‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 87 sur 219 · Voir ci-dessus I. VI · texte numérisé non relu

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LA RUSSIE SOUS CATHERINE II

geois, 2 paysans libres), qui faisaient l'office de nos justices de paix, cherchant à concilier les procès et mettant en liberté, sous caution, les prisonniers. Une réforme du code pénal fut ébauchée, l'emploi de la torture restreint

Instruction et assistance publique. — Sous ce règne, la Russie se familiarisa de plus en plus avec la culture française. Jamais les Français n'y avaient été plus nombreux, leur langue plus répandue, leur littérature et leurs arts plus appréciés A l'imitation de l'Académie Française , Catherine II fonda Y Académie Russe (1783), chargée de dresser un Dictionnaire et une Grammaire, et dont la princesse Dachkof devint la directrice. A l'imitation du Saint-Cyr de M™* de Maintenon, elle créa Y Institut de Smolna , pour 480 jeunes filles de la noblesse, et en confia la direction à une Française, M"a Lafond. A Moscou, son familier Betski * fonda le Vosjntatelnyi dom ou maison d'éducation, qui reçut, de 1763 à 1786, près de 38 000 petites filles, orphelines ou abandonnées : Catherine leur conféra le droit d'affranchir tout esclave qui les épouserait. Catherine développa les services de médecine et de pharmacie. Une cause de dépopulation, pour la Russie comme pour le reste du monde, c'étaient les ravages de la petite vérole : Catherine mit en vogue la pratique de l'inoculation (importée d'Orient et qu'il ne faut pas confondre avec la vaccination, importée, mais plus tard, d'Angleterre). Elle-même se fil inoculer par le médecin anglais Dimsdalc (1768), obligea ses courtisans et même ses évèques à l'imiter et à propager autour d'eux la nouvelle invention, se moquant du roi d'Espagne qui laissait mourir ses enfants de la petite vérole.

Sécularisation des biens d'Église; tolérance religieuse. — Une réforme qu'avait préparée Pierre le Grand, et que tenta maladroitement Pierre III, fut réalisée par Catherine II. Le clergé, surtout régulier, possédait des terres immenses, avec près d'un million d'âmes (paysans mâles).

1. Il y a des Russes poètes français, comme le prince Biclossielski, comme André Chouvalof, auteur de Ytipilre à Sinon, etc.

2. Ivan Betski fut d'ailleurs une manière de ministre de l'instruction publique : il fut chargé de diriger l'Académie des Beaux-Arts.

L'administration des biens d'Église fut confiée à une commission économique. Celle-ci prélevait sur les revenus un rouble et demi par âme : ce prélèvement suffit à pensionner les monastères qui, proportionnellement à leur importance, furent divisés en trois classes. Le surplus devait être attribué à des œuvres d'instruction ou d'assistance publiques.

Conformément aux principes de tolérance énoncés par Catherine dans sa fameuse Instruction pour le code (dont l'impression fut, à la grande joie de l'impératrice, interdite par le gouvernement de Louis XV), les raskolniks cessèrent d'être tracassés et, par conséquent, devinrent moins fanatiques; on permit aux musulmans de reconstruire leurs mosquées; à Pétersbourg, un banquet annuel réunissait les ministres des différents cultes; même les Jésuites, abolis par le pape, obtinrent, à prix d'argent, l'autorisation de subsister en Russie.

Commerce, colonisation, fondation de villes. — Les relations commerciales se multiplièrent avec la Perse et la Chine. Astrakhan, qui languissait depuis la découverte du cap de Bonne-Espérance, redevint un centre de commerce, grâce à la pacification de la Russie méridionale. Des traités de commerce furent conclus avec la France et l'Angleterre. Dans les provinces du Sud la population s'éleva de 200 000 à 800 000 âmes. La Russie, qui devait un jour coloniser la Sibérie et le Turkestan, avait d'abord à coloniser les riches terres des Oukraines, jusqu'alors dévastées par les guerres entre Kosaks et ïalars. Dans la région du Volga se fondèrent des colonies allemandes, aujourd'hui prospères. Les Frères Moraves, pour la plupart gens de métiers, fondèrent le centre important de Sarepta. Des villes nouvelles s'élevèrent, portant le nom de la tsarine (Ékatérina, Catherine) : Ékalérinebourg, Ékatérinoslavl, en attendant la fondation de Sévastopol, Kherson, Odessa.

Catherine II et les philosophes français. — Catherine sut partager la royauté que s'était arrogée Frédéric H sur le monde des lettrés français et des philosophes. Plus riche ou plus généreuse que le roi de Prusse, elle sut tirer meilleur parti de ce puissant moyen d'action sur l'opinion enropéenne. Elle entretint avec Voltaire une active correspondance de quinze années

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(1763-1778). Elle séduisit Diderot, le fit venir pour quelque temps à Pétersbourg, lui acheta sa bibliothèque, mais lui en laissa la jouissance. Elle ofîrit à d'Alembert de prendre en main l'éducation de son fils Paul I". (Elle devait confier celle de ses petits-fils, Alexandre et Constantin, à un Suisse du pays de Vaud, presque un Français, le colonel Laharpe.) Elle correspondit avec Mme Geoflrin, dont le salon à Paris était aussi une des forces de l'opinion. Elle flatta Marmontel, autre puissance, en traduisant avec ses courtisans Bélisaire. Elle combla de prévenances deux brillants écrivains, le prince de Ligne et le comte de Ségur, ambassadeur de France. Elle témoigna son admiration à Buflbn pour les Epoques de la Nature en lui envoyant des médailles d'or et des fourrures de Sibérie. Elle eût voulu attirer à son service Beccaria, l'auteur du Traité des délits et des peines. Elle essaya de nos économistes, Mercier de La Rivière, Sénac de Meilhan. Du baron Grimm, un Allemand presque francisé qui habitait Paris, elle fit son pensionnaire, son factotum, son souffre-douleur, et le principal intermédiaire de ses relations avec la France intellectuelle.

Catherine II homme de lettres. — Pour les lettrés de l'Occident elle était un confrère, mais sans prétention.ni jalousie de métier. Elle a beaucoup écrit, en russe, en allemand, surtout en français. Elle-même avait pris pour devise : Nulla dies sine linea. Parmi ses œuvres politiques, son il faut citer Instruction pour le Code et sa Correspondance. Sur ses années de jeunesse (jusqu'à 1760) elle a laissé, en très bon français, les curieux Mémoires édités par Hertzen. Sous le voile de l'anonyme, elle a entrepris de réfuter, dans son Antidote, le Voyage en Sibérie de l'abbé Chappe. Elle avait à tel point le tempérament de journaliste qu'elle fut la collaboratrice de deux revues russes : Vsakaïa Vsiaf china (Choses et autres), où elle entra en polémique avec le Bourdon de Novikof, puis Bijli et Niébilitsy (Réalités et fictions), où elle batailla, toujours sous le voile do l'anonyme, contre le poète Fon-Vizine. A un moment elle s'éprit d'histoire, d'archéologie, de philologie, mais aboutit aux conclusions les plus bizarres : par exemple, que les Slaves ont autrefois peuplé toute l'Europe et que nos Mérovingiens furent une dynastie

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slave. Elle réussit mieux dans les œuvres purement littéraires : outre des contes destinés à ses petits-fils, elle a bravement abordé le théâtre. Elle a laissé deux drames à sujets russes, Rourik et Y Avènement d'Oleg; des drames lyriques ou opérascomiques, tirés de vieilles légendes russes; une sorte d'opérette satirique, le Chevalier de Malencontre, où elle tourne en ridicule Gustave III; enfin des comédies ou proverbes, les uns en français, pour son théâtre de l'Ermitage, les autres en russe, destinés à la scène nationale. Ce sont ces derniers qui sont les plus intéressants parce qu'ils sont les plus russes. 0 temps! \eJour de fête, Madame Viestnikof, abondent en traits bien observés et en amusantes esquisses de caractères. D'autres comédies, comme le Charlatan et le Mystifié, sont destinées à démasquer Cagliostro et les aventuriers plus ou moins faiseurs d'or qui infestaient alors la Russie.

Les lettres et les arts. — Sous ce règne, la comédie russe a pris son essor : avec Fon-Vizine, qui, dans son Brigadier, essaie de réagir contre l'invasion des manières françaises, et, dans son Dadais (Niédorosl), se moque des jeunes nobles paresseux et de la sottise de leurs parents ; avec Ablessimof et son Meunier; avec: Kniajnine et son Hâbleur, ses Originaux, son Cairosse fatal. Khéraskof produit une épopée, la Russiade. Bogda novitch reprend l'éternel sujet de Psyché. Ivan Chemnitzer écrit des Fables. Derjavine se lance dans la poésie lyrique, avec ses odes A Dieu, Sur la prise d'Ismaïl, etc., et aussi dans la satire, avec Félitsa. Novikof est presque le créateur de la presse périodique : il relève la Gazette de Moscou; il multiplie les revues; il crée des imprimeries et fonde des sociétés d'instruction populaire.

Les antiquités et l'histoire nationales sont à la mode. Le prince Chtcherbatof écrit une Histoire de Russie depuis les temps les plus reculés ; Boltine fait une critique de celle de Lévèque; Moussine-Pouchkine édite la fameuse Chanson d'Igor. Si Golikof n'est, dans ses Actions de Pierre le Grand, qu'un utile compilateur, nous avons de l'histoire vivante dans les mémoires russes de Bololof, un soldat de la guerre de Sept ans, de Porochine, de Derjavine, dans les Autobiographies

LA RUSSIE SOLS CATHEHINE II

en langue française de Semen et Alexandre Yoronlsof, dans les Mémoires de leur sœur la princesse Dachkof.

Pour Tari, ce sont encore les Français qui gardent en Russie la maîtrise '. C'est l'architecte Lainolhe qui construit l'Ermitage (1169). Catherine II garde le peintre Louis Lagrenée (appelé en Russie par Elisabeth et venu avec son frère Jean) comme directeur île son Académie des Beaux-Arts. Elle lui donnera comme successeurs dans ce poste le peintre et graveur Lorrain et le peintre Doyen, qui tous deux termineront leur vie àPétersbourg (1790 et 1806). — Elle commande à Houdon son buste, à Chardin des tableaux de genre, à Vernet des paysages, à Vien un plafond pour le grand escalier de Tsarskoé-Sélo, à Clérisseau un plan de palais dans le style romain, à Perronet un pont sur la Néva, à Bourgeois de Chatelblauc un phare sur la Baltique. Au début de son règne, elle aura Le Prince, arrivé dès 4758, et qui séjourne en Russie jusqu'à 1764 *; à la fin, elle aura M,ne Vigée-Lebrun, qui peindra Catherine II, les grandes -duchesses ses petites-filles, les grands de son empire, les dames de sa cour.

Un des plus grands artistes français qu'ait possédés alors la Russie, c'est l'auteur, tour à tour délicat et puissant, ùcPygmalion et de la liaiyneuse, du Christ ayanisant et de Milan de Crolotie, c'est le statuaire Etienne Falconet. Voulant élever un monument à Pierre le Grand, mais peu satisfaite des ébauches laissées par les Italiens Raslrelli et Martelli, elle chargea son ambassadeur à Paris, le prince Dmitri Galitsyne, de lui trouver un statuaire. Diderot s'employa aussi à cette négociation, etc'est lui qui reçut Falconet à Pétersbourg. L'impératrice fut émerveillée de l'esquisse que put bientôt lui montrer Falconet, un cheval d'épopée se cabrant sous le héros couronné de lauriers. Elle écrivit à l'artiste : « Si votre coursier s'animait dans votre atelier, comme autrefois la statue de Pvgmalion, il y ferait un terrible ravage, à voir la mine qu'il a! » Pour ajouter à l'effet

1. Parmi les artistes russes, on ne peut guère citer que le graveur Skoroitoumor, le sculpteur Choubinc. le peintre Lossienko. Ils eurent médiocrement à se louer de la générosité «le Catherine et «le son ministre des beaux-arts, Belski. — Parmi les étrangers, le peintre anglais Bromplon. le peintre allemand Koviig. qui fit le buste de Potemkine, etc.

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