Voir ci-dessus, t. IV, p. fi il
gieuse, qui favorisa la diffusion du luthéranisme, du calvinisme, du socinianisme (arianisme), et assura la paix aux orthodoxes. 11 n'en fut pas de même à partir de Sigismond III (1587- 1632). Il soutint l'action des Jésuites, qui d'abord triomphèrent aisément des confessions protestantes, les expulsèrent des pays slaves et limitèrent leur domaine à quelques villes ou districts allemands. Puis ils s'attaquèrent à l'orthodoxie et, contre elle, inventèrent cette machine de guerre qui s'appela V Union religieuse, solennellement proclamée à Home (1595) Les orthodoxes qui se refusèrent à celte union avec le pape furent persécutés ; ceux qui l'acceptèrent furent traités comme des catholiques d'espèce inférieure : aucun des avantages qui leur avaient été promis ne fut accordé. En 1765, Koninski, évéque orthodoxe de Mohilef, adressait au roi Poniatowski un mémoire où il dénonçait les excès de zèle des missionnaires catholiques qui, pour intimider les récalcitrants, « dressent des pals, étalent des verges, élèvent des bûchers ». La défection des magnats et de la szlachla, convertis au catholicisme par ambition, par mode, pour faire leur cour au roi, laissa la plèbe russe et lithuanienne presque sans défense. Le sort du paysan s'aggrava quand la différence de culte eut mis cette nouvelle séparation entre lui et son maître. Dans la persécution contre les classes supérieures on employa des procédés analogues à ceux qui, en France, préparèrent la Révocation. Les Sociniens, dès 1658, sont mis hors la loi. Les autres < dissidents », protestants ou orthodo.xes, sont exclus de tous les emplois, de la plupart des privilèges nobiliaires. En 1719, ils sont expulsés de la diète; en 1733, privés de tous droits politiques. Les avertissements n'avaient cependant pas manqué à la Pologne : en 1718 et 1720, représentations de Pierre le Grand à Auguste II, qui rendit un édit, resté sans exécution ; démarche du tsar auprès du pape, qui déclina toute intervention. Ce régime amena la désaffection, envers l'Etat polonais, des populations orthodoxes les plus paisibles; en 1648, il avait provoqué l'insurrection des Oukraincs*; au xviu6 siècle, il devait hâter le « démembrement ».
i. Voir ci-dessus, t. V, p. 719.
•2. Voir ci-dessus, t. V, p. 721 ; t. VI. p. 628.
Etat politique : progrès de l'anarchie. — Pour contraindre ces nationalités et ces religions rivales à former un peuple et un État, il eût fallu un pouvoir royal très fort. Or, tandis que dans les autres pays de l'Europe, surtout ceux qui avoisinaient la Pologne, on assiste à un progrès continu du pouvoir central, c'est tout le contraire dans l'Etat polonais *. A la différence des pays d'Occident, en Pologne, dès les origines, la noblesse nous apparaît allodiale et non féodale : elle ne tient rien du roi; le roi n'a pas de prise sur elle. A mesure que les diverses provinces se réunissaient, très lentement d'ailleurs (la Cujavie seulement en 1526, la Mazorvie seulement en 1529) à la couronne, le roi se trouva, dans chacune d'elles, en conflit avec le pouvoir préexistant de la noblesse : en Pologne, avec la szlachta (petite noblesse); en Lithuanie, avec la szliachta et les magnats. En Pologne, cette szlachta formait une masse inorganisée : rien qui ressemblât à notre hiérarchie féodale de l'Occident; tous les szlachcici, en principe, étaient égaux; tous des « frères ». Parfois, cette poussière de noblesse se cristallise en confédérations, ou, d'une façon plus normale, en diêtines {sé'imiki). En Lithuanie, au contraire, de puissants magnats, maîtres de provinces entières, souvent issus des anciennes maisons princières de la Russie occidentale, maintiennent en leur sujétion la szlachta, l'enrôlent dans leur clientèle. A mesure que l'Est tend à se poloniser, d'un pays à l'autre il se fait des échanges : les szlachcici lithuaniens et russes se font agréger aux « fraternités » et « confédérations » polonaises; les szlachcici polonais s'agrègent aux clientèles des magnats lithuaniens.
Dans les pays d'Occident, la royauté, se cherchant des alliés contre la noblesse, tend au relèvement des classes roturières; au contraire, dans cette Europe de l'Est, la noblesse, laissée sans contrôle ni contre poids, tend à deux fins : maintenir au plus bas niveau les classes roturières; affaiblir la royauté.
L'ancien Conseil du roi, d'abord uniquement composé d'évêques
1. Sur le développement de la constitution polonaise, voir ci-dessus le chapitre de M. Denis, t. III, p. 171, et les chapitres de M. l/>uis Léger sur la Pologne : t. IV, p. 629; t. V, p. 7H; t. VI, p. 631 et suiv.
et de dignitaires royaux, a donné naissance, d'une part, à Y Isba poselka (chambre des nonces ou députés) ; d'autre part, au Sénat. Dans l'une domine la szlachta; dans l'autre, les magnats. La réunion des deux chambres forme la Diète (Seîm).
Môme pour les ministres du roi, le processus historique, en Pologne, est à l'inverse de ce qui se passe en France : chez nous, ils ne sont que les commis du roi, révocables à sa volonté; là-bas, dès le xvie siècle, ils sont à vie, par conséquent inamovibles, indépendants, rivaux du pouvoir dont ils émanent. Tels sont, en double pour la Pologne et la Lithuanie, le grand maréchal, le chancelier, le trésorier, le maréchal de la cour, Yhetman ou grand général.
La Diète dépend de ses électeurs, réunis dans les diêtines ; c'est par celles-ci que sont élus les nonces ; c'est d'elles qu'ils reçoivent leurs instructions; dès 1533, leur mandat devient impératif. Les diétines se réservent d'ailleurs le droit de repousser les décisions de la Diète par la formule perhorrescit.
Ce qui favorise les empiétements de la noblesse, c'est le principe de l'élection royale, qui l'emporte décidément sur le principe d'hérédité. A chaque élection nouvelle, la royauté se dépouille, par les Pacta conventa, de quelque prérogative essentielle. Elle perd le droit de faire la paix ou la guerre, de légiférer, d'établir des impôts sans le consentement de la Diète.
Dès la fin du xvi° siècle, non seulement les ministres du roi, mais les gouverneurs de province, de district, de château, voïévodes, palatins, starostes, castellans, sont à vie. Ils peuvent refuser au roi l'obéissance. A plus forte raison, tout szlachcic peut en faire autant. Dans les délibérations de la Diète s'introduit le liberum veto. Il y a des diètes « rompues », par l'opposition d'un seul nonce, dès le xvir5 siècle; de 1652 à 1704, sur 55 diètes, 48 sont rompues, souvent dès le début; sous Auguste III, pas une seule ne peut se tenir. Il en résulte qu'après qu'on a fait usurper par la Diète tous les pouvoirs du roi, on lui ôte à elle-même le moyen de les exercer. Et à qui profite cette impuissance de la Diète? Non pas au roi, assurément, mais aux ministres. Comme ils avaient à rendre compte non pas au roi, mais à la Diète, ils n'ont plus à rendre compte à
personne : ni les trésoriers, ni les hetmans, devenus les maîtres irresponsables des armées. Et quelle arme fournit aux souverains ennemis, aux ambassadeurs étrangers, cette facilité de rompre la Diète! Un fou, un traître, un député vendu, peut la rompre rien qu'en alléguant qu'une séance s'est prolongée jusqu'aux cbandelles, ce qui est interdit par la coutume. C'est ce moyen qu'employa un jour Frédéric II.
D'ailleurs, à la Diète on pouvait légalement opposer cette contre-Diète : la confédération. La confédération pouvait être locale ou générale; elle pouvait se tenir « sous le bouclier », c'est-à-dire en armes; mais toujours elle avait cet avantage sur la Diète qu'elle n'admettait pas le liber um veto et qu'elle décidait à la simple majorité. Ainsi c'était l'opposition qui était organisée, tandis qu'on interdisait au gouvernement toute organisation.
Les Polonais, malgré l'abus qu'ils faisaient de leur liberté, au point que la liberté même en était supprimée, restaient royalistes dans l'àme. Pour eux, leur roi élu était « l'oint du Seigneur » ; ils lui prodiguaient toutes les marques extérieures de respect; il n'y a pas un régicide dans toute leur histoire. Mais ce roi si vénéré, ils en firent « un monarque en peinture ».
État social : pas de tiers état; servage des paysans. — C'est dans la noblesse que résidait la souveraineté nationale ; non pas seulement dans l'ensemble de la noblesse, mais dans chacun de ses membres. C'est à cause de la noblesse que le royaume de Pologne est une République : Hjecz pospolita. La noblesse est le pays légal; elle est toute la nation. Mais à quoi reconnaît-on un noble? Il porte l'épée et il possède une terre, si petite qu'elle soit. Encore, à partir de 1768, la seconde condition cesse d'être exigée.
Par rapport au reste de la nation, la noblesse est une aristocratie; mais, par la multitude de ses membres, elle est une démocratie, soumise en partie à l'oligarchie des magnats. Elle est à la fois égalitaire et hiérarchisée. Si l'on cherche à la décomposer en ses divers éléments, on trouve qu'elle se compose : 1° de quatre ou cinq grandes familles; 2° d'une douzaine de familles un peu moins puissantes, issues de dignitaires royaux ; 3° de 2 ou 300 familles ayant des terres assez étendues;
i° de 20 ou 30 000, réduites au plus à un village ou deux ; 4° d une véritable plèbe nobiliaire, comprenant environ 1 300 000 tèles, et que les Allemands désignent sous le sobriquet de Schollcn-Adel, « noblesse de glèbe », car souvent une motte de terre fait toulc la richesse du szlachcic. On disait de celui-ci que lorsque son chien se campait au milieu de son domaine, la queue traînait sur la terre du voisin.
En somme cela se réduit à trois classes : des magnats, chefs de clientèle ; des propriétaires relativement fortunés, mais qui pour vivre ont besoin d'entrer dans la clientèle des premiers; au-dessous une foule de faméliques, qui vendent leur suffrage à ceux-là, sont soldats dans leur armée ou domestiques dans leur maison. Ils se laissent bàtonner par le maître, à la condition que, par égard pour leur noblesse, ce soit sur un tapis de Turquie.
Il importe de faire connaître quelques-uns de ces magnats du xvme siècle, plus puissants que le roi de Pologne. — Ce sont d'abord les Radziwill (issus des Jagellons), dont les domaines s'étendaient de la Baltique aux Karpathes, dont les provinces sont administrées par des espèces de préfets sous le nom de baillis. Leur capitale, c'était le château de Nieswiej, à la fois forteresse et palais, avec une bibliothèque riche en manuscrits précieux, avec un mobilier où se rencontraient la tente d'un grand-vizir conquise au siège de Vienne, une table d'argent massif, les statues des douze apôtres en or pur et de deux pieds de haut. Chez eux se donnaient des chasses prodigieuses, où Ton tuait des ours et des aurochs, des festins colossaux, où s'asseyaient un peuple de clients, où coulaient à flots les vins de Hongrie, où circulaient des coupes de cinq litres qu'il fallait vider d'un seul trait. Le Radziwill d'alors, Charles, vrai roi de Lithuanie, méprisait le costume d'Occident, avait le crâne rasé avec une touffe au sommet, portait le kontusz ou habit polonais, avec la chapska et les bottes à bout recourbé.
Presque aussi riches étaient les Sanguszko à Slawiata, l'hetman Jean Branicki à Bialystok, les Czartorvski à Korzec, à Pulawy. Ceux-ci possédaient quinze villes, onze châteaux, deux palais à Varsovie, deux millions de revenus. Parmi les magnats «Je Petite-Russie, les Walewski à Tuczyn, les Jablonowski à
GATHKHINE 11
Annopol, les Lubomirski à Doubno, les Potocki à Krystinopol et à Sofijowka. Le chef des Potocki était le comte Félix : un prince Gzertwertyznki commandait sa petite armée, composée d'infanterie, de dragons, de hulans, de kosaks.
La classe nobiliaire accaparait les hautes dignités du clergé, l'armée, les voïévodies et castellanies, les tribunaux, même le barreau. Le seul impôt qu'elle eût subi, c'était le Hufztns, taxe de 10 groschen par charrue, au prix duquel elle avait obtenu, en 1401, l'accès à la Diète. Elle ne le payait plus depuis 1632. Elle avait obtenu l'exemption de tous les droits de douane; aux salines du roi, elle recevait le sel gratuitement. Ainsi elle avait mis la main sur tous les revenus du roi, en même temps qu'elle usurpait tous ses domaines.
Existait-il en Pologne d'autres classes que la noblesse? A peine, car les curés avaient été réduits à la condition de manants et les évêques étaient des nobles. Quant aux bourgeois, dès 1496, le droit de posséder les terres leur avait été refusé; du même coup ils furent exclus de la Diète. D'ailleurs il n'y avait presque plus de bourgeoisie polonaise. Les villes de l'ouest, Thorn, Dantzig, Kulm, Marienburg, étaient allemandes et avaient gardé le « droit de Magdebourg ». Quant aux villes polonaises, comme Gnezen, Cracovie, Posen, Plock, russes comme Kief, Lvov, Polotsk, Smolensk, lithuaniennes comme Yilna, Grodno, Kovno, très prospères aux xive et xv° siècles, elles étaient en décadence depuis le xvi". Dès le xivc siècle les Juifs y avaient accaparé les industries, le commerce, la banque, le fermage des impôts, se multipliant jusqu'à mettre en péril la nationalité polonaise, à la fois oppresseurs et opprimés, presque tous très misérables. La tyrannie des voïévodcs et des seigneurs, substituant l'arbitraire à l'ancien droit municipal, avaient tué dans les villes toute espèce de liberté. La plupart n'étaient plus que de misérables et sordides bourgades, sans industrie ni commerce.
Les paysans, à l'origine, ils avaient joui d'une demi-liberté, gardant le droit de porter les armes, très distincts des chlopy ou esclaves ruraux. Quand la noblesse s'arrogea le droit exclusif de porter les armes, le paysan libre tomba bien vite au niveau du chlop (xne siècle). Dès 1496, cent ans avant les édits de
Boris Godounof, il est attaché à la glèbe. En 1556, Sigismond II renonce à toute immixtion dans les « affaires de propriété » des nobles : c'était reconnaître que le paysan était devenu leur chose. Le seigneur est son propriétaire, son juge, avec droit de vie et de mort. Le serf doit à son maître tout son travail. Plus oppressifs pour les paysans que le maître sont les suppôts de celui-ci, le bailli et le percepteur juif
L'Anglais Coxe constate (1778) que les paysans polonais sont « les plus pauvres, les plus opprimés, les plus misérables qu'il y ait au monde »; et cependant il avait vu l'Irlande! Maigres, pâles, épuisés de labeurs, anémiés, rongés de plique, apeurés, terrifiés, ils ùtaicnt leur chapeau à tout passant, en murmurant : a Soit loué Jésus-Christ! » Or, dit ce voyageur, « plus je les considérais, moins je pouvais comprendre de quoi ils pouvaient bien remercier Dieu ». Et Staszic (1775) : t II faut reconnaître que, quelque destinée qui soit réservée à la Pologne, leur sort ne peut empirer. » Pour le paysan, ni loi, ni roi ; donc point de patrie. C'était la nation presque entière qui allait manquer à la défense nationale.
État des finances et de l'armée. — La conséquence de cette prépondérance usurpée par la noblesse sur la ruine des classes roturières et de la royauté, c'est que la Pologne était privée de tout ce qui peut assurer la sécurité et la grandeur d'un peuple : non seulement pas d'administration et pas de justice, mais pas de finances, et, pour ainsi dire, pas d'armée.
En 1764, sur les revenus qu'on ne lui avait point enlevés, le roi touchait 5500000 marks pour la Pologne, 1 800 000 pour le Grand-Duché : soit 10 millions de francs. Soixante fois moins que le roi de France!
Dans un pays ouvert de toutes parts à l'invasion, une solide armée eût été de première nécessité. Voyons de quels éléments se composaient les forces polonaises. D'abord une armée qu'on peut qualifier d'irrégulière, au même titre que les ahindji de Turquie ou les Kosaks du Don : c'était la pospolîté ruchëniê, la levée en masse de la cavalerie noble. Or il était fort difficile
1. Voir ci-dessus, I. VI, p. 636, 613, sur la condition du paysan polonais.
d'opérer cette levée. Chaque noble, en sa qualité d'électeur et de souverain, avait à décider s'il lui convenait de servir.
A côté de celte institution surannée, un embryon d'acmée permanente. La Diète s'appliquait à la réduire de plus en plus : en 1717, elle l'avait fixée à 18 000 hommes pour la Pologne, à 6000 pour la Lithuanie. C'était un maximum, consacré par la garantie russe ». On ne put même pas le maintenir. Sous Auguste III, l'armée royale tombait à 8 ou 10 000 hommes.
Elle se composait de deux parties : 1° l'armée royale polonaise, toute en cavalerie, car les nobles dédaignaient le service à pied; 2° Yautoramentum, composé de mercenaires allemands, tant à pied qu'à cheval, et plus mal recrutés que par notre racolage. Comme les nobles polonais étaient avides de places et de solde, ils trouvèrent moyen, même dans ces troupes étrangères, d'occuper les grades. Quant a la cavalerie royale, ils y prenaient les mêmes libertés que dans la po&polité ruvhëmé, se réservant de rester à la maison, sauf à se donner des remplaçants choisis parmi les szlachcici plus pauvres. Pour les contenter, on avait dû multiplier les grades : il y avait dans la cavalerie polonaise plus d'officiers que de soldats; sous Auguste III, quatre régiments sont uniquement composés d'officiers. Les deux hctmans, de la Couronne et de Lithuanie, disposaient des grades, c'est-à-dire les vendaient. Un régiment s'achetait : Vincent Potocki paya un des meilleurs 30 000 ducats. Pourquoi des acheteurs? C'est que le colonel, outre sa solde, touchait une partie de celle de ses hommes; de plus, dès qu'on était colonel, on passait d'emblée lieutenant-général à 36 000 florins de solde. En somme, l'armée n'était, pour les nobles, qu'un moyen déplus pour dépouiller le roi. Quant à l'artillerie, elle comptait juste 100 hommes : aussi un garçon de quinze ans, une Sapiéha, pouvait-il porter le titre de grand-maître de l'artillerie. Les arsenaux étaient vides : on y trouvait surtout de vieux mortiers suédois en fonte, des armes gothiques ; un grand-maître de l'artillerie employait les affûts à se chauffer. Dans ce pays de plaine, sans frontières, pas une forteresse, sauf Kaménietz,
\. Voir ci-dessus, t. VI. p. f>W.
réparé pendant la dernière guerre ottomane. Ainsi, dans un État où tout citoyen était miles, on n'avait pas d'armée. Que l'on compare cette situation militaire avec celle de la Russie, de l'Autriche, de la Prusse t Si le roi n'avait, pour ainsi dire, pas d'armée, les grands seigneurs, Radzivill, Gzartoryski, Potocki, avaient les leurs : le premier au temps de la confédération de Bar, entretint jusqu'à 10 000 hommes.
Les antécédents du partage. — Depuis que la royauté avait cessé de se transmettre comme un héritage, chaque règne était précédé d'une élection, c'est-à-dire d'une crise intérieure et d'une crise extérieure. L'Europe a l'effroi de ces interrègnes, dont chacun peut amener une « guerre de la succession de Pologne ». Les puissances voisines interviennent et, par la hrigue, la séduction, la menace, parfois l'emploi des armes, cherchent à faire prévaloir leur candidat. Souvent la France et la Suède, presque toujours la Russie, la Prusse, l'Autriche ont le leur C'est aussi entre ces trois puissances que s'ébauchaient surtout les projets de partage *. Il y eut des pourparlers : en 1518, entre Vassili Ivanovitch et Albert de Brandebourg; en 1667, entre Charles X de Suède, l'Autriche, le Brandebourg; en 1700, entre Charles XII et la Prusse; en 1711, entre la Prusse, le tsar Pierre et le roi Auguste II; en 1713, entre la Prusse et le tsar Pierre 3; en 1732, entre Auguste II et Frédéric-Guillaume de Prusse *. Ainsi même le roi saxon de Pologne, dégoûté de cette anarchie, prenait rang parmi les copartageants.
Dernières années d'Auguste m : les partis. — Le
règne d'Auguste III allait s'achever. 11 avait quatre fils : Frédéric-Christian, époux de Maria-Antonia de Bavière; Charles, un moment duc de Courlande; Albert de Saxe-Teschen, gendre de l'impératrice Marie-Thérèse; le prince Xavier. Une fille
1. Voir ci-dessus: pour l'élection de H«nri III (1572), I. V. p. 709; de Bâthory (1573), p. 711; de Sigismond III (1587), p. 713 ; de Wisnovierki (1669), t. VI, p. 638: deSobieski (1674 . p. 610 ; d'Auguste II (16%). p. 138,616, 774 : d'Auguste III (1733), l. VII, p. 119.
2. Voir ci-dessus, t. VI, p. 637, la prédiction du roi Jean-Casimir sur le partage de la Pologne entre ses trois voisins; p. 841, celle de Louis XIV à Sobieski.