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le dessein de séculariser les biens immenses des monastères. Il acheva aussi de s'aliéner le clergé orthodoxe, déjà mis en défiance par la mauvaise tenue qu'il avait eue à l'église pendant les funérailles de sa tante. Il mécontenta l'armée qui avait battu Frédéric II en lui imposant l'uniforme et l'exercice à la prussienne; la garde, en projetant de porter ses bataillons holsteinoisà un effectif de 18 000 hommes. Il supprima la fameuse Compagnie du corps, où sa tante avait fait entrer les grenadiers de 1741 auxquels elle devait sa couronne. Il changea l'étiquette de la cour, imposa la révérence à l'allemande. En quelques mois, il avait mis contre lui toutes les classes de la nation. Les mécontents étaient nombreux, mais ils ne pouvaient agir «pie par l'initiative et au profit de Catherine. Or elle eut bientôt raison de craindre que l'empereur ne s'en prit à elle-même, la répudiant et l'enfermant dans un couvent, désavouant son lils

Paul, épousant Elisabeth Vorontsof. Il acheva de l'exaspérer quand, à moitié ivre, dans un grand banquet donné pour la paix avec la Prusse, il lui lança d'un bout à l'autre de la table l'épi- Ihèlede doura (imbécile).

Révolution de 1762. — Catherine n'était pas d'un tempérament à supporter de telles menaces et de telles injures. Dès son arrivée en Russie, ayant jugé cette cour et ce mari, elle avait pensé ce qu'elle a écrit dans ses Mémoires : « J'avais au fond du cœur je ne sais quoi qui ne m'a jamais laissé douter un seul moment que je parviendrais à être impératrice de Russie. de mon chef. » Avant que sa terrible humiliation de 1758 lui « ùt appris la prudence, elle faisait à l'Anglais Williams de téméraires confidences, osant prévoir le cas où l'impératrice Elisabeth viendrait à mourir : « J'irai tout droit à la chambre de mon fils... Au même instant, j'enverrai un homme de confiance avertir cinq officiers, dont chacun m'amènera cinquante soldats... Moi-même j'entrerai dans la chambre de la mourante, où je recevrai le serment du capitaine de la garde, et je prendra celui-ci avec moi, etc. » Elle ajoutait : « Je suis résolue à régner ou à périr. » Elle avait dû méditer plus d une fois sur cette série de coups d'État qui avaient si bien réussi contre Biren, contre Anna Léopoldovna; mais, depuis l'alerte de 4758, elle

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s'était remise à lire, à étudier, à cajoler sa tante, à édifier le peuple par sa dévotion. Le dernier affront que lui fit son mari, le suprême danger qu'elle courait (d'autant plus qu'elle était alors enceinte d'un fils de Grégori Orlof) la jetèrent dans l'action.

Sa société intime se composait alors de Grégori et de ses frères. Ils groupaient autour d'eux nombre d'officiers du Séménovski et de l'Ismaïlovski, comme Polemkine, Passek, Bariatinski, des officiers de marine, comme l'amiral Talyzine. Le grand-maître de l'artillerie, Villebois, avait confié à Grégori Orlof la caisse de ce corps : elle devint le trésor de guerre des conjurés. D'autre part, un des familiers de Catherine, le Piémontais Odard, était entré en relation avec le comte de Breleuil, ambassadeur de France, et lui avait demandé 60000 roubles. Breteuil, qui avait peu de goût pour le rôle que joua La Cliétardie en 1741, se méfia, voulut un billet de l'impératrice; puis, de moins en moins clairvoyant, quitta Pétersbourg à ce moment critique, laissant un simple chargé d'affaires, Bérenger. — Un autre centre de conspiration élait la princesse Dachkof, la seule des Vorontsof qui eût pris parti pour Catherine, les autres membres de la famille faisant le jeu de la favorite Elisabeth. La princesse Dachkof paraît avoir gagné son oncle Panine, gouverneur du grand-duc Paul. Les vieux amis de la défunte impératrice, les Razoumovski, les Chouvalof, tenaient pour Catherine, mais, comme Panine, à la condition que le grand-duc Paul serait proclamé empereur el qu'elle se contenterait de la régence. Mais tandis que les politiques faisaient ce calcul, les Orlof et les jeunes officiers «le leur coterie n'entendaient travailler que pour l'impératrice, espérant dans un règne de femme le règne de la faveur. Avec des conjurés si jeunes, si ardents, quelques-uns si peu discrets, tout élait un peu livré au hasard. Le hasard fit bien les choses.

Le 24 juin, Pierre III s'installait à Oranienbaum avec la favorite pour y continuer les fêles en l'honneur de la paix. Sur son ordre, Catherine dut s'installer à Peterhof. Or Pclerhof. situé sur la route d'Oranienbaum à Pétersbourg, n'est qu'à 30 kilomètres de la capitale : c'était le point stratégique le plus

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favorable aux projets de Catherine : de là elle pourrait opérer la révolution d abord à Pétersbourg, puis à Oranienbaum. Le 9 juillet, Pierre III eut l'idée d'aller voir l'impératrice à Petcrhof : il trouva le palais vide; il ne put cacher sa surprise et son effroi. Voici ce qui s'était passé. Dans la nuit du 8 au 9, Alexis Orlof, surnommé le Balafré, était accouru de Pétersbourg à Petcrhof; réveillant l'impératrice, Orlof dit ces simples mots : « Il est temps de vous lever; tout est préparé pour vous proclamer. » Il ajouta : « Passek est arrêté. » Il avait amené un carrosse, qui reçut l'impératrice et une femme de chambre, tandis que lui-même grimpait sur le siège. En route on recueillit le Français Michel, coiffeur de l'impératrice. A mi-chemin les chevaux de relai manquèrent : on réquisitionna ceux d'un paysan. A 5 kilomètres de Pétersbourg, on trouva Grégori Orlof et Bariatinski. Dès qu'on fut entré en ville, la générale battit; l'impératrice distribua de l'eau-de-vie aux soldats; on alla chercher un prêtre, qui reçut leur serment; Catherine fut proclamée impératrice autocrate, sans qu'on eût fait mention de son fils. Quelques officiers du Préobrajenski, entre autres Semen Vorontsof, tout dévoués à l'empereur, essayèrent d'entraîner leur régiment; ils furent arrêtés par leurs propres soldats. Aussitôt tout le monde officiel de se précipiter à Notre- Dame de Kazan pour y prêter serment. Paninc y vint aussi, malgré ses réserves, et Michel Vorontsof y fut amené de force. Razoumovski avait fait imprimer d'avance les proclamations. Quand la princesse Dachkof, travestie en officier de la garde, arriva au Palais d'Hiver, la tsarine y était déjà installée. La princesse ne put qu'assister à la revue que passa son impériale amie.

La partie était-elle gagnée? Non, car Pierre III avait encore, à Peterhof et Oranienbaum, 1500 Holsteinois. Le vieux Munich, qui se trouvait avec l'empereur, lui conseillait de marcher hardiment sur la capitale rebelle. Le prince pusillanime hésita, voulut savoir ce qui se passait à Pétersbourg, y dépêcha de ses courtisans, dont aucun ne revint. Bientôt un soldat holsteinois, arrivant de la ville, annonça que la révolution était accomplie. Munich conseilla au tsar de s'assurer au moins de Cronstadt,

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où il trouverait îles vaisseaux. 11 était déjà trop tard : l'amiral Talyzine s'était rendu maître de la forteresse. Quand s'approchèrent de celle-ci les barques qui amenaient l'empereur et les femmes de sa cour, un Qui vive:* retentit. On répondit des barques : « L'empereur! — 11 n'y a plus d'empereur, répliqua la sentinelle, passez au large! » Sous la menace du canon, il fallut revenir au rivage. Pour la troisième fois, Munich intervint, conseillant au tsar de partir pour Revcl, de s'y embarquer et d'aller rejoindre son armée de Poméranic : « Faites cela, sire, et, dans six semaines, Pétersbourg et la Russie seront à vos pieds. » Pierre hésita encore. Tout à coup on apprit que Catherine était en marche sur Oranienbaum avec 20 000 hommes : tous avaient revêtu leurs anciens uniformes, jetant avec des risées l'habit à la prusienne, et brûlaient de se mesurer avec les Holsleinois. Bientôt l'impératrice fut à Peterhof. L'empereur, épouvanté, lui dépêcha en parlementaire le prince Alexandre Galilsyne, offrant à sa femme le partage du pouvoir. Elle dédaigna de répondre. Une heure après, il signait son abdication. Catherine refusa de le voir, lui envoya seulement Panine, auquel le malheureux empereur voulut baiser la main. Il demanda qu'on lui laissât son violon, son chien, son nègre, sa maîtresse (le dernier objet lui fut refusé). Il se laissa docilement emmener dans une villa écartée, à Ropcha, en compagnie d'Alexis Orlof et Bariatinski. Quatre jours après il y mourait, « d'une colique hémorroïdale compliquée d'un transport au cerveau », assura l'impératrice à Poniatowski. Une lettre effarée d'Alexis Orlof à la tsarine dit que l'empereur s'est pris de querelle avec Bariatinski : « Avant que nous eussions pu les séparer, il n'était plus. » Les remords qui empoisonnèrent les dernières années d'Orlof semblent prouver que Bariatinski ne fut pas le coupable, ou ne fut pas le seul.

Ainsi, après la révolution de 1*741, celle de 1762. C'est encore une femme qui l'opère, à la tète de quelques soldats; et, pour la seconde fois, prend fin le « joug des Allemands ». Que l'auteur de la révolution, cette fois, soit une Allemande de naissance, peu importe. Elle agit dans le sens de l'opinion russe, et, comme à l'avènement d'Elisabeth, c'est un règne russe qui

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