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LINDOISTAN
Alam II : misère des derniers empereurs mongols —
Alam II (1759-1806) nous présente comme un retour au type héroïque des premiers successeurs de Bàber. C'est la nécessité, c'est la pauvreté, qui l'arrachent aux délices et à l'abrutissement de la zénana, refont de lui ce que furent ses plus glorieux ancêtres, un chevalier d'aventures, le lancent dans les guerres contre les vassaux rebelles, dans les batailles contre les Anglais. Il est vraiment le dernier Grand-Mogol. Que seront après lui Akbar II (1806-1837) et Mohammed Bahadour (1837-1857), sinon des pensionnaires de la Compagnie britannique?
Si brave, chevaleresque, entreprenant et rusé que soit Alam II. il ne peut enrayer la décadence. Tandis que les provinces de l'Ouest sont en proie aux Afghans, aux Mahrattes, aux Sikhs, aux Djauts, aux Rohillas, celles de l'Est achèvent de se séparer de lui : le Bengale a déjà son soubab indépendant; Bénarès, le Béhar obéissent à d'autres que l'empereur; tout au plus s'il peut garder à la fois deux villes, Dehli et Allahabad. La dynastie de Bàber se termine comme celle de Charlemagne au temps de Charles le Simple ou de Louis d'Outre-Mer : les empereurs ne sont plus assurés ni de leur capitale, ni de leur liberté, ni môme de leur vie.
Pourtant, en cette anarchie croissante de la Péninsule, les derniers empereurs représentent, dans le monde des idées et du droit, quelque chose de très grand. Entre leurs anciens fonctionnaires devenus des souverains, les chefs de bandits qui s'élèvent à la royauté, les Compagnies de marchands européens qui rongent llndoustafi, l'empereur reste la source unique de toute légitimité. Les puissantes dynasties musulmanes de l'Aoude, du Bengale, du Dekkan, ne se sentent un peu fermes sur leurs trônes usurpés qu'en vertu d'un firman (pargana) de cette puissance impériale par eux dépouillée. C'est à elle que Dupleix et la Compagnie française, Clive et la Compagnie anglaise, s'adressent pour faire consacrer, sous le nom de djaguirs, de nababieSy de divanies, leurs conquêtes et leurs empiétements. Ils n'ont plus rien en propre, ces empereurs « héroïques » et « victorieux »; mais en faveur d'autrui ils disposent de tout. Ils ont encore la main qui signe les firmans et qui s'ouvre ensuite pour recevoir en or son salaire.
LA CII.MI'ACNIE FHANCAISK : IMPLFJX
//. — La Compagnie française : Dupleix.
Administration de Lenoir. — Après les successeurs immédiats de François Martin, — Dulivier, Hébert La Prévostière (celui-ci, 1718-1719), — le premier gouverneur de l'Inde française qui mérite d'être signalé, c'est Lenoir (1721-1735)*. Déjà sous l'administration précédente, il avait recommandé la culture du coton : c'était pressentir l'avenir économique de l'Indoustan (cependant il fut traité de visionnaire par le gouverneur La Prévostière). Il géra en commerçant avisé les affaires delà Compagnie française : à ses yeux le premier devoir d'une société, c'était de payer ses dettes : il y employa l'argent reçu de France. Désintéressé, loyal, la confiance qu'il inspirait fut telle que, lors de la banqueroute de la Compagnie en 1720, où lui-môme fut ruiné, les marchands indigènes consentirent à ajourner la poursuite de leurs créances. Et ceci n'est pas d'un négociant vulgaire : il voulut que, malgré le désastre financier, l'hôpital de la colonie fût bien entretenu, que le sort des vieux soldats et matelots fût assuré : « Ce sont, écrivait-il, des charités bien placées, qui font honneur à la Compagnie et attireront la bénédiction de Dieu. » Sous Lenoir se fonda notre troisième établissement politique dans l'Inde : Maihi ou Mahé (1725). Nous y avions un comptoir depuis 1722; mais les Anglais de Tallichéry excitaient contre lui l'hostilité des tribus; ils capturaient les navires indigènes qui allaient à Mahé sous pavillon français. Le Conseil de Pondichéry, dont Dupleix était déjà membre, fut pris d'une révolte de fierté nationale : il chargea Pardaillan, avec quatre vaisseaux, d'aller sauver ce comptoir, assiégé du côté de la terre par les indigènes, bloqué du côté de la mer par les Anglais. Parmi les officiers de Pardaillan était Mahé de La Bourdonnais : ainsi apparaissent déjà les grands noms de cette histoire. L'escadre bombarda les