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CATHKHIXK II
guerre. Ne valait-il pas mieux accepter les combinaisons imaginées par Frédéric : la Russie arrêtée dans sa marche triomphale en Orient, mais indemnisée en Pologne; et, pour que l'équilibre de forces entre les trois puissances ne fût pas rompu, des compensations à l'Autriche et à la Prusse aux dépens de cette même Pologne ?
Lui-même proposa, le 23 janvier 1712, ce qu'il appelait ses « cinq plans », c'est-à-dire cinq combinaisons entre lesquelles Frédéric II aurait à choisir pour déterminer la compensation autrichienne : 1° ou Glalz et la Silésie; 2° ou Belgrade avec un morceau de la Bosnie; 3° ou Anspach et Baireuth; 4° ou la Valachie? 5° ou, mais faute de mieux, un morceau de Pologne. Ainsi, à part les territoires prussiens, l'Autriche acceptait de s'indemniser, aux dépens soit de la Pologne, sa vieille alliée, soit de la Turquie, son alliée récente.
Quand Swieten, l'envoyé de Kaunitz, alla proposer les a cinq plans » au choix de Frédéric, celui-ci, aux seuls mots de Silésie, Anspach, Baireuth, bondit : « Xon, monsieur, sécria-t-il, cela ne me convient pas. J'ai la goutte aux pieds, et ce serait une proposition à me faire si je l'avais dans la tête. Il s'agit de la Pologne, et non pas de mes Etals! » Frédéric II la tenait maintenant, celle Autriche, traîtresse à ses alliés, convoiteuse de leurs dépouilles. Il se riait des habiletés de Kaunitz et des remords de Marie-Thérèse, qui a pleurait et prenait toujours ». Il entendait qu'ils eussent leur part de la Pologne, leur part du crime. Il écrivait à Solms : « Si l'Autriche n'obtient rien de la Pologne, loute la haine des Polonais se tournerait contre nous; ils regarderaient alors les Autrichiens comme leurs uniques protecteurs. » Sûr de la faiblesse et de la complicité autrichiennes, certain qu'il n'aurait à compromettre ses régiments dans aucune guerre, il autorisa Solms à signer le traité.
Les traités de partage. — Le 15 janvier 1712, à Pélersbourg, fut signée, entre la Russie et la Prusse, une première convenlion qui consacrait le principe du partage polonais, se fondant sur « la confusion générale où se trouve la République de Pologne par la division des grands et la perversité d'esprit de tous les citoyens ». Par la convention du 10 février, les deux
DEMEMBREMENT DE LA POLIHINE ET DE LA Tl'HOUE SOO
contractants, prévoyant une résistance de l'Autriche, déterminaient les voies et moyens de l'alliance.
L'Autriche, en effet, résistait encore. Marie-Thérèse à la fois éprouvait des remords et se croyait lésée dans le partage du hutin. C'est cet état d'ame qu'elle exprimait en ces termes : « Partager avec eux à des conditions si inégales! » Kaunitz aurait voulu qu'on indemnisât la Pologne avec la Bessarabie et la Moldavie, et que l'Autriche, « pour sa part de Pologne », reçût la Valachie. Joseph II, moins soucieux d'indemniser la Pologne, mais répugnant à prendre part dans ses dépouilles, aurait voulu pour l'Autriche la Serbie et les Roumanies. Marie- Thérèse s'effrayait à l'idée d'une guerre contre son alliée la Turquie. La politique autrichienne s'affaiblissait par les tiraillements entre les trois pouvoirs. On fut bien obligé d'accepter les propositions, ou plutôt l'ultimatum de la Russie et de la Prusse. On y adhéra par le traité de Vienne, du 19 février 4*7*72, à la condition que les paris seraient « parfaitement égales » et que tout se passât dans un « parfait secret ». Cette dernière clause visait une autre alliée que l'on trahissait, la France. Ces stipulations furent acceptées par Frédéric le 28 février, par Catherine le 5 mars 1772.
Dans la mise à exécution, les Russes procédèrent brutalement, les Prussiens avec résolution et cynisme, les Autrichiens avec une méthode impitoyable et des airs de pudeur révoltée. Bientôt leurs complices durent les avertir qu'ils prenaient trop. Eh quoi! Lemberg, les salines de Wielicza, cette unique source de revenu pour le roi de Pologne! Frédéric II disait à Swietcn : « Permettez-moi de vous le dire : vous avez bon appétit. »
Un sixième et un septième traités intervinrent à Pétersbourg, le 25 juillet, entre la Russie et la Prusse, entre la Russie et l'Autriche, pour régulariser et consacrer les empiétements. « Au nom de la Sainte Trinité », on adjugeait : 1° à l'Autriche, le comté de Zips, les salines de Wielicza, la Ludomérie, la Russie Rouge (Galilch, Lemberg, Beltz), une partie de la Podolie et de la Volynie : en tout 2 600 000 âmes; — 2° à la Prusse, les palatinats de Pomérélic, Varmie, Marienburg, Cujavie, c'est-à-dire la Prusse polonaise moins Dantzig et Thorn : de
600 à 900 000 Ames; — 3° à la Russie, le pays à l'est de la Dvina et du Dnieper, c'est-à-dire environ la moitié de la Russie Blanche (Vitepsk, Mohilef, etc.) : 1 600 000 âmes.
Restait à faire accepter ces traités par la Pologne : ils furent signifiés, le 2 septembre 1772, au roi et à la diète. Les Polonais résistèrent. Le 20 janvier i 773, on leur adressa un ultimatum, accusant leurs « lenteurs insidieuses », menaçant d étendre les prétentions des cours au reste de la Pologne, semant l'argent parmi les nonces, faisant cerner par lés troupes des trois puissances la salle des séances. Le 18 septembre 1773, après une résistance de plus d'une année, le roi et la diète donnèrent leur consentement.
Avant, pendant, après le partage, les trois cours alliées n'avaient pas cessé leurs empiétements. Cela nécessita trois nouveaux traités, dits de délimitation, signés à Varsovie par la Pologne : le 15 mars 1775. avec la Russie; le 9 février 1776. avec l'Autriche; le 22 août 1776, avec la Prusse. Ce qwi porte à douze le nombre des actes dont l'ensemble constitue les traités de partage.
Conséquences politiques du partage de la Pologne.
— La part obtenue par la Prusse était la plus petite; mais elle était très précieuse, car, en massant les provinces prussiennes du Nord, elle fît de la Prusse une grande puissance. Le morceau de Russie Blanche obtenue par Catherine II n'était qu'un faible dédommagement du rêve qu'elle avait un moment caressé : réunir la totalité de la Pologne sous son protectorat. L'Autriche, qui n'avait rien risqué, obtenait la part la plus belle , comme superficie , comme population , comme richesse.
Au point «le vue ethnographique , la Prusse s'annexait des territoires allemands et polonais; l'Autriche, des territoires polonais (Ludomérie) et russes (Russie Rouge, Volynie, Podolie); la Russie, rien que des territoires russes. D'ailleurs aux trois partages (1772, 1793, 1795) elle ne s'est pas annexé un seul district de territoire polonais.
Quant à l'État du roi Poniatowski, quoique réduit de 15 millions d ames à 10 millions, il restait encore très vaste, un des