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HISTOIRE DE LA GRANDE BRETAGNE, DEPUIS L* AVENEMENT D*EGBERT

jusqu'à LA mort d'edmond.

Avènement d*Egbert-le- Grand. Réunion de l'Heptarchic anglo-saxonne. — Fréquentes invasions des pirates Danois. — Règnes d'Ethelwulf et d'Ethelbald. — Nouvelles incursions des Danois sous Ethelbert. — Ethelred est tué dans un combat. — Avènement d'Alfred-le-Grand. — Principaux événements de ce règue mémorable. — Soins intérieurs. — Établissements. — Édouard l'Ancien triomphe de son compétiteur. — Il laisse à son fils Alhelslan un pouvoir consolidé par dos victoires et d'habiles négociations. — Le nouveau prince triomphe de tous ses ennemis Administration. — Edmond réunit sous ses lob tous les peuples de l'Angleterre. — Il meurt assassiné après un règne de six anuées.

Egbbet-lb-Grand. — Après la mort tragique de Cine'wulf, roi de Wessex, et le supplice de ses assassins, la couronne fut disputée par deux prétendants, Bithric et Egbert. Ce dernier, vaincu par son rival, se réfugia à la cour de Charlemagne, dont les leçons et les exemples lui enseignèrent l'art difficile de régner. Mais Bithric périt bientôt empoisonné par sa femme, fille d'Ofra, roi de Mercie, et Egbert, rappelé dans son pays par le vœu unanime des Thanes, fut proclamé roi d'Angleterre dans une assemblée solennelle composée des évêques, des abbés et des principaux seigneurs. Maître du pouvoir, Egbert tourna d'abord ses armes contre les Bretons, qui défendirent avec plus de courage que de succès leur indépendance. Il soumit ensuite presque tout le pays de Galles ; une grande victoire remportée sur Beornwulf, roi de Mercie, le rendit maître du royaume de Kent, subjugué depuis long-temps par les souverains du royaume de Mercie (823). Peu de temps après cet événement mémorable , les Etats de Sussex, d'Essex, d'Estanglie et de Northumbrie se placèrent sous la protection d'Egbert, qui réunit ainsi sous sa domination toute l'Heplarchie anglo-saxonne (830).

Le règne d'Egbert, qui semblait promettre à la nation un avenir de prospérité, fut troublé par les fréquentes incursions des pirates du Danemark et de la Norwège. Ces rois de la Mer, comme s'intitulaient

leurs chefs, se jetaient soudainement sur les côtes, tuaient, incendiaient, pillaient et se retiraient chargés de butin , a\ant qu'on eut le temps de les poursuivre. Ce fut en 787 que leurs barques à deux voiles parurent pour la première fois dans le Dorsetshire. Depuis cette époque, ils avaient fait plus d'une descente sur les côtes de V Angleterre. Mais ce fut sur* tout sous le règne d'Egbert qu'ils désolèrent le pays par leurs incursions fréquentes. Leurs relations avec les Bretons mal soumis les rendaient encore plus redoutables. Défaits par Egbert dans une bataille meurtrière, ils vinrent aborder au comté de Cornouailles , où les Bretons leurs alliés ne purent les empêcher d'être vaincus une seconde fois (837).

Ethelwulf. — Ethelbàld. — Ethelbebt. — Ethelbed. — Les dernières années du règne d'Egbert avaient été remplies par sa lutte incessante contre les pirates du Nord. Il laissa en mourant le trône à son fils Ethelwulf, qui avait été élevé dans un couvent , et qui n'avait rien des brillantes qualités de son père. Les Danois devinrent plus entreprenants de jour eu jour. Les villes de Londres, de Rochester, de Cantorbéry furent prises et pillées par eux. Ils exercèrent d'atroces cruautés sur les habitants, et principalement sur les Anglo-Saxons , leurs frères d'origine, qu'ils traitaient d'apostats pour avoir préféré la loi du Christ au culte guerrier d'Odin. Ethelwulf marcha contre eux et les défit en plusieurs rencontres. Mais les Normands dispersés se réfugiaient sur leurs vaisseaux, et la mer leur apportait sans cesse de nouveaux renforts.

Pendant l'absence d'Ethelwulf , qui s'était rendu à Rome pour faire donner l'onction royale par le pape Léon à son fils bien-aimé Alfred, Ethelbàld, l'aîné des trois fils qu'il avait eus d'un premier mariage, chercha à s'emparer du pouvoir et se mit à la tête des mécontents. L'arrivée imprévue du roi empêcha la révolte d'éclater. Toutefois Ethelwulf, par une transaction forcée , abandonna le Wessex à l'ambition d'Éthelbald qui recueillit tout l'héritage de son père en 857. Son règne de deux années ne fût marqué que par son mariage avec Judith, sa belle-mère, mariage regardé comme incestueux par les évêques, et qui fut rompu par le divorce. Éthelbert, son frère et son successeur, recommença la lutte contre les Danois qui avaient laissé quelque repos à la Grande-Bretagne, occupés qu'ils étaient à désoler tout le littoral de la Méditerranée. Ils fondirent de nouveau sur l'Angleterre, livrèrent aux flammes Winchester, et se fortifièrent dans l'île de Thanet, d'où étaient sortis autrefois les Saxons, pour faire la conquête de tout le pays (864).

Les habitants du royaume de Kent frappés d'épouvante essayèrent

d'acheter avec de l'or, une paix qu'ils ne pouvaient se procurer avec des armes ; mais la cupidité des Danois ainsi irritée se montra insatiable. Bientôt les hommes du Nord pénétrèrent au cœur de la Northumbrie , guidés par des cavaliers estangles , dont la perfidie reçut une juste récompense ; car l'Estanglie fut envahie, et le roi Edmond, vaincu dans le Suffolk, tomba au pouvoir de ses ennemis qui lui firent subir le plus cruel supplice. Éthelred, successeur d'Éthelbert (866), fut réduit, par la défection des rois ses vassaux , à ses sujets héréditaires , les West- Saxons. Cependant, secondé par Alfred, son frère cadet, il attaqua résolument les Danois, et les chassa de leurs différentes positions ; mais ceux-ci reprirent bientôt l'offensive, et Éthelred, blessé mortellement sur le champ de bataille , laissa à Alfred, son plus jeune frère , un pouvoir précaire , un trône environné de dangers et un royaume ruiné par la guerre (871).

Alfred-le-Grand, entouré d'ennemis ou de traîtres , et réduit à ses propres forces , n'hésita pas à se mesurer contre les envahisseurs déjà maîtres de la Northumbrie, de l'Estanglie et de la Mercie. Loin de se laisser décourager par les revers qui signalèrent les premières années de son règne , il puisa dans le malheur même une nouvelle énergie. Gothrun, son plus redoutable adversaire, au mépris de la foi jurée et d'un traité acheté assez cher par Alfred, surprit au milieu de la nuit l'armée anglaise et la tailla en pièces. La ville d'Exeter emportée d'assaut fut détruite de fond en comble (876). Alfred recueillit les débris de ses troupes , équipa quelques vaisseaux et soit par la force des armes, soit par l'habileté de ses négociations, il chassa les Danois de son royaume, repoussa avec succès les invasions tentées contre ses provinces méridionales , et couvrit pendant sept ans la ligne de la Tamise.

Malgré son courage, ses talents et même ses succès , Alfred était peu agréable à la nation. Les connaissances qu'il avait acquises par l'étude et par de longs voyages, son dédain pour les mœurs grossières et l'ignorance de ses sujets , son désir et ses tentatives prématurées de réformes, sa sévérité excessive , sa froideur pour les grands comme pour les petits, l'avaient rendu odieux au peuple qu'il gouvernait. Le clergé, lui-même, s'éleva contre sa tendance au despotisme, et saint Néot censurait publiquement un roi qui n'avait nul respect pour les lois de son pays et les préjugés de sa nation. Ce désaccord entre le monarque et le peuple éclata au moment où le terrible Gothrun envahit , au cœur de l'hiver, les provinces occidentales à la tête d'une armée formidable (878). Alfred appela en vain sous ses drapeaux tous les Saxons en état de porter

les armes. Personne ne s'émut à rapproche du danger commun , et le roi ne vit autour de lui qu'un petit nombre d'amis fidèles dévoués à sa fortune.

« À la faveur de cette indifférence de la nation pour le chef qu'elle- » même avait choisi, l'ennemi s'avançait rapidement. Alfred, délaissé par » les siens, à son tour les délaissa, et prit la fuite, dit un vieil historien, » abandonnant ses guerriers, ses capitaines, ses vaisseaux, ses trésors, » tout son peuple, pour sauver sa vie : il alla, se cachant par les bois et » les déserts, jusqu'aux limites du territoire anglais et de la terre des » Bretons de Cornouailles, au confluent des deux rivières de Tone et de » Parret. Là se trouvait une presqu'île entourée de marais : le roi saxon » s'y réfugia, et habita sous un faux nom la cabane d'un pêcheur, obligé » de cuire lui-même le pain dont la pauvre famille de ses hôtes voulait » bien lui donner sa part. Peu de gens dans son royaume savaient ce » qui était arrivé de lui , et l'armée danoise y entra sans résistance. » Beaucoup d'habitants s'embarquèrent sur les côtes de l'ouest pour » chercher un refuge, soit en Gaule, soit dans l'île d'Érin, que les Saxons » nommaient l'Irlande ; le reste se soumit à payer le tribut et à labourer * pour les Danois. Ils ne tardèrent pas à trouver les maux de la con- » quête mille fois pires que ceux du règne d'Alfred, qui, dans le moment » de la souffrance, leur avaient paru insupportables; ils regrettèrent » leur premier état et le despotisme d'un roi né parmi eux *. »

Cependant Alfred, retranché dans son lie, avait réuni autour de lui tous ceux qui ne pouvaient supporter la domination étrangère ou qui fuyaient la vengeance de maîtres impitoyables. Il pillait également les Danois usurpateurs et les Saxons qui avaient eu la lâcheté de les reconnaître pour maîtres. Chaque jour de nouvelles bandes venaient se ranger sous le chef inconnu, qui déjà faisait trembler les envahisseurs. Enfin, après six mois d'une guerre de partisan, il résolut de se faire connaître et d'attaquer les Danois campés à Éthandun, près de la forêt de Selwood, sur les frontières de la province de Sommerset. Les vieilles chroniques nous disent qu'il pénétra dans le camp ennemi sous les habits d'un joueur de harpe, et, tout en amusant les Danois par ses chansons saxonnes, qu'ils comprenaient aisément, il observa avec soin les parties faibles du retranchement, qui presque partout étaient gardées avec peu de vigilance. De retour parmi les siens, il jeta le masque, et des messagers, envoyés par lui de tous côtés, donnèrent pour rendez-

1 M. Augustin Thierry, HUt, de ta conquête d'Angleterre , tome Itr# p. 145.

vous à tous ceux qui voulaient s'armer contre l'étranger un lieu nommé la pierre d'Egbert, à quelque distance des redoutes ennemies. Les Danois, attaqués avec fureur par des hommes qui préféraient la mort à la servitude, furent chassés de leur camp, dont s'empara le vainqueur (878). Gothrun, leur chef, cerné de toutes parts, promit de recevoir le baptême, lui et les siens, et d'habiter paisiblement ses terres d'Estanglie, si on renonçait à le poursuivre. Alfred, pour ne point réduire au désespoir on ennemi encore redoutable, consentit au traité. Gothrun et les autres chefs danois reçurent le baptême, et, suivant leurs conventions, s'établirent dans FEstanglie ; une partie de l'Essex et de la Mercie , leurs cinq villes, Nottingham, Lincoln, Leicester, Stamford et Derby, reconnurent la suzeraineté nominale du roi de Wessex. Les limites desdeui populations, limites déclarées inviolables, étaient : au midi, la Tamise jusqu'à la rivière de TEa ; au nord et à l'est, la rivière d'Ouse et la grande voie romaine appelée Watling-Street.

Alfred, proclamé roi et libérateur par les anciens royaumes de Sussex et de Kent , réunit sous son sceptre toute l'Angleterre , moins la portion occupée par les Danois, et forma ainsi une nation compacte, forte par son union et sa communauté d'intérêts. Les quinze années de paix qui succédèrent à cette grande révolution nationale furent consacrées par le roi à des soins intérieurs. Les villes ruinées par la guerre furent réparées ; Londres, capitale du royaume, fut embellie ; des forteresses s'élevèrent sur différents points. Afin de consolider sa puissance, en organisant les forces de la nation d'une manière plus stable, il substitua à la fyrd ou levée en masse une milice régulière et permanente. Une flotte de cent vingt vaisseaux , montée par des marins anglais et frisons, fut chargée de surveiller la côte. Mais les dernières années de son règne devaient être troublées par une invasion qui ébranla violemment son trône.

En 893, un fameux chef de pirates danois, Hastinjg, qui avait déjà été repoussé par Alfred, parut tout-à-coup à la hauteur du Kent à la tète de trois cent trente barques. Les Danois de l'Humber et de l'Estanglie se joignirent bientôt à ce terrible roi de mer, et retrouvèrent au fond de leur cœur, avec une sympathie nationale pour leurs frères, leur haine invétérée contre les Anglo-Saxons. Le péril était grand; les côtes étaient envahies ; les Danois marchaient sur Londres, et les provinces du nord révoltées rendaient la position encore plus critique. Alfred foft face à tout ; il bloque étroitement Hasting dans le camp où il s'est fortifié , laisse une bonne garnison dans Londres, et se porte, avec uue rapi-

dité qui tient du prodige, vers le nord , où les révoltés sont dispersés. Par une généreuse émulation, la milice de Londres attaque le camp du Danois, pénètre jusqu'à la tente d'Hasting, et lui enlève sa femme , ses deux filles et ses trésors. Alfred les lui rend sans rançon, à condition qu'il s'éloignera sans délai de l'Angleterre. Le pirate repassa le détroit de la Gaule, remonta la Seine, et obtint de Charles-le-Simple la possession de la ville de Chartres, où il se fixa. La lutte d'Alfred contre les bandes d'Hasting, qui s'étaient dispersées dans le pays, ne fut pas longue. La victoire de Buttington mit fin à leurs déprédations, et la paix fut enfin rétablie dans le royaume.

Alfred-le-Grand mourut en 901, à l'âge de cinquante ans. Personne plus que ce prince ne mérita le nom de Grand, que la postérité lui a décerné. Tour- à-tour guerrier, législateur, écrivain philosophe, il s'élève au-dessus de son siècle par la grandeur de ses vues et par la force de son caractère. Au début de son règne, on aurait pu lui reprocher trop de penchant au plaisir et au despotisme ; mais la mauvaise fortune corrigea ces défauts si communs sur le trône. Aussi, loin de faire du pouvoir qu'il avait ressaisi un moyen de satisfaire ses passions , il ne songea qu'à le tourner au profit de ses sujets. Dans ce but, les lois furent l'objet de ses premiers travaux. Par une combinaison habile des règlements de ses prédécesseurs et des nouvelles dispositions réclamées par les besoins de son temps, il rédigea un code, monument remarquable de sagesse , qui a légué un grand nombre de ses règles aux siècles postérieurs.

A la suite des luttes contre les Danois, les vaincus par dénuement, les vainqueurs par habitude demandaient au vol et au brigandage , les uns des ressources, les autres une vie oisive. Bientôt l'organisation d'une police vigoureuse, la sévérité inflexible du souverain pour la répression des désordres firent renaître l'ordre et le respect de la propriété. Afin d'obtenir ce résultat, le roi partagea ses États en comtés (counlies), administrés par des officiers qui sur tous les points font sentir l'autorité. Les familles divisées en centuries (hundreds) , les centuries en décuries (tyth ings), sont constituées solidaires de l'ordre, de l'observation des lois et de la répression des crimes et délits. Car le dizainier (tythingman) ou président des dix chefs de famille, doit livrer le coupable ou se porter caution, et, en cas d'évasion, devient ainsi que les autres membres de la communauté passible des peines encourues par l'accusé. Un moyen aussi puissant d'investigation et de domination , pouvait devenir un instrument redoutable de tyrannie ; mais, entre les mains d'un prince sage et modéré, il ne servit qu'à ramener les mœurs et la probité, et

Ton raconte que chez ces peuples naguère si pillards, des bijoux d'une grande valeur exposés sur la voie publique» furent retrouvés à la même place sans que personne eût osé s'en emparer.

C'est surtout contre les magistrats prévaricateurs qu'Alfred déploya toute sa sévérité ; en moins d'un an il condamna à différentes peines plus ou moins graves, quarante juges convaincus d'ignorance ou de corruption. Les différends survenus entre les membres d'une communauté étaient décidés par l'assemblée entière de cette même communauté. Ceux de deux communautés étaient portés devant l'assemblée du canton, composée de cent familles représentées par douze francstenanciers (free holders). Telle est l'origine de l'institution du jury anglais. La cour suprême du comté (county -court) tenait deux fois par an ses assises présidées par l'évêque et l'alderman, et auxquelles se rendaient comme assesseurs tous les francs-tenanciers. Le shérif ou commissaire du roi remplissait les fonctions de ministère public. Audessus de toute cette hiérarchie judiciaire s'élevait le Wittenagemot ou assemblée des sages, présidée ordinairement par le monarque.

Les flottes nombreuses qu'Alfred fit équiper dans les différents ports de son royaume, avaient pour but non-seulement de couvrir les côtes et de poursuivre les pirates, mais encore de protéger le commerce. Des manufactures furent créées dans plusieurs grandes villes de ses États, par des étrangers qu'attirait en Angleterre la libéralité du monarque.

Les prédications des missionnaires chrétiens dans la Grande-Bretagne avaient ranimé un instant le goût des sciences et des lettres ; mais les invasions des Danois, les guerres et les révolutions qui avaient bouleversé l'Augleterre, avaient replongé cette contrée dans une telle barbarie qu'Alfred ne trouva pas dans tout son royaume un seul homme capable d'interpréter un ouvrage latin. Il ne craignit point de traduire lui-même en langue vulgaire la chronique d'Orose, l'histoire ecclésiastique du moine saxon Béda-le- Vénérable , les consolations de Boèceet plusieurs morceaux des Confessions de saint Augustin : il composa aussi des fables et des apologues qui ne sont pas venus jusqu'à nous. L'ignorance du clergé était si complète que peu de prêtres comprenaient le Missel latin et étaient en état de célébrer le service divin. Le roi traduisit la pastorale de saint Grégoire, dont une copie fut déposée dans chaque cathédrale pour l'instruction du clergé. Il créa des écoles publiques , où les citoyens aisés étaient tenus d'envoyer leurs enfants sous peine d'une amende assez forte. On lui doit la fondation de l'université d'Oxford. Il aimait à s'entourer de savants et d'artistes, qui trouvaient

à sa cour honneur et protection. Mais la noble et impuissante tentative d\Alfred-le-Grand pour éclairer sa nation ne fut pas plus heureuse que celle de Charlemagne; et les premières lueurs de cette civilisation prématurée s'éteignirent avec le prince qui les avait fait naître.

Edouard-l' Ancien. — Edouard-I' Ancien, fils et successeur d'Alfred, ne monta pas sans opposition sur le trône. Ethelwald , fils d'Ethelred frère aîné d'Alfred , voulut faire valoir ses droits héréditaires. Un wittenagemot décida en faveur d'Edouard , et son rival fut condamné au bannissement. Ethelwald, loin de se soumettre à l'arrêt qui le frappait , se retira dans la forteresse de Winburne, sur la côte du Sud-Ouest, jurant de s'y défendre jusqu'à la mort. Mais, à l'approche du monarque anglais, il prit honteusement la fuite et se réfugia chez les Danois du Northumberland, qui le reconnurent pour roi. Il envahit à leur téte l'Essex et la Mercie , qui furent vaillamment défendus par Ethelflide , digne fils d'Alfred-le-Grand.

Après la mort d'Ethelwald tué dans une bataille, Edouard prit luimême l'offensive et marcha contre les Danois qui prolongèrent la lutte pendant plusieurs années. Ils se soumirent enfin , le reconnurent pour leur seigneur et lui prêtèrent serment de fidélité. Une ligne de forteresses bâties en avant de l'Humber, fut destinée à contenir ces hommes remuants, inquiets et jaloux de leur indépendance. Politique habile et guerrier infatigable, Edouard consolida et agrandit la puissance que lui avait léguée son père.

Athelstan. — Athelstan , son fils , avait trente ans lorsqu'il fut couronné à Kingstone (925). Après avoir déjoué une conspiration tramée contre sa vie et son trône, il résolut de soumettre à son autorité la plupart des petits princes , ses vassaux , qui lui reconnaissaient une autorité plutôt nominale que réelle. Tous les chefs du pays de Galles, subjugués par ses armes, furent assujétis à un tribut annuel de vingt livres pesant d'or et de trois cents livres d'argent. Tout le territoire compris entre la Savern et la Wye, fut réuni à la Mercie. Il marcha ensuite vers les Danois du Northumberland, qui ayant misa leur tète Godfrid, fils de Sithrik assassiné, avaient arboré le corbeau national et renversé partout le dragon du Wessex. Leur alliance avec Constantin , roi des Scots , ne put les soustraire à une défaite houteuse. Leurs chefs vaincus allèrent chercher un refuge au-delà des mers, et Constantin qui vit ses Etats envahis obtint la paix en donnant son fils en otage et en reconnaissant la suzeraineté du roi anglais.

Cependant les ennemis d'Athelstan pour être vaincus n'étaient pas

soumis. Constantin et tous les chefs gallois firent alliance avec (Haf , fils de Sithrik, qui après s'être emparé de Dublin avait étendu sa domination sur une grande partie de l'Irlande, et la flotte des confédérés, forte de six cents voiles, parut tout-à-coup à l'embouchure de l'Humber (937). Les lieutenants d'Athelstan essayèrent vainement de s'opposer à cette formidable invasion ; ils furent écrasés par le nombre. Athelstao vola au secours des provinces envahies. Les deux armées se rencontrèrent dans un lieu nommé Brunan-Burgh ou le bourg des fontaines. La victoire long-temps disputée resta aux Anglais, et les ennemis dispersés regagnèrent les uns leurs vaisseaux , les autres leurs fies et leurs montagnes Cette action décisive affermit la puissance d'Athelstan, qui se vanta dans ses chartes d'avoir forcé à l'obéissance tous les peuples de la Grande-Bretagne, et qui fut réellement le premier roi de toute l'Angleterre.

Athelstan consacra les dernières années de son règne à l'administration intérieure de ses États. Ses règlements sur l'instruction des procès criminels révèlent une haute sagesse. Il veillait lui-même à l'application de la justice ; et les magistrats , maintenus par une crainte salutaire , remplissaient leurs devoirs avec une consciencieuse fermeté. Athelstan entretint des relations d'amitié avec tous les princes de son époque. Haco, fils d'Harold-Harfager, roi deNorwège, fut élevé à sa cour. Alain, chef breton , privé de ses Etats par le célèbre Rollon, chercha auprès de lui un asile assuré à tous les proscrits. Le fugitif, soutenu d'une armée anglaise, reconquit ses domaines. Athelstan recueillit aussi avec empres-

• Les Anglais nommèrent cette journée le jour du grand Combat, et la chantèrent dans des poèmes nationaux, dont quelques fragments subsistent encore. « Le roi Athelstan , le chef des chefs , celui qui donne des colliers aux braves , et son frère , le noble Edmond, ont combattu à Brunan-Burgh avec le tranchant de l'épée. Ils ont fendu le mur des boucliers , ils ont abattu les guerriers de renom , la race des Scots et les hommes des navires. Olaf s'est enfui avec peu de gens et il a pleuré sur les flots. L'étranger ne racontera point cette bataille assis à son foyer, entouré de sa famille ; car ses parents y succombèrent et ses amis n'en revinrent pas. Les rois du Nord dans leurs conseils se lamenteront de ce que leurs guerriers ont voulu jouer au jeu du carnage avec les enfants d'Edouard. Le roi Athelstan et son frère Edmond retournent sur les terre» du We^sex. Ils laissent derrière eux le corbeau se repaissant de cadavres , le corbeau noir au bec pointu, et le crapeau à la voix rauque, et l'aigle affamé de chair, et le milan vorace, et le loup fauve des bois. Jamais plus grand carnage n'eut lieu daus cette île, depuis le jour où les Saxons et les Angles vinrent de l'est à travers l'Océan , où ils entrèrent en Bretagne, ces nobles artisans de guerre qui vainquirent les Wclches et prirent le pays. » ( Citron, sax. Ed. Gibsoh , p. 1 12-1 14, citée par M. Aug. Thierry. )

sèment son neveu Louis d'Outremer, fils de Charles-le-Simple et d'Edgive sa sœur.

Edmond. — Il eut pour successeur son frère Edmond, à peine âgé de dix-huit ans (040 ). Les Northumbriens, encouragés par l'inexpérience du jeune roi et ligués de nouveau avec Olaf qui était venu se mettre à leur tête, levèrent l'étendard de la révolte. Un parti puissant, dirigé par l'archevêque d'York Wulstan, avait de secrètes intelligences avec le chef danois. Olaf débarqua à Pembouchure de l'Humber, prit et pilla Tamworth. Après des succès balancés, la guerre se termina en 943 par un traité qui partagea l'Angleterre entre les deux rivaux. Olaf obtint les provinces situées au nord de la voie romaine (Watling-Street) : Edmond eut en partage la partie méridionale. Le survivant devait réunir sous sa loi tout le royaume. A la mort d'Olaf (944), Edmond envahit et subjugua sans peine la Northumbrie; il réduisit ensuite les cinq bourgs, Leycester, Nottingham, Stamford, Derby et Lincoln, situés au cœur de la Mercie et toujours prêts à se révolter contre les rois de Wessex. Edmond en chassa les Danois qu'il remplaça par des colons anglais.

Les Bretons de Cumbrie ( le comté actuel de Northumberland ) vaincus à plusieurs reprises , avaient reconnu la suprématie des rois anglosaxons ; mais ils se montraient toujours prêts à secouer un joug détesté, et leur pendragon ou chef suprême avait peu de peine à les réunir sous le drapeau national, dès qu'il s'agissait de marcher contre les envahisseurs. Edmond, secondé de Malcolm, roi des Scots, subjugua enfin ces tribus indomptables, et de la Tweed au cap de Cornouailles tous les peuples de la Grande-Bretagne ne formèrent qu'un seul et même corps politique (346). « Dès ce moment, dit M. Augustin Thierry, le pouvoir des rois » s'accrut en force à mesure qu'il s'étendit , et devint, pour chacune des » populations nouvellement réunies , plus pesant que n'avait été jadis » l'ancien pouvoir de ses rois particuliers. L'association des provinces » anglo-danoises aux provinces anglo-saxonnes attira nécessairement » sur ces dernières quelque chose du régime sévère et ombrageux qui » devait peser sur les autres , parce qu'elles étaient peuplées d'étrangers » soumis malgré eux. Les mêmes rois exerçant à la fois au nord le droit » de conquête, et au midi celui de souveraineté légale, se laissèrent bien- » tôt entraîner à confondre ces deux caractères de leur puissance, et à » distinguer faiblement l'Anglo-Danois de l'Anglo-Saxon, l'étranger de » l'indigène, le sujet de l'homme pleinement libre. Ces rois couçurent » d'eux-mêmes et de leur puissance une opinion exagérée. Ils s'entourè- » i ent d'une pompe jusqu'alors inconnue et cessèrent d'être populaires.

» De là naquirent pour l'Angleterre de nouvelles causes de faiblesse. » Toute grande qu'elle parût désormais sous des chefs dont les titres *• d'honneur remplissaient plusieurs lignes, elle était réellement moins » capable de résister à un ennemi extérieur qu'au temps où réduite à » peu de provinces, mais gouvernée sans faste et sans despotisme, elle » voyait en tête de ses lois nationales ces simples mots : Moi , Alfred, » roi des Saxons de VOuest. »

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