‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 86 sur 219 · Voir ci-.l.^sus. t. V, p. 701 et suiv.; t. VI, p · texte numérisé non relu

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terres du sultan, annonçant que ceux du Don étaient prêts à s'insurger. Dénoncé, il dut s'enfuir, fut arrêté deux fois, deux fois s'échappa, et revint à Iaïsk. Là il répandit le bruit que Pierre III était vivant : réfugié en Turquie, bientôt il viendrait faire visite à sa fidèle « armée » du laïk, lui restituer ses privilèges, rétablir l'ancienne Eglise. On le voit : Pougatchef, comme Stenko Razine, était à la fois un Kosak révolté et un raskolnik. Dénoncé de nouveau, traqué de village en village, il fit savoir aux Kosaks qu'il était Pierre III lui-même.

Bientôt il eut 300 hommes autour de lui et vint camper sous Iaïsk. Il ne larda pas à se renforcer des troupes qu'envoya contre lui le commandant Simonof : 500 Kosaks et deux canons. En peu de jours il enleva les petites forteresses qui tenaient le pays, appliquant fidèlement la méthode de Stenko Razine, c'est-à-dire pendant les fonctionnaires et les officiers, enrôlant leurs soldats. La situation des places de Iaïsk et d'Orenbourg, isolées dans un pays totalement insurgé, devenait très critique. A Orenbourg, le gouverneur Reinsdorp avait 3000 hommes et 70 canons. Il n'osa les risquer, se bornant à des proclamations où il dénonçait l'imposture de Pougatchef, puis mettant en liberté Klopoucha, un chef de voleurs, aux narines coupées, afin qu'il répandit les manifestes. Klopoucha n'eut rien de plus pressé que de les porter à Pougatchef, qui le fit colonel d'un régiment d'élite, formé de bandits chevronnés. Il le chargea de soulever les ouvriers des usines impériales, d'y enlever des canons, des boulets, de la poudre. Des Polonais exilés dans ces régions organisèrent à « Pierre III » une artillerie : toutes les injustices de Catherine se retournaient contre elle. Désespérant de prendre Orenbourg, Pougatchef installa son campement de Berdsk, qui fut bientôt un curieux musée ethnographique par la variété des types humains et des habitations : baraques en bois pour les Russes, huttes de branchages pour les Tatars et les tribus païennes, chariots où dormaient les nomades. Il avait là 25 000 hommes. Il jouait en conscience son rôle d'empereur, jetant au peuple des pièces de monnaie quand il traversait le bazar, rendant la justice dans une baraque. Ses lieutenants, Zaroubine dit Tchika, ïchoumakof, Ovlchinof,

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Chigaef, Perfilief, etc., s'amusaient à prendre les noms et qualités des hauts personnages de l'autre cour : Tchernychef, Orlof, Panine, Voronlsof, etc. Aucun d'eux n'était dupe de la comédie : ils profitaient de « Pierre III » pour se venger ou se divertir, pour « secouer Moscou ».

Deux corps de troupes envoyés contre lui, sous le général Garr et sous Pierre Tchernychef, furent encore battus. Alors l'impératrice chargea de la répression Alexandre Bibikof, qui s'était illustré pendant la guerre de Sept ans. La situation devenait critique : presque toutes les forces de l'empire étaient occupées à la guerre ottomane; une mauvaise récolte avait exaspéré les populations; Moscou, avec ses 200 000 esclaves, redoutait un soulèvement de sa population servile;sur tout le Volga sévissait la guerre aux châteaux, la guerre aux usines; les Bachkirs et autres allogènes étaient en pleine insurrection; les garnisons de Iaïsk et Orcnbourg consommaient leurs dernières rations; la forteresse d'Ilisnk venait de succomber. On pouvait craindre que toute la Russie orientale ne se séparât de l'empire. Catherine, dans sa correspondance avec Voltaire, ne tarissait pas en plaisanteries sur « le marquis de Pougatchef » ; au fond elle était dévorée d'inquiétude.

Bibikof, arrivé à Kazan, rassura la noblesse de la province, l'arma, ainsi que les élèves de l'Université et les bourgeois. 11 avait sous ses ordres d'habiles lieutenants : Michelson, de Collonges, Galitsyne. Ajoutons le poète Derjavine, audacieux officier : un jour, escorté de deux Kosaks, il entra dans un village insurgé ; deux émeutiers l'injurièrent; il les fit pendre à la vue de tout le village. On reprit Samara, Zaïnsk, et quantité de petite» forteresses. Pendant ce temps-là Pougatchef s'amusait, sous Iaïsk, à célébrer ses noces avec une jeune Kosake, Outina Pétrovna, ordonnait de prier pour elle comme pour une impératrice. Il échoua dans un dernier assaut contre Iaïsk. Il fut vaincu au combat de Tatichtchéva, perdit 36 canons et Klopoucha, pris et décapité (juin 1774); puis au combat de Kargoula, où il laissa 3o00 hommes et le reste de son artillerie. Orenbourg et Iaïsk étaient débloqués, lorsque Bibikof mourut en plein triomphe.

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Battu sur le bas Iaïk, Pougatchef se mit à remonter le fleuve, puis le Volga, surprit Kazan, mit la ville au pillage, mais n'osa rien tenter contre la citadelle. Tout à coup survient Michelson : un combat s'engage sur le Kazanka; Pougatchef y perd encore 5000 hommes et s'enfuit avec 300 Kosaks.

Il semblait que tout fût perdu pour lui. C'est précisément à ce moment que la révolte prend les proportions les plus formidables. Pendant que fuyait le faux Pierre III, de faux Pougatchef, des poutgachs (épouvantails), apparaissaient partout. C'est pour cela que les traditions sur le portrait physique du chef de la grande révolte sont si variables dans la mémoire du peuple. Ces contrefaçons de Pougatchef appliquent partout ses procédés, propageant au loin la jacquerie, faisant trembler Nijni-Novgorod et Moscou. Le vrai Pougatchef, méditant une fuite dans le Kouban ou en Perse, continuait à tout détruire sur son passage. Tandis que les Impériaux, commandés maintenant par Pierre Panine, couraienl presque sur ses talons, il entrait dans Saransk, dans Saratof, dans Tsaritsyne, faisant des boucheries de nobles, installant des municipalités « à la kosake ». Sur ses traces, les Impériaux réoccupaient les villes, pendaient ses slarosles, fouettaient les populaces sous la potence. A la fin, il se trouva cerné entre le Volga et le Iaïk. 11 fut arrêté et livré par ses propres compagnons. Souvorof le conduisit à Semkirsk dans une cage de fer, puis à Moscou. Là on lui fit son procès ainsi qu'à ses lieutenants. Pougatchef et Pcrfilief furent condamnés à l'écartèlement, Zaroubine-Tchika à la décapitation. Chigaef et les autres à la potence. D'ailleurs Pougatchef fut simplement décapité et son cadavre mis en quartiers (lTîo). Ainsi se termina la Pougatchêvchtchina, qui mit l'empire en danger et sur laquelle les historiens russes, comme les historiens romains sur les guerres serviles, affectèrent longtemps de garder le silence. Comme pour abolir de la mémoire des hommes des souvenirs inquiétants, le Iaïk et Iaïsk devinrent officiellement l'Oural et Ouralsk.

Après les Kosaks du Iaïk, la répression atteignit les Kosaks du bas Dniéper ou Zaporogues. Expulsés sous Pierre le Grand, rappelés sous Anna Ivanovna, ils avaient repris leur existence

CATHKUINE II

de pillards. Elle n'était plus compatible avec la prospérité de la « Nouvelle Russie ». Potemkine, sur Tordre de la tsarine, occupa leur sitcha 1 et l'anéantit.

Administration et justice. — L'ancienne Russie ne formait que huit gouvernements : à ceux-là s'ajoutèrent les acquisitions de Pierre le Grand (Provinces Baltiques et Vyborg), d'Anna Ivanovna (la Nouvelle-Serbie), d'Elisabeth (Finlande méridionale et Kirghiz),de Catherine II (territoires lithuaniens, tatars et turcs). Ces gouvernements étaient beaucoup trop étendus : la justice et l'administration s'y trouvaient également impuissantes. Catherine II les découpa en quarante-quatre gouvernements civils, comprenant chacun de trois à quatre cent mille âmes, subdivisés eux-mêmes en districts. Pour la haute direction politique et pour le militaire, on groupait un certain nombre de gouvernements sous des gouvernées généraux (comme celui des Provinces Baltiques). S'inspirant de quelques vœux formés par la « grande commission », la tsarine créa dans chaque province une assemblée de la noblesse, qui élisait son maréchal. Elle précisa la division des marchands en trois ghildes privilégiées. Elle assura aux villes l'élection de leurs magistrats et une espèce d'autonomie administrative.

Catherine II essaya de guérir cette plaie de la vieille Russie : les oziatki, concussions et autres vols au détriment du Trésor et des sujets. Elle augmenta le salaire des juges. Elle essaya une nouvelle hiérarchie de juridictions : d'abord deux degrés, l'un au district, l'autre au chef-lieu de gouvernement. Pour chaque degré, des juridictions particulières pour les nobles, pour les bourgeois, pour les paysans libres (les serfs étant justiciables de leurs seigneurs), car la nation russe restait partagée en classes, ayant chacune ses droits, ses privilèges, son forum. Au sommet, comme cour d'appel et de cassation, le Sénat. En outre, il y avait des tribunaux militaires pour les procès criminels des nobles ; dans les chefs-lieux de gouvernement, des espèces de jurys pour certaines causes criminelles, et des cours de conscience et de dignité (2 juges nobles, 2 bour-

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