I. Voir ci-dessus, p
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de 1758 dans les manufactures de l'État, à Charleville, Maubeuge et Saint-Etienne; ils eurent, comme en Prusse, une baguette de fer (1745). Le premier fusil régulier date de 1754; le fusil du modèle de 1777 fut très supérieur à ses devanciers. L'exercice se fit à la prussienne. Sous l'influence de .Maurice de Saxe, on avait adopté le pas emboîté et cadence, le maniement de l'arme décomposé en douze temps, les mouvements réglés par les sonneries. L'uniforme, composé d'un habit, d'une veste, d'une culotte de laine blanche, avec parements rouges ou bleus et de longues guêtres, devint collant, et les ailes du chapeau se relevèrent (d'où ce mot populaire : le chapeau lampion) afin de ne pas gêner le maniement des armes. Les troupes légères d'infanterie commencèrent dès 1742 avec les chasseurs du corps franc de Fischer, origine de nos chasseurs à pied. La première musique militaire fut celle des gardes-françaises en 1762; à partir de 1766, tous les régiments ont leur chapelle ou musique.
Dans la cavalerie, les lourds régiments furent remplacés en partie par des corps plus légers. Il n'y avait eu au xvir9 siècle qu'un régiment de hussards, formé de réfugiés hongrois (161)1) : il y en a quatre en 1775, six en 1789. Ceux de dragons, sous l'administration de Saint-Germain, sont portés de dix-sept à vingt-quatre. Le corps franc de Fischer a donné aussi l'idée des chasseurs à cheval : il y en a six régiments en 1779 et douze en 1789. En 1746 avait paru un régiment de hulans, recruté de Polonais, de Croates, de Turcs, etc., et muni de la lance; il disparut bientôt : la création des lanciers est ajournée jusqu'à Napoléon. Des haras furent créés au Pin, à Chambord et à Pompadour. L'école vétérinaire d'Alfort s'ouvrit en 1762. Six écoles de cavalerie furent instituées par Choiseul : une est resiée, celle de Saumur.
Les corps de l'artillerie et du génie, jusqu'alors confondus dans le Royal-Artillerie, puis à partir de 1755 dans le Corps royal de génie et d'artillerie, devinrent distincts en 1758. Enfin, en 1765, de la masse encore confuse du Corps d'artillerie, Gribeauval dégage nos sept premiers régiments d'artillerie. Il y eut six écoles d'artillerie, fondées en 1720 par Yallière, et une du
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génie à Mézières. Celle-ci, créée en 1748 par d'Argenson, formait à la fois des ingénieurs militaires et des ingénieurs civils. Jusqu'à la fin de l'ancien régime, il n'y eut que des officiers du ironie, mais pas de troupes spéciales à cette arme. Le directeur général J.-F. de Vallière (1667-1759) inspira l'ordonnance de 1732, qui réorganisa le matériel d'artillerie, le réduisit à 8 types de bouches à feu le rendit plus léger et plus mobile, lutta contre la routine du parti rouge qui tenait pour les pièces longues et massives, tandis que le parti bleu et avec lui Maurice de Saxe voulaient des canons maniables. Un professeur de La Fère, Forest de Bélidor (1697-1761), l'auteur du Bombardier français (1731), fit de savantes expériences sur la poudre à canon, perfectionna la balistique et l'art des fortifications. L'Alsacien Cormonlaingne (1696-1752) continua et perfectionna Vauban, fortifia Metz. Mais c'est surtoutà l'Amiénois Gribeauval (1715-1789), l'auteur de l'ordonnance de 1765, que l'artillerie française dut sa supériorité de la fin du siècle. — Parmi d'autres progrès, les ingénieurs géographes formèrent en 1744 un corps distinct; la maréchaussée (origine de notre gendarmerie) fut organisée dès 1720; dans les régiments, l'administration de chaque compagnie cessa d'être affermée au capitaine et fut confiée par Cboiseul à un comptable, le capitaine-trésorier.
La marine royale. — La marine restaurée sans conviction par Maurepas (1723-49), par Rouillé (1749-54) et parMachault (1 454-58) avec persévérance, était aux trois quarts détruite par la guerre de Sept ans, lorsqu'il se trouva un ministre, Berryer (1758-61), pour lui porter systématiquement le coup de grâce, pour mettre à l'encan ce qui restait de navires et d'approvisionnements et pour vider les arsenaux. Cependant une période de relèvement commença en 1761 avec les deux Choiseul.
L'armée navale était moins prisée, moins en vue que l'armée de terre : elle offrait trop de fatigues, trop de dangers, elle éloignait trop longtemps de Versailles. Elle ne recevait que les cadets des grandes familles et les petits nobles «les provinces maritimes. Elle échappa ainsi en majeure partie à la
1. Savoir : i lypes de canons, •> d'obusiers, 2 de mortiers.
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contagion de la cour et ne connut pas la vénalité des charges. Les officiers gentilshommes ou rouges, sortis des gardes-marine (équivalent de notre Ecole navale), n'en formaient pas moins un corps exclusif et très entiché de son origine, « le grand corps », également hostile aux officiers de plume ou d'administration, aux officiers de terre embarqués sur les navires et aux officiers bleus, c'est-à-dire aux roluriers, capitaines de corsaires et capitaines de la marine de commerce, qu'une action d'éclat faisait quelquefois admettre aux grades supérieurs.
Les équipages, recrutés d'après le système des classes de Colbert, étaient insuffisants comme nombre. Le métier de matelot était si mal payé, si dur, que les cotes se dépeuplaient, qu'il fallut soumettre aux classes les riverains de plusieurs fleuves, enrôler souvent des étrangers, et que les désertions étaient très fréquentes. — Aux anciens ports de guerre de Dunkerque (supprimé en 1 "703, rétabli en 1783), de Brest, de Rochefort, de Toulon, s'ajouta Lorient (fondé par la Compagnie des Indes Orientales, acquis par l'État en 176i), un peu avant la dissolution de celte Compagnie, qui céda aussi ses vaisseaux en 1*770. Les galères avaient été supprimées en 1748. L'art de la navigation et de la construction des vaisseaux fit de notables progrès avec Bélidor (auteur de Y Architecture hydraulique, 1737); avec Bouguer (1698-1758), qui s'occupa de la mâture, de la forme, de la direction des navires et des instruments nautiques; avec l'inspecteur général Duhamel du Monceau et ses Eléments d'architecture navale (1757). L'Académie royale de marine fondée à Brest en 1752, réorganisée en 1769, contribua aux progrès matériels de la flotte, à ceux de la lactique. Elle s associa au mouvement des expéditions scientifiques. Notre marine devint un corps savant.
Réunion de la Lorraine. — Choiseul, le réorganisateur des forces militaires de la France, eut aussi la bonne fortune de l'agrandir de deux provinces. Les traités de Vienne de 1735 et 1738 avaient stipulé la réversibilité de la Lorraine à la couronne à la mort de Stanislas. Dès 1736, par une convention secrète, ce prince avait abandonné au roi l'administration financière de ses Élats, moyennant 2 millions. L'intendant La Galaiziète,
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administrateur habile et dur, avait été chargé d'installer en Lorraine le système français; il était resté, dans la coulisse, le véritable souverain du pays. Stanislas n'était pas un homme d'action. C'était un épicurien et un sage. Son règne fut une période d'heureuse transition. Sa petite cour de Lunéville fut « une société docte et lettrée, sans pédantisme, familière et spirituelle sans indécence, où l'on se piquait à peu près également de religion, de galanterie, voire d une pointe de philosophie ». Ce monarque débonnaire, « facile et généreux, fort empêché le plus souvent de faire vivre en bon accord ensemble son confesseur, le P. Menou, et sa maîtresse, la marquise de Boufflers, correspondant assidu et conseiller intime de son dévot petit-fils le dauphin, lié toutefois avec Voltaire, jamais embarrassé, malgré sa sincère déférence envers le roi, pour accueillir généreusement, tantôt les philosophes qui fuyaient la Bastille, tantôt les Jésuites proscrits par le Parlement », conquit peu à peu l'amour de son petit peuple et mérita le surnom de Bienfaisant. Il embellit Nancy et Lunéville, fonda l'Académie royale (1750), créa des collèges, une bibliothèque, des hôpitaux. 11 était déjà octogénaire lorsque, le feu ayant pris à sa robe de chambre, il fut brûlé grièvement. Il mourut par suite de ses blessures, le 23 février 1166. La Lorraine, devenue depuis lors française, conserve pieusement sa mémoire. Celte acquisition couvrait la frontière du Nord-Est, en fermant la trouée qui jusque-là isolait l'Alsace, menaçait la Champagne et la Franche-Comté.
Annexion de la Corse (1768). — Choiseul avait en quelque sorte hérité de la Lorraine; mais c'est bien lui qui nous donna la Corse. Celte annexion, il est vrai, avait été préparée par ses prédécesseurs. Dès 1730, les Corses, falisrués d'être exploités par Gènes, avaient demandé le protectorat île la France. Le timide Fleury n'avait pas osé le leur accorder. Sur ces entrefaites, un aventurier allemand, Théodore île Neuhof, soutenu par la Hollande et probablement en sous main par l'Angleterre, avait essayé de régner dans File. Fleury, inquiet celle fois, avait dû envoyer 10 000 hommes, qui chassèrent Théodore en 1739. Mais l'insurrection était permanente en Corse et les Anglais menaçaient toujours d'en
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profiter. Des négociations engagées avec Gènes à plusieurs reprises, et notamment en 1756 et 1764, nous accordèrent, moyennant indemnité, le droit de tenir garnison à Ajaccio, Calvi, Bastia et San-Fiorenzo. C'est alors que Choiseul, pour couper court à toute entreprise éventuelle de l'Angleterre, proposa au Conseil du roi de rendre cette occupation définitive. II vanta les richesses de l'île, «assura que sa possession nous était plus avantageuse que celle du Canada et en compenserait largement la perte. Enfin il obtint gain de cause : le Ki mai 1768, Gènes nous abandonna ses droits de suzeraineté. Mais Pascal Paoli et la Consulte suprême de la Corse, qui aspiraient à l'indépendance, s'insurgèrent contre cet acte de vente. 11 fallut entreprendre la conquête du pays. Rude petite guerre, le long des précipices, à travers les montagnes sans routes et les impénétrables maquis. Le lieutenant général de Chauvelin y échoua. Le comte de Vaux, plus méthodique, mieux pourvu de troupes, réussit. Les Anglais, surpris par la promptitude de Choiseul, n'avaient pu intervenir et n'osèrent pas protester. La Corse était française (1769).
Aggravation du despotisme administratif. — Les provinces les plus récemment acquises ne se plièrent pas sans difficulté au régime administratif français. Les intendants en chaque généralité, au-dessous les subdêléynés, au-dessus le Conseil du roi, étaient omnipotents. Les intendants étaient pour la plupart des hommes instruits, éclairés, animés d'intentions parfaites. Tels, à Limoges, Turgot; à Tours, du Cluzel ; à Bordeaux, Tourny. Mais tous se heurtaient à des obstacles insurmontables, à la résistance du clergé, des grands et des parlements, à l'inégale répartition des charges publiques, à toute sorte d'abus qui se résument en un seul, — le privilège. Le malheur de la liberté sous l'ancien régime, c'est qu'elle était le privilège. Impossible de détruire celui-ci sans atteindre celle-là et sans la tuer aussi du même coup. C'est ainsi que les intendants, adversaires-nés de tout privilège, s'efforcèrent d'effacer les derniers vestiges des libertés municipales et provinciales. Cette destruction s'accomplit de deux façons : tantôt on biffa ces libertés d'un trait de plume, tantôt on les étoufla sous
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l'uniformité pesante des règlements. Leur plus dangereux ennemi fut le fisc.
Dans les villages, depuis le xèvu0 sicle, s'étaient formées des assemblées. On se réunissait le dimanche au sortir de la messe, on élisait un syndic. Mais on rendit ces assemblées responsables de l'impôt; on leur défendit de faire la moindre dépense sans l'autorisation du subdélégué. À la fin du xvni° siècle, il n'y avait presque plus d'assemblées rurales.
Les villes se défendirent mieux. Déjà l'établissement de la vénalité des offices municipaux, en 1692, leur avait été fatal. La royauté, toujours à court d'argent, se fit un jeu de supprimer les offices qu'elle avait créés, pour les revendre ensuite el môme pour obliger les villes à les racheter. C'est ainsi qu'en 4744, 1724, 1764, la vénalité fut abolie et qu'en 4722, 1733, 1771 elle fut rétablie. Une seule fois, et cette exception honore le ministère Choiseul, le Conseil du roi parut fermement résolu à mettre un terme à cette indigne comédie. Un minisire peu étoffé, peu scrupuleux, mais assez désireux de bien faire, Laverdy, élait au contrôle général, et caressait le Parlement. La déclaration du 14 février, l'édit d'août 1764 et celui de mai 4765 rétablirent les élections municipales. Il y eut dans chaque ville : un maire, choisi par le roi sur une liste de trois noms présentée par les notables; un conseil, composé des officiers municipaux et de six conseillers choisis par les notables : enfin une assemblée des notables, élue par les délégués des divers corps. Mais le président de l'assemblée était un juge du roi, au lieu d'être un représentant de la cité, et cette seule atteinte portée aux prérogatives des villes leur rendit suspect le présent qui leur était fait. L'institution s'écroulait d'ellemême dans l'indifférence publique lorsque l'édit de 4774, rétablissant la vénalité des offices, acheva de la détruire.
Dans les provinces, on sait quelle élait la diversité du régime administratif. L'intendant gouvernait sans partage toutes les vieilles provinces, ou pays d'élection. Dans les pays d'États s'étaient conservées de véritables assemblées. Les plus vivantes étaient celles de Languedoc, de Provence, de Bourgogne, de Bretagne. Cependant depuis Louis XIV elles
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avaient encore beaucoup perdu de leur autonomie. Un contrôleur général comme Machault n'admettait pas que le don gratuit ne fût pas obligatoire ; et lorsque les Etals de Languedoc réunis à Montpellier, entraînés par les évêques, se cabraient sous le mors complaisant de Richelieu et le timide éperon de l'intendant Le Nain, et refusaient de voter le nouvel impôt du vingtième, le ministre n'hésitait pas à les dissoudre et à se passer de leur autorisation. Cependant les Etats, bien que surannés dans leur vaine parade et plus enclins à servir les intérêts particuliers de leurs propres membres qu'à gérer ceux de la province, conservaient du prestige; c'était une force morale avec laquelle il fallait compter : surtout en Bretagne, cette nation encore isolée du reste de la nation.
Le duc d'Aiguillon et les États de Bretagne. — Le gouverneur de Bretagne, depuis 1754, élait le duc d'Aiguillon. Ce parent de Richelieu, ce neveu de Maurepas avait fait ses preuves de galanterie à Versailles, de bravoure en Savoie (1744) ; il devait se bien conduire aussi (quoi qu'on en ait dit) à Saint- Cast, contre les Anglais (17o8). Il plaisait à Louis XV, fier de lui avoir enlevé jadis la duchesse de Chàteauroux. Il déplaisait à Choiseul, qui flairait en lui un rival et ne perdit guère d'occasion de le desservir. Bien que fort incrédule, il était du parti dévot. Il cachait sous une certaine bonne grâce, apprise plus que naturelle, l'impétuosité de ses colères et de ses rancunes. C elait une rude école en effet que le gouvernement de Bretagne. Dans les Etats dominait une noblesse nombreuse, fière, pauvre, inaccessible aux faveurs, indépendante de caractère, intempérante de langage, disciplinée par un chef qui tenait à la fois de l'ours et du renard, M. de Querguézcc. Le clergé ot le Tiers étaient plus dociles, et à deux reprises, le duc d'Aiguillon, s'appuyant sur leur vote, passa outre à l'opposition acharnée des nobles, qui refusaient d'accorder au roi les deux vingtièmes et l'imposition extraordinaire des deux sols pour livre. Mais cet expédient élait redoutable. Il déchaîna dans l'assemblée une tempête de récriminations, d'injures et de menaces entre les privilégiés et les représentants de la roture. Même, à la fin, les haines s'aigrirent à lel point que l'un des
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nobles put s'écrier en s'adressant aux gens du Tiers : « Messieurs, à la manière dont vous y allez, bientôt vous demanderez nos tètes! »
La Chalotais et le parlement de Rennes. — Le parlement de Rennes était plus intraitable encore et, dès l'origine de la querelle, il avait pris fait et cause pour la noblesse; il avait formé opposition à la levée des taxes. Il subissait l'ascendant du procureur général La Chalotais, orateur passionné, grave et caustique, qui avait prononcé en 1761 contre les Jésuites un réquisitoire retentissant. La Chalotais, devenu du coup très populaire, et à qui Choiseul et Mmc de Pompadour désiraient témoigner leur satisfaction, avait obtenu d'associer son fils à sa charge et il avait obtenu cette faveur contrairement à l'avis du gouverneur de la province, qui n'avait pas caché l'insuffisance du jeune candidat. D'Aiguillon et La Chalotais étaient donc ennemis personnels. Cependant, le parlement de Bretagne, bien que mandé à Versailles devant le roi, refusait toujours d'autoriser la perception de l'impôt. Plutôt que de céder, presque en entier, il donna sa démission (20 mai 1765), aux applaudissements de tout le peuple. La cour, après six mois d'hésitation, se décida à un coup d'autorité. Le 11 novembre, à 1 heure du matin, La Chalotais, son fils et trois conseillers furent arrêtés et une commission royale fut chargée d'instruire leur procès. Ce procédé violent causa le plus vif émoi. Le parlement de Paris se déclara solidaire de la cause bretonne et présenta au roi les plus vives remontrances. Louis XV perdit patience. Il se rendit au Parlement, lui reprocha durement « l'indécence de son style » et « la témérité » de ses principes; il déclara qu'il ne tolérerait pas la formation d'un corps imaginaire qui se croirait « l'organe de la nation » et « le dépositaire de la liberté ». Il affirma une fois de plus la puissance souveraine de sa royauté et termina par des menaces (2 mars 1766). Le Parlement se tut.
Quel était cependant le crime de La Chalotais? D'avoir écrit aux ministres des libelles anonymes injurieux? C'était absurde. Du fond de sa prison de Saint-Malo, exploitant la situation, abusant quelque peu de la courtoisie de son gardien le cheva-
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lier de Fontette, il publiait, il répandait dans toule la France des mémoires d'une virulente éloquence. Si bien que le roi, las de cetle affaire, fit annuler toute la procédure par le Conseil d'Etat et exilâtes accusés à Saintes. — Restaient le parlement et les États de Bretagne. Le duc d'Aiguillon avait essayé en vain dè constituer avec quelques-uns des anciens magistrats un parlement nouveau et plus traitablc; mais on avait organisé autour de ce bailliage d'Aiguillon, comme on l'appelait, une vaste Srève. Quant aux États, ils refusaient de délibérer tant que La Chalotais n'aurait pas des juges; leurs séances dégénéraient on séances tumultueuses, presque en batailles. A la tin le duc d'Aiguillon capitula devant l'obstination bretonne et résigna ses fondions (15 juillet 1769). Les magistrats démissionnaires remontèrent sur leurs sièges. Ce fut à Hennés et dans toutes les villes de la péninsule une explosion de joie triomphante. — En résumé, le duc d'Aiguillon fut surtout victime de l'incohérence des ordres, quelquefois perfides, qu'il recevait de Versailles. Aucun exemple ne prouve mieux comment se perdait lui-même le pouvoir royal.
Le Triumvirat; renvoi de Choiseul (1770). — La prépondérance de Choiseul était minée sourdement. Déjà, autour de la nouvelle maîtresse, la comtesse du Barry, se formait entre le duc d'Aiguillon, qui venait de reparaître à la cour, le chancelier Maupeou et l'abbé Terray, la ligue connue sous le nom de Triumvirat, destinée bientôt à supplanter l'ancien favori de la marquise de Pompadour.
Le chancelier Maupeou, dont Choiseul se croyait sûr, avait obtenu cette place en 1768. Il succédait à son père, et il était le cousin de Malesherbes. 11 avait cinquante-deux ans. Il était riche, ayant épousé une héritière qui lui avait apporté 50 000 livres de rente. C'était un petit homme noir, aux sourcils épais, aux yeux perçants et durs, au teint bilieux. Il avait l'esprit vif, mais étroit, peu d'instruction, peu de goût pour les lettres, une extrême vanité, beaucoup d'âpreté au gain, une rare fertilité d'expédients, autant de facilité que d'ardeur au travail, autant de fermeté que d'ambition. De scrupules, aucun.
Les affaires de Bretagne n'étaient pas finies. La Chalotais, à
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Saintes, continuait à réclamer des juges et le parlement de Rennes avait ouvert des poursuites contre le duc d'Aiguillon. Le parlement de Paris avait évoqué le procès et entrepris d'examiner toute l'administration de l'ancien gouverneur ainsi que les instructions qu'il avait reçues du ministère, lorsque le roi cassa toute la procédure et déclara que la conduite du duc d'Aiguillon avait été irréprochable (juin 1770). Alors les événements se précipitent. — Remontrances du Parlement, bientôt cassées par le Conseil d'État. — Nouvelles remontrances ; nouvelle séance royale ; suspension du cours de la justice. — Emotion des autres cours, qui se prononcent en faveur du Parlement. — Edit du 27 novembre, rédigé par Maupeou, qui interdit aux parlements toute interruption de service, toute correspondance entre eux et toute ligue, et leur dénie le droit de représenter la nation. — Encore des remontrances; encore des injonctions. — Itératives remontrances; comparution du Parlement à Versailles (7 décembre). — Suprêmes remontrances; ordre sec du roi au Parlement d'avoir à reprendre ses fonctions (20 décembre).
Choiseul avait toujours ménagé les parlements. Leur rébellion, leur obstination décidèrent de sa perte, au moins autant que ses projets contre l'Angleterre, et bien plus que les sarcasmes de sa sœur Mmc de Gramont contre Mmo du Barry. Le 24 décembre, il reçut l'ordre de se retirer dans sa terre de Chanteloup. Aussitôt la nouvelle connue, tout Paris, malgré la défense du roi, alla rendre visite au ministre disgracié et les voitures qui l'escortèrent sur la route de Touraine changèrent son exil en triomphe. Il fut remplacé par d'Aiguillon. Depuis un an déjà, Terra y était contrôleur général; le Triumvirat était maître, et Maupeou libre d'agir contre le Parlement.
La noblesse de robe ; les jurisconsultes et le droit civil. — La noblesse de robe, étant corps politique privilégié, n'entendait pas qu'on touchât à ses privilèges, et c'est en vertu d'une équivoque qu'elle parut défendre la cause de la liberté. On le vit bien, à la veille de 1789. Mais la noblesse de robe était encore autre chose : c'était un corps de jurisconsultes et de juges. En cette qualité, elle participe d'une autre façon au