‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 69 sur 219 · Voir ci-ilt'ssus · texte numérisé non relu

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ont été constants *. Il n'en est pas moins vrai que l'armée a subi, surtout de 17o7 à 1760, de cruels désastres et que ces désastres ont eu pour cause sa profonde désorganisation morale. Mais celle-ci résulte moins de la constitution particulière de l'armée elle-même que des vices généraux du régime politique et social. Le roi, après la courte expérience de 1741-45, a cessé d'élre un chef militaire : il ne parait plus dès lors à la tète des années. L'unité de commandement n'existe plus. Le choix des généraux est abandonné au hasard des intrigues de boudoir de Versailles; celui des ofliciers dépend presque uniquement de la naissance et de la vénalité des charges. C'est ainsi que l'immoralité, le jeu, le luxe, la rivalité puérile des amours-propres, l'ignorance, la témérité, l'indiscipline ont été importés de la cour dans les camps. Ces désordres se perpétuèrent plus ou moins ostensiblement jusqu'à la fin de la monarchie. Choiseul, sans succès marqué, s'efforça d'y porter remède.

Il n'était guère plus aisé de toucher au mode de recrutement des troupes. L'idée que le service militaire est un impôt comme les autres, obligatoire pour tous, n'existait pas au xvmc siècle : on le considérait comme un métier. Les soldats se recrutaient par enrôlement ou plutôt par racolage, et l'on sait à quels abus donnait lieu ce système En 1748, l'armée se composait de 134 régiments d'infanterie avec 222 000 hommes et de 83 régiments de cavalerie avec 5G 000 hommes, sans compter 13 000 hommes de troupes légères.

Dans le nombre se trouvaient plus de 30 régiments étrangers, suisses, allemands, irlandais, écossais, hongrois, italiens; mais en réalité depuis longtemps les mercenaires étrangers étaient presque entièrement remplacés par des Français, surtout des Lorrains, des Alsaciens et des « drôles » de Paris. Les Suisses seuls restaient nombreux au service de la France, formaient des corps compacts, notamment dans la Maison du roi. • Enfin une troisième source de recrutement était la milice, institution rendue permanente par l'ordonnance du 25 fé-

I. Voir ci-dessus, p. 25.*i, sur (influence «le Frédéric II dans ce progrès. Voir ci-dessus, p. 221 : ce passage est à consulter également pour les troupes recrutées à l'étranger et pour la milice. Voir ci-dessus, t. VI, p. 'J-'.

LOUIS XV

vrier 1726 et empruntée aux règlements <lu roi de Sardaigne Victor-Amédée. Comme la taille, la milice n'atteignait guère que les paysans, la plupart des roturiers des villes en étant exempts. C'était de tous les genres d'impôt le plus impopulaire, le plus odieux à la population rurale. En 4748, la milice fournissait 112 bataillons formant un total de plus de 80 000 hommes. C'étaient des troupes médiocres à l'origine, mais qui, peu à peu incorporées dans l'armée régulière, y devinrent bonnes. — La milice était une sorte d'exil; une fois parti pour le service qui durait parfois jusqu'à douze ans, le malheureux milicien ne savait plus quand il reviendrait. Souvent, au risque d'être pendu, il désertait. Que les désertions fussent très nombreuses, le système du recrutement l'explique trop bien. Les déserteurs allaient grossir les bandes de rôdeurs, de contrebandiers et de brigands. On les plaignait; Sedaine en 1769, Mercier en 1770 les mirent au théâtre, attendrirent le public. On adoucit un peu plus tard les peines qui les frappaient. Du reste ils étaient rarement pris et souvent amnistiés.

Progrès techniques. — De notables progrès s'accomplirent dans l'armée, surtout pendant la seconde moitié du xvin0 siècle. L'édit libéral de 1750 décida que certains grades pourraient conférer la noblesse, ce qui ouvrait plus facilement la porte aux officiers roturiers. En 1759, l'ordre du Mérite militaire permit de récompenser les services des officiers protestants des troupes étrangères, auxquels on ne pouvait conférer la croix de Saint-Louis. Les bureaux du ministère furent orga-

nisés. En 1751 fut créée par d'Argenson l'Ecole militaire 1 : c'était une idée de M"" de Pompadour, qui voulait faire pour les fils de la noblesse pauvre ce que Mmo de Maintenon, à Saint-Cyr, avait fait pour les filles; idée mal dégrossie, car les élèves admis à celte école ne savaient rien, n'étaient même pas préparés à recevoir une éducation militaire. Choiseul comprit la nécessité d'une école préparatoire : il l'établit à La Flèche (1762). Dans l'infanterie les régiments, autrefois inégaux, eurent tous deux bataillons. Les fusils furent fabriqués à partir

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