‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 75 sur 219 · I. Voir ci-dessus, t. VI, p. ~{J · texte numérisé non relu

I. Voir ci-dessus, t. VI, p. ~{J

LA iUSSIK

prié taire, le colonel suédois Rosen; mais par sa mère, une Evb- Mœdvhen, elle serait toujours d'origine servile. Orpheline ou abandonnée de ses parents, elle fut recueillie par Gluck, d'abord pasteur à Ringen, puis à Marienburg; dans la maison, on l'appelait fu ndlin g (enfant trouvé). Elle y devint bonne d'enfants. Puis elle fut fiancée à un dragon, Johann, à qui son officier promit le grade de caporal en récompense de la bonne action qu'il faisait en l'épousant. Tout de suite après la cérémonie, le dragon fut envoyé à Riga : dès lors il disparait de l'histoire. Quaml Marienburg fut assiégé par Chérémétief, le pasteur Gliick. redoutant les suites d'une prise d'assaut, trouva moyen de sr rendre au camp des Russes, avec sa famille, sa servante et beaucoup de ses paroissiens. Il espérait gagner les bonne> grâces de Chérémétief en lui présentant une Bible en langue slave; mais le général remarqua la bonne, qui était une joli»brune, la garda pour lui et envoya les autres captifs à Moscou : c'est là que nous retrouvons Gluck à la tète d'une école Six mois après le sac, arriva au camp des Russes le prince Menchikof; il vit Catherine, la trouva de son goût, et, comme il était le supérieur, il la prit à Chérémétief. Puis, ce fut le tour du tsar : dès qu'il vit la captive, il dit à Menchikof : « Écoule, je garde Catherine; elle me plaît; il faut que tu me la cèdes. * Menchikof dut s'exécuter. Peu de temps après le tsar, lui dit : « Tu ne songes pas sans doute que cette malheureuse est presque nue; ne manque pas de lui envoyer de quoi s'habiller... j'entends qu'elle soit convenablement nippée. » Menchikof comprit à demi-mot : dans les hardes de sa servante il glissa un écrin de diamants. Quand Catherine ouvrit le paquet : « On s'est trompé, dit-elle au tsar; voilà un objet qui ne m'appartient pas. » Après un instant de réflexion : « S'il vient de Menchikof. il congédie magnifiquement ses esclaves. » Puis elle fondit en larmes et s'évanouit. Pierre la fit revenir à elle, la rassura, lui dit de ne parler à personne de l'écrin.

En 1102, Catherine devait avoir dix-sept ou dix-huit ans. Elle était blonde, mais depuis lors se teignit les cheveux en

i. Voir ci-dessus, t. VI, p. 71 i.

LES HÉRITIERS DE PIERRE LE GRAND

noir. Le margrave «le liaireulh, qui la vit en 1717, Irace d'elle ce portrait: « Elle était petite, ramassée, fort basanée; elle n'avait ni air ni grâce. Il suffisait de la voir pour deviner la bassesse de son extraction. On l'aurait prise à son accoutrement pour une comédienne allemande. Son habit avait élé acheté à la friperie ; il était fait à l'antique et fort chargé d'argent et de crasse. Elle avait une douzaine d'ordres et autant .«le portraits de saints ou de reliquaires attachés tout le long de son habit, de façon que lorsqu'elle marchait on aurait cru «'nlendre un mulet. » Catherine était absolument illettrée, car la noblesse livonienne avait formellement interdit de donner aucune instruction à ses esclaves. Les lettres de Catherine à Pierre le Grand furent écrites par une certaine Anissia Tolstoï. Quand elle devint impératrice, ce fut sa fille Elisabeth qui signait pour elle. En revanche, Catherine avait beaucoup de bon sens, de finesse, avec un certain tact, et une grande connaissance des hommes. Elle fut promptcment au courant de tout ce qui intéressait Pierre le Grand, et dans ses lettres, très brèves, elle sait lui parler de ses guerres et de ses réformes. Elle fut pour lui un précieux conseiller: elle avait le don d'apaiser ses passions, pourtant si déchaînées; elle apprit à prévenir ou calmer ses crises d'épilepsie, assez fréquentes.

De son coté, il l'aimait pour sa beauté, quoique celte beauté fût sans grAcc; il appréciait son sens politique; presque toujours, il fut bon pour elle, l'appelant, dans ses lettres, « Catherinetle, m'amie ». Un hasard fit retrouver un des frères de la parvenue, Charles SUavronski, un paysan, puis, les autres survivants de cette famille dispersée : une des sœurs, Christine, qui avait épousé un simple paysan, Henri Simon, devint la comtesse Herulrikof ; une autre, Anna, femme du paysan Iéfimof, devint la souche des comtes léfimovski; de la dernière, Catherine, retrouvée tille publique à Revel, on ne put rien faire de bon.

Cependant « Catherinette » n'était toujours que la maîtresse du tsar. L'affaire du Pruth, les services qu'elle y rendit *, modi-

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