‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 77 sur 219 · Voir cIhIcmus, p. 87 et suit · texte numérisé non relu

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LA HLSSIK

avec un conseil de régence, où siégeraient les deux filles de Catherine, son gendre le duc de Holslein, les membres du Haut conseil secret. Tout cela constituait une transaction acceptable pour les deux partis : celui de la feue tsarine, celui du fils d'Alexis.

Pierre II se révélait d'ailleurs tout différent de son malheureux père : il avait du goût pour l'instruction, pour les exercices militaires, surtout pour l'artillerie; à trois ans, on lui avait vu pointer un canon et y mettre le feu. Tenu à l'écart par son aïeul et par la feue tsarine, il s'était pris d'une affection d'autanl plus vive pour sa sœur Natalie, de deux ans plus âgée que lui et très intelligente. Le tout-puissant Menchikof sentait dans cette affection un obstacle à sa propre influence. Aussi, de même qu'il avait fiancé sa lille à l'empereur, songeait-il à faire épouser son fils Alexandre par Natalie. En attendant, il escomptait sa situation de beau-père du tsar, pour s'adjuger toutes les faveurs que la feue tsarine, pourtant si complaisante, n'avait pas cru pouvoir lui accorder. Il se fit nommer généralissime, inscrivit dans YAlmanach impérial les membres de sa famille après ceux de la famille régnante, signa les lettres à Pierre II de ces simples mots : « Votre père. » Il accaparait, il enveloppait, il couvait le jeune empereur, lui assignant pour résidence son propre palais, lui donnant pour surveillant son fils Alexandre, faisant disgracier Tolstoï et Iagoujinski, obligeant le duc deHolstein à repartir avec sa femme pour son duché, évitant que la vieille tsarine Eudoxie, rappelée de Staraïa-Ladoga, pril trop d'empire sur son petit-fils, enfin hâtant les préparatifs du mariage projeté.

Une telle faveur ne pouvait que porter ombrage à tout le monde : personne n'avait entendu faire de l'ancien garçon pâtissier un empereur de toutes les Russies. Ostermann, un Allemand avisé et sournois, vice-chancelier des affaires étrangères et nommé précepteur du jeune empereur, minait sourdement Menchikof. Celui-ci, par une sotte avarice, eut l'imprudence de se heurter à la princesse Natalie, lui reprenant une œuvre d'art que lui avaient offerte les artisans de laroslavl, interceptant un présent de 10 000 ducats envoyé par son frère.

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Cel incident amena un premier conflit avec l'empereur : « Comment as lu osé, prince, empêcher mon serviteur d'exécuter mes ordres? » Gomme Menchikof balbutiait, alléguant la détresse du Trésor, le tsar frappa du pied, disant : « Je suis l'empereur, il faut m'obéir. » Et il tourna le dos au généralissime, qui se confondait en excuses. Dès lors ce fut pour le beau-père manqué une succession d'affronts. Pierre II refusa une invitation pour le jour de naissance de Menchikof : « Est-ce qu'il ne peut fêler son jour sans le tsar? » Il fit enlever ses meubles du palais que Menchikof lui avait assigné et se transporta au Palais d'Eté. Le prince, de plus en plus inquiet, sollicita une audience pour se justifier : il ne fut pas reçu. Enfin, le 18 septembre 1727, se produisit l'espèce de coup d'État que tout le monde attendait. Le Haut conseil secret reçut ordre du souverain de soumettre à sa signature tous les papiers d'Etat et de n'accepter aucun ordre que du tsar lui-même.

Le 19, le piquet d'honneur fut retiré du palais de Menchikof; les arrêts de rigueur furent signifiés au prince; on lui retira toutes ses charges et décorations. Vainement la princesse et sa fille, la fiancée de Pierre II, vinrent se jeter aux pieds du souverain, puis allèrent supplier sa sceur Natalie et sa tante Elisabeth. « Je montrerai à Menchikof, dit le tsar, qui de nous deux est l'empereur. »

Le 22, ordre fut signifié au prince d'avoir à sortir de Pétersbourg et à se rendre dans son domaine d'Oranienbourg (province de Riazan). Le prince sortit en grand appareil : son cortège de route était composé de 133 voitures, avec une suite de U7 personnes, quelques-unes armées, le tout escorté par 20 soldats sous la conduite d'un capitaine. Mais, sur la route, arrivèrent coup sur coup une série d'ordres, qui changèrent cette marche triomphale en une déroute : ordre aux gens de la suite de déposer leurs armes; arrestation du majordome du prince; injonction de renvoyer les équipages et le personnel superflus et de continuer le voyage en simple kibitka\ reprise à la jeune princesse de l'anneau de fiançailles ; défense de passer par Moscou; fixation du lieu d'exil non dans le domaine d'Oranienbourg, mais dans la forteresse voisine ; défense de recevoir

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des lettres et d'en écrire autrement que sous une surveillance. Etait-ce fini? Non, car en pareil cas il y a dans la disgrâce une logique impitoyable. La Russie venait d'avoir à sa tète deux empereurs : l'un des deux devait disparaître. Tout de suite un procès en concussion fut intenté au prince. Il aboutit à la confiscation de tous ses biens, évalués à près de 42 millions de roubles. Et l'on n'en était encore qu'au premier acte.

"Ce n'étaient pas seulement Ostermann et les princesses Natalie et Elisabeth qui avaient poussé à la disgrâce du prince. Plus ardents encore avaient été les Dolgorouki, surtout le prince Ivan. Cette puissante famille avait hérité de la faveur perdue par Menchikof. Elle prit à tâche de l'imiter en tout et commit exactement les mêmes fautes. Elle éloigna Ostermann, dont la désapprobation silencieuse la gênait. Elle se débarrassa de la vieille tsarine Eudoxie, sous prétexte de placards injurieux attribués à son confesseur, lequel fut fouetté. Elle tint à compléter la ruine de Menchikof, qui fut déporté à Bérézof en Sibérie, avec sa femme, son fils Alexandre et ses deux filles. Là ils durent vivre avec cinq roubles par jour et se trouvèrent privés de tout secours médical. La princesse était morte sur le chemin de l'exil, à Kazan; le prince tomba malade et succomba en 1139; Tannée suivante expira la fiancée du tsar, Marie.

Ivan Dolgorouki, le favori, obtint de l'empereur qu'il se fiançât à sa sœur Catherine, encore que celle-ci eût une passion pour un jeune diplomate autrichien, Millesimo. Les Mémoires de lady Rondeau constatent qu'aux fiançailles impériales, Catherine Dolgorouki, sous sa magnifique parure, avait l'air d'une « victime ». Le soir, il y eut à la cour un bal, où elle parut plus triste que jamais. Cependant les Dolgorouki sentaient qu'ils ne tenaient pas encore l'empereur. Ils l'accaparèrent avec plus d'Apreté, l'entraînèrent à la chasse pendant des semaines entières : on abattait des ours, on tuait 4000 lièvres en un jour. Le moment vint où il se dégoûta de la chasse, se lassa de la surveillance inquiète des quatre Dolgorouki, se plaignant de « ses quatre chiens à deux pieds ». Ils commirent avec la princesse Elisabeth la même faute que Menchikof avec la princesse Natalie : ils la laissèrent sans argent. « Ce n'est point

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ma faute, disait l'empereur à sa tanto; on n'exécute pas mes ordres; mais je trouverai moyen de briser mes fers. »

La mort prévint ses desseins secrets. En janvier 4*730, il prit un refroidissement à cette meurtrière fêle de la Bénédiction des eaux, qui avait hâté la fin de Pierre le Grand et qui hâta celle de Nicolas Ier. Le 30 (19) janvier, lo jour môme fixé pour le mariage, il mourut. Du coup, le rêve amhitieux des Dolgorouki s'évanouissait.

Tentative de constitution aristocratique (1730). — La lignée mâle issue de Pierre le Grand, par le tsarévitch Alexis, s'éteignait en la personne de Pierre II. La maison de Romanof n'élait plus représentée que par des femmes. Pierre le Grand avait eu deux filles : Anne, duchesse de Holstein, décédée en mai 1728 (elle laissait un fils, qui fut plus tard l'empereur Pierre III), et la princesse Elisabeth. Ivan, frère de Pierre le Grand, avait eu également deux filles mariées : Annalvanovna. duchesse veuve de Courlande; Catherine Ivanovna, duchesse de Mecklembourg Dans l'opinion russe il pouvait donc se former deux partis : en faveur des filles de Pierre le Grand, surtout de la princesse Elisabeth; en faveur du jeune héritier de Holstein. Il y en avait même qui pensaient â la vieille tsarine Eudoxie. Au fond, il n'y avait plus de droit successoral depuis l'oukaie de 1121. La question allait donc se résoudre, comme elle s'était résolue en 1725, par la décision de ceux qui détenaient le pouvoir effectif. Les Dolgorouki croyaient pouvoir jouer ce rôle ; même ils se mettraient en règle avec l'oukaze de 1721 s'ils pouvaient démontrer que l'empereur défunt avait, explicitement ou implicitement, désigné son successeur. Alexis Dolgorouki, père d'Ivan le favori, eut l'idée de proposer sa fille comme impératrice : si elle n'avait pas été l'épouse du tsar, elle était sa fiancée; lors de la cérémonie des fiançailles, tous les dignitaires avaient été admis à lui baiser la main; elle « avait porté la couronne ». Comme cela paraissait insuffisant même aux autres Dolgorouki, il parla, mais à mots couverts, d'un « certain testament ». La proposition fut de suite écartée

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