‹ Histoire générale du IVe siècle à nos joursChapitre 89 sur 219 · I. Voir ci-dessus p. 2o i et 4!i · texte numérisé non relu

I. Voir ci-dessus p. 2o i et 4!i

LA CUISE POLONAIS!* 4;i3

à l'égard de Frédéric H, qu elle dénonça dans un manifeste comme le « perfide ennemi » de la Russie. Nikita Panine, partisan de la Prusse, engagea la souveraine à réfléchir. Elle consentit à exécuter le traité de paix du 5 mai; au contraire, le traité d'alliance du 19 juin ne fut pas ratifié. Catherine n'entendait pas continuer la guerre danoise. Elle rappela l'armée de Roumiantsof, qui avait déjà commencé les hostilités. Quant à l'affaire de Courlande, elle la régla sans aucun égard aux articles secrets. Elle ne voulait ni du prince de Saxe, ni du prince de flolstein. Elle résolut de rétablir Biren. Une armée de 15 000 Russes entra en Courlande et en chassa le Saxon. La tsarine dédaigna les protestations d'Auguste III et le décret du Sénat polonais qui mettait en accusation Biren et * ses adhérents ».

Pour le reste, même pour les affaires polonaises, la situation générale lui commandait la prudence. Les traités qui mirent fin à la guerre de Sept ans laissaient l'Europe dans un état d'épuisement complet. Toutes les alliances conclues avant et pendant celte guerre devenaient caduques : Pierre III avait rompu la vieille alliance austro-russe de 1726, 1746, 1756; Catherine avait séparé la Russie de la Prusse. Celle-ci, délaissée par l'Angleterre, se retrouvait en mauvais termes avec la France, avec l'Autriche. Même les liens entre la France, l'Autriche, la Saxe, la Suède, s'étaient relâchés. En un mot, chacune des puissances retombait dans son isolement. Frédéric II, toujours convoileux du bien d autrui, était devenu très craintif : la guerre de Sept ans, en lui assurant la Silésie, avait épuisé d'hommes la Prusse; l'élite de ses troupes, ses meilleurs lieutenants étaient restés sur les champs de bataille; le roi avait plusieurs fois manqué d'y rester. Il sentait qu'il ne pourrait subir victorieusement une pareille épreuve. Il regardait avec anxiété du côté de la France, de l'Autriche, surtout de la Russie. Il n'avait garde de chicaner la tsarine sur l'exécution du traité de juin, encore moins de réveiller la question polonaise. Pourtant le sort de la Pologne ne tenait qu'à un fil : la vie de son roi. L'Etat polonaislithuanien russe 1 était arrivé au dernier degré de dissolution.

i. Voir ci-dessus, l. IV, p. 648.

Le royaume polonais-lithuanien : état ethnographique et religieux. — Sur la carte d'Europe, cet État apparaissait immense. Il était le plus étendu de l'Europe, la Russie exceptée. A l'est , il dépassait la Dvina et le Dniéper; à l'ouest, la Vistule et la Wartha; il s'étalait du Dniester et des Karpathes à la Baltique. En 1699, il avait repris aux Turcs la Podolie.

Sur de si vastes espaces, il n'avait qu'une population de 14 millions d'âmes. C'était un pays tout en plaine (polé, plaine; d'où le nom de Pologne). Nulle part, sauf aux Karpathes, il n'avait de frontière naturelle ni de barrière contre l'invasion. Il manquait d'unité politique ; il était double : d'un côté, la Couronne ou royaume de Pologne ; de l'autre, le grand-duché de Lilhuanie *. Au point de vue ethnograhique, il était multiple, comprenant au moins cinq nations : des Polonais en Grande- Pologne, Petite-Pologne et Ludomérie, Mazovie et Cujavie; des Allemands dans la Prusse royale ; des Lithuaniens, plus ou moins polonisés, dans la Lithuanie et la Samogitie; des Russes (dits Ruthènes) dans la Russie Rouge, la Russie Blanche, la Russie Noire, la Petite-Russie; des Juifs, très nombreux, formant plus de la moitié de la population dans certaines villes. La diversité ethnographique s'aggravait de la diversité religieuse : en général les Polonais étaient catholiques; les Allemands protestants; les Russes orthodoxes. Ainsi à chaque nationalité correspondait une religion; or ces religions étaient ardemment hostiles l'une à l'autre.

Un article de Y Union de Lublin (1569) * avait garanti les droits de la religion orthodoxe. La première moitié du xvi° siècle fut en effet une période de tolérance, même d'indifférence reli-

1. La couronne comprenait: {■' la Grande- Pologne : Posen, Gnezen, Kalish; 2° les anciens duchés de Cujavie et de Mazovie, avec Varsovie, devenue ia capitale du royaume; 3° la Prusse polonaise ou royale (Pomérélie, Varmie, avec Ma rien bu rg, Thorn, Dantzig); 4" la Petite-Pologne, avecCracovie, l'ancienne capitale du royaume, Sandomir, Lublin ; 5° la Ludomérie au sud de cette région : 6° la Podlachie ou Podliésie {pays des forêts), avec Augustowo, Pinsk, Brzec (Bresl- Litovski); "° la Russie Rouge, avec Lemberg (Lvov, Lwôwou Leupol) ; VYOukraine ou Petite-Russie : Podolie, Volynie, Kiovie (Kicf).

Le grand-duché comprenait : 1" la Lilhuanie propre, avec Vilna, Grodno, Kovno, et la Samogitie, avec Rossiény: 2° la Russie Blanche, avec Mohilcf, Vilepsk, Minsk: T la Russie Noire, avec Novogrodek, Slonim.

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