beau succès diplomatique. Il avait conclu le Parle de Famille avec tous les princes régnants de la dynastie de Hourbon. Une série de traités avaient déjà commencé à les unir !. Choiseul dans ses négociations avec le marquis de Grimaldi n'eut donc pas l'originalité de l'invention; mais il eut le mérite de l'exécution. En vertu du Pacte signé le 15 août 1161. l'union intime des deux familles de France et d'Espagne fut proclamée pour toujours. Les deux souverains devaient agir en toute occasion comme s'ils ne faisaient qu'un : qui attaque une couronne attaque l'autre. En cas d'agression contre l'un des signataires, les contingents étaient fixés de la façon suivante : la France fournirait à l'Espagne 24 000 hommes et l'Espagne 12 000 à la France; chacune 12 vaisseaux. Troupes et vaisseaux devaient être à la disposition de la puissance requérante et rester à la solde de la puissance requise. Le traité devait être tenu secret jusqu'en mai 1762, époque où l'Espagne déclarerait la guerre à l'Angleterre, si celle-ci n'avait pas consenti à faire la paix. Les princes régnant à Naplcs et à Parme devaient être admis dans cette alliance intime; ils v entrèrent effectivement au bout de peu de temps. Le Pacte ne pouvait être étendu qu'aux Bragance pour l'Espagne et au roi de Sardaigne pour l'Italie. Ainsi l'union étroite de la France, de

I. A la suit** «l'une brouille peu durable au temps de la Régence, un accord inliine avait commencé dès le temps de Fleury entre les Bourbons de France et .l'Espagne. Le traité de Madrid de 1733 avait réuni la France et l'Espagne contre l'Autriche, à condition que Naples et la Sicile seraient à l'infant don Carlos. Parnucl Plaisance à son frère «loti Philippe. Ee troisième traité de Vienne ne stipula • pie l'exécution de la première de ces deux conditions. En H>3, le traité de Fontainebleau fut comme un premier pacte de famille entre les trois cours de Versailles de Madrid et de Naples, à l'effet d'assurer Gibraltar et Port-Manon i l'Espagne; Pîtrine et Plaisance à Elisabeth, lille do Louis XV: le Milanais et Mantoiian à «Ion Philippe, époux «l'Elisabeth. En 1 7 S S. don Philippe acquit seulement Parme et Plaisance.

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l'Espagne et de l'Italie était formée; c'était une sorte d'union latine conclue contre l'Angleterre; et comme l'Autriche était associée intimement à la politique française, c'était aussi l'union catholique 1 reconstituée contre les protestants d'Allemagne et de la Grande-Bretagne. La grande pensée de Louis XIV était réalisée : on pouvait espérer qu'il n'y aurait plus de Pyrénées. Lord Bute, appelé par George III pour remplacer Pitt et faire la paix, reçut bientôt la déclaration de guerre de l'Espagne. Le roi d'Espagne Charles III unit ses flottes à ce qui restait de vaisseaux français : c'était pour la France une précieuse alliance, qui allait subsister sans nuages jusqu'à la Révolution.

Dernières opérations dans l'Allemagne occidentale. — Mais il fallait de nouveaux efforts sur le continent pour abaisser la Prusse. Ghoiseul, devenu à la mort de Belle-Isle secrétaire d'État de la guerre, envoya en Allemagne jusqu'à 160000 Français. Soubise reparut à la tète de l'armée du bas Rhin; on lui donna 100 000 hommes pour lui permettre d'effacer [>ar quelque victoire le souvenir de Bosbach. Broglie, à la tôle de l'armée du Mein, avait échelonné ses quartiers d'hiver de Cassel à Langensalza. Ferdinand de Brunswick, commençant la campagne plus tôt qu'il n'était d'usage, le surprit (15 février 17(>I ) dans cette dernière position. L'armée française brûla d'immenses approvisionnements et gagna Cassel en désordre. Cassel fut investi. Le maréchal laissa à son frère, le comte de Broglie, le soin de défendre la place, tandis qu'il irait chercher à Francfort des troupes fraîches. A son retour il battit l'ennemi à Griineberg (21 mars 1761), lui enleva 20 canons et 18 drapeaux et le força à lever le siège de Cassel, après un blocus de 28 jours. A la suite d'un premier échec habilement réparé, les grandes opérations projetées semblaient possibles. Broglie marcha à la rencontre de Soubise : la jonction devait avoir lieu sur la Ruhr le 16 juillet; mais Broglie était jaloux et Soubise incapable. Arrivé dès le 15, Broglie attaqua Ferdinand de Brunswick sans attendre son chef, pour avoir seul l'honneur de la victoire. 11 se fit battre à Villinghausen : Soubise entendit la

I. Celte union catholique était essentiellement anticléricale, comme le prouve l'expulsion des Jésuites «les différents Klats alliés.

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canonnade et laissa accabler son lieutenant. L'armée du bas Rhin se replia derrière la Ruhr, mais put occuper cependant l'Ost-Frise et la Basse-Saxe, où elle leva des contributions. L'armée du Mein se replia sur Gassel. Broglie fut disgracié. Brunswick, trop faible contre les deux adversaires réunis, sr posta de façon à les séparer et à les empêcher de rien entreprendre. Désormais la guerre languit, les opérations sont plus décousues que jamais; les Français continuent de se battre autour de Gassel, pour sauver toujours à nouveau celte place toujours attaquée. D'Estrées, successeur de Broglie, est vaincu ù Wilhelmstadt. Cette fois Gassel, investi, capitule; nos troupes sont rejelées de nouveau sur le Mein. A l'autre armée, le prince* de Gondé, qui remplace Soubisc, remporte un petit avantage à Fricdberg; mais à la suite de l'affaire de Brûckermûhle et de la perte d'Amoneburg, il est rejeté sur le Rhin. Ferdinand de Brunswick maintenait sa supériorité, malgré l'avantage du nombre qu'avaient toujours eu les Français. Ge furent, de part et d'aulre, les derniers efforts dans l'Allemagne occidentale.

Revirements de la politique russe. — Sur les autres théâtres, les opérations n'avaient pas été moins languissantes. Frédéric II était épuisé par la nécessité de tenir tète à la fois aux Autrichiens, qui le menaçaient toujours, et aux Russes, qui revenaient sans cesse. Pour achever sa perte, Ghoiseul aurait dû se rapprocher aussi intimement de la Russie que de l'Autriche. Mais il partageait à l'égard de cette puissance les préjugés du tous les hommes d'Etat français du xvme siècle. Quand le baron de Breteuil partit pour Pétersbourg comme ministre plénipotentiaire adjoint au marquis de L'Hôpital \ il reçut l'ordre de s'opposer à tout agrandissement de la Russie (1760). « La saine politique ne doit pas permettre qu'on laisse la cour de Pétersbourg profiler des avantages de son état actuel pour augmenter sa puissance et étendre les bornes de son empire. » Telle était la substance des instructions remises à Breteuil, et il devait insister pour obtenir que la tsarine renonçât à la Prusse- Orientale, conquise en l"o8. Elisabeth, ne pouvant réussir à

!. Kl aussi comme nfçent «••' la correspomlance serrèle el surveillant «le l'ninl'ass.'ulcur eu lilrc, <■<• (|u'ii;noruil Clioi^-ul.

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faire agréer de la France ses avances, s'était rapprochée plus étroitement de l'Autriche : par la convention du 21 mars 1760, les deux puissances s'étaient garanties mutuellement à l une la Silésic, à l'autre la Prusse-Orientale. La campagne de 1760 s étant terminée à l'avantage de la Prusse, par suite de la double retraite des Russes et des Autrichiens, Choiseul chercha à mettre fin à la guerre continentale. A la suite d'une conférence très secrète avec les ambassadeurs des puissances alliées de la France (25 mars 4761), il rédigea une déclaration pour proposer de réunir à Augsbourg un congrès en vue de la paix, tandis que les cours de Versailles et de Londres continueraient leurs négociations parallèles. Mais Pilt ne voulut pas traiter. Frédéric II refusa, bien qu'épuisé par la guerre, de rien abandonner Je la Silésie, « dussé-je être a la tête de six marmitons pour soutenir l'indivisibilité de mes possessions ». La guerre continua donc, mais sans entrain. En Saxe, le prince Henri résistait à l'armée des Cercles. En Silésie, Laudon s'empara de Schweidnilz; Boutourline, successeur de Soltykof, fit dans cepays une campagne infructueuse de 77iarches-manœuvres. La seule opération de quelque importance fut la prise de Kolberg par Roumiantzof et la conquête par les Russes de la Poméranie jusqu'à Stellin. Les a loups et les ours de Sibérie » étaient donc pour Frédéric II les plus rudes adversaires. Après la Prusse- Orientale, il perdait la Poméranie. Frédéric n'avait plus que 30 000 hommes, son frère le prince Henri n'en avait pas davantage, et le pays était entièrement ruiné : « Si tout secours venait a nous manquer, malgré l'espérance que nous en avons, je vous avoue que je ne vois pas ce qui pourra éloigner ou conjurer notre perte. » Tel était le triste aveu de Frédéric II au prince Henri, le 0 janvier 1762.

Un coup de théâtre inattendu le sauva. Le 5 janvier 1762, Elisabeth mourut et son neveu Pierre III devint tsar. C'était un pur Allemand, qui avait du être chassé de la Conférence parce qu'il dévoilait au roi de Prusse les décisions secrètes qu'on y prenait. Il n'en continua pas moins à s'affliger des succès des Russes et à applaudir aux victoires prussiennes. Le jour môme de son avènement, il fit transmettre aux diverses armées russes

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l'ordre île s'abstenir de toute hostilité. Son bouffon Goudovitch fut reçu au camp de Frédéric « comme la colombe de l'arche apportant le rameau d'olivier ». L'envoyé prussien en Russie, Goltz, devint pendant quelques mois le personnage le plus puissant de l'empire moscovite et presque; le vrai tsar. Ce fut un renversement complet d'alliances bien plus imprévu et plus subit que celui de 1756. Pierre III résolut de soutenir Frédéric II avec bien plus de zèle et d'énergie qu'Elisabeth n'en avait mis à l'attaquer. Par le traité de paix du 5 mai 1762, il restituait la Prusse-Orientale. Par le traité d'alliance du 19 juin, les deux souverains promettaient de s'assister réciproquement d'un corps de 12 000 fantassins et 8000 cavaliers; Frédéric garantissait à Pierre III son duché de Holstein; tous deux s'engageaient à marcher d'accord dans les affaires de Pologne et de Courlande. Pierre III, dès le mois de mars, enjoignit à Roumiantzof d'attaquer le roi de Danemark, qui avait favorisé quelques mois auparavant la marche des Russes en Poméranie. Enfin l'armée de Tchernychef reçut l'ordre de se joindre à Frédéric II pour attaquer les Autrichiens. Les Kosaks entrèrent en Bohème à sa suite et Frédéric ne se sentit nullement humilié d'être devenu « l'archiconducteur d'ours de Sibérie dans le Saint-Empire » : ce qu'il avait tant reproché aux généraux autrichiens. Les chefs russes obéirent sans objection. Les soldats avaient l';\me navrée : ils se sentaient sacrifiés par un Allemand, leur maître, au prince qu'il admirait comme le héros de l'Allemagne. Ils n'eurent pas le temps de prêter à Frédéric II une aide très efficace. La réaction allemande en Russie était trop violente pour être durable. Pierre III fut déposé, enfermé sur l'ordre de sa femme Catherine II et bientôt après assassiné par les complices de celle-ci. Cette révolution de palais (9 juillet 1762) fut « un coup de foudre » pour le roi de Prusse. La nouvelle tsarine semblait devoir prendre le contre-pied de la politique de Pierre III. Pourtant elle se contenta d'observer le traité de paix en laissant de côté le traité d'alliance, rappela les corps de Roumiantsof et de Tchernychef, et continua l'évacuation déjà commencée de la Prusse-Orientale. Tranquille désormais du côté de la Russie, Frédéric II eut facilement

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raison des Autrichiens isolés. Il battit Daun à lleichcnbach, reprit Schweidnitz, tandis que le prince Henri écrasait à Freyberg l'armée des Cercles.

Progrès dus à Frédéric n dans Fart militaire. — Au moment où Frédéric II vient de gagner ses dernières batailles, il est indispensable d'indiquer les progrès que lui doit l'art militaire. Il a donné l'exemple de préparer longuement la guerre, par l'accumulation des ressources matérielles, par les perfectionnements à l'armement de ses troupes, par leur ins- Iruction soignée et leur entraînement méthodique, par l'élude approfondie des plans de campagne: Sur le terrain, il sut exécuter avec audace et précision les manœuvres les plus imprévues et les plus téméraires, qu'il calculait d'après la lenteur et les hésitations bien connues de ses ennemis. L'artillerie ouvrait le feu à distance : la cavalerie, dirigée par des chefs d'une rare valeur, comme Ziethen et Seydlilz, exécutait des charges en muraille, le plus souvent irrésistibles; l'infanterie agissait par des feux simultanés, plutôt que par des feux de tirailleurs, mais avec une rapidité très supérieure à celle de l'ennemi. Enfin Frédéric excellait à tirer parti du terrain, à dissimuler derrière des plis les marches obliques de ses colonnes, à combiner au milieu des bois ou à dérober dans le brouillard ses mouvements tournants. 11 recherchait toutes les occasions de prendre une offensive hardie, de déconcerter l'ennemi par ses concentrations rapides, par ses changements de position inatlendus en plein champ de bataille, par ses menaces d'enveloppement. Napoléon l'a beaucoup étudié, lui a beaucoup emprunté et lui a rendu pleine justice. Il faut remarquer toutefois que l'inégalité entre la Prusse et les coalisés était plus apparente que réelle, parce qu'ils n'apparaissaient que successivement et que Frédéric pouvait les battre tour à tour. Ainsi, dans la campagne de 1757, il dirigea trois séries d'opérations distinctes en Bohême, en Saxe et en Silésie. Les Husses se montraient chaque année dans la vallée de l'Oder; mais ils ne restaient que le temps de livrer une bataille et rentraient aussitôt dans leur pays. Les Suédois et l'armée des Cercles firent peu de chose. Enfin la coalition ne mit jamais à la fois plus de 300000 hommes

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