‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 62 sur 219 · LK 1101 KT LA COI H · texte numérisé non relu

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écho du monde extérieur jusqu'en co cercle suranné. Le soir, elle va chez ses fidèles, le duc et la duchesse de Luynes; elle y trouve un pécheur converti, l'aimable et doucereux président Hénault. Le chien Tintamarre ronfle au coin du feu; le duc aussi, souvent. La conversation languit, mais le temps passe, on est ensemble, et, quand on est séparé, on s'écrit des lettres d'une • banalité innocente. — Marie Leszczinska manquait d'esprit, surtout avec le roi. Après l'avoir retenu près de dix ans fidèle et lui avoir donné dix enfants, dont deux jumelles tout d'abord (1727-37), elle lui a témoigné lassitude et froideur. « Eh! quoi, toujours coucher, a-t-elle dit, toujours grosse, toujours accoucher! » Il se l'est tenu pour dit, et dès lors il n'a plus avec sa femme que des relations de cérémonie. Il est souvent dur pour elle et elle a peur de lui. Elle se plie à tout. Lorsqu'il nomme Mne de Pompadour dame du palais, « Sire, dit-elle, j'ai un roi au ciel qui me console île tous mes maux et un roi sur la terre à qui j'obéirai toujours. » 11 y avait quelque force dans cette inertie, quelque grandeur dans cette humilité. Quand la reine tombera malade, Louis XV lui témoignera sinon des remords, au moins des égards, pendant ses deux dernières années. Elle s'éteindra, à soixante-cinq ans, le 2i juin 1768.

La famille royale. — Les filles du roi, Mesdames, eurent sur leur père une influence que Marie Leszczinska n'avait jamais su prendre sur son mari. Leur appartement était tout proche du sien et il venait souvent leur rendre visite. Il en avait eu huit. Pour les distinguer on les avait numérotées : Madame première, Madame seconde, etc. Deux étaient mortes en bas Age. La dernière, Madame Louise, petite personne pâle, fine, vive en paroles, intrépide amazone, se fera carmélite en 1770. L'aînée, Madame Elisabeth (Madame Infante), fort ignorante, mais aimable, courageuse et sensée, épousa à l'âge de douze ans (17i(J) l'infant don Philippe de Parme, fils de Philippe V. Elle revint en France en 1757 et y resta jusqu'à sa mort (1759). La seconde. Madame Henriette, svelle, délicate, mélancolique, blanche comme l'ivoire, ne se consola poir.t de n'avoir pu épouser le due de Chartres et mourut en 1752. Iteslaient Mesdames Adélaïde, Victoire et Sophie, que Louis XV, avec sa manie de bassesse dans

LOUIS XV

le langage, avait surnommées Loque, Coche et Graille. Peu intelligentes, encore moins instruites, dévotes à l'excès, jalouses, médisantes, elles formaient une coterie remuante et parfois redoutable. Abandonnées à elles-mêmes, Madame Victoire, grasse et gourmande, Madame Sophie, molle et silencieuse, eussent été inoffensives : mais elles avaient un chef : Madame Adélaïde. Celle-ci, impérieuse, ardente, enfant gâtée, capable de légèretés singulières, protectrice enthousiaste du clergé, ennemie de l'alliance autrichienne, exerçait une action occulte sur le roi, et sa haine était sans mesure contre les philosophes et contre Mœe de Pompadour, en attendant qu'elle s'acharnât plus tard contre Marie-Antoinette.

Le dauphin, non moins pieux que sa mère et presque aussi impétueux de nature que Madame Adélaïde sa sœur, menait une vie fort retirée, mais il observait tout avec soin. 11 était brave : il lit ses preuves àFonlenoy. Il avait du bon sens, de la droiture; il semblait dépourvu d'ambition. Cependant Choiseul et M""" de Pompadour, qui le redoutaient, s'étudièrent à le perdre dans le cœur et l'esprit de son père. Il s'enferma chez lui, se complaisant en son humeur bourrue, fumant pipe sur pipe, composant du plain-chant, disant matines et laudes, passant des journées entières avec l'abbé de Sainl-Cyr, affectant de se désintéresser des affaires de l'État pour s'occuper de son salut éternel. — Après la mort de sa première femme, infante d'Espagne, il avait épousé en 1747 Marie-Josèphe, fille d'Auguste III, une Saxonne aimable et vertueuse, dont l'unique passion était l'attachement à sa famille de Saxe et dont le fin regard surveillait attentivement la politique de la France en Allemagne.

Les princes du sang. — Les d'Orléans, suspects à la cour, y venaient rarement. Le fils du Régent, Louis, ressemblait aussi peu que possible à son père : il s'était logé à l'abbaye de Sainte-Geneviève, où il se donnait aux sciences, aux langues et à la religion. Sa sœur, veuve de Louis Ier d'Espagne, s'était confinée dans la dévotion. Son fils avait pris une sorte de retraite à Bagnolet, où il recevait d'aimables écrivains.

Les Bourbon-Condé, fastueux et prodigues, avaient une tout autre allure. M. le Duc, exilé à Chantilly lors de sa chute du

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