‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 76 sur 219 · Voir ci-dessus, t. VI. p · texte numérisé non relu

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lièrent glorieusement sa situation. En son honneur, Pierre fonda Tordre pour l'amour et la fidélité, ou de Sainte-Cafherine, exclusivement, réservé aux femmes : Menchikof fut le seul homme qui l'ait reçu. En 1112, le tsar épousa solennellement la captive de Marienburg. En 4715, elle lui donna un tsarévitch, Pierre Pélrovitch. Quelle fut l'attitude de la tsarine lors du tragique procès d'Alexis? Elle ne pouvait aimer Alexis, ni son tils Pierre Alexiévitch : ce n'est pas dans la nature* humaine. Pierre le Grand a dit plus tard qu'elle l'avait supplié de ne pas faire périr Alexis, mais de l'enfermer dans un cloître. Aux funérailles de l'infortuné tsarévitch, on la vil pleurer. Le malheur l'atteignit aussi : son tsarévitch, à elle, fut tué parla foudre (1719). La succession au trône de Russie restait donc en suspens entre Pierre, fils d'Alexis, et les deux filles de la Isarinc, Anna et Elisahelh. En 1721, le tsar publia le célèlire oukaze qui, rompant avec le droit successoral établi en Occident, attribuait exclusivement au souverain russe le droit de désigner son successeur. L'évôque Féofane Prokopovilcli n'hésita pas, pour justifier celte mesure, à publier son livre intitulé Pravda volt monarehei [Le bien-fondé de la volonté souveraine). C'était un pas de plus dans la voie qui acheminait au trône de Russie l'ancienne captive. Un second pas fut fait en 1723, lorsque le tsar la couronna solennellement impératrice de toutes les Russies.

Soudain, tout fut remis en question. La nouvelle impératrice se laissa engager dans une intrigue avec un de ses chambellans, Moëns, de celte famille flamande déjà si durement éprouvée. L'institutrice des deux filles d'Elisabeth, une Française, a fait un curieux récit d'une des scènes qui suivirent : le tsar entrant brusquement dans la salle de leçons, regardant d'un œil furieux ses deux filles, brisant tout sur son passage, frappant de son couteau la muraille, puis sortant tout aussi brusquement, comme s'il craignait de ne pouvoir se contenir. Moëns fut mis en jugement, sous un de ces prétextes qu'on savait trouver, accusé de concussions, mis à la torture, décapité, son cadavre exposé sur la roue. Quant à la tsarine, Pierre le Grand la soumit à une véritable torture morale : il lui fit faire en trai-

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neau le tour de l'échafaud où le cadavre était exposé, épiant sur le visage de sa femme la moindre trace d'émotion. Elle soutint cette épreuve avec une fermeté impassible.

Pouvait-il aller plus loin contre une compagne de plus de vingt ans, l'amie des mauvais jours, l'héroïne du Pruth, la mère de ses filles, la seule personne qui pùt maintenir son œuvre, protéger ses serviteurs contre une réaction des vieilles factions? Ceux-ci d'ailleurs intervinrent : Repnine, Ostermann, Tolstoï, Menchikof tirent comprendre au tsar qu'un scandale empêcherait l'établissement de ses filles. Il mourut le 8 février l"25, sans qu'on sût s'il avait pardonné. Il ne laissait pas de Icstament. Il aurait prononcé cette phrase qu'il ne put achever : « Je laisse tout à .... » Le nom manquait. Les serviteurs du irrand tsar, qui voyaient leur perte assurée dans le règne du /ils d'Alexis, leur salut dans le règne de Catherine, se charge- »*cnt d'interpréter cette lacune.

Régne de Catherine Iro (1725-1727). — Il était déjà bien étonnant que l'ancienne serve du colonel Hosen, la bonne d'enfants du pasteur Gluck, la fiancée du dragon Johann, la captive passant des mains de Chérémétief dans celles de Menchikof, eût pu devenir la femme légitime de Pierre le Grand et une impératrice couronnée. On allait voir une chose plus étonnante encore : de femme de l'empereur, elle devenait impératrice autocrate, régnant non pas au nom île ses filles ou de Pierre Alexiévilch, mais en son nom propre. Par elle s'inaugure cette période étrange de l'histoire russe où l'on vit, dans un pays qui autrefois claquemurait les femmes dans le Terem% le trône occupé, pendant soixante et onze ans, presque uniquement par des femmes. C'est le Siècle des impératrices. Avec de courtes interruptions (Pierre II, 1727-1730; Pierre III, six mois en 1762), se succèdent : Catherine Iro (1725-1727), Anna Ivanovna (1730-1740), la régence d'Anna Léopoldovna (1741), Elisabeth Pétrovna (1741-1762), Catherine II (1762-1796).

D'après le droit successoral de l'Occident, le légitime héritier du trône eût été Pierre Aloxiévitch, alors Agé de dix ans. Mais quelles malédictions pesaient déjà sur cet enfant! Son père, Alexis, exécuté pour sa « révolte absaloniennc »; sa

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grand'mère, Eudoxie, convaincue d'adultère, fouettée, enfermée à Staraïa-Ladoga; tous ses parents maternels, les Lapoukhine, tlétris, déportés, exécutés! Le peuple et le bas clergé étaient pour lui, plaignant son malheur et le malheur des siens, s'obstinant à regarder son aïeule comme tsarine légitime et lui-même comme le légitime héritier du trône, reportant sur sa tète les espérances qu'on avait placées sur celle de son père, espérant de lui la fin du « règne do l'Antéchrist ». Quelle apparence qu'une serve de Livonie lui fût préférée pour le trône? Mais contre lui était toute la Russie officielle, tout ce qui avait une part quelconque dans le pouvoir, tout ce qui avait trempé dans le procès et l'exécution de son père : Roumiantsof et Tolstoï, qui étaient allés relancer jusqu'au fort Saint-Elme le malheureux tsarévitch ; le vice-chancelier Chalirof , le prince Jacob Dolgorouki, les amiraux Golovine et Apraxine, le prince Menchikof et les quatre autres qui avaient assisté aux dernières tortures d'Alexis; tout le Sénat qui avait, dans cette affaire, siégé comme haute cour; le métropolite Féofane Prokopovitch, qui avait écrit la Pravda volt monarchéi. Entre eux et la veuve de Pierre le Grand il y avait un pacte de sang, rouge du sang d'Alexis.

Le parti oligarchique, les princes Galitsyne, Dolgorouki, Hepnine, Troubetskoï, tenaient pour Pierre H. Les plus ardents l» ussent volontiers proclamé cet enfant, jeté au couvent la tsarine et ses doux filles. Les plus modérés, comme Dmilri Galitsyne, proposaient une transaction : la régence de Catherine au nom de Pierre II. La transaction était inacceptable : aucun accord possible entre le lils d'Alexis et la femme à la sécurité de laquelle son père avait été sacrifié. Quand s'ouvrit la délibération sur Tordre de succession, déjà les partisans de Catherine s'étaient assurés des officiers de la garde. Ils avaient pour eux les baïonnettes du Préobrajenski et du Séménovski : leurs arguments devaient prévaloir. Les adversaires de la tsarine demandaient qu'on leur montrât au moins le testament de Pierre le Grand; mais cette série de faits, — le mariage en 171*2, l'oukaze de 1721, le couronnement solennel de 1723, l'initiation de Catherine par son mari à tous les secrets de gou-

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vernement, — n equi valaient-ils pas à un testament? Bref, elle fut proclamée impératrice autocrate.

Son règne fut court : à peine deux ans (1715-1727). Au fond, ce fut le règne de Menchikof, son ancien maître. 11 profita de sa faveur pour arrêter le procès en concussion qu'avait commencé contre lui le feu tsar. Il obtint le don de Batourine, l'ancienne capitale de Mazeppa, c'est-à-dire la principauté de l'Oukraine'. 11 put espérer la couronne héréditaire de Courlandc

Du moins ce fut un règne qui maintint et continua l'œuvre de Pierrele Grand : Pétersbourg resta capitale en dépit de Moscou; l'armée et la marine furent maintenues sur un bon pied; on respecla les traditions diplomatiques; et ce ne fut point la faute de Catherine si Ton dut renoncer à l'alliance française, aux unions matrimoniales avec les Bourbons, pour se rejeter dans la clientèle autrichienne s. L'Académie des Sciences fut inaugurée en 1726, l'ordre d'Alexandre Nevski crééi le capitaine danois Behring poursuivit son exploration scientifique du Kamtchatka; Chafirof, rappelé de l'exil, fut chargé de rédiger l'histoire du grand empereur. La seule modification apportée au système politique de celui-ci, et qui se justifie par la nécessité d'assurer le nouvel ordre de choses, fut que le Sénat et le Saint- Synode perdirent le titre de gouvernant*. Toute l'autorité fut concentrée dans un Haut conseil secret, présidé par l'impératrice, et dans lequel siégèrent les principales créatures de Pierre.

Pierre n : Menchikof; les Dolgorouki (1727-1730). — Quand mourut Catherine lro, il n'y avait plus d'inconvénients pour la faction dirigeante à tolérer le règne de Pierre II, et il n'était guère possible de l'éviter. L'impératrice elle-même l'avait senti : à son lit de mort, elle avait désigné pour son successeur le fils d'Alexis. Du reste, le plus puissant des hommes du jour, Menchikof, croyait avoir pris ses précautions : il avait déjà négocié le mariage de sa fille Marie, Agée de quatorze ans, avec le futur empereur, âgé do douze ans. Enfin le testament de Catherine avait jusqu'à un certain point assuré le régime établi contre de nouveaux caprices : Pierre II devait gouverner

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